‹ Histoire de Marguerite d'Anjou, reine d'AngleterreChapitre 9 sur 11 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

LjH mariage d'Edouard étoit une de ces marquei de la foiblesse du cobur et du pouvoir des passions qui sont humiliantes jusque dans Pexediple <l'an-^ trui, puisqu'en faisant connoitre à quel excès d'aveuglement la chaleur du sang est capable de nous porter, elles doivent nous tenir dans une défiance, continuelle des forces que Forgueil nous fait attribuer à la raison. Cependant y la violence du pen-^ chant avoit été secondée dans ce prince par l'a- : dresse des deux ministres de la reine. Le duc de * Sommerset, s'étant reàduau château de Grafton'^i où Elisabeth Woodvfille s'étoit retirée auprès de sa mère, avoit été reçu avec joie par deux amies « qui s'intéressoient aux malheurs de sa maison y et qui avoient déploré souvent ses propres infortunée. Il avoit augmenté leur compassion par quantité de fausses confidences; et, reprochant de l'ingrati- : tude à la reine , il avoit parlé de son retour commle d'une résolution à laquelle il n'avoit pas été moins forcé par les duretés de cette princesse que par le triste état de sa fbrlttoe* Après la trahison de son

frère , il avoit besoin de cette préparation pour se mettre à coayert de la défiance d'Edouard , s'il arrivoit qu'il ne pût éviter de voir ce prince. Mais avec Elisabeth, son but n'étoit que de Tengager à s'ouvrir sur ses amours, en lui proposant d'employer le crédit qu'il lui supposoit auprès du roi, pour un infortuné qui avoit besoin d'une protection si puissante. Elle lui confessa naturellement que le roi avoit eu pour elle des sentiments fort tendres; mais que la fermeté avec laquelle il l'avoit vue résister à ses sollicitations, l'avoit apparemment guéri de cette foiblesse , et qu'il ne les avoit pas renouvelées depuis qu'il avoit pris le parti de faire demander en mariage la princesse de Savoie. Le duc, paroissant surpris de lui voir abandonner si froidement sa conquête , lui remit devant les yeux tout ce qu'elle avoit pensé elle-même du caractère d'Edouard. Il l'accusa d^avoir manqué le trône par un oubli inexcusable désa fortune et de sa gloire; et , pour écarter tout-d'un-coup les explications qui auroient pu retarder trop long-temps son entreprise , il lui soutint qu'il lui auroit été si facile de deveuirreine, qu'après enavoir laissé échapper l'occasion , il dépendoit d'elle encore delà faire renaître. Ce discours ayant fixé l'attention d'Elisabeth, illiii fit un plan tel qu'il l'avoit conçu d'avance. La diffi* culte n'étoit qu'à faire renaître au roi l'envie de la voii\ Il auroit été trop long de l'attendre du ha-

zard. La dameTrott, qui éioit dans le voisinage , prit pour elle cette partie de l'entreprise ; et 5 sans être connue d'Elisabeth y elle forma un dessein qui demandoit autant d'esprit que de hardiesse. Elle se rendit à Windsor, où le roi ëtoit occupé à la chasse; et, feignant d'être envoyée par Elisabeth ^ elle lui demanda pour elle la restitution de quelques biens qui avoientété confisqués à son.mari après la bataille de Northampton, sous prétexte que, pensant à se retirer en France 9 elle vouloit se faire un fonds qui pût suffire à son établissement dans un pays étranger. Edouard, réveillé par un nom si cher, ou plutôt ravi de trouver quelqu'un à qdi il pût parler librement dece qu'il aimoitle mieux, s'a-^bandonna tellement à ce plaisir, qu'il donna à la dame Trott tous les avantages qu'eUe voulut prendre sur lui. Elle n'avoit pensé d'abord qu'à s'assurer de la disposition de ce prince; mais le voyant empressé à se livrer à elle, son habileté lui fit gagner dans une seule occasion ce qu'elle avoit appréhendé de ne pouvoir obtenir que par de longs efforts. En lui apercevant une ardeur qu'il ne cherchoit point à déguiser, elle lui marqua beaucoup d'étonnement de voir un roi exposé aux tourments de l'amour, tandis qu'on devoit lui supposer presque également le pouvoir de le satisfaire on celui de le vaincre; et, lorsqu'il se plaignit d'avoir engagé sa parole au comte de Warvvick>

