‹ Histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux précédée d'une étuceChapitre 20 sur 100 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

E suis obligé de faire remonter mon lecteur au temps de ma vie où je rencontrai pour la première fois le chevalier des Grieux. Ce fut environ six mois avant mon départ pour l'Espagne. Quoique je sortisse rarement de ma solitude, la complaisance que j'avois pour ma fille m'engageoit quelquefois à divers petits voyages, que j'abrégeois autant qu'il m'étoit possible. Je revenois un jour de Rouen, où elle m'avoit prié d'aller

b HISTOIRE DE MANON LESCAUT

solliciter une affaire au parlement de Normandie, pour la succession de quelques terres ausquelles je lui avois laissé des prétentions du côté de mon grand-pere maternel. Ayant repris mon chemin par Evreux, où je couchai la première nuit, j'arrivai le lendemain pour dîner à Passj, qui en est éloigné de cinq ou six lieues. Je fus surpris, en entrant dans ce bourg, d'y voir tous les habitans en allarme. Ils se précipiï^ toient de leurs maisons pour courir en foule à la porte d'une mauvaise hôtellerie , devant laquelle étoient deux chariots couverts. Les chevaux, qui étoient encore attelés, et qui paroissoient fumans de fatigue et de chaleur, marquoient que ces deux voitures ne faisoient qu'arriver. Je m'arrêtai un moment pour m'informer d'où venoit le tumulte; mais je tirai peu d'éclaircissement d'une populace curieuse , qui ne faisoit nulle attention à mes demandes, et qui s'avançoit toujours vers l'hôtellerie en se poussant avec beaucoup de confusion.

Enfin un archer, revêtu d'une bandoulière et le mousquet sur l'épaule, ayant paru à la porte, je lui fis signe de la main de venir à moi. Je le priai de ra'apprendre le sujet de ce désordre.

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