‹ Histoire de Manon Lescaut et du Chevalier des GrieuxChapitre 7 sur 7 · MANON · texte numérisé non relu

MANON

Le soir, il nous fit conduire au logement ^.-

qu'on nous avait préparé. Nous trouvâmes ^ v une misérable cabane, composée de plan-^ ^ *V ches et' de boue, qui consistait en deux ou trois chambres de plain-pied, avec un gre-v nier au-dessus. 11 y Rivait fait mettre cinq ou six chaises et quelques commodités né cessaires à la vie.

Manon parut effrayée à la vue d'une s i

s'affligeait > beaucoup plus que pour elle- ) même. Elle s'assit lorsque nous fûmes

seuls, et Pllft nn mît à p]p^^|-Ar Qm^r^m^i^J

J'entrepris d'abord de la consoler; mais lorsqu'elle m'eût fait entendre que c'était moi seul qu'elle plaignait, et qu'elle n^^ considérait dans nos malheurs communs que ce que j'avais à souffrir, j'affectai de montrer assez de courage et même assez de joie pour lui en inspirer. « J>e gnni me pl aindrai s -je ? lui dis-ie j je possèd e tout ce n 1 i^ jf jjf i^if Yni1 f> TTi ^ 1 "^^^ ; n Vst-^^ pas? Quel autre bonhfiur-tt^ guis^jf jamais propQsé ? /Laissons au.CJsLl£.soin de notre fbrt;une. Je ne la trouve pas si 3esespêr55.

Le gouverneur est un homme civil; il nous a marqué de la considération; il ne permettra pas que nous manquions du nécessaire. Pour ce qui regarde la pauvreté de notre cabane et la grossièreté ae nos meubles, vous avez pu remarquer qu'il y a peu de personnes ici qui paraissent mieux. logées et mieux meublées que nous; et puis tu es une chimiste admirable, ajoutai-je en ^ l'embrassant; tu transformes tout en or. » 4

— Vous serez donb la plus riche personne de l'univers, merépondit-elle ; car^ s'il n'y eut jamais d'amour tel que le vôtre, il À est impossible aussi d'être aimé plus ten- ^ drement que vous l'êtes. Je me rends i justice, continua-t-e^e. Je sens bien que V je n'ai jamais mérité ce prodigieux atta- ^ chement que vous avez pour moi. Je vous %' ai causé des chagrins que vous n'avez pu me pardonner sans une bonté extrême.

^' J'ai été légère et volage, et même, en vous ^\^ aimant éperdûment comme j'ai toujours ^ fait, je n étais qu'une ingrate. Mais vous f ne sauriez croire combien je suis changée.

^ Mes larmes, que vous avez vues couler si ^ souvent depuis notre départ de France, ^ n'ont pas eu une seule fois mes malheurs r pour objet. J'ai cessé de les sentir aussitôt

" J4 ^ "* que vous avez commencé à les partager. ,>;^ ^ Ç Ta r^y^ pipnrp qnp ^^ |^p^|>^^ se gt de com -

E iin ninn pmir yanni-T r ne me console point d'avoir pu vous chagriner un moment dans ma vie. Je ne cesse point de me reprocher mes inconstances, et de m*attendrir eh admirant de quoi l'amour vous a rendu capable pour une malheureuse qui n'en était pas digne, et qui ne paierait >Ç ; pas bien de tout son sang, ajouta-t-elle avec une abondance de larmes, la moitié des peines qu'elle vous a causées. »

Ses pleurs, son discours et le ton dont elle le prononça firent sur moi une impression si étonnante, que je crus sentir une espèce de division dans mon âme.

«Prends garde, lui dis-je, prends garde, ma

chère Manon : je n'ai point assez de force pour supporter des marques si vives de ton affection; je ne suis point accoutumé à des excès de joie. O Dieu! m'écriai- je, je ne vous demande plus rien : je suis assuré du cœur de Manon; il est tel que je l'ai souhaité pour être heureux; je ne puis plus cesser de l'être à présent; voilà ma félicité bien établie. — Elle l'est, reprit-elle, si vous la faites dépendre de moi ; et je sais bien oîi/je puis compter aussi de trouver toujours la mienne. »

Je me couchai avec ces charmantes idées, qui changèrent ma cabane eil un palais digne du premier roi du monde. L'Amérique me parut un lieu de délices après cela, a C'est au Nouvel-Orléans qu'il faut venir, disais-je souvent à Manon, quand on veut goûter les vraies douceurs de l'amour. C'est ici qu'on s'aime sans intérêt, sans jalousie, sans inconstance. Nos compatriotes y viennent chercher de Tor; ils ne s'imagment pas que nous y avons trouvé des trésors bien plus estimables. »

Nous cultivâmes soigneusement l'amitié du gouverneur. Il eut la bonté, quelques semaines après notre arrivée, de me donner un petit emploi qui vint à vaquer dans le fort. Quoiqu'il ne fût pas bien distingué, je l'acceptai comme une faveur du Ciel. Il me mettait en état de vivre sans être à charge à personne. Je pris un valet pour moi, et une servante pour Manon. Notre petite fortune s'arrangea. J'étais réglé dans ma conduite; Manon ne l'était pas moins.

