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Mémoires de madame du Hausset, p

ORIGINE DE LA LIAISON

est bien fort et nous n’y croyons guère chez ces dames si richement dotées, appointées. On peut dire seulement que le roi, malgré son âge, n avait rien qui dût inspirer de la répulsion. Voir au musée de Versailles toute la série de portraits par les Van-Loo1. Si d’ailleurs une duchesse n'a jamais que trente ans pour un bourgeois, cela est vrai surtout d’un puissant monarque dans ses relations avec une favorite.

A en croire le Roué, Jeanne n’aurait reçu d’abord aucune grâce pécuniaire et il aurait dû faire toutes les avances sur ses ressources personnelles. C’est un point que nous examinerons plus loin. Sans pouvoir préciser au juste à quelle époque Jeanne V aubernier reçut une pension fixe, il est certain qu’il dut y avoir des cadeaux donnés et même de l’argent comptant, ne serait-ce que pour l’acte important dont nous avons à nous occuper et qui est la première date apparente dans l’histoire de ces royales amours. Nous voulons parler de l’alliance contractée entre Jeanne Vaubernier et un du Barry, qui est non pas le Roué mais son frère. Et tout d’abord la première question est celle de savoir qui a voulu ce mariage ?

On a dit que le roi, sentant sa passion grandir et redoutant sa propre faiblesse, aurait exigé que sa maîtresse fût promptement mariée, pour qu on ne revît pas, sous son règne, une nouvelle madame de Maintenon 2. D’autres pensent qu’on avait présenté mademoiselle Vaubernier à Louis XV comme une

1. Y. au musée de Versailles la suite des portraits de Louis X\ , par tous les Van-Loo. On le voit s’avancer vers la décrépitude, sans cesser d’être beau.

2. Lettre au duc de Choiseul. — Revue de Paris, 1829, tome IV.

femme mariée et titrée, et qu’il fallut se hâter de régulariser la situation avant que la fraude ne fût découverte.

Pour nous, le motif déterminant aurait été plutôt une raison d'étiquette, ce qui équivalait alors à une raison d’Etat. L’intrigue avait pu rester secrète au milieu d’une grande ville, comme Paris ou Versailles, mais le moment du voyage de Compiègne arriva. Là il était difficile de se cacher. Louis XV n’était pas homme à se passer de sa nouvelle conquête et, pour l’avouer, il fallait au moins qu’elle portât un titre. « Alors, dit Jean du Barry, avant de conduire mademoiselle de Vaubernier à Compiègne, Le Bel voulut qu’elle n’y parût que comme l’épouse de mon frère, ce à quoi je me prêtai ainsi que lui sans autre motif que la loi d’une aveugle et respectueuse obéissance1. »

On s’est demandé souvent pourquoi Jean du Barry n’avait pas épousé lui-même mademoiselle Vaubernier. Il y aurait eu d’abord la crainte de soulever contre lui une répugnance très légitime, puisqu’il avait vécu publiquement avec cette femme ; mais il existait un empêchement bien autrement péremptoire : il était marié et sa femme vivait encore. Elle ne mourut que vers 1775. C’est ainsi qu’il fut amené à songer à son frère pour que cette turpitude ne sortit pas de la famille.

Antoine du Barry, le père commun, était décédé depuis 1744, sa veuve existait toujours à Toulouse. On ne la lit pas venir à Paris, on se contenta d’obte-

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