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die lui demanda â le comte n'étoit pa5 assez hea« reux^ qu'une femme qu^ aimoit, se disposât à l'aller trouver en France , sans prétendre gêner ses inclinations pendant le peu de séjour qu'elle avoit fait en Angleterre dans son absence. Celte question 9 dit Fauteur d'après lequel j'éciis, fut le plus adroit des artifices de la dame Trott. Edouard paroissant offensé d'un discours qui enflammoit sa jalousie y elle rétracta aussitôt ce qui lui étoit échappé ^ comme si elle n'eût donné cette plainte , qu'au regret de perdre Elisabeth ; et se précipitant, au contraire, dans un autre excès, avec le même air de simplicité , elle ne craignit point de dire au roi, que ce qui affligeoit le plus Elisabeth , étoit de s'attendre à trouver le comte à Paris , tandis qu'elle n'avoit point d'autre raison de quitter l'Angleterre, que le mal qu'il lui causoit, en la privant de l'estime et de la faveur du roi.

. Je ne fais que traduire un écrivain, dont je ne répojidrois pas que cette variété d'artifices ne soit une invention ; mais il paroit certain , par le témoignage des auteurs les plus sérieux, qu'Edouard se laissa engager h faire le voyage de Northampton, sous prétexte que cette province est commode pour la chasse; et que, se trouvant près de Grafton , il proposa aux seigneurs de sa suite de rendra une visite à Jacqueline de Luxembourg, mère d'Elisabeth, qui conservoit encore assez de lustre,

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de saDaissance etde son prén^ier maiîagé^, pour mériter cette disûnctiôn.

Le duc de Somihersetsè garda bien de paroître; mais ayant averti Elisabeth, que le roi^n'étoit chez elle que par une suite de leui* projet , et qu'ii étoit persuadé qu'elle pensoit à se retirer en France y il l'avoit préparée au rôle qu'ejile avpit à soutenir. Un historien ajoi^te même que, pour lui inspirer le courage nécessaire , il avoit fait venir secrettement chez. elle la dame Trott, qu'il avoit fait passer .pour une femme extrêmement versée dans l'astrologie , et que, dans son horoscope, ils lui avolent fait voir, clairement qu'elle étoit destinée par le ciel à monter sur le trône. Enfin Elisabeth ne manquoit pas d'esprit^ quoir qu'elle en eût beaucoup moins que de beauté. Ële reçut le roi avec une . politesse modeste et respectueuse , qui donna une nouvelle force à son amour, en lui inspirant plus de crainte et de retenue que jamais. Aux plaintes qu'il lui fit du dessein où elle étoit de passer en France, elle ne fit qu'une réponse vague, qui.marquoit une résolution déterminée , dont elle laissoit à deviner les raisons ; et lorsqu'Edouard lui demanda si , dans ce qui dépendoit de son pouvoir , elle ne con^ noissoit rien- qui fût capable de l'arrêter , elle prit un air embarrassé, que le monarque ne manqua point d'expliquer à «on avantage. Je sens combien

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il est difficile d'ôter l'apparence de roman à cette scène; mais les plus graves historiens n'en ont pas négligé ici le détail , et je n'écris que d'après eux.

La conclusion de cette aventure fut, que le roi, enflammé jusqu'au' transport, conjura EU-* sabeth de ne le pas rendre plus misérable que le dernier de ses sujets , en lui ôtant le seul bonheur pour lequel il vouloit vivre ; et que la belle veuve, répandant adroitement quelques larmes, se plaignit , qu'à la veille de se marier comme il étoit , il y avoit trop de rigueur et trop peu de sincérité à se former des idées de bonheur du côté qu'il n'en attendoit pas. Un langage si clair fit naître au roi des réflexions qui ne lui étoient point en'core entrées si vivement dans l'esprit. Cependant il demanda à Elisabeth , si elle ne mettoit pas une juste difl^érence entre un mariage qu'il devoît mx nécessités de l'état, et un engagement de cœur, qui pouvoit satisfaire^ses plus tendres désirs. Voilà, sire, répondit-elle, ce que je me flattois que vous m'auriez épargné , et ce qui va me faire précipiter mon départ.

