Ibid
France et proscrits en grande partie par son fait. Le Dauphin qui était leur partisan pouvait donc très légitimement s’occuper en 1760 de leur expulsion imminente et il était permis apparemment au duc de la Vauguyon , son favori, de faire présenter un mémoire en leur faveur. Non certes que nous partagions ces idées, notre répugnance reste entière contre la domination abusive de cette société, contre son esprit inquisitorial, contre ses tendances ultramontaines. On pouvait les combattre, mais loyalement, au grand jour et en leur laissant la faculté imprescriptible de se défendre. C’est ce que n’aurait pas voulu M. de Choiseul qui trouvait plus commode de supprimer un adversaire que de l’écouter. M. de la Yauguyon lui faisait ombrage : il aspirait, suivant lui, à devenir ministre, il avait des visées politiques; c’était un crime irrémissible. « Naturellement jaloux... dit un de ses admirateurs... sa présomption est poussée à l’extrême et l’on aperçoit à chaque instant la différence infinie qu’il met entre 1 ui et les autres hommes; » avec de pareilles dispositions qui nous sont rappelées par Besenval, on comprend ses haines à outrance contre ceux qu’il supposait être des rivaux, M. d’Aiguillon, M. de la Yauguyon. Ses colères passaient de lui à son entourage et devenaient de proche en proche des arrêts de proscription.
Il possédait, au suprême degré, l’art perfide de faire circuler et surtout d’accréditer 1 ces accusations
1. « Quoi que fit Choiseul, il avait l’opinion, la presse, les salons, Ferney. Cela le rendait impeccable d’une sécurité étonnante. Choiseul, sa sœur, avaient l’absolution d'avance dans leurs actes les plus risqués; à tout on mettait la sourdine. » Michelet, Louis XV, p. 159 et tout le développement qui suit,
insaisissables au fond desquelles on ne trouve rien. Le rôle qu’il avait dévolu à M. de la Vauguyon était celui d’une méchanceté atroce unie à une incapacité profonde. C’est sous ce masque hideux qu’il est constamment représenté. C’est imbue de ces préventions que Marie-Antoinette arrive en France et qu’elle juge M. de la Vauguyon. Tantôt il écoute aux portes1, tantôt il s’efforce de détourner le Dauphin d’aimer sa jeune femme; double invraisemblance et qui aurait dû tomber devant le moindre examen même avant qu’on ne connût l’obstacle physique qui s’élevait entre les deux époux. M. de la Vauguyon avait, il paraît, fait retirer les grandes entrées chez M. le Dauphin à certaines personnes, la Dauphine les leur fait rendre, on ne sait pourquoi 2. Marie-Antoinette repousse avec énergie la possibilité d’avoir pour dame d’atours la duchesse de Saint-Mégrin (la belle fille de M. de la Vauguyon) et même elle s’aventure jusqu’à dire au prince son époux que le duc de la Vauguyon et son fils, le duc de Saint-Mégrin, étaient deux fripons dont on ne saurait assez se méfier3. Le Dauphin secoue la tête sans répondre, ce que Mercy prend pour une espèce d’adhésion...? Nous en doutons pour l’honneur de Louis XVI qui ne pouvait souscrire à des accusations aussi flétrissantes contre un vieux soldat qui avait servi glorieusement son pays, qui avait été l’ami de son père et l’avait remplacé auprès de lui pendant son éducation.
Ce même jour, M. le Dauphin devait souper à l’Her-