Boutarie. Cor. secrète , I, p
tour d’une idée, les faire marcher ensemble contre la royauté, au mépris de leurs intérêts les plus manifestes, c’était là une difficile entreprise ; pour s’y risquer, il fallait la folle audace et le prestige du duc de Ghoiseul ; lui seul pouvait être l’hydre aux nombreuses têtes, capable de se mesurer avec le maître. Louis XV, le comprit à la puissance, à l’unanimité de l’attaque. Il était trop défiant pour s’en remettre à M. de Ghoiseul du soin de sa défense l, il avait plus de foi en M. de Maupeou, le défenseur de ses prérogatives royales, il n’hésita pas et fit disparaître M. de Ghoiseul. On a beaucoup brodé sur ce thème ; au fond, c’est toujours par la querelle avec le Parlement que les témoins les mieux informés ont expliqué l'exil de M. de Choiseul. Chose étrange, Marie-Thérèse, elle-même, ne savait pas que le ministère de Choiseul dût tomber, tant le coup fut rapide et inattendu! Aussi elle s’adressa à M. de Mercy et lui écrivit ces mots :
« Si vous apprenez de temps en temps quelque chose des Choiseul et de la cause de leur disgrâce, car leurs inconséquences et impertinences tolérées depuis tant d’années ne peuvent être la cause leur chute ; je vous prie de me le marquer2.»
Mercy répond longuement et voici le principal motif qu’il donne :
1. Voyez ci-dessus. La dispute entre M. de Choiseul et le maréchal de Richelieu. On se rappelle que Marie-Antoinette malgré toutes ses préventions, refusa de croire à la justification de madamede Gramont. Ce secret d’État était peut-être celui de Louis XV.
« Les ennemis de M. de Choiseul persuadèrent au roi que le duc excitoit les Parlements dans leur désobéissance et qu’il pourroit s’en suivre un soulèvement dans le royaume, si le ministre n’étoit promptement renvoyé >. »
Mercy ajoute beaucoup de causes accessoires qui auraient pesé sur la volonté du roi, mais elles sont toutes subordonnées à cette idée primordiale, la complicité avec les Parlements (voyez la lettre de Mercy in extenso). Tel est aussi le point de vue de M. de Gleichen : Si M. de Choiseul a succombé, d’après lui, c’est à l’accusation d’avoir eu des liaisons criminelles avec le Parlement qu’on savait lui être fort dévoué et d’avoir voulu attenter à la puissance royale qu'il n aimait pas trop. Paroles bien remarquables dans la bouche d’une personne entièrement dévouée au parti Choiseul et soupçonnée d’avoir voulu aspirer au rôle d’amoureux de la duchesse.
Telles sont, sur ce point délicat et non éclairci, les informations les plus sûres.
Quelle est la part d’influence qu’a pu exercer madame du Barry?
Dès 1765, M. de Choiseul était obligé de se justifier auprès du roi d’avoir soutenu les demandes et les prétentions des Parlements *. L’on voit par ses mémoires inédits qu’il rêvait de la formation d’Etals provinciaux et qu’il allait même jusqu’à la convocation des États généraux8. Ce plan était-il déjà développé dans sa tête? Nous ne saurions le dire ; cependant comme il cite Montesquieu et qu’il reconnaît