‹ Histoire de madame du BarryChapitre 267 sur 304 · Dern. mois. 1770, p · texte numérisé non relu

Dern. mois. 1770, p

d’autre moïen de conserver la paix que celui d’accorder purement et simplement la déclaration, de se fier aux Anglois sur la discussion du fonds du droit et de se borner à faire sur cette partie une déclaration verbale. Comme je pensois et que je pense encore que la réserve par écrit est de toute justice, je ne puis vous conseiller de vous en départir; elle est si évidemment juste que, malgré ce que l’on mande de Londres, je suis persuadé que les Anglois l’accepteroient et que la seule difficulté seroit qu’ils y répondissent, de sorte que, pour abonder dans le désir de la paix et faire tous les sacrifices possibles, il faudroit autoriser le prince de Masseran à donner la déclaration sur les deux points ; dans un instrument séparé, la déclaration sur la réserve et se fier aux Anglois pour la réponse, en leur déclarant verbalement que, si leurs procédés et leur conduite ne sont pas tels que l’Espagne, d’après leur parole, a lieu d’y compter, S. M. C. ne désarmera pas jusqu’au tems où les effets auront correspondu aux paroles. Je ne vous conseille pas ce parti, mon cher confrère, car je ne conseille plus rien; je vous dis seulement que c’est le seul qui puisse assurer la Paix. Mais, si vous le prenez, il faut le prendre promptement, car, si la réponse à ce courrier n’est pas à Londres avant Je 10 janvier, je crains qu’elle n’arrive pas à tems. Si vous ne prenez pas ce parti, il faut prendre celui d’entrer en guerre vers la même époque, c’est-à-dire à la fin de janvier, et, dans ce cas, je croirois qu’il faudroit nous mander Je jour que vous arrêteriez les vaisseaux anglois dans vos ports et que vous mettriez un embargo général, afin que nous fussions ici préparés pour en faire autant; la déclaration viendroit la semaine après.

Vous êtes éclairci, mon cher confrère, sur la position; ainsi, c’est au Roy d’Espagne à prendre son parti selon que sa sagesse lui dictera. Je ne vous dirai pas tout ce qu’il y a à dire sur l’incertitude des événemens d’une guerre entreprise surtout pour un aussi petit objet; sur

les dépenses de cette guerre ; sur sa durée ; vous savez, sur tous ces objets, ce qu’il y a à dire et à réfléchir ; je ne crois pas que l'on puisse jamais sacrifier l’honneur de sa couronne, mais je ne pense pas, à vrai dire, que celui de la couronne d’Espagne soit compromis dans cette occasion ; le fonds du droit ne touche qu’à l’intérêt, et il reste à calculer si cet intérêt équivaut les hasards d’une guerre.

Comptez toujours, mon cher confrère, sur l’attachement le plus tendre.

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