Nous ne laissions point échapper l'occasion de rendre service et de faire du bien à nos voisins. Cette disposition officieuse et la douceur de nos manières nous atti-l rèrent la confiance et l'affection de toute la colonie. Nous fûmes en peu de temps si considérés, que nous passions pour les premières personnes de la ville après le gouverneur.

L'innocence de nos occupations et la tranquillité oîi nous étions continuellement servirent à nous rappeler insensiblement à des idées de religion. Manon n'flvair ']^rifia\< MA nnp fillf^ JJippj^ Je n'étais . pas non plus de ces libertins outrés qui font gloire d'ajouter l'irréligion à la dépravation des mœurs. L'amour, la jeunesse, avaient causé tous nos désordres. L'expérience commençait à nous tenir lieu d'âge :

elle fit sur nous le même effet que les années. Nos conversations, qui étaient toujours réfléchies, nous mirent insensiblement dans le goût d'un amour vertueux.

Je fus le premier qui proposai ce changement à Manon. Je connaissais les principes de son cœur. Elle était droite et naturelle dans tous ses sentiments, qualité qui dispose toujours à la vertu. Je lui fis comprendre qu'il manauait une chose à notre bonheur : « C'est, lui dis-je, de le faire approuver du Ciel. Nous avons l'âme trop belle et le cœur trop bien fait l'un et l'autre pour vivre volontairement dans l'oubli du devoir. Passe d'y avoir vécu en France, où il nous était également

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impossible de cesser de nous aimer et de nous satisfaire par une voie légitime ; mais en Amérique, où nous ne dépendons que de nous-mêmes, où nous n'avons plus à ménager les lois arbitraires du rang et de la bienséance, où l'on nous croit même mariés, qui empêche que nous ne le soyons bientôt effectivement, et que nous n'ennoblissions notre amour par des serments que la religion autoriser Pour moi, ajoutai-) e, je ne vous offre rien de nouveau en vous offrant mon cœur et ma main; mais je suis prêt à vous en renouveler le don au pied d'un autel. »

Il me parut que ce discours la pénétrait de joie. « Croiriez- vous, me répondit- elle, que j'y ai pensé mille fois depuis que nous sommes en Amérique ?

a La cramte de vous déplaire m'a fait renfermer ce désir dans mon cœur. Je n'ai pomt la présomption d'aspirer à la qualité de votre épouse. — Ah I Manon^ répliquai -je, tu serais bientôt celle d'un roi, si le Ciel m'avait fait naître avec une couronne Ne balançons plus. Nous n'avons nul obstacle à redouter. J'en veux parler dès aujourd'hui au gouverneur, et lui avouer que nous l'avons trompé jusqu'à ce jour. Laissons craindre aux amants vulgaires, ajoutai-je, les chaînes indissolubles du mariage. Ils ne les craindraient pas s'ils étaient sûrs, comme nous, de porter toujçurs celles de l'Amour. » Je laissai Manon au comble de la joie après cette résolution.

Je suis persuadé qu'il n'y a point d'honnête homme au monde qu,i n'eût approuvé mes vues dans les circonstances oti j'étais, c'est-à-dire asservi fatalement à une passion que je ne pouvais vaincre, et combattu par des remords que je ne devais point étouffer. Mais se trouvera-t-il quelqu'un qui accuse mes plaintes d'injustice, si je gémis de la rigueur du Ciel à rejeter \ / un dessein que je n'avais formé que pour lui plaire? Hélas ! que dis- je ? à le rejeter ! il l'a puni comme un crime. Il m'avait souffert avec patience tandis que je marchais aveuglément dans la route du vice, et ses plus rudes châtiments m'étaient réservés lorsque je commencerais à retourner à la vertu. Je crains de manquer de force pour achever le récit du plus funeste événement qui fût jamais.

J'allai chez le gouverneur, comme j'en étais convenu avec Manon, pour le prier de consentir à la cérémonie de notre mariage. Je me serais bien gardé d'en parler à lui ni à personne si j'eusse pu me promettre que son aumônier, qui était alors le seul prêtre de la ville, m'eût rendu ce service sans sa participation; mais, n'osant espérer qu'il voulût s^engager au silence, j'avais pris le parti d'agir ouvertement.

Le gouverneur avait un neveu, nommé Synnelet, qui lui était extrêmement cher.

C'était un homme de trente ans, brave, mais emporté et violent. Il n'était point marié. La beauté de Manon l'avait touché dès le jour de notre arrivée, et les occasions

sans nombre qu'il avait eues de la voir pendant neuf ou dix mois avaient tellement enflammé sa passion, qu'il se consumait en secret pour elle. Cependant, comme il était persuadé, avec son oncle et toute la ville, que j'étais réellement marié, il s'était rendu maître de son amour jusqu'au point de n'en laisser rien éclater,, et son zèle s'était même déclaré pour moi dans plusieurs occasions de me rendre service.

Je le trouvai avec son oncle lorsque j'arrivai au fort. Je n'avais nulle raison qui m'obligeât de lui faire un secret de mon dessein, de sorte que je ne fis point de difficulté de m'expliquer en sa présence. Le gouverneur m'écouta avec sa bonté ordinaire. Je lui racontai une partie de mon histoire, au'il entendit avec plaisir, et, lorsque je le priai d'assister à la cérémonie que je méditais, il .eut la générosité de s'engager à faire toute la dépense de la fête. Je me retirai fort content.

