‹ Histoire de madame du BarryChapitre 290 sur 304 · Décembre · texte numérisé non relu

Décembre

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 465

Qu’en conséquence, le dit Lamez est venu chez les plaignantes et a commencé à montrer à friser à la dite demoiselle Rançon, ce qu’il a continué jusqu’à présent;

Que le jour d’hier sur trois heures et demie, la dite dame veuve Lamez est venue chez les plaignantes et étant montée dans leur chambre, elle a dit à la dite dame Rançon (sa fille étant alors absente) qu’elle venoit de chez les voisins s’informer si son fils venoit chez elle — à quoi la dite dame Raçon a répondu qu’il y venoit publiquement et qu’il ne se cachoit pas attendu qu’il ne faisoit aucun mal. Sur quoi la dite dame Lamez à dit à la plaignante « qu’elle étoit une débaucheuse de jeunes gens, une ma- « querelle, une gueuse, que sa fille étoit une putain,

« qu’elles faisoient dépenser à son fils tout son argent et « qu’il les entretenoit — A quoi la plaignante a répondu que tout ce qu’elle disoit étoit faux ; qu’il étoit vrai qu’il mangeoit quelquefois chez elles , lorsqu’il venoit aux heures du dîner ou du souper mais qu’il ne lui en coutoit rien.

Qu’ensuite elle est sortie dans l’escalier de la dite maison où elle a répété nombre de fois les dites injures, ce qui a été entendu de tous les voisins ;

Après quoi elle est descendue chez une fruitière, demeurante susdite rue et en face delà maison des plaignantes, où elle a encore répété à différentes fois les dites injures.

Qu’ayant vu la dite demoiselle Rançon qui revenoit à la maison, elle est sortie de la boutique de la fruitière et a été la prendre par le bras en lui disant « qu’elle étoit une gueuse, une putain, une petite coquine et autres injures de pareille nature, qu’elle la feroit mettre à l’hôpital. »

Que la dite demoiselle Rançon qui ne savoit à qui en vouloit la dite veuve Lamez et ne comprenant pas ses injures, elle ne lui a pas répondu et est montée chez elle.

Qu’ensuite la dite dame est rentrée dans la boutique de la dite fruitière, où étant elle regardoit la fenêtre de la chambre des plaignantes en appelant à haute voix :

466 PIÈCES JUSTIFICATIVES

« Eh ! la Rançon, débaucheuse de jeunesse tu es une maquerelle. »

Qu’elle feroit un placet qu’elle présenteroit à M. le curé...

Ce qui a été entendu de tous les voisins et passans, lesquelles injures elle a encore repétées en s’en allant et dans une autre boutique de fruitière.

Et comme l’honneur et la réputation des plaignantes est attaquée par les injures ci-dessus que la dite dame Lamez a proférées publiquement, ce qui peut leur faire un tort considérable et ayant un intérêt sensible, d’avoir une réparation authentique, les dites plaignantes ont été conseillées de venir nous faire la présente plainte.

Signé: Anne Bécu; M. S. Rançon, (madame du Barry, Rançon.

Carpentier (Liasse 1328.— Commissaire. Charpentier'. Archives de l’Empire.

(Pièce trouvée par M. Campardon et communiquée par lui.)

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