er vol. p. 409, Correspondance secrète
Ce billet n’est pas daté. Il doit se placer entre la démarche de Louis XY pour se remarier et la disgrâce de M. de Ghoiseul, conséquemment dans la seconde moitié de 1770.
C’est à la même période et probablement au même fait que se rapporte une lettre très curieuse de Louis XV. Nous en rapportons ici la teneur :
« Vous trouverés une Lettre dans ce paquet-cy encore de M. de Fuentes avec une éloge de vous qui est très juste.
« Je commence par M. d’Aiguillon cornent pouves vous croire qu’il puisse vous remplacer, je l’aime asses il est vray a cause du tour que je luy ai joué il y a bien longtemps, mais hay comme il est, quels biens pouroit-il faire.
« Vous faites bien mes affaires, je suis content de vous, mais gares vous des entours et des donneurs d’avis c’est la ce que j’ai toujours hay et que je deteste plus que jamais. Vous connaisses madame du Barry ce n’est assurément pas M. de Richelieu qui mêla fait connoître quoiqu’il la connut, et il n’ose pas la voir, et la seule fois qu’il l’a vue un moment c’est par mon ordre exprès. J’ay pensé la connoître avant son mariage elle est jolie j’en suis content et je lui recommande tous les jours de prendre garde aussy a ces entours et donneurs d’avis, car vous croies bien qu’elle n’en manque pas elle n’a nulle haine contre vous, elle connoît votre esprit et ne vous veut point de mal le déchaînement contre elle a été affreux a tort pour la plus grand partie, l’on seroit à ces pieds cy... ainsi va le monde. »
« Elle est très jolie elle me plait cela doit suffire. Veux t’on que je prenne une fille de condition si l’archiduchesse étoit telle que je la désirerois je la prendrois pour feme avec grand plaisir car il faudra bien faire une fin et le beaux sexe autrement me troubleroit toujours, car très certainement vous ne voires pas de ma part une dame de Maintenon. En voila je pense assez pour cette fois cy. Je
n’ay pas besoin de vous recommander le secret, sur tout cecy, mon écriture n’est pas meilleure que la votre >. »
Le bordereau des sommes payées pour le compte de madame du Barry en juin 1770 s’élève déjà à 200,000 livres.
Les gros articles sont toujours ceux des joaliiers, bijoutiers, orfèvres, etc. Demay, joaillier, 30,000 livres; Aubert, id., 20,000 livres; Lecomte, bijoutier, 11,000 livres; Roettier, orfèvre, 11,000 livres; Gagny, doreur, 4,000 livres; Drouais, peintre, touche 6,000 livres et Guichard, sculpteur, 4,000 livres.
On remarque 1870 livres payées à Constant, chaudronnier — l’intérêt de ce nom est de justifier un passage des Anecdotes ainsi conçu :
« Madame Constant Chaudronnière, l’une des trois commères, et auquel l’auteur dit s’être adressé pour avoir des renseignements sur les premières années de madame du B. » Et cette autre mention :
« A mademoiselle du Barry pour M. de Martanges, 1 ,170 livres. » M. de Martanges était maréchal de camp et secrétaire général des Suisses. Il obtint une mission diplomatique en Angleterre. Nous le verrons plus tard contracter un emprunt plus considérable envers Jean du Barry, qui fut obligé de le traduire devant la cour de Marbre, tribunal des Maréchaux.
M. Buffaut est coté pour 25,000. C’était le banquier de madame du Barry.
1. « Mais je voudrais la voir et la connoitre auparavant, Son frère a été en chercher une, il n’a pas réussy; je crois que je verrai mieux que lui. » ( Revue de Paris, t. IV, 1829. Lettre du duc de Choiseul , p. 43.)
Grâce à la protection de madame du Barry, les fêtes de la Cour furent augmentées d’une représentation de la tragédie de Mérope ; mademoiselle Dumesnil y parut dans un habit donné par sa protectrice et elle y eut le plus grand succès ; et le roi lui fit dire après la pièce qu’il n’avait jamais été plus content d’elle h
La représentation paraît avoir eu lieu sur le théâtre de l’Opéra, à Versailles, salle de Gabriel, nouvellement inaugurée.
Nous touchons au moment où madame du Barry va devenir un personnage quasi politique. Elle commençait, dit Pidansat de Mayrobert, à se mêler insensiblement des grandes affaires. Celle du duc d’Aiguillon fut la première où elle montra son crédit1 2. Elle a répondu elle- même au vice-président du Tribunal révolutionnaire, Dumas, qui lui demandait si elle n’avait pas usé de sa position pour solliciter et faire accorder à ses protégés les emplois les plus importants de l’État ?
— Qu’elle avait influencé et déterminé quelquefois le Roi dans les choix qu’il avait faits.
D. Si elle n’a pas sollicité et obtenu pour certains de ses protégés, des pensions et gratifications?
R. Quelquefois et ne s’en rappelant pas assez pour pouvoir donner des détails3.
1. Grimm. Correspondances littéraires , juillet 1770. partie, vol. I, p. 207. Édition de 1813.