Une heure après, je vis entrer l'aumônier chez moi. Je m'imaginais qu'il venait me donner quelques instructions sur mon mariage; mais, après m'avoir salué froidement, il me déclara en deux mots que M . le gouverneur me défendait d'y penser, et qu'il avait d'autres vues sur Manon. « D'autres vues sur Manon ! lui dis-je avec un mortel saisissement de cœur ! Et quelles vues donc. Monsieur l'aumônier ? » Il me répondit que je n'ignorais pas que M. le gouverneur était le maître; que, Manon ayant été envoyée de France pour la colonie,

c'était à lui à disposer d'elle; qu'il ne l'avait pas fait jusijue alors, parce qu'il la croyait mariée; mais qu'ayant appris de moi-même u'elle ne l'était points il jugeait à propos e la donner à M. Synnelet, qui en était amoureux.

Ma vivacité l'emporta sur ma prudence.

J'ordonnai fièrement à l'aumônier de sortir de ma maison, en jurant que le gouverneur, Synnelet 6t toute la ville ensemble, n'oseraient porter la main sur ma femme, ou ma maîtresse, comme ils voudraient l'appeler.

Je fis part aussitôt à Manon du funeste message que je venais de recevoir. Nous jugeâmes que Synnelet avait séduit l'esprit de son oncle depuis mon retour, et que c'était l'effet de quelque dessein médité depuis longtemps. Ils étaient les plus forts.

Nous nous trouvions dans le ^fouvel-Orléans comme au milieu de la mer, c'est-àdire séparés du reste du monde par des espaces immenses. Où fuir, dans un pays inconnu, désert, ou habité par des bétes féroces et par des sauvages aussi barbares qu'elles ? J'étîiis estimé dans la ville, mais je rie pouvais espérer d'émouvoir assez le peuple en ma faveur pour en espérer un secours proportionné au mal. Il eût fallu de l'argent; j'étais pauvre. D'ailleurs le succès d'une émotion populaire était incertain; et, si la fortune nous eût manqué, notre malheur serait devenu sans remède.

Je roulais toutes ces pensées dans ma tête; j'en communiquais une partie à Ma-

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non; j*èil forihàis dfe nouvelle^ sâtts écouter sa réponse ; je prenais Un parti, je le Rejetais pour en prendre un autrfe ; )ë parlais seul, je répondais tout haut â mes pensées; enfin, j'étais dans une agitation que ie né saurais comparer à rien, parcfe qu'il tvy tn eut jamais d'égale. Manon avait les yeux sUr moi : elle jugeait pat* nion troUble de la grandeur au. péril, et, treniblant pour inoi plus gué pour elle-même, cette tendre fille n'osait pas même ouvrir la bouche pour m'exprimer ses craintes.

Après une infinité de réflexions, je m'arrêtai à la résolution d'aller trouver le gouverneur, pour m'efforcer de le toucher par des consiiîétations d'honneut" et par le souvenir de ihon respect et de son affection.

Manon voulut s'opposer à ma sortie. Elle me disait ^ les larmes aux yeux : aVous allez à la mort ; ils vont vous tuer; je ne vous reverrai plus; je veux mourir avant vous. » Il fallut beaucoup d'efforts pour la persuader de la nécessité où j'étais de sortir, et de celle qu'il y avait pour elle de demeurer au logis. Je lui promis qu'elle me reverrait dans un instant. Elle ignorait, et moi a\issi, que c'était sur elle-même que devaient tomber toute la colère du ciel et la rage de nos ennemis.

Jfe me rendis au fott;le gouverneur était avec son aumônier. Je m'abaissai, pour le toucher, à des soumissions qui m'auraient fait mourir de honte si je les eusse faites

f)Our toute autre cause ; je le pris par tous es motifs qui doivent faire une impression

certaine sur un cœur qui n'est pas celui d'un tigre féroce et cruel.

Ce barbare ne fit à mes plaintes que deux réponses, qu'il répéta cent fois : « Manon, me dit-il, dépendait de lui ; il avait donne sa parole à son neveu, b J'étais résolu dé me modérer jusqu'à l'extrémité ; je me contentai de lui clire que je le croyais trop de mes amis pour vouloir ma mort, à laquelle je consentirais plutôt qu'à la perte ae ma maîtresse.

Je fus trop persuadé, en sortant, que je n'avais rien à espérer de cet opiniâtre vieillard, qui se serait damné mille fois pour son neveu. Cependant je persistai dans le dessein de conserver jusqu'à la fin un air de modération, résolu, si l'on en venait à des, excès d'injustice, de donner à l'Amérique une des plus san&lantes et des plus horribles scènes que Pamour ait jamais produites.

Je retournais chez moi en méditant sur ce projet, lorsque le sort, qui voulait hâter ma ruine, me fit rencontrer Synnelet. Il lut dans mes yeux une partie de mes pen* sées. J'ai dit qu'il était brave : il vint à moi. a Ne me cherchez- vous pas ? me ditil ; je connais que mes desseins vous offensent, et j'ai bien prévu qu'il faudrait se couper la gorge avec vous : allons voir qui sera le plus heureux. » Je lui répondis qu'il avait raison , et qu'il n'y avait que ma mort qui pût finir nos différends.

