A M. LE MARQUIS D’OSSUN
Versailles, le 23 décembre 1770.
Je ne ferai, Monsieur, qu’une seule réflexion que j’ai déjà faite mille et mille fois : c’est que la décision de la paix ou de la guerre dépend de la volonté de l’Espagne ; qu’il est bien démontré que le Roi et les ministres d’Angleterre ne veulent pas la guerre, mais qu’ils ne peuvent pas, sans risquer beaucoup, se départir de leurs demandes simples. Ainsi, la question se réduit donc à présent, ainsi que je l’ai mandé il y a trois mois, à savoir si le Roi d’Espagne veut dire qu’il est fâché de l’entreprise du 10 juin et qu’il consent que les choses soient rétablies ainsi qu’elles l’étoient avant cette époque; s’il veut dire comme cela : la paix est faite, pourvu que le courrier soit revenu le 10 du mois prochain ; s’il veut ajouter quelque chose à cette déclaration de satisfaction, la guerre est certaine. C’est à l’Espagne à juger si la question présente mérite la guerre, à peser les inconvénients et les hasards ; je me borne à vous assurer que la France sera fort fâchée de faire la guerre pour un aussi petit objet, et que, si j’avois l’honneur de conseiller le Roi d’Espagne, je me flatterois de lui persuader de faire donner la déclaration de la satisfaction purement et simplement; d’ordonner à
son ambassadeur de faire une déclaration sur le fonds du droit et d’attendre ensuite quelque temps pour négocier ensuite sur ce droit, voilà mon avis. Le Roi vous autorise, Monsieur, à le dire à S. M. C. — J’ai l’honneur d’être...