CHAPITRE VI
JEANNE BÉCU A-T-ELLE ÉTÉ FILLE PUBLIQUE? A-T-ELLE ETE DANS UNE MAISON DE PROSTITUTION ? SPÉCIALEMENT, A-T-ELLE ÉTÉ PENSIONNAIRE DE LA GOURDAN ?
SU est vrai qu’elle soit descendue au dernier degré de la prostitution , qu’elle ait été fille de joie, ou comme on disait alors : Fille du monde annotée habitant une maison de débauche, en subissant le servage... l’indignité de Louis XV sera sans excuse d’avoir associé une telle femme à son existence, de l’avoir imposée à sa cour, fait asseoir à sa table près de ses filles, et de sa petite-fille, Marie-Antoinette, la jeune dauphine de France ! Toutes les huées des satires et des pamphlets du temps, toutes les accusations des historiens seront légitimes. Le problème vaut donc la peine d’être posé, si ce n’est pour Jeanne Bécu, au moins pour l’honneur de la royauté et de l’histoire.
La question est fort heureusement aussi simple et aussi facile qu’elle est grave.
Tout se réduit à savoir, s’il existait dès 1750, un registre spécial de police sur lequel les filles publiques devaient être inscrites.
Or, voici ce que nous lisons dans les écrits du plus
compétent, du mieux informé des contemporains : le marquis d Argenson, fils de l’ancien lieutenant général de police de Paris :
« La police inscrit les courtisanes 1 et il y en a plus de trente mille ainsi inscrites. »
{Journal du marquis d’Argenson du 21 décembre 1754, vol. VIII, p. 395.)
On connaît même le nom de l’employé qui tenait le bureau où avaient lieu ces inscriptions, il se nommait Yaugien2.
H y a là un moyen de contrôle certain: celle qui est sur la sellette va être confondue ou justifiée.
Écoutons d’abord les accusateurs :
Le recueil de M. de Paulmy, conservé à l’Arsenal, dlt: (( La demoiselle Lange , fille publique à Paris, etc...» Senac de Meilhan3: «Il fit (du Barry) connaissance avec une fille de la plus agréable figure. »
M- de Choiseul, dans ses Mémoires inédits , p. 9 : « J appris que mademoiselle Vauvernier s’appeloit Lange de son sobriquet de fille, que c’étoit ce que les filles appellent entre elles une fille du monde , c’est-àdire une fille publique ; » et plus loin «j’appris aussi de M. de Saint-Floren tin qu’elle avoit été raccrocheuse ans les mes , etc., etc. » Le gazetier cuirassé accuse
. L inscription des courtisanes existait à Rome (Musée secret,
’ ni LPT>i° i Chez nous’ elle ^montait à plus d’un siècle A, • évolution, tout aussi bien que la visite sanitaire et la
chef dp1hPai' V°?e ad,™mstra1;ive. (Voy. le livre de M. Lecour,
Paristt Tn eiaUa10a^refeCtUre dG P°lice> sur la Prostitution. i ans et Londres, 1870, p. 28.)