Laissons ce qui ressemble trop aux intrigues ordinaires de la galanterie. Edouard , comme forcé dans ses propres résolutions par cette réponse , lui demanda, sans s'expliquer, quelques jours pour examiner les sentiments de son cœur. Il les obtint. Ce fut dans cet intervalle que Sommersei

redoubla ses artifices. Son embarras ne fut point à soutenir la passion du roi , dans le degré de force oh elle étoit montée. Il semhloit que ce prince prît plaisir à l'augmenter. Sous prétexte, de la chasse ^ qui Pamenoit tous les jours dans le même lieu, son assiduité fut continuelle au château de Grafton. Mais cherchant à justifier ce qu'il méditoit au fond du cœur , il s'ouvrit à quelques-^uns* de ses principaux conseillers , pour s'appuyer de leurs avis et de leur autorité. Entre ceux qu'il choisit pour cette confidence, les unsétolent amis du comte de Warwick , et par conséquent intéressés à détourner l'affront qui le menaçoit. Il» représentèrent au roi le tort qu'il alloit faire à' un ministre dont il ne pouvolt avoir oublié les services, et qui étoit peut-être eii état de faire craindre son ressentiment. Ils firent valoir la considération du roi de France, qui se crolroit outragé dans la personne de sa belle-sœur , et qui en concevroit contre l'Angleterre une haine qui rendroit la paix impossible. Us lui firent envisager le mécontentement de ses principaux sujets, qui ne verroient pas sans chagrin et sans jalousie l'essor que les WoodwlIIe alloient prendre au-dessus: d'eux; enfin, ils lui peignirent Elisabeth, sous toutes les couleurs qui pouvoient l'en dégoûter ; - une femme sans bien ,' sa sujette , qui avolt été plusieurs années entre les bras d'un simple che-

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valîer , et qui eri avoit eu plusieurs eAfarils^ n'uD'aùtre côté , quelques seigneurs voyant arvec plaisir que le roi jpensôit à choisir une femme enti*é ses sujettes , dans l'espérance que la poçte^ étant uiie fois ouverie y toute la noblesse, du, royaume pourroit aspirer dans la suite au mêniei honneur , l'excitèrent à compter pour rien des objections si foibles. Qu'avoit~il à craindre du comte de Warwick, lorsqu'il étoit hors de ses états y et ne seroit-il pas le n>aître, à son retour, de prévenir tous les efieisde son ressentiment? Il pouvoit arriver que le roi de France se crût offensé; mais chargé de tant d'affaires' qu'il avoit, actuellement sur les bras, pùtrouveroit-illetemps et le pouvoir de se venger? A l'égard des qualités personnelles d'Elisabeth , c'étoit ù lui-même à consulter son cœur. Si elle étoit assez heureuse pour lui plaire, un roi attendoit-ril sa grandeur d'une femme, et devoit-il y chercher autre chose que de la beauté et de la vertu?

Sommerset apprit par Tadresse de la dame Trott , que l'archevêque de Cantorbéry avoit paru le plus échauffé contre le mariage du roi. Il s'en alarma d'autant plus, qu'ayant su de la reine Fin* Ûme liaison de ce prélat avec le comte de .Warw^ick, il craignit que, sur cette simple ouverture, il ne fût capable de donner, au comte des avis qui U refroidiroient dans sa négociation.. Il falloit

Dïi HAJaau£RiT£ d'anjou. flSg

prévenir uq homme de ce caractère. Son foible étpit l'ambition. Sommerset chargea la dame Trott de l'aller trouver au nom: d'EIbabeth , et de leur faire auprès de lui un mérite de leur con-? fiance. Il ne voulut point qu'on lui parlât du mariage d^Edouard , comme d'une chose douteuse , jii qu'il dépendit de lui d'empêcher. Maiô en marquant une grande opinion de son habileté , il le fît assurer que le dessein d'Elisabeth , aussitôt qu'elle seroit parvenue au trône , étoit de se faire <lelui un père et un protecteur j qu'elle pensoit déjà à lui assurer le chapeau de cardinal, et que si ses prières étoient écoutées du roi , elle ne désespéroit pas de faire tomber l'administration entre ses mains. L'archevêque fut si ébloui de ces offres , que ne parlant que de reconnoissancé , il s'empressa d'en aller porter les marques à Grafton. Cette démarche le rendit fort agréable au roi , qui se voyoit un obstacle de moins , sans sa* .voir à quoi il devoit attribuer ce changement, et qui étoit flatté, d'ailleurs, de voir son goût justifié par un si grand exemple.

