Lettre du 12 novembre 1770, p
monde et de moyens encore à savoir ce qui se passe chez le roi. A cela je joins encore mes propres observations, de façon qu’il n’est pas d’heure dans la journée de laquelle je ne fusse en état de rendre compte sur ce que madame l’archiduchesse peut avoir fait, dit ou entendu, surtout pendant les séjours à Compiègne ou ici (Fontainebleau) et j’ai donné à mes recherches toute cette étendue parce que je sens combien le repos de S. M. y est intéressé. »
Madame la Dauphine est plus réservée dans ses propos, il y a donc un temps où elle s’y livrait sans réserve; et quant à l’attitude du roi, on va voir, par une anecdote, que Mercy raconte lui-même que Marie- Thérèse n’était pas si loin de la vérité qu’il veut bien le dire h
Nous avons raconté la disgrâce encourue par la comtesse de Gramont; elle avait été exilée dans ses terres le 6 juillet 1770 pour une insulte à madame du Barry :
« Le soir du 19 novembre, dit M. de Mercy, me trouvant au jeu de madame la Dauphine, elle me dit que la comtesse de Gramont venait de lui écrire pour lui exposer que sa santé était dans un état à exiger de très prompts secours, qu’elle ne pouvait se le procurer à une campagne
1. Madame Campan (C. III, p. 79) n’hésite pas à attribuer ces coupables délations au prince Louis de Rohan, ambassadeur à Vienne. «Il représentait, sans cesse, dit-elle, la jeune Dauphine comme s’aliénant tous les cœurs par des légèretés qui ne pouvaient convenir à la dignité de la Cour de France. Cette princesse recevait souvent devienne des remontrances dont la source ne pouvait lui rester longtemps cachée; et c’est à cette époque qu’il faut rapporter l’éloignement qu’elle n’a jamais cessé de témoigner au prince de Rohan. »
On voit quelles sont les conséquences funestes de ces espion-
éloignée de vingt-cinq lieues de la capitale, qu’ainsi elle demandait en grâce qu’il lui fût permis de les aller chercher à Paris; sur quoi madame la dauphine m’ajoutant que s’agissant d’une de ses dames du Palais et d’une prière fondée sur des motifs si justes, elle était résolue d en parler le même soir au roi... Après le jeu, madame 1 archiduchesse qui soupait avec le roi prit occasion de lui exposer d’une façon pleine de grâce et de douceur la demande de la comtesse de Gramont et des raisons qui parlaient en sa faveur. Le roi marqua un 'peu d,' embarras et dit à madame la dauphine qu’il y penserait et lui donnerait incessamment UDe réponse.
« Le 20 au matin, madame la dauphine, ainsi qu’elle en était convenue la veille, fit appeler le duc de la Vrillière et en l’instruisant de la démarche qu’elle avait faite auprès du roi, elle chargea le ministre d’aller prendre les ordres de S. M. et de ne pas lui laisser ignorer que c’était madame la dauphine qui l’envoyait. Le duc de la Vrillière s’acquitta de la commission et le roi lui dit qu’avant tout il s’agissait de vérifier si la comtesse de Gramont était réellement malade, qu’à cet effet on devait dépêcher un courrier au médecin de cette comtesse, pour en avoir une attestation, qu’indépendamment il fallait aussi prévenir la comtesse du Barry, dont le consentement était nécessaire au retour d’une personne qui ne se trouvait exilée que pour l’avoir offensée. Le duc de la Vrillière obéit et après avoir expédié le courrier, il alla exposer Je fait à la favorite, qui témoigna d’abord vouloir s’opposer au désir de madame la dauphine. Le même jour, le duc de Choiseul parla au roi sur le sujet
nages. Marie-Antoinetle observée de près par Mercy d’Argentan qui avoue avoir corrompu la domesticité de la Dauphine, s’en prend au cardinal Louis de Rohan ; celui-ci, injustement accusé, fait tout ce qu’il peut pour regagner les bonnes grâces de la Souveraine ; et l’affaire du Collier naît des indignes pratiques de Marie-Thérèse avec son ambassadeur.
en question et lui présenta, dans les termes les plus forts, que sa bonté, son humanité, seraient honteusement compromises, s’il rejetait la prière de la comtesse de Grammont; cependant le monarque ne se décida point encore.
« Le 21, toute la journée se passa sans événement Le soir, il y eut souper en public, et après le grand couvert, madame la dauphine reparla au roi de la comtesse de Gramont. S. M. en prenant un air sérieux répondit : « Madame je crois vous avoir dit que je vous donnerais une réponse quand il serait temps. » Madame la dauphine, sans le moindre embarras, répliqua : « Mais papa, indépendamment des raisons d’équité et de justice, songez donc quel chagrin ce serait pour moi si une femme attachée à mon service venait àmourir dans votre disgrâce. » Ces mots, prononcés d’une façon charmante, firent le plus grand effet sur le roi; il sourit et reprenant le ton d’amitié , il assura madame la dauphine qu’elle serait satisfaite incessamment.
« Le 23, le courrier dépêché au médecin de la comtesse de Gramont revint avec les attestations nécessaires, le roi; avant de se rendre au spectacle, ordonna au duc de la Vrillière d’envoyer sur-le-champ à la comtesse de Gramont, et cette permission fut expédiée à l’insu de madame du Barry...
« Aussitôt que madame la dauphine vit le roi, elle le remercia de la permission accordée, et le roi lui dit d’un air riant : « Madame, j’ai exécuté vos ordres L »
1. Louis XV s’est toujours montré dur et, il faut le dire, inhumain envers ceux qui avaient encouru sa disgrâce. Les deux faits suivants en sont la preuve :