‹ Histoire de madame du BarryChapitre 82 sur 304 · Les Illustres victimes vengées , p · texte numérisé non relu

Les Illustres victimes vengées , p

3. Lettre à l’auteur de la Réfutation , 10 février 1782, du château de N..., près Fontainebleau : « Jen'avois point attendu, monsieur, votre invitation pour lire les Mémoires historiques et politiques du règne de Louis AF. Je devois penser que j’y rencontre roi s un grand nombre de personnages illustres que mes rapports avec la cour me mettoient à portée de connoitre. Vous me demandez mon avis sur ce qui est personnel à madame du Barri, avec laquelle j’ai vécu dans l’intimité Tout en est faux, Monsieur, tout en est faux ou dénaturé ou singulièrement exagéré!... » {Les Illustres victimes vengées , p. 98.)

Ce récit de Montigny, dégagé de tout arrangement romanesque, serait déjà croyable par lui-même, mais il a été confirmé d’une manière très inattendue par un document qui n’a été publié qu’en 1836, et qui dès lors ne pouvait être connu ni de Sarah Goudar ni de l’auteur des Illustres victimes vengées. C'est le témoignage de celui qui a le mieux su ce qui s’est passé en cette circonstance, de Jean du Barry, le Roué, parlant en personne.

Dans un mémoire détaillé, présenté par lui le 4 novembre 1775, à M. de Malesherbes, alors ministre de la maison du roi, il s’exprime en ces termes :

u Je cédai à madame Rançon et à mademoiselle de Vaubernier, sa fille, l’intérêt que j’avais dans les vivres de Corse, dont elles jouirent pendant quelques mois.

« Les nouvelles dispositions de M. de Choiseul venant à les en priver, elles en sollicitèrent la maintenue auprès de lui; et ce fut dans les divers voyages qu’il les engagea à faire à Versailles que mademoiselle Vaubernier fixa les regards du Roi. M. Le Bel fut chargé de ses ordres, et ce dernier, avec lequel ni elle ni moi n’avions de liaison, en poursuivit l’exécution auprès d’elle seule. »

Le langage du Roué ordinairement embarrassé, artificieux, digne en un mot de son surnom, devient ici très clair et très ferme, son récit présente une singulière coïncidence avec l’opinion de madame Sarah Goudar et de Montigny. C’est un hasard qui a amené l’événement et non pas un calcul. Seulement du Barry sait une chose que les deux autres ignoraient et ne

1. « Depuis que la France avait fait l’acquisition de la Corse, on avait établi à Versailles un bureau pour toutes les affaires de cette Isle » ( Mémoires de Goldoni, tome III, p. 9).

ORIGINE DE LA LIAISON

pouvaient connaître, c’est la cause de cette rencontre entre le roi et mademoiselle Yaubernier. Il ilndique, et son assertion qui n’avait déjà rien d’invraisemblable par elle-même, est pleinement confirmée aujourd’hui par les Mémoires encore inédits du duc de Ghoiseul.

Il s’agissait d’intérêts à obtenir dans la fourniture des vivres pour l’armée d’occupation envoyée en Corse. Il fallait solliciter et s’adresser au département de la guerre, c’est-à-dire à M. de Choiseul qui en était le chef. Du Barry avait une double raison pour éviter de se présenter en personne. Il était mal vu du ministre qui l’avait déjà éconduit comme étant une créature de M. de Richelieu et il espérait sans doute des charmes de mademoiselle Yaubernier plus que de sa propre éloquence. Il l’envoie donc auprès du duc de Choiseul, munie de lettres de recommandation. Ce dernier a raconté l’entrevue à sa manière.

« Mademoiselle Yaubernier ne lui paraît que médiocrement jolie, sa contenance gênée, sa mauvaise grâce lui font croire qu’elle était une femme de province1, et pour se débarrasser de ses insistances, il lui conseille de s’adresser à M. Foulon, chargé du détail des vivres 2. » Les bureaux de la guerre et autres dépendances du même ministère étaient à Versailles, nous l’avons déjà vu ci-dessus, c’était donc y en-

1. Notons cette expression qui rappelle le célèbre passage du Dante :

« Non donna di Provincie, ma Bordello, »

« la tenue d’une dame de province n’a jamais été celle d’une prostituée. » M. de Choiseul, un ennemi acharné, et peu scrupuleux, n’aurait pas manqué de dire que madame du Barry avait un air de fille publique. C’est le contraire qu’il écrit

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