Anecdotes, p
Pourquoi ce brillant vis-à-vis?
Est-ce le char d’une Déesse Ou de quelque jeune Princesse?
S’écrioit un badaud surpris.
— Non..., de la foule curieuse,
Lui répond un Caustique, non,
C’est le char de la blanchisseuse De cet infâme d’Aiguillon 1.
Deux ans après, M. de la Rochefoucault-Liancourt, écrivant la mort de Louis XV, disait encore : « Le duc d’Aiguillon s’est servi d’elle (madame du Barry) pour se tirer des horreurs d’un procès criminel. » Parole d’autant plus odieuse et plus grave que M. de la Rochefoucault, comme pair, avait été juge dans le procès.
Deux points se détachent de ces épigrammes qui représentent l’opinion publique du temps ; M. d’Aiguillon était regardé comme menacé d’une condamnation infamante, capitale. Il n’avait dû son salut qu’à l’intervention de madame du Barry. Il faut dire que l’interruption de la procédure commencée devant Je Parlement et, ensuite, l’enlèvement des pièces semblent de nature à autoriser une telle croyance. Si en effet le duc d’Aiguillon était menacé, il a pu avoir recours à celle qui avait le plus d’empire sur l’esprit du roi et qui l’exerçait volontiers en faveur des accusés. Mais le duc était-il coupable, avait-il quelque chose à craindre pour sa tête ou pour son honneur? C’est là une question préalable qu’il faudrait résoudre. Longtemps nous en avons désespéré, croyant que les pièces de la procédure avaient été
1 .Les Anecdotes , p. 158. — Mss. de l' Arsenal. Belles-Lettres,
détruites, mais il n’en était rien; elles avaient été supprimées, elles avaient passé des papiers de M. de Fontette , secrétaire de la commission de Saint- Malo , dans la collection de M. de Paulmy , de là dans la bibliothèque de l'Arsenal1, sous ce titre : « Procédures en Bretagne et devant la Cour de Paris, en 1770 MDGGLXX. » Les originaux sont peut-être conservés dans les archives de Rennes. On peut donc s’en rendre compte et savoir enfin ce qu’il y avait de vrai, de substantiel, dans ces fameuses accusations qu’on trouve si souvent répétées dans les ouvrages du dix-huitième siècle et jamais formulées d’une manière précise.
MM. de la Chalotais avaient été arrêtés comme fauteurs de la rébellion du Parlement aux ordres du roi et soupçonnés, à tort ou à raison, d’en être les meneurs. La vaste correspondance qu’il entretenait, ditM. Lacretelle, le rendait presque aussi puissant à Paris, à Rouen, à Toulouse que dans la Rretagne2. On sait pertinemment que l’idée de leur attribuer les écrits anonymes dont on recherchait les auteurs vint de M. de Galonné seul, et, par occasion de sa légèreté naturelle ;‘la crédulité des magistrats, la servilité des experts firent tout le mal : ce sont ces personnages seuls qui doivent répondre de la persécution intentée contre MM. de la Chalotais. M. d’Aiguillon y était étranger; on éprouvait cependant le besoin de l’y comprendre, à tel point qu’on imagina la fable suivante, répandue dans un pamphlet :
« Lors de l’instruction des magistrats à la prison de