LETTRE DU ROI D’ESPAGNE AU ROI DE FRANCE
2 janvier 1771 .
Monsieur mon frère et cousin,
« J’aï toujours esté painé de voir la désobéissance des Parlements de France, et le chemin qu’ils faisoient pour empieter sur l’autorité Roïale ; on ne peut que louer par conséquent la resolution que V. M. a prise de concerver son pouvoir souverain et de se faire obbeir ; si, pour un motif aussi essenciel et si intéressant pour V. M., il etoit besoin de secours, tous ceux qui dependroient de moï seront toujours à sa disposition ; trop heureux de trouver des occasions de satisfaire les sentiments de mon cœur envers la personne de V. M. et aux devoirs de la Famille. Parle meme principe, je fairaï sûrement tout ce qui sera possible pour éviter la guerre. Mon ambassadeur informera V. M. des ordres nouveaux que j’envoie, afin qu’on tache d’accomoder l’affaire actuelle avec l’Angleterre, si il est possible; mais je crains que ces mêmes circonstances de la France qui nous déterminent a beaucoup de sacri-
fices, et que l’Angleterre n’ignore pas, ne la portent à vouloir absolument la guerre ; c’est pourquoy il eut été heureux de pouvoir diferer la juste resolution de Y. M. vis avis des Parlements jusques a passer ce moment si critique. Je suis bien fâché aussi par la meme raison, que le duc de Choiseul ait déplu a Y. M. dans ce moment cï, puisque nos ennemis jugeront, quoique sans fondement, que comme il a été l’instrument du Pacte de Famille, son éloignement du ministère puisse amener du refroidissement entre les deux Couronnes, que c’est a quoi ils aspirent depuis longtems. J’expose a V. M. ce que je pense avec sincérité, en réponse de la confiance quil Lui a plu de me témoigner dans sa lettre du 21 du mois passé, et l’asseure des sentiments d’amitié cordiale et de tendresse avec lesquels je serai' toutte ma vie, Monsieur mou frere et cousin
de Votre Majesté,
Son frere et cousin.
Charles D.
On lit encore dans une autre lettre du Roi de France au Roi d’Espagne : « Sans être obligé de recourir aux moïens extrêmes, la nature des arrangemens que j'ai pris ramènera bientôt aux termes du devoir et de l’obëissance des corps qui s’en sont écartés bien moins par principes que par suggestions1 2. »
Par suggestions — Ces derniers mots renferment une accusation formelle et une révélation directe. Qui donc pouvait être l'instigateur des Parlements ? Un seul homme était de taille à jouer ce rôle, à avoir ce crédit. Susciter ces grands corps, si insaisissables et si multiples, si arriérés et si novateurs, lesrallier au