f II lui restoit, néanmoins, le préjugé du public à redouter. Elisabeth comprit qu'il étoit sensible . .à cette crainte. Jusqu'alors toute l'intrigue avoit étérenferméeentre ceux qu'on avoit admis volon** tairement.au secret, ou qu'on avoit été forcé d'y faire entrer par d'autres vues j mais il falloit se

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tlooner eo spectacle au pubKc, essuyer son juge-** Tueui^ «t dans une nation accoutumée à respecter ses anciens usages, n'y avoil-il rien h craindre de ses caprices? Ce fat encore la dame Trott qui trouva ie moyen d'aplanir cette difficulté. L'industrie de cette femme étoit d'autant plus admirable, que, ne communiquant ses entreprises qu'au duc de Sommerset, elle paroissoit sans mouvement lors^ que tout le rece voit d'elle , et que sa famille même , dans le sein de laquelle on la voyoit tranquille k ]\orthampton , n'eut pas la moindre défiance de l'importante afiaire dont elle étoîtl'ame. Elisabeth Lucy, ancienne Ynaîtresse d'Edouard , vivoit reti*l'ée dans la même ville. La dame Trott sut d'elle qu'elle n'avoit eu la foiblesse de se rendre aux désirs du roi que sur une promesse de mariage signée de sa main , qu'elle conservoit encore. Quoique le changement des circonstances en ditt mettre beaucoup dans ses prétentions, puisqu'E*douard étoit alors simple comte de la Marche , elle se laissa engager dans une témérité qui ne lui étoit pas venue à l'esprit dans des temps plus favorables, et qu'on aiiroit peine à se persuader, si elle n'étoit attestée par tous les historiens. Sur le bruit de l'alliance projetée avec la princesse de Savoie, elle fit une opposition juridique au mariage d'Edouard, en prétendant quece prince étoit engagé à elle par des liens qui ne pouvoient êti'e rompuis.

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Le dessein de la dame Trou éioit de faire prendre le change au public , ou de diminuer du-moins la surprise qu^il auroit de voir épouser au roi une de ses sujettes 9 après l'avoir vu dans quelque embar-^ ras pour se délivrer d'un engagement de la même nature.

£n effet, un procès si étrange excita la curiosité de tpute la nation; et, par un caprice extraordi* naire, ou se prévint en faveur d^£lisabeth Lucy jusqu'à faire des vœux pour le succès de son en-^ treprise, Edouard s'en alarma d'abord; maïs sa maîtresse, instruite par le duc de Sommerset, eut soin de lui faire entendre qu^il n'avoit que de Fa-* vantageii espérer de cet incident. Il consentit que l'affaire fût jugée par une assemblée d'évêques^ dont l'archevêque de Cantorbéry se trouvoit natu^t rellement le chef. La dame Trott , qui a voit engagé Elisabeth Luey dans cette périlleuse aventtire , fu( alors la première à lui en faire craindre les suites; et, feignant de n^avoir pas prévu tout ce qu^elle envisageoit de fâcheux pour elledansla résistance du roi, elle lui conseilla de sacrifier une prétention frivole à d'autres avantages qu'elle pouvoit espérer de la générosité de ce prince. Les évêques ne s'assemblèrent pas moins, et la timide Lucy ne put éviter de paroître à leur tribunal. Mais au -lieu de produire l'écrit sur lequel étoient fondés ses droits^ çUese réduisit à dire qa'Edouardluiavoitfaitespé**

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rer qu'il répouseroit. Cette preuve des engagements du roi parut vaine. Le jugement des prélats étant tel qu'on devoit s'y auendre, Edouard se fit encore honneur de sa générosité en accordant une pension considérable à cette malheureuse fille.