Nous nous écartâmes d'une centaine de pas hors de la ville. Nos épées se croisé-

rent; je le blessai et le désarmai presque en même temps. Il fut si enragé de -son malheur, qu'il refusa de me demander la vie et de renoncer à Manon. J'avais peutêtre droit de lui ôter tout d'un coup Tune et l'autre; mais un ^ sang généreux ne se dément jamais. JeJui jetai sonépée. «Recommençons, lui dis-je, et songez que c'est sans quartier.» Il;m'attaqua avec une furie inexprimable. Je.aois confesser que je n'étais pas fort dans les armes, n'ayant eu que trois mois de salle à Paris. L'Amour conduisait mon épée. Synnelét ne laissa pas de me percer le bras d'outre en outre; mais je le pris sur. le temps, et je lui fournis un coup si vigoureux, qu'il tomba à mes pieds sans mouvement.

Malgré la joie que donne la victoire après un combat mortel, je réfléchis aussitôt sur les conséquences de cette mort. Il n'y avait pour moi ni grâce ni délai de supplice à espérer. Connaissant, comme je faisais, la passion du gouverneur pour son neveu, j'étais certain que ma mort ne serait pas différée d'une heure après la connaissance de la sienne. Quelque pressante que fût cette crainte, elle n'était pas la plus forte cause de mon inquiétude. Manon, l'intérêt de Manon , son péril et la nécessité de la perdre, me troublaient jusqu'à répandre de l'obscurité sur mes yeux , et à m empêcher de reconnaître le lieu où j'étais. Je regrettai le sort de. Synnelét : une prompte mort me semblait le seul remède de mes peines.

Cependant ce fut cette pensée même qui me nt rappeler vivement mes esprits, et qui me rendit capable de prendre une résolution. « Quoi I je veux mourir, m'écriaije^ pour finir mes peines ! Il y en a donc que j'appréhende plus que la pertQ de ce que )'aime ? Ah ! souffrons jusqu'aux plus cruelles extrémités pour secourir ma maîtresse, et remettons à mourir après les avoir souffertes inutilement. »

Je repris le chemin de la ville. J'entrai chez moi; j'y trouvai Manon à demi morte de frayeur et d'inquiétude. Ma présence la ranima. Je ne pouvais lui déguiser le terrible accident qui venait de m^rriver. Elle tomba sans connaissance entre mes bras au récit de la mort de Synnelet et de ma blessure. J'employai plus d'un .quart d'heure à lui faire retrouver le sentiment.

J'étais à demi mort moi-même; je ne voyais pas le moindre jour à sa sûreté ni à la mienne. « Manon, que ferons-nous? lui dis-je lorsqu'elle eut repris un peu de force; hélas I qu'allons-nous taire ? Il faut nécessairement que je m'éloigne. Voulez-vous demeurer dans la ville ? Oui , demeurez-y; vous pouvez encore y être heureuse; et moi je vais, loin de vous, chercher la mort parmi les sauvages, ou entre les griffes des bêtes féroces. »

Elle se leva malgré sa faiblesse; elle me prit par la main pour me conduire vers la porte, a Fuyons ensemble, me dit-elle; ne perdons pas un instant. Le corps de Syjinelet peut avoir été trouvé par hasard, et

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nous n'aurions pas le temps de nous éloigner. — Mais, cnère Manon, repris-je tout éperdu, dites-moi donc où nous pouvons aller, Voye?-vous quelque ressource? Ne vaut -il pas mieux que vous tâchiez de vivre ici sans moi, et ^ue je porte volontairement ma tête au gouverneur?!)

Cette proposition ne fit qu'augmenter son ardeur à partir; il fallut la suivre.

J'eus encore assez de présence d'esprit, en sortant, pour prendre quelques liqueurs •fortes que j'avais dans ma chambre, et toutes les provisions que je pus faire entrer dans mes poches. Nous dîmes à nos domestiques, qui étaient dans la chambre voisine, que nous partions pour la promenade du soir (nous avions cette coutume tous les jours), et nous nous éloignâmes de la ville plus promptement que la délicatesse de Manon ne semblait le permettre.

Quoique je ne fusse pas sorti de mon irrésolution sur le lieu de notre retraite^ je ne laissais pas d'avoir deux espérances, sans lesquelles j'aurais préféré la mort à l'incertitude de ce qui pouvait arriver à Manon.

J'avais acquis assez de connaissance du pays, depuis près de dix mois que j'étais en Amérique, pour ne pas ignorer de quelle manière on apprivoisait les sauvages. On pouvait se mettre en leurs mains sans courir à une mort certaine.

J'avais même appris quelques inots de leur langue et quelques-unes de leurs coutumes, dans les diverses occasions que j'avais eues de les voir.

Avec cette triste ressource, j'en avais une autre du côté des Anglais, qui ont, comme nous, des établissements dans cette partie du Nouveau-Monde. Mais j'étais effrayé del'éloignement: nous avions à traverser, jusqu'à leurs colonies, de stériles campagnes de plusieurs journées de longueur, et quelques montagnes si hautes et si escarpées, que le chemin en paraissait difficile aux hommes les plus grossiers et les plus vigoureux: Je me flattais néanmoins qu^ nous pourrions tirer parti de ces deux ressources : des sauvages pour aider à nous conduire, et des Anglais pour nous recevoir dans leurs habitations.

