‹ Histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux précédée d'une étuceChapitre 17 sur 100 · ET LABBE PREVOST XXXI · texte numérisé non relu

ET LABBE PREVOST XXXI

la seconde n'écoutait que son caprice ; la maîtresse de Cinq-Mars cherchait « le soleil de la cour », l'amante de Des Grieux allait vaille que vaille à tous les horizons de l'amour. Manon Lescaut, par sa mort poétique, est plus près, peut-être , de Virginie que de Marion. Au XVIII^ siècle , la grande nature des tropiques était pour les poètes ce que l'Orient est pour nous, une zone idéale où l'on promène les plus belles rêveries. Bernardin de Saint-P^rre fait naître son héroïne dans un pays pareil à celui où l'abbé Prévost fait mourir la sienne. Ces deux romans se tiennent parla même poésie de l'amour et du paysage. Virginie, qui meurt dans toute sa pureté, est pourtant, de par la passion, la sœur de Manon Lescaut, qui meurt sous sa couronne de roses profanées, mais qui se sauve à force d'amour.

L'abbé Prévost, c'est déjà Bernardin de Saint- Pierre, c'est déjà Chateaubriand, c'est déjà René allant chercher dans le sanctuaire embaumé des savanes, auprès du tombeau d'Atala, un dictame pour son inconsolable cœur.

Ce qui a couronné l'œuvre de l'abbé Prévost, c'est ce rayon de poésie tombé du soleil des déserts sur le sable qui recouvre à jamais ce qui fut Manon Lescaut. Sans l'Océan, sans la Louisiane, sans cette douleur suprême de Des Grieux,

Page 1