Bibl. de V Arsenal, manuscrits Belles-Lettres, p
Le seul crime dont le duc d’Aiguillon fut accusé était celui de subornation de témoins, et ce crime n’a jamais entraîné le dernier supplice. C’était donc sans aucune raison que l’on parlait de peine de mort et de gibet. On a encore attribué au maréchal, duc de Brissac, un prétendu bon mot dans le même sens; il aurait dit « que madame la comtesse du Barry avait sauvé la tête de M. le duc d’Aiguillon, mais lui avait tordu le col L
D’après la même autorité, M. d’Aiguillon n’aurait pas regardé la chose comme telle et se serait trouvé trop heureux d’en sortir à si peu de frais et de faire finir la persécution dont il était l’objet. Pour s’acquitter du service capital qu’il venait de recevoir de la favorite , il aurait offert à sa bienfaitrice une superbe voiture appelée vis-à-vis, d’une élégance et d’une richesse incomparables. Il ne faut pas moins de deux pages pour décrire cette merveille, monument de la dépravation des mœurs et de l’extravagance des esprits; les carrosses de madame la Dauphine n’en approchaient pas pour le goût et la délicatesse du travail. Le duc d’Aiguillon, à la galanterie d’un tel procédé , avait joint la délicatesse d’en laisser ignorer le prix. On sait cependant, par les indiscrétions des ouvriers, que le vis-à-vis a dû coûter 52,000 livres environ.
Cependant madame du Barry ne le trouve pas assez beau, ou le roi le trouve trop beau, et elle n’y monte pas. Le public, scandalisé d’un faste indécent, chansonne à son ordinaire, et l’épigramme suivante circule sur l’auteur du don et sur celle qui le recevait :