Nous marchâmes aussi longtemps que le courage de Manon put la soutenir, c'està-direenviron deux lieues, car cette amante incomparable refusa constamment de s'arrêter plus tôt. Accablée enfin de lassitude, elle me confessa qu'il lui était impossible d'avancer davantage. Il était déjà nuit; nous nous assîmes au ' milieu d'une vaste phîne, sans avoir pu trouver un arbre pour nous mettre à couvert. Son premier soin fut de changer le linge de ma blessure, qu'elle avait pansée elle-même avant notre départ. Je m'opposai en vain à ses volontés; j'aurais achevé de l'accabler mortellement si je lui eusse refusé la satisfaction de me croire à mon aise et sans danger, avant que de penser à sa propre conservation. Je me soumis durant quelques moments à ses désirs; je reçus ses soins en silence et avec honte.

Mais lorsqu'elle eut satisfait sa tendresse, avec quelle ardeur la mienne ne reprit- elle

Eas son tour ! Je me déppuillai de tous mes abits, pour lui faire tÇoiiver la terre moins dure en les étendant sous elle. Je la fis consentir^ malgré ell4(à me voir employer à son usage tout ce que4)e pus imaginer de moins incommode. J'échauffai ses mains par mes baisers ardents et par la chaleur de mes soupirs. Je passai lavjiuit entière à veiller près d'elle, et à prier le Ciel de lui accorder un sommeil doux et paisible. O Dieu I que nies vœux étaient vifs et sincè- \ res ! et par quel rigoureux jugement aviez- -^ vous résolu de ne îes'>pas exaucer ?

Pardonnez si j'achève en peu de mots un récit qui me tue. Je vous raconte un malheur qui n'eut jamais d'exemple; toute ma vie est destinée à le pleurer. Mais , quoique je le porte sans cesse dans ma mémoire, mon âme semble reculer d'horreur chaque fois que j'entreprends de l'exprimer.

Nous avions passé tranquillement une partie de la nuit ; je croyais ma chère maîtresse endormie, et je n'osais pousser le moindre souffle, dans la crainte de troubler son sommeili Je m'aperçus dès le point du jour, en touchant ses mains, qu'elle les avait froides et tremblantes; )e les approchai de mon sein pour les échauffer.

Elle sentit ce mouvement, et, faisant un effort pour saisir les miennes, elle me dit d'une voix faible qu'elle se croyait à sa dernière heure.

Je ne pris d'abord ce discours que pour un langage ordinaire dans l'infortune, et je n'y répondis que par les tendres consolations de l'amour. Mais ses soupirs fréquents, son silence à mes interrogations^ le serrement de ses mains, dans lesquelles elle continuait de tenir les miennes, me firent connaître que la fin de ses malheurs approchait.

k'exige? point de moi que je vous décrive mes sentinients, ni que je vous rapporte ses dernières expressions. Je la perdis ; je reçus d'elle des marques d'amour au moment même qu'elle expirait ; c'est tout ce que j'ai la force de vou5 apprendre de ce fatal et déplorable événement.

Mon âme ne suivit pas la sienne. Le Ciel ne me trouva point sans doqte assez rigoureusement puni; il a voulu que j'aie traîné depuis une vie languissante et misérable.

Je renonce volontairement à la mener jamais plus heureuse.

Je demeurai plus de vingt-quatre heures la bouche attacnée sur le visage et sur les mains de ma chère Manon. Mon dessein était d'y mourir; mais je fis réflexion, au commencement du second jour, que son corps serait exposé, après mon trépas, à devenir la pâture des bétes sauvages. Je formai la résolution de l'enterrer, et d'attendre la mort sur sa fosse. J'étais déjà si proche de ma fin, par l'affaiblissement que le jeûne et la douleur m'avaient causé, que j'eus besoir) de quantité d'efforts pour me tenir debout. Je fus obligé de recourir aux

liqueurs que j'avais apportées; elles me rendirent autant de force qu'il en fallait pour le triste office que j'allais exécuter. Il ne m'était pas difficile d'ouvrir la terre dans le lieu oti je me trouvais; c'était une campagne couverte de sable. Je rompis mon épée pour m'en servir à creuser; mais j'en tirai moins de secours que de mes mains. J'ouvris une large fosse; j'y plaçai l'idole de mon cœur, après avoir pris soin de l'envelopper de tous mes habits pour empêcher le sable de la toucher. Je ne la mis dans cet état qu'après l'avoir embrassée mille fois avec toute l'ardeur du plus parfait amour. Je m'assis encore près d'elle; je la considérai longtemps; je ne pouvais me résoudre à fermer sa fosse. Enfin, mes forces recommençant à s'affaiblir, et craignant d'en manquer tout à fait avant la fin de mon entreprise, j'ensevelis pour toujours dans le sein de la terre ce qu'elle avait porté de plus parfait et de plus aimable; je me couchai ensuite sur la fosse, le visage tourné vers le sable, et, ferniant les yeux avec le dessein de ne les ouvrir jamais, j'invoquai le secours du Ciel, et j'attendis la mort avec impatience.

Ce qui vous paraîtrai difficile à croire, c'est que pendant tout l'exercice de ce lugubre ministère il ne sortit point une larme de mes yeux ni un soupir de ma bouche.

