CHAPITRE II
Jeanne Bécu avait été élevée dans une maison religieuse de Paris ; elle y était restée plusieurs années et y avait reçu une certaine instruction. Voici quelles sont sur ce point les assertions des autorités les plus sérieuses :
« Mademoiselle Beauvarnier (sic), dit Senac de « Meilhan, était née dans la bassesse. Les circon- « stances particulières et les agréments de sa figure « engagèrent une personne qui eut occasion de la « connoître à lui procurer quelque éducation et elle « demeura plusieurs années dans un couvent1. »
Mademoiselle de la Neuville nous a dit, et nous avons écrit en quelque sorte sous sa dictée cette note : « Ma cousine (Jeanne Bécu) avait été bien élevée, elle avait passé les premières années de sa vie dans une communauté, » sans indiquer laquelle.
Montigny ajoute quelque chose de plus, il dit : « Madame du Barry fut élevée au couvent de Sainte-
1. Caractères et portraits , p. 23, édit. Dentu, 1813. Bibl. Nat., Z, 2281.
Aure. Yoilà tout ce qu’on peut avancer de certain sur ses premières années1. »
Ce témoignage honorable nous permet d’écouter les voix impures, toujours suspectes de Pidansat de Mayrobert 2 et de Restif de la Bretonne. Ils s’accordent aussi pour désigner Sainte-Aure. On peut donc admettre ce point comme étant suffisamment établi. On ne sait au juste par quelle protection l’enfant fut admise dans ce monastère, les uns ont parlé de Billard, le neveu de M. Billard-Dumouceau, les autres deGomard, le père présumé de Jeanne Bécu, qui serait devenu prêtre habitué de Saint-Eustache. A ces conjectures, nous n’aurions à ajouter que d’autres, hypothèses, par exemple l’influence de l’abbé Arnaud ou celle de Philippe Bécu, prêtre à Saint- Nicolas-des-Champs dont nous avons déjà vu la parenté rapprochée et certaine avec la mère de Jeanne3. Beffroy de Reigny parle encore d’un autre Bécu, chanoine de Tournay, résidant à Paris4.
Isolées ou réunies, ces protections ou d’autres encore n’ont pas manqué à la jolie enfant qui dut sa première éducation aux agréments de sa figure ou aux protecteurs de sa mère, suivant les expressions de Senac de Meilhan.
La communauté des filles de Sainte-Aure avait été autrefois, mais n’était plus une maison de refuge; si elle avait été fondée primitivement par le curé de Saint-Etienne-du-Mont « pour procurer un asile à plusieurs jeunes filles de sa paroisse que la misère