Cependant, cette affaire avoit produit tout l'effet que la dame Trott s'étoit proposé. L'étonnement du public ayant fait naitre quantité de raisonnements et de discussions sur le fond du droit et sur l-usage qui sembloit faire une loi aux têtes couronnées de ne s'allier qu'A dea femmes de leur rang, cette question s'étoti comme tournée en problème, et le roi profita d'unç conjoncture si favorable pour élever EUsabeth WoodvfiUe jusqu'à lui. Comme on ne pouvoit être tranquille , néanmoins, qu'après l'exécution, il y eut encore mille ménagements qu'on ne crut pas devoir négliger. La célébration du mariage se fit secrettement, et l'on n'y admit qu'un petit nombre de témoins. Elisabeth, qui se croyoit redevable de son bonheur à l'amitié de Sommerset, s'attendoit ' à lui faire tenir le premier rang dans cette cérémonie, et vouloit prendre un moment si favorable pour le réconcilie!^ ivec le roi. Mais elle fut fort surprise de lui voir chercher des prétextes pour s'en dispenser} et, lorsqu'après avoir reçu la bér* nédiction nuptiale , elle coniptoit du-moins qu'il seroit le plus ardent à lui en faire des félicitations,

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elle ibt eDCore plus élonnée d'apprendre qu^ avoit disparu.

On n'eut à Londres les premières nouvelles da mariage du roi que par les ordres qui furent donnés pour le couronnement de la reine. L'élévatioa de tous les Woodwille, qui suivit aussitôt cette déclaration, fut une autre marque de l'ascendant que cette princesse àvoit déjà sur l'esprit de soa mari y ou de la force d'une passion qu'il avoit tenue si long-temps renfermée, et qui cherchoit tout-* d'un-coup à se satisfaire par toutessortes.de voies. Le chevalier Woodvrille, père de la reine, fut créé lord comte de Rivers. Antoine .Woodvrille son frère, ses deux fils, enfin tout ce qui la'touchoit par le sang ou par l'amitié eut part à cette effusion de faveurs*

Tel avoit été le succès d'un dessein conçu, à-lavérité, par la reine Marguerite, mais qu'elle n'auroit jamais fait réussir dans l'éloignement où elle étoit de Londres, si elle l'eût confié à deux personnes mbins habiles. £t comme toute la malignité de ses ennemis n'a pu leur'faire supposer que le petit nombre de seigneurs qui lui étoient demeurrés fidèles, et qui la servoient avec cette ardeur et cet oubli d'eux-mêmes, y fussent engagés par la force de l'amour ou. de quelqu'autre passion déréglée , il est naturel de se former la plus haute idée, du caractère d'une princesse qui ii|spiroit

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an Btticlienieqt si vif à ceux qui Papprachoient familièremeDt. Ce n'étoit ni l'iniérêl ni l'ambition qui fa&oit abandonner la cour d^Ëdouard au duc de Sommerset, avec toutes les faveurs qu'il pou- ▼oit attendre de la reconnoissance de la reine Elisabeth. La dame Trott, qui sacrifioit nôn-seulement les mêmes espérances, mais jusqu'aux in-^ térétsdu sang dans la personne de sa nièce, h'avoit point de vues qui se rapportassent à sa fortune, et renonçoit, au contraire, à toutes les douceurs dé la vie ppur faire son partage de l'infortune et de la douleur avec une ; chère maîtresse , à qui elle avoit dévoué toute son affection* Elle ne s'^em^ pressa pas non plus d'en venir recueillir le fruit dans les caresses de la reine , qui étoient la seule récompense qu'elle pût se proposer. Il lui restoit d'autres vues à remplir pour son service. Elle avoit filit appi^ouyer au duc de Sommerset le dessein qui lui étoit venu de passer quelque temps eià Angleterre, et de s'approcher même de la couf pour observer de près les événements, et pouf tirer parti des moindres circonstances. Ses an-^ cîennes relations lui firent troiiver faicilement de l'accès chez la duchesse de Clarence , fille du comitô de Warwick; ets'étant insinuée dans son anri^ lié , l'assiduité qu'elle eut auprès d'elle i là noit bientôt en état de suivre toutes les démarches dei ennemis deJa reine, et de lui (en rendi^e compté