La consternation profonde où j'étais, et le dessein déterminé de mourir, avaient coupé le cours à toutes les expressions du désespoir et de la douleur. Aussi ne demeurai^

)e pas longtemps dans la posture où j'étais sur la fosse sans perdre le peu de connaissance et de sentiment qui me restaient.

Après ce que vous venez d'entendre, la conclusion de mon histoire est de si peu d'importance , qu'elle ne mérite pas la peine que vous voulez bien prendre à l'écouter.

Le corps de Synnelet ayant été rapporté à la ville, et ses plaies visitées avec soin, il se trouva, non -seulement qu'il n'était pas mort, mais qu'il n'avait pas même reçu de blessure dangereuse. Il apprit à son oncle de quelle manière les choses s'étaient passées entre nous, et sa générosité le porta sur-le-champ à publier les effets de la mienne. On me fît chercher, et mon absence avec Manon me fit soupçonner d'avoir pris le parti de la fuite, il était trop tard pour envoyer sur mes traces; mais le lendemain et le jour suivant furent employés à me poursuivre.

On me trouva sans apparence de vie sur la fosse de Manon, et ceux qui me découvrirent en cet état, me voyant presque nu et sanglant de ma blessure, ne doutèrent

foint que je n'eusse été volé et assassiné.

Is me portèrent à la ville. Le mouvement du transport réveilla mes sens. Les soupirs que je poussai en ouvrant les yeux, et en gémissant de me trouver parmi les vivants, firent connaître que j'étais encore en état de recevoir des secours : on m'en donna de trop heureux.

Je ne laissai pas d'être renfermé dans une étroite prison. Mon procès fut instruit; et

comme Manon ne paraissait point, on m*accusa de m'être défait d'elle par un mouvement de rage et de jalousie. Je racontai naturellement ma pitoyable aventure. Synnelet, malgré les transports de douleur où ce récit le jeta, eut la générçsité de solliciter ma grâce. Il, l'obtint.

J'étais^ si faible, qu'oa fut obligé de me transporter de la prison dans mon lit , où je fus retenu pendant trois mois par une violente maladie. Ma haine pour la vie ne diminuait point; j'invoquais continuellement la mort, et je m'obstinai longtemps à rejeter tous les remèdes. Mais le Ciel, après m'avoir puni avec tant de rigueur, avait dessein de me rendre utiles Êtes malheurs et seschâtiments : il m'éclaira de seslu- . . , mières, qui me firent rappeler des idées \ ^ dignes de ma naissance et de mon éducation.

La tranquillité ayant commencé à renaître un peu dans mon âme, ce changement futsuivi de près par ma guérison. Je me livrai entièrement aux inspirations de l'honneur, et je continuai de remplir mon petit emploi , en attendant les vaisseaux de France, qui vont une fois chaque année dans cette partie de TAmérique. J.'étais ré- \ solu de retourner dans ma patrie, pour y \ réparer, par une vie sage et réglée, le scan- ] dale de ma conduite. Synnelet avait pris soin de faire transporter le corps de ma chère maîtresse dans un lieu honorable.

Ce fut environ six semaines après mon rétablissement que, me promenant seul un jour sur le rivage, je vis arriver un vais-

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seau que des affaires de commerce am.enaient au Nouvel-Orléans. J'étais attentif au débarquement de l'équipage. Je fus frappé d'une surprise extrême en reconnaissant Tih erg e parmi ceux qui s'avançaient verslaviïïe. Il m'apprit que l'unique motif de son voyage avait été le désir de me voir et de m'engagef à retourner en Y France; qu'ayant reçu la lettre que je lui / avais écrite du Havre, il s'y était rendu en personne pour me porter les secours que je lui demandais; qu il avait ressenti la plus vive douleur en apprenant mon départ, et V ^ ' qu'il serait parti sur-le-champ pour me

vl suivre s'il eût trouvé un vaisseau prêt à \ faire voile; qu'il en avait cherché pendant \ plusieurs mois dans divers ports, et qu'en

\^ ayant enfin rencontré un à Saint-Malo, qui levait l'ancre pour la Martinique, il s'y était * embarqué, dans l'espérance de se procurer

\ X* de là un passage facile au Nouvel-Orléans; que, le vaisseau malouin ayant été pris en ^ chemin par des corsaires espagnols, et con-

duit dans une de leurs îles, il s'était échappé \ "" . par adresse, et qu'après diverses courses, il avait trouvé l'occasion du petit bâtiment qui venait d'arriver pour se rendre heu- \. / /eusement près de moi.

Je ne pouvais marquer trop de reconnaissance pour un ami si généreux et si constant. Je le conduisis chez moi ; je le rendis le maître de tout ce que je possédais. Je lui appris tout ce qui m'était arrivé depuis mon départ de France; et, pour lui causer une joie à laquelle il ne s'attendait

pas, fe lui déclarai que les semences de vertu qu'il avait jetées autrefois dans mon cœur commençaient à produire des fruits dont il allait étce satisfait. Il me protesta qu'une si douce assurance le dédommageait de toutes les fatigues de son voyage.

Nous avons passé deux mois ensemble au Nouvel-Orléans pour attendre l'arrivée des vaisseaux de France, et, n«us étant enfin mis en mer, nous prîmes terre il y a quinze jours au Hâvre-de-Grâce. J'écrivis à ma famille en arrivant. J'ai appris, par la réponse de mon frère aîné, la triste nouvelle de la mort de mon père, à laquelle je tremble, avec trop de raison, que mes égarements n'aient contribué. Le vent étant favorable pour Calais, je me suis emvbaraué aussitôt, dans le dessein de me rendre, à quelques lieues de cette ville, chez un gentilhomme de mes parents, où mon frère m'écrit qu'il doit attendre mon arrivée.

