‹ Histoire de Manon Lescaut et du chevalier des Grieux précédée d'une étuceChapitre 68 sur 100 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

faire la révérence. J'en fis deux ou trois des plus profondes.

« Excusez, monsieur, lui dit Lescaut, c'est un enfant fort neuf. Il est bien éloigné, comme vous voyez, d'avoir les airs de Paris; mais nous espérons qu'un peu d'usage le façonnera. Vous aurez l'honneur de voir ici souvent monsieur, ajoûta-t'il en se tournant vers moi; faites bien votre profit d'un si bon modèle. »

Le vieil amant parut prendre plaisir à me voir. Il me donna deux ou trois petits coups sur la joue, en me disant que j'étois un joli garçon, mais qu'il falloit être sur mes gardes à Paris, où les jeunes gens se laissent aller facilement à la débauche. Lescaut l'assura que j'étois naturellement si sage que je ne parlois que de me faire prêtre, et que tout mon plaisir étoit à faire de petites chapelles.

« Je lui trouve l'air de Manon », reprit le vieillard en me haussant le menton avec la main.

Je répondis d'un air niais : « Monsieur, c'est que nos deux chairs se touchent de bien proche; aussi j'aime ma sœur Manon comme un autre moi-même.

— L'entendez-vous? dit-il à Lescaut. Il a de

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