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par leé< cocrespoodanceB- qu^eUo jd'étoit établies. Le récitd^uae si.longttd et si heureuse -iBlrigu^ noas a &U'iierdré de tUO lés' fureurs, du éomte dé Warwidlt^ et les' premiers ifruits tjue MargnéHt)» eut Fhabii^ië d-en tîrfer. Xe Comte ti'avoît hetiVëu-^ semeot pour .ténicins de iie$ premiers transpdrt& qu'un- petit nombre d'àfîiis' qn^il -aVôit.invités à partager -sii'îoié, et qm^^ ressentirent, aut'bifiHtraire, pf esqu'anssi 'vivem'eôt* qiyô *hrii de sôn^(ftti trage. Ils lai oonseillèrent , néaunibins, de^prendt^ le parti die Ifit dtsnitfulatiôn , d'autant plus qù^Er douard , tfyant déjà prévtt ce qu'il devoit âttètiâi^ de son ressentiment, s'étoit efforcé de le prévèiâf par tous les àdouoissemei^ts qu'il avoif drù ^ptàpr^ k Fapaiseri II avoit nommé @e6rgGs Nif\^> ^A , frère, à l'archevêché d'Ybrôk; et , lorsqtt'îlflg {ftit

éviter de lui faire part de son i>âariage, 3ial [ïrtf^ posa de repasser en Angletéri*é^ pour se chargea &è la priniûipale administration et pour l'aîdéi^ bë&Û^ nuellemdnft de ses conâféils. Mais vhdt titêéifivb ik profonde ne pouvoit être guërife piarf dès réSttèdWJ si foibfes. I^ comté se fit un'è mortelle riôléifdi pour s'é rkiifërmér dans là i!À^dléràt3oh qùé s^^ââi croyoilent nécessaire; A, 4*11 ^arda quéft^îicifiS^ sures dans I^ rép'onîie cfir'ff fft a Edbéiftf;îcé'i» fut que pour se donner lé téiapH-âi^ itfédiWr'ià Yengeance. • " • ' '

. Hiiieipbloit. que.de^ moQTeaienift si vifi-dus- ^Dt.l€».|>orter totit-d'un-coup à reùbuer avec la çe^i]ie«.£Ue s'y ë toit attendue j et^ dans* une con^ jQBcture dont fille ;ief^pép<iii tant d'ayaQjtage^.elle n'avoit eu garde de s'élo^ner de Paris.- Cependant sa poUtûjue fut trompée dans.cette pai:ûe. Le fier çonite, qui se souvenoit-non-seulement delà démarche inconsidérée qu'il avoit faite auprès d'elle , mais de l'injurieux, traitement auquel il ayoit exposé sa^sœur, ét.qui ne pouvoit douter que Mar- ^C)rite n'en eût. pris occasion de .Redoubler sa batne y aui^oit cru s'abaisser trop en .recherchant le s^purs d'utie ennemie si déclarée. Mais s'adressant au roi Louis, dont il jugeoit que le res- .^eiitjiqiçnt devoit être égal au sien, il l'excita par 4c npqyeaux motifs à lui confier l'exécution de Iwr ycpigeance, commune. On ignore quelles mesures il prit avec ce prince. Leprs Qonfj^rences ficirept si^ecrettes, que le comte étant forcé par fK>n intérêt k se taire, comme Louis y étoit porté pa^rsottcaractère naturel, on n'en trouve; aticune j^açe dans les historiens anglois ni^an&lcs^aôtres; ;;|^ . jli. e,$t .yraisemblaUe ; que . les. graqc^ . événen^^n^. 4im ne tardèrent point à éclater prirent jQyaissanÇiei dans ces premiers m.<t>men^8 dejphale^r, gl .que si le /c^.. de France ne pron^iv «point au comte un secours ouvert de troupes et d.e muni-