AcADiMiE (p. 14). Cest ce que nous appelons aujourd'hui l'Université. —.Lieu où Ton apprenait réqiiitatîon et les autres exercices convenables à Is noblesse.

Académie de jeux (p. 68). Maisons publiques où Ton jouait. Elles étaient tolérées au profit de quelques personnages influents.

Amériqub (p. 6, 193 et suiv.). Ces envois au Mississipi de filles perdues et de gens sans aveu donnent une date approximative au dénouement du roman. Ils eurent lieu de 171 7 à 172 ij pendant Texistenc^de la fameuse Compagnie des Indes Occidenfales, fondée par Law.

Archer (p. 6, i83, etc.)- Les archers n'étaient plus que des soldats chargés des captures et de l'exécution des ordres de justice. Il y avait les archers dlu Grand prévôt, les archers du guet, etc. On voit, p. 206, qu'ils étaient armés de fusils.

Attaques à main armée {^, 160, 173, 198, etc.). Ces attaques n'étaient pas rares dans la première rioitié du i8« siècle, et restaient souvent impunies.

Bénéfice (p. 42, 43, 65). « Certaine portion du bien de fËglise, assignée à une personne ecclésiastique, pour rétribution du service qu'elle rend ou* qu'elle doit rendre à l'Eglise.)» {Dictionnaire de Trévoux.) On pouvait obtenir certains bénéfices dès l'âge de sept ans.

Cabaret. Voy. Café, Traiteur.

Cabinet, Chambre retirée (p. 25, 80).— Armoice (P- 7*)« •

Café. La vogue des cafés commençait alors. Ils remplaçaient les cabarets, où cependant les gens de qualité allaient encore. C'est (jans un cabaret que le chevalier des Grieux donne rendez-vous à M . de T., et c'est dans le café de Feré qu'il va attendre rheure de se rendre à la comédie.

Chaillot (p. 5i) n'était alors qu'un village où les fiacres n allaient pas ' volontiers le soir. C'est maintenant un des quartiers les plus aristocratiques de Paris.

Chaise (p. 1 9). Voiture légère, traînée par un ou deux chevaux.

Cbatelbt (p. i8i, 184). C'était le Petit Ckdteletf un ancien fort qui servait de prison.

Coche ip, i5). Les coc/re5 étaient des voitures qui transportaient H petites journées les voyageurs d'une ville à une autre. Ils furent détrônés par les diligences t qui n'allaient pas très-vite.

Comédie (ç. i53). Le théâtre de la Comédie- Française était vers le milieu de la rue des Fossés- Saint - Germain , c'est-à-dire dans la maison qui porte aujourd'hui le n" 14 de la rue de l' Ancienne- Comédie.

Equipage (p. 76). Train de maison.

Exempts de police (p. 86). Agents chargés des rrestations.

Exercices. Ensemble des études qu'on faisait à l'Académie (p. i2q). — Thèses soutenues en public

Friperie (p. 5o). Partie des Halles où se vendaient les habits tout faits.

Garde du corps (p. 53, 121, 174). L'abbé Prévost nous présente les Gardes du corps comme des hommes peu scrupuleux, faisant argent de tout, et toujours prêts pour un coup de main.

Grand Prévôt de Paris (p. 72). Juge d'épée qui siégeait au Grand Châtelet.

Grève (p. 188). Place de Paris, sur le bord de la Seine^ où l'on exécutait les criminels, et ou l'on

exposait ceux qui avaient été condamnés au carcan Grosse pension (p. i85). Ce qu'on payait dan une prison pour être mieux logé et mieux nourri que le commun des détenus. Cette expression a été remplacée par celle de ^{'sfo/e. ' '

Honnête, honnêteté, honneur (p. 67, 68, 8g, 168; 82, 106, etc.). On n'emploie plus guère ces mots dans le même sens qu'au commencement du i8« siècle. Aujourd'hui, un honnête homme est celui qui'se conforme aux lois de la probité; en ce temf>s-là, les honnêtes gens étaient les gens bien élevés, de bonne famille, qui formaient ce qu'on appelait la société polie, L honneur était un mélange de bravoure et de préjugés aristocratiques. Le chevalier Des Grieux l'entendait à sa manière. Il triche au jeu sans trop de scrupule. Il veut bien partager avec sa maîtresse le prix des complaisances qu'elle

reproche ses désordres „ ses friponneries, il reste assez froid, et se justifie par Pexemple'd'honnétes gens qui font comme lui. Mais quand on le menace cle le faire pendre comme un vil roturier (p. 178),

3uelle fureur généreuse! Quoi! pendre un homme 'un sang si noble et si pur !

Hôpital général (p. 7, 92, 95, m, 184, igS).

La Salpétrière , où I on enferniait les femmes de mauvaise vie. Le sort de ces femmes était entre les mains de la police, qui les traitait durement en cas de récidive* Il en est un peu de même aujourd'hui, et il ne peut guère eA être autrement.

