‹ Histoire de madame du BarryChapitre 93 sur 304 · Edit, du 20 mars · texte numérisé non relu

Edit, du 20 mars

2. Cependant elle était encore très sévère : on en jugera par l’exemple suivant que nous empruntons aux Rémissions. (Voy. Archives générales, V1 648, registre criminel, années 1737-1755.)

« 29 janvier 1753. — Commutation de peine demandée par Louis-François Godin, Jean Rique, Denis Baudry, Vatard et Pierre-Julien Quenion, condamnés à faire amende honorable et aux galères à temps pour avoir, dans le mariage du sieur Rateau, certifié un faux domicile, et par Henri Macel, condamné au bannissement. Ainsi, pour une faute qui paraîtrait aussi légère, six personnes avaient été condamnées au bannissement, à l’amende honorable, aux galères, peine alors fort cruelle, puisqu'elle emportait la marque, l’exposition au carcan, la mise à la chaîne, etc. Il ne s’agissait cependant que de la certification d’un faux domicile, mais elle avait été commise dans un mariage, . c’est-à-dire dans un acte solennel consacré par la religion, etc. De là l’élévation de la peine. Combien le crime ou les crimes auraient paru plus énormes dans notre affaire, où des actes entiers avaient été fabriqués de toutes pièces, d’autres altérés, etc., et surtout pour tromper le Roy!

« C’est ainsi que s’explique la condamnation de l’infortuné du Truche de la Chaux. Il n'avait commis qu’une peccadille ridicule qui, de nos jours, serait à peine considérée comme une tentative d’escroquerie. Mais, dit la sentence, il s’était rendu coupable d’imposture, capable d’alarmer le Roy, soupant à son grand couvert (V. la sentence à l'appendice). Pour réparation d’un tel forfait, il fut condamné à la roue, à la confiscation de ses biens, à l’amende honorable devant N.-D., les Thuilleries et les portes de l’Hôtel-de-Ville, après avoir été appliqué à la question ordinaire et extraordinaire. Le Parlement réforma la sentence, et à la roue substitua la potence; mais la question subsista, et la Chaux subit cet horrible supplice sans que le roi fit grâce, comme on l’avait espéré. •» (Barbier, janvier 1762. — V. à l’appendice les pièces de cette procédure).

3. V. affaire Royer-Dubourg. M. d’Argenson écrit à MM. de la Mazurie, président de l’élection d’Avranches, et Radier, sub-

ORIGINE DE LA LIAISON

doute que si les auteurs de ces agissements eussent été déférés à la justice ordinaire, ils n’eussent été condamnés à la corde avec addition de la question préalable pour avoir révélation des complices. Quels étaient les auteurs de ces falsifications audacieuses ? M. Le Roi désigne Gomard, nous ne savons pourquoi. Il n’y avait nul intérêt. Un contemporain accuse l’immoralité de Jean et son caractère artificieux avec beaucoup plus de vraisemblance, selon nous. Jeanne Bécu n’était certainement pas la plus coupable, cependant on ne pourrait l’innocenter entièrement : elle était d’âge et d’intelligence à comprendre ce qui se faisait ; elle l’a accepté ; elle s’est inoculée à ce point ce faux nom et ce faux titre de comtesse, qu’elle les a portés jusqu’à la fin alors qu’ils étaient un danger mortel, en sorte que par un juste retour du destin, sa faute est devenue le premier pas vers l’expiation excessive qu’elle a subie plus tard.

Ces usurpations de titre devaient avoir d’autres conséquences ; pour soutenir la dignité de comte, il fallait des armoiries, pour avoir des armoiries on eut recours au même procédé de falsification éhontée, de fabrication grossière qu’on avait déjà employé. Il y avait alors en Angleterre une famille du Barry datant de la conquête normande, possédant un siège au parlement d’Irlande, et surnommée depuis plusieurs

délégué, chargés de l’instruction de cette affaire : « Si le prisonnier ne répondoit pas clairement, je ne craindrais pas de lui dire qu'il s’expose à une question inévitable , parce que tout ce qui est crime d'État se règle par des maximes différentes du droit commun » (Documents sur la Captivité et la mort de Dubourg dans la cage de fer du mont Saint-Michel, par M. E. de Beaurepaire. Caen, Hardel, 1861.)

siècles Baury-More ou Barry le Grand à cause de l’importance de ses domaines, de l’éclat de ses services, de la valeur de ses représentants. Cette famille portait : « D'argent à trois barres jumelles de gueules , pour cimier une couronne surmontée d'un château d’argent et issant d'icelle une tête de loup de sable. — Supports : deux loups de sable colletés d'une couronne ducale et enchaînés d'or avec cette devise en vieux français : Bouttez ex avant. On ne sait trop si c’était un cri de guerre ou le nom de la ville de Buttevant dont les Barry étaient devenus vicomtes sous le règne de Richard II (1366-1400). Cette puissante maison était encore représentée au milieu du dix-huitième siècle par« James Barry, Earl ofBarry-More, viscount Buttevant, baron Barry of Barry’s court, Olethan and Hawne h »

Les du Barry d’Angleterre étaient-ils parents de ceux de France ? Nous n’avons aucune certitude sur ce point. Cependant de fortes présomptions portent à le penser. Il y a d’abord identité entre les écus comme entre les noms des deux familles. D’après l’armorial de d’Hozier datant de 1698, Urbain du Barry de Saint-Puy portait barré d’or et de sable 2. D’après l’ouvrage de Riestap, les du Barry portent d’argent à trois barres d’azur au chef cousu d’or. C’est aussi le blason que M. de Bastard dont la maison s’était alliée le 15 août 1758 aux du Barry d’Armagnac, donne à cette branche « d’or aux trois barres de gueules, » ou « d’argent à trois barres d’azur au

Page 1