DE MARGtrititiTÉ^b^AKJOU» *77

tîônS) il lui àcëordà des Wmiâés-'côiràidëfèi'bleil, «vec'lBmeis lés assurances' dë^pr6'tectiôn qai' p6û4 Toicnk sdiiténlrsou 'cmifiaeë .''■'*' ■ ''" " '

MargtferitB, 'tarjirîsisî^yé' îie'Vdlr,^ar Bucmi@ xnar^biê ^ qrfe le coibtè péfnsâr à lui commiiinque'f ses préjêtsv hé s'arrêta '{>dijat'iBuk vaines Coâsidë^ rations .qui pôuvoieïii liii in^pirér'unè fierté bcaii^ coup plus juste: .Elle résolut'dé fidre tenter ce caractère'hautain pai^ xle^ ](]lrCfpbéltioi>é^i'iky^ nbieM aux cotijonctures. La dtui deS^àiérftëi lui sëtdta seulemènf lliuihilîâtioVi de feire les prenÂèires ' démarches y etî' ch^téhâht à à^ li^e'WtMi

inylady Nevffî. Il ii^ ^^^«^a P<^int l^s difecéll^i qu'il't^ôuVôît bppréhehdcr. €éttié dànie ,' tjni HPë^ toit pài feitef pô^ùr Itt hatne^ pàt^t t;h2ft4n£ël(A!i4<Ti reine fit les avances deleiur rëtiêlii^ciKâïitJiif %^'s6it Sc^u'ellé eût ordre de son frères de prêter r^^iDë à ce que Sommerset pàydis^tiit cheihchcrr r<ï6céibiô'A dé lui proposer, soit qti^eltese jportât d'èllé%iéttiè a ce qu'elle croyoit égafenuem utile % la rè&nè et iati comte, elle donna amdhc tôtité^ les fiicilitiés qù^l ibherchoit poui^ s'expliquer; 'Maltf*«e qui pài^ttM fort étrange 9 ^le '- reçai; lies t§x]]ffiëàiii3^s • is^ttis 0!^^" les communiquer à sOn frèfe, ou dd-m'okis' elle feignit toujours de'be'lui'eft'ftvoir fak àntiaùë ottverture. Cependant / elte contint qu'il étôilnÈot" tellement irritéoontre EdôWard ; et, loiii'dë'réfë^ ter absolument les propositions du duc, elle lui

d^niaiMia le lempç» dç Je^faire goûter jancointe

On ne peut attribuer cef^c^^^^çiryc; gn^if J9:^cn|ii\te

9J^ Je coiiue étp^t.^e^ P^^^^r: V^Pi^Ti^\î!^^J^ '^ confiance api;è^ l'jçspèc^.d^ ^^îçpn qa'i)^ avo^t faitfB à la. reî^v^^lgfié top» ses ptpjefs^ il, 1^42 pouyoit se dispenser. < de r^Oiiraer qp .^Aglct^^^* rî?9 voit-il p9S lieu de sppposer qi|'aa joindre mécpntentemept^ p^ sur rie moin^fCi^upçoa de sa bOQUe foi , celitfi . princesse se . prévaudroit di&s eugagementp qnfil. fqrpHr;pi^s av^çieUe, pour le per^rç .^ec dfa|i(aT|)^flM <}fB|,£a^dilM[é , quer, so tro^y^pi à Jf^qdifeS;, Eldouard fmèffipiy j^i ne pouvoit doigter 4^ h hai^fr.qo^'û \mqist pour lui, sai^rpit yplpiHi^ Voûtes Ifçs occasioniif %^Vm lui; oBrirpit jje le tçaiter sans.o^f^gex^ej^^ Ce qui.4p?|i^^ p)p^ deforpe à cette conjeçniTe, c'est -qu^à-peine fut-il pai;ti avec sa sqsur, que>Iipuis.XI, tti^it^nt MargueQte s|vejç pli{s 4'atumipn quejamsisi, jtui'parja ^ps^llla^ qpverteo^ent 4c toi|& ses prpfetSy qu'il jDf'avoi^ jplsq^l'^|QÇ5^^put^:q^>î»ec f|1pi4QW. U Jpi Pré^ftW^WS râiïgft.Willi^ écp^jr à d^w*;Cpoditio<is ^ ^eR9^)?lpî]ept Fp<){)9rjB|9r des viue$lqu'e]Ie igitorpit eùçQT^d V^P^ 9 :qu'eu tecqpntapt sur le trône, elle im,eift pftyoroit, :q9aivi9tj^: qoiUe:; il'duti^,! ç^'eUe 4onpejrQi| ;l€| gQ^Vj^rn^^iBJ^nt. de Calais à Jasper, iH?i94te de P^pibppoç)^ j :!9t à Jean dei^ôbt, coiUte ûé Caudale;, {ia reinè^^ -quiétpit' oapabl4 aulisi de

