‹ Histoire de madame du BarryChapitre 255 sur 304 · A M. LE COMTE DE FUENTES L · texte numérisé non relu

A M. LE COMTE DE FUENTES L

S. M. écrit au Roy son cousin pour lui demander ouvertement de retirer les affaires d’entre les mains du cardinal de Bernis, en satisfaction des in jures dont le cardinal est l’inventeur et celui qui les fait courir, ayant ajouté à l’imposture de la négociation secrète celle de dire que le ministère espagnol étoit fâché que la France soit réintégrée dans le constat d’Avignon, sans que je vous rapporte ici d’autres inventions du même cardinal non moins odieuses et infondées. Mais S. M. s’arrêta à penser que c’étoit compromettre le duc de Choiseul qui nous avoit confié la susdite dépêche, en réfléchissant que la passion du Roy son cousin pour madame du Barry étoit si vive, qu’il pourroit arriver que S. M. ne réussît pas dans sa demande.

On lit encore dans la lettre de Mercy, du 20 août 1770 (déjà citée ci-dessus) :

1. Reçue par un courrier extraordinaire, septembre 1770 (p. 402 encre rouge), Espagne, 1770, 360.

Ce même jour1, madame l'Archiduchesse demaûda que la place de Dame du palais, occupée par la comtesse de Tonnerre, qui se retire, fut donnée à sa belle-fille, et le roi y consentit sur-le-champ, quoique la cabale de la comtesse du Barry eût intrigué pour que cette même place fût donnée à une autre dame.

Madame du Barry n’était donc pas omnipotente, comme on le dit et comme le font croire les Anecdotes ? Son pouvoir sur le roi n’était pas absolu, même dans les petites choses, et la Dauphine avait souvent la préférence, à coup sûr bien légitime qu’elle méritait. Ce n’est pas, au reste, madame du Barry qui est personnellement mise en cause par M. de Mcrcy : c’est sa cabale, c’est-à-dire son entourage, pire qu’elle même.

M. de Mercy continue sa lettre ou plutôt ce qu’il appelle très justement son journal, et il place, sous la date du 14 août, le récit d’un entretien qu'il a eu avec la Dauphine. Elle lui parle de sa conversation avec M. de Choiseul et ensuite du Dauphin en disant :

« Qu’elle en était contente, que tous les petits défauts de son extérieur, provenaient de l’éducation négligée qu’il avait eue, mais que son fond était excellent, qu’il étoit le meilleur enfant et du meilleur caractère (ce sont ses propres termes, prononcés d’un air touché et attendri). Elle ajouta que rien ne la gênait dans ses conversations avec le Dauphin, qu’il lui marquait du plaisir à l’entendre et de la confiance; que, quoiqu’il fût fort réservé sur le chapitre des gens qui l’entourent, elle était à présent bien assurée qu’il connaissait le duc de la Vauguyon et son fils et qu’il ne les aimait ni ne les estimait qu’il

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