‹ Histoire de Marguerite d'Anjou, reine d'AngleterreChapitre 1 sur 11 · I.EBLANC, IMPRIMEUR-LIBRAIRE · texte numérisé non relu

I.EBLANC, IMPRIMEUR-LIBRAIRE

il »■ •

DE

MAiGUERITE D'ANJOU.

ÎV PRÉFACE.

qu'il y a une proportion à chercher entre les parties d'une histoire particulière, comme dans tout ce qui est susceptible dé quelque régularité, et qu'elle doit être prise du caractère dominant et des principales actions du hëros. Ainsi, quoiqu'il n'y ait point de véritës qui méritent d'être négligées, il y en a néanmoins qui doivent être resserrées. Un exemple rendra cette réflexion plus sensible. L'historien d'un héros guerrier pourroit trouver dans ses mémoires un détail aussi exact et aussi long des soins qu'il auroit employe's à bâtir une maison , ou à préparei* tme fête, que de ceux qu'il auroit apportés à prendre une ville ou à gagner une bataille. S'étendra- 1- il également sur l'un et sur l'autre sujet, par cette raison que les circonstances en ont la même certitude? Je suis trompé si ce ne seroit pas le même défaut que le poëte satirique tourne en ridicule dans la description d'un palais , ou les festons et les astragales occupoient autant d'espace que les principales beautés auxquelles l'auteur devoit presqu'uniquement s'attacher. Cette remarque, que je crois ajuste!, est encore une deTense que je me

PRÉFACE. y

prépare contre ceux qui pourroient m'accuser d'avoir passe trop rapidement sur l'enfance de Marguerite d'Anjou, et sur scsç occupations domestiques. ; . ^ ,

Enfin, un autre soin qui me paroît propre a l'histoire particulière, est de satisfaire, autant qu'il est possible , la curiôsjltjp^ du lecteur sur lé sort dès principales personnes qu'on introduit sur la sicène, et de ne pas se croire quitte avec lui, lorsqu'on l'a coçp duit jusqu'à la mort du héros. ïl es* diÔiciîe^ ^ur-tout dans la vie dés rôîs , que fceu:»: «fttl lés ' servent et qui contribuent à leur graia-^ deur ou à leur abaissanent, n'intéresserit-ftaii quelquefois trop pour ne pas caufeer qùél*^ que regret au': lecteur, 'qui se voit à la fift d'un ouvivage^sans^ aucune espérance d'ajp^ firendre ce qu'ils sont dcFenua. Cela restent cote .|ilus Vrrai lorsqu'ils ont: fait ou àssQ2. dé bien ou assez de,mal^uhjéros>si;r lequel o^ doit supposer quejpijJ^lepluaviJfint^^ pour feire désirer de les voir punjs 0U]tr|^ compensés. Cette raison, m^a fait joindrç à l'histoire de Marguerite diverses catastrof phçs, qui; ne seront pas la moins iutéresr santé Dàrtiç;^^ cet tnivr^. ^ : |.

tj PRÉFACE.

2.* Quoique Pordre des faits, dans \ine Histoire partiçiiliére , sôît détermine par le cout^ de la TÎe du héros, et <jù'a parler proprement, il n'y ait point d'autre méthode à suivre que celle des annales , je crois ayoîr éprouvé que, sans faire la moindre violence a la vérité- et par le seul art de disposer assez heureusement les circonstances pour leur faire emprunter plus de force et cf éclat les unes des autres, oa peut a^gjTftenter extrêmement l'intérêt. Mon jugeipent n'est point . une rè^e pour mes lectçursi y m^is si cet <)uvrage obtient quelque succès > j§ suis sur qu'il le devra au soin qUe j'ai ]éu d'accorder tous les: droits de la V^ité avec cette douce illusioa qui natt ou de là surpi^ise>« ou de l'iûcetlitude , ou dé VitSpitietiCéi et '<fÉd fera m^ttte jfeû de dif*

fëtéhèè pour l'agrément, entre cette his^

tôîre *et les ôuVtà^és d'iimd^atibn les pitià

attiuSaht*.

i- '3.'' À l'égalrd du style, s'il ^ àvoit de là

biëiiiséailce à se citer soi-mêinè,' Jeseroii

tenté' de renvoyer mes lecteurs à qUelqueè

réflexions que j'ai déjà puHiées dans U

préface d'un autre * ouvrage historique. Vy ai fait remarquer, avec phis d'ëteudue que je ne pense à le faire ici , que s'il est vrai qu'il y ait un style propre k l'histoire, cette maxime demande quantité de distinctions.

