I20 HISTOIRE DE MANON LESCAUT
de me connoître plus particulièrement, et qu'il se proposoit de me rendre une visite dans ma prison. Quoique sa présence ne pût m'être agréable, je la regardai comme un acheminement prochain à ma liberté.
Il vint effectivement à Saint-Lazare. Je lui trouvai l'air plus grave et moins sot qu'il ne l'avoit eu dans la maison de Manon. Il me tint quelques discours de bon sens sur ma mauvaise conduite; il ajouta, pour justifier apparemment ses propres désordres, qu'il étoit permis à la foiblesse des hommes de se procurer certains plaisirs que la nature exige , mais que la friponnerie et les artifices honteux méritoient d'être punis. Je l'écoutai avec un air de soumission dont il parut satisfait. Je ne m'offençai pas même de lui entendre lâcher quelques railleries sur ma fraternité avec Lescaut et Manon et sur les petites chapelles, dont il supposoit, me dit-il, que j'avois dû faire un grand nombre à Saint- Lazare, puisque je trou vois tant de plaisir à cette pieuse occupation. Mais il lui échappa, malheureusement pour lui et pour moi-même, de me dire que Manon en auroit fait aussi sans doute de fort jolies à l'Hôpital. Malgré le ïré-