‹ Histoire de madame du BarryChapitre 52 sur 304 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

MADEMOISELLE BEAUVERNIER OU BEAUVARNIER (1761-1763)

Nous croyons avoir démontré que Jeanne Bécu n’a point été une prostituée au sens technique du mot, qu’elle n’a pas subi la flétrissure de ce qu’on a justement appelé le Bagne de l’amour. Si ensuite on veut parler, par métaphore, comme madame de Boufflers disant de madame de Pompadour « ce n’est après tout que la première fille de France, » nous nous inclinons et ne discutons plus : seulement il faut se rappeler la piquante réponse que madame de Boufflers s’attira de la part de la maréchale de Mirepoix : « ne me forcez pas, madame, de compter jusqu’à trois1. » madame de Boufflers, celle que chacun avait à son tour, madame d’Etiolles elle-même ne tombait pas assurément sous cette qualification : l’une et l’autre étaient des femmes galantes. Jeanne Bécu n’a pas été autre chose sauf le rang et la qualité. Il y a des degrés et des nuances en ces délicates

1 . Mémoires du prince de Ligne , vol. III, p. 306, éd. 13ohné, 1860.

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matières. Nous laissons à d’autres le soin d’en dresser la casuistique. On ne pourra jamais empêcher à la malignité de méconnaître les classifications que l’on tenterait de tracer sur cette carte ambiguë, c’est précisément le châtiment de celles qui oublient les devoirs de l’honnêteté, sans avoir l’excuse de la passion ; elles risquent et méritent d’être confondues avec les prêtresses de l’amour vénal.

Nous avons défendu énergiquement madame du Barry contre l’imputation d’avoir été fille publique, nous l’avons fait avec la conscience de rendre hommage à la vérité, par le même sentiment, nous reconnaissons qu’elle a été une femme entretenue dans l’acception la plus étendue de ces mots. Singulière distinction, dira-t-on peut-être, dans laquelle ne peut entrer la morale ; soit, mais cette morale était celle des contemporains, témoin, l’aveu échappé à d’Argenson. « Il n'y a pas de difficulté à rechercher et à détruire les mauvais lieux, mais les filles entretenues, cela est respectable b » C’était aller beaucoup plus loin que nous n’osons le faire et que nous n’en avons besoin. Nous n’écrivons pas une apologie, nous voulons seulement réunir les éléments d’une biographie, l’existence de Jeanne Bécu au moment de ses phases les plus obscures, s’éclaire par l’histoire éternelle que l’abbé Prévost a embellie dans sa Manon , que Chevrier a racontée avec un réalisme saisissant dans son Colporteur , et qu’a chantée gaiement l’auteur inconnu de la première Bourbonnaise.

Nous l’avons laissée ouvrière en boutique, chez Labille, le marchand de modes. Nous nous la figu-

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