Toutes les parties de l'hfetoire ti'ont point entr'elles une ressemblance assé2 constante pour s'accommoder d'un style uli;iibrme. Le récit d'une bataille et celui d\me négociation demandent autant de différence qu'il y en a dans la nature des dent objets. H n'est pas^ besoin de plus d'un exemple pour rendre celte observation sensible. Ainsil'art du style historique consiste proprement à savoir conformer l'expression à chaque sujet qu'on représente^ et demande par conséquent une variété oôntititiâle.

Ce quiest j^fàptreal'hi^îjrèpaTtîculîère, c'est qu'elle admet des détaS^ qui parottroient quelquefois puériles dans l'histoire générale, et 'qu'à la noblesse de çeUe-ci elle peut joindre l'agrément des niémoîises 1^ plus circonstanciés. Rien n*y est petit fà méprisable , lorsqu'il peut servir à la cou*-

"» Fréfaœ â# PHistoiie de iLdB Tbou.

viij PRÉFACE.

npîssance du caractère principal. Ce seroit abuser néanmoins de cette règle, que de se croire autprisé à s'étendre beaucoup sur les sentimens et sur la peinture des passions^ Cette sorte d'or nenîents, dont l'unique bût ^st d'émouvoir, est propre aux romans; et c'est ainsi que chaque genre a ses règles et ses bornes.

Mais je ne veux point faire un traite dç cette préface. Il falloit faire connoîftçe sur quel plan j'ai travaille , et mettre le lecteur .en état de me juger par mes propres principes. Si j'ai quelques autres observations à joindre ici, elles sont purement histor fiques.

En faisant attention que l'histoire n'est formée que des témoignages, d'une infinité de personnes qui ont eu. part aux evëne- .i^jepts , ou qui oi^t eu occasion de leg conlioltre, on ne sera pas surpris que la difr jférence des inclination? et des intérêts rende jquelquefois lea ^^elations d'un même fait fort opposées; mais cette réflexion, doit faire juger quel est l'enibarras d'un écriyain qjixi entreprend ^ après l'espace de plusieurs siècles^

4e démêler la, jérité au Uayer;^ .4^ toutes

PRÉFACE. ix

ces ténèbres. Quelque disGemément et quelque soin qu'on y puisse apporter, il reste toujours mille sujets de doute, qui né laissent point d'autre règle pour se déterminer, que le plus ou le moins de vraisemblance; et la vraisemblance même n'étant pas toujours assez claire pour faire une égale impression sur toutes sortes d'esprits , on se partage encore en écrivant d'après les premiers témoins , comme ils se sont partagés eux-mêmes a l'égard de mille circon-stances sur lesquelles ils n'ont pu s'accorder. L^incertitude qui doit naître de iîette con* fusion n'est pas fort à l'avantage de l'histoire; mais, en qualité d'hoE^imes, il faut BOUS consoler de tout ce qui est l'effet nécessaire du désordre de nos passions ou de la foiblesse de nos lumières.

Ce n'est donc pas pour m^ justification que je fai? cette remarque, puisque rien n^oMige à s'excuser d'un mal inévitable , et que, pour ceux qui CQnnoissent sur-tout la partialité des historiens anglois,, il ne pajoitrOi jamais bien étonnant qu'ils se trouvent souvent en contradiction. Mais je proteste que dan$ tous les endroits où l'on

si) PREFACE.

tôt OU trop tard d'une année , il en a conclu faussement que tous les faits qu'ils ont rangés sous le même temps n'e'toient pas moins transposes; et, voulant les re'duire a un autre ordre , il s'est jetë précisépaent dans l'erreur qu'il a voulu corriger. Je me suis attache^ dans ces occasions, a trouver le fil des événements, par diverses circonstance^ qui ne pouvoient appartenir à d'autres temps que ceux auxquels j'ai cru devoir les rapporter, ,

J'ai senti que pour répandre dans mon ouvrage toute la clarté qu'on y pouvoit désirer, il y auroit fallu joindre des explications sur la naissance et le^ droits de la plupart des seigneurs qui terioient alors les premiers rangs à la cour d'Angleterre. Mfis c'étoit me mettre dans la nécessité de faire presqu'autant de généalogies que j'ai nonamé de personnes illustres. Les deux maisons de Lancastre et d' Yorck . avoient produit plusieurs autres branches , dont les aînés prepoient toujours diflférents noms. Les trois ducs de Sommçrset, qu'on verra paroître successivement, et dont le nom étoit Beau^ fprt,f descénçtoient dç la madspa royale, p«ur

PRÉFACE. JLV]