Jansénistes (p. io3). Voy. Secours,

Jeu (p. 52, 55, 58, 59, 67, 68, 168, 191). Les jeux de hasard étaient prohibés , ce qui n'empêchait pas de jouer partout avec fureur. Cela n'a rien aétonnant : l'exemple venait d'en haut. Des

Î personnages influents faisaient tenir des tripots sur esquels ta police fermait les yeux. L'audace et l'habileté des ^recs étaient si grandes, que Louis XIV lui-même, qui jouait fort gros jeu. ne fut pas tou^jours, au rapport de Saint-Simon, à l'abri de leurs -'enireDrises. Le chevalier Des Grieux entre avec

complaisance dans le détail des petits moyens qu'il employait pour se rendre la fortune favorable.

Liberté (p. 47). Libre arbitre.

Libertin' (p. loi). On appelait Uberting ceux qui n* avaient pas tout le respect voulu pour les dogmes de la religion, qui se permettaient de les discuter.

Lieutenant général de police. Magistrat chargé de veiller à la sûreté de la ville de Paris, et qui connaissait des délits contre les ordonnances et règlements de police. La charge de Lieutenant eéneral de police fut créée par un éditdemars 1067 et occupée d'abord par La Reynie, à qui succéda, en 1697, Marc René de Voyer d'Argenson, homme à la hauteur de ses importantes ronctions. et qui fut le véritable organisateur de la police en France. Ce lieutenant de police que Prévost peint dans son roman, ce magistrat dont la sévérité est tempérée par une indulgence éclairée et paternelle, c'est d'Ârgènson.

Mousquet (p. 6). Fusil à mèche, qui fut remplacé définitivement en 1703, dans l'armée française, par le fusil à pierre, auquel on donna quelquefois le nom de mousquet.

MousQUHTAiRB (p. 12 1). Il y avait deuxconipagnies à cheval de mousquetaires du Roi. Ils étaient armés d'une épée^ de pistolets et d'un fusil.

Né (p. II). La grande affaire, en ce temps'de privilèges, c'était d'être né quelque chose, c'est-àdire d'appartenir à unefamilje noble.

Nécessité. Besoin.

Nouvelle-Orléans. Cette ville était bien alors telle aue la dépeint le chevalier Des Grieux. Voy. Amérique. ^

Nouvelles (p. 41). En ce temps-là les journaux étaient peu nombreux, d'un petit format, et ne paraissaient pas tous les jours, puisqu'il n'y eut pas en France de journal quotidien avant 1777* Hs ne parlaient pas librement de toutes choses. Aussi c'était l'usage, pour les personnages fixés en province, d'avoir a Paris un correspondant qui leur

donnait des nouvelles de la cour et de la ville, et leur envoyait les écrits en vogue, qui circulaient imprimés ou manuscrits, librement ou sous le manteau. On a de curieux Recueils de ces correspondances.

Opéra (p. 52). Le théâtre de l'Opéra était alors au Palais-Koyal.

Ordrs de Malts (p. 14). Cet ordre de chevalerie, n'avait plus qu'une faible importance au compiencement du 10* siècle. Pour y être admis, il fallait faire la preuve de seize quartiers de noblesse. Les chevaliers portaient en temps de pai^j: un long manteau sur lequel était à gauche une crojx blanche à huit pointes. Ils en portaient une autre en or sur le milieu de la poitrine.

Passy (p. 5). Pacy-sur-Eure, à vingt kilomètres d'Evreux.

■ Poste (p. 214, 21 5). Le transport des lettres ne se faisait pas aussi vite et coûtait plus cher qu'aujourd'hui. On peut voir, p. 21 5, que la poste du Havre pour Paris ne partait pas tous les jours.

Prendre sans vert (p. 34). Prendre au dépourvu.

Propreté (p. 167). Elégance, richesse.

Saint-Lazare (p. ejo, «7, 9J5). C'est aujourd'hui une maison de détention pour les femmes. Pendant longtemps, et même avant que saint Vincent de Paul en eût pris la direction, on y enferma les fils de bonne famille dont la conduite laissait à désirer, et il paraît, d'après ce que dit le chevalier Des Grieux des châtiments qu on y infligeait aux jeunes détenus, que c'était une véritable maison de corrections.

Secours du ciel (p. Sg, 43, io3). Il est facile de voir, par plusieurs endroits de son histoire, que le chevalier Des Grieux avait été au séminaire . Son langage s'en ressent, ainsi que Prévost a eu soin de le faire remarquer. Sa théorie des secours est celle des Jansénistes, qui admettaient la prédestination des élus, et qui pensaient que les-secours du ciel étaient en raison directe des difficultés à surmonter. Les Jansénistes ^rent au commencement

du 1 8* siècle des fanatiques qu'on appela les secouristes, ,

Siècle {le) (p. 41]. Le monde : tout ce qui n'était pas la vie des religieux réguliers, c'est-*-dire des moiaes.

Tempérament (p. 5i). Accommodement, moyen terme.

Traiteur (p. 1 00) . Individu qui donnait à manger à tant par tête, lln'était permis qu'aux traiteurs d'entreprendre des noces, des festins. « Les gens de qualité ne vont point au cabaret, mais ils vont chez les traiteurs. » {Dict. de Trévoux,)

Volte-face (p. 68). J'ijgnore ce qu'était cette ma* nœuvre des gens qui trichaient au jeu.

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