‹ Histoire de madame du BarryChapitre 265 sur 304 · juin 177Q · texte numérisé non relu

juin 177Q

tion à Londres. Le roi d’Angleterre fait aussitôt armer une escadre et menace d’hostilités immédiates, à moins que l’Espagne n’accorde ces deux points :

1° Réparation de l’insulte faite au pavillon anglais ;

2° Remise des choses en l’état où elles étaient en reconduisant les Anglais expulsés au port Egmont.

Le roi d’Espagne consentait à ces deux conditions, mais il demandait qu’il fût dit que les Anglais sortiraient des Malouines dans un certain délai, ou que tout au moins la question serait traitée diplomatiquement.

Les Anglais se refusaient impérieusement à cette concession, qui paraissait cependant assez juste. Mais ils voulaient surtout humilier l’Espagne et ils exigeaient une déclaration pure et simple, sans atténuation, sans commentaire.

« Le Roi d’Espagne , dit une dépêche du marquis d’Ossun, -vivement affecté de la façon altière de traiter du ministère britannique et jaloux de sa gloire comme un ancien chevalier, auroit désiré la guerre plutôt que de subir une paix honteuse. »

« La nation espagnole, continue M. d’Ossun, s’est animée à un degré qu’on ne peut s’empêcher de qualifier de fanatisme. C’est une chose surprenante que cette nation à qui nous reprochions avec raison d’avoir une haine invétérée de la France ait adopté dans un instant des sentimens tout à fait contraires, les villes, les provinces, le haut clergé, les moines, le public offrent à l’envi leurs biens, leurs revenus, leurs personnes pour faire la guerre à l’Angleterre. »

Dans cette conjoncture, que devait faire M. de Choiseul? S’il voulait la guerre, il n’avait qu’à se prononcer pour l’Espagne. Le traité de la quadruple

alliance l’y autorisait et tout le pays était prêt à se lever, Charles III en tête, pour résister à une exigence inique. S’il voulait au contraire, forcer l’Espagne à la paix, il devait se déclarer pour l’Angleterre — car alors l’Espagne n’oserait pas affronter une lutte inégale et son gouvernement céderait. Nous allons laisser parler les dépêches conservées au département des affaires étrangères.

La première lettre adressée de France à M. Grimaldi manque. — Mais la réponse de M. d’Ossun fait connaître implicitement quel en était le contenu.

On y lit :

Je me suis borné à faire considérer, selon vos ordres :

, 1° Que la paix étoit préférable à la guerre et que c’étoit l’avis du Roi et de son ministère.

2° Que, quelque parti que S. M. jugeât à propos de prendre, il falloit qu elle se déterminât promptement afin de n’avoir pas à combattre les incidents du Parlement qui s’assembleroit au mois de novembre prochain et la fougue redoutable du parti de l’opposition.

3° Qu'il étoit nécessaire que la cour d’Espagne déclarât du premier coup tout ce qu’elle pouvoit ou vouloit faire relativement à la satisfaction que le ministère britannique demandoit sur ce qui s’étoit passé au fort d’Egmont, parce que les circonstances ne permettent pas de filer la négociation.

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