Jean de Gand, duc de Lancastre. Le duc d'Excester tîroîl son origine ^ de la' ihême source. Le duc de Bùckîngham descendoit d'Edouard III, par Thomas de Woodstock, comte de Glocester. Les Nevills, les Courteneys , les HoUands , les" Esséx , les Percîs , les Fits-Allens ^ appartenoîent à la maison de leurs rois par les femmes. Enfin, si Ton y joint dix ou douze princes ou princesses, en Portugal, en Castille et en Allemagne , il n'y àvoit point de maison royale aussi némbreuse que celle des Plantagenet, tous descendus dé Henri II, chef de tant de branches. Dans quel détail toutes ces explications m'auroient-elles jetë ? Auroîs-je pu me dispenser, après cela> d'entrer dans les mêmes éclaircissements sur la maison royale d'Ecosse? Et dans quel engagement né me serois-je pas mis, particulièrement pour celle d'Anjou?

Je rapporté des faits ; c'est le dessein d'un ouvrage historique. Tous les secours nécessaires pour les entendre se trouvent disperses dans une' infinité d'autres ouvrages. C'est aux lecteurs a ne pas ^ entrée prendre de lire unèbistoite sans cette pré-

paration. Bientôt^ dans la crainte d'être obscur , il faudroit y joindre aussi des éclaircissements géographiques.

La seule remarque que je . ferai ici a l'honneur des trois Sommerset , qui jouent un si grand rôle dans cette histoire^ c'est que le droit de Henri ^ comte de Richemont, k la couronne, lui venoit d'une princesse de leur branche. Ainsi , c'est leur sang , à proprement parler, qui recueillit le fruit de tant de peines glorieuses qu'ils s'étoient données pour soutenir la maison de Lancastre sur le trône. Henri n'étoit, par son père, qu'un gentilhomme de la province 4e Galles; mais Marguerite, sa mère, ëtoit fille de Jean de Beaufort, duc de Sommerset, petit-fils de Jean de Gand, duc de Lancastre. Le père de Marguerite étant mort sans enfant mâle, Edmond , son frère cadet, avoit hérité de son titre ; mais Edmond et toute sa postérité ayant été consumés , conmie on va le voir, par le feu des guerres civiles y il ne resta enfin de toute la maison de Lancastre, que MarguOTite, comtesse dç Aichemont, et le comjbe squ fils.

Nos i)islorieii6 se sont si peu attachés

aux affaires particulières de la maison d'Anjou, qu'a la reserve de quelques traits qui se trouvent répandus dans Monstrelet et dans Commines, j'ai tire peu de lumières sur mon sujet, deâ ouvrages composes dans notre langue, Morery et Limiers ont ûxép après MM. de Sainte-Martlie^ la naissance de Mâr^ueritje d'Anjou au st5 mars i42g. Cette date ëtoit échappée aux historiens anglois; mais c'est d'ailleurs à eux prèsqu'uniquement que )'ai l'obligation de tous les faits que j'ai recueillis dans cet ouvrage. Je n'ai pas même balan<^' à leur donner la prëfe]:enQç sux les nôtres^, d^ns toutes les occa$ioi^ où , les trouvant peu d'accord avec çius^ ;jVi cru reconnoître quHls dévoient être moins jS0U|)gonnes d'erreur.

Ainsi, quoique tous les François fassent célébrer le mariage de Marguerite à Tours , j'ai suivi sans difficulté les Anglois, qui ^ nomment Nancy, où le roi de Sicile, son père, faisoit alors sa résidence. Est-il vraisemblable qu'ils ayent puse tromper sur le lieu d'un événement dont l'importance ne regardoit que leur nation? N'y avoîent-ils pas leurs atnbassadeurs^ et le détail qu'ils

xvj

PRÉFACJB.

font de cette fête peut-il laisser le moindre doute ? J'ai suppose de même , sur le témoignage de plusieurs historiens ;ànglois, que la duchesse d'Yorck étoit morte de ses infîrmite's long-temps avant son mari, quoi* que Bioùdi et Rapin la fassent vivre jusqu'au règne d'Edouard IV, leur fils. Je ne cite que ces deux exemples, d^un grand uombre où je me suis déterminé par les mêmes raisons.

A l'égard de René , père de Marguerite , et des infortunes qu'il essuya pendant une fort longue vie, quelqu'agrément que ce% épisode eût pu répandre dans ma narration , je n'ai pas jugé que ce fiit une raison suffisante pour m'engager dans un récit qui auroit peu de rapport avec l'histoire de sa fille. M. l'abbé le Gouvelle, de l'académie' d'Angers , a composé la vie de ce prince.

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