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4tt$imulaiioD^ afibcta de pe pas pousser sa ttuiio^ ailé au-delà des bornes qu'on setnfaloit lui imp^fier* Quelque explication quHl fallût donner à eette mystérieuse conduite , elle n'en comprit pas mbinà qu'il se formait uà orage où elle seroit mêlée, et <}ue ne dût-elle y prêter que son nom , elle y auroit nécessairement la principale part. S'il lui en coûta beaucoup pour demeurerqùelque temps dansl'ioaction^sa raison luipersuadaquela gloire doit être sacrifiée quelquefoîs.à des intérêts plqi précieux. Mais les nouvelles qu'elle reçut de la dame Trott la firent bientôt sortir de cette ipcer^ tilude. Elle apprit que le comte de Warwick^ après ayoir passé deux jours seulement à la copr^ s'étoit retiré dans ses terres , sous prétexte d'onè indisposition. Le roi^ loin des.'yi opposer^ avoii été. bien aise de Iqi voir prendre ce parti v.olontain rementj et, ni? pouvant s'imaginer que, dans un temps, où^tQu^ies ordres de l'état paxoissoiahtaP Sectionnée k sa personqfs ^ il eût rien à craindre du mécontentement d'un sp}e(| il le pégUgeoit ju»r qu'à perdre le spin de Je faire observer. Peut-être l!^rtifice du. comte. servoit-^il à l'endormir, dans cette sécurité. Il étoit. parti de^ Londres sans autre «lite qu'un. v^alet-de-çbambre Qt deux. médecins* £n arrivant de France^ il s'étpit plaintd'usDmal qui sembloit demander. :!ia régime de plusieurs mois ^ 9t il avoit fait beaucoup valoir, la force d'esprit

a8o BI8TOI&B

doDt il avoit besoin pour s'y assujettir. Edouard s'y laissa prendre avec tant dlmprudence , que y dans le temps qu'il croyoit son ennemi dans les remèdes ^ Ifiddleham se remplissoit toutes les nuits de ses amis et de ses créatures, qu'il faisoit avenir de s'y rendre avec beaucoup de secret. Ija duchesse de Clarence s'y étant rendue plusieurs fois avec moins de mystère 9 la dame Trott, qui s'étoit oâerte pour l'accompagner, avoit fait diverses observations qu'elle ne manqua point de communiquer k la reine. D'abord, la duchesse y avoit été sans son mari, comme s'illui en avoit coûté quelques efforts pour l'engager à faire ce voyage avec ellej mais, l'ayant enfin déterminé à la suivre , il s'étoit lié si étroitement avec le comte, qu'il passoit à iMiddleham tout le temps qu'il pouvoit dérober à la cour. Sa froideur étoit venue de la facilité qu'il avoit vue au comte pour renoncer à leur premier projet* Quoiqu'il ne se fût point ouvert alors sur ses principales vues j il n'avoit pu souffrir qu'un intérêt aussi frivole, que celui d'une passion amoureuse l'eût emporté sur les plus importantes délibéra* tions, et que le comte, en un mot, l'^ût sacrifié a Elisabeth Woodvrille. Il s'en étoit plaint aihè-* rement à sa femme, et son chagrin^ augm.entoil depuis que là grossesse de là reine éloignoit les espéraùces qu'il avoit eues de supplanter son frère. La duchesse avoit ménagiS si i&droitement l'esprit

DE MARGUERITE D^ANJOU. sSl

.dti ^comle, qu^en lui faisant les plaintes de son mari, elle avoit trouvé le moyen de lui faire goûter les vues que le duc avoit formées sans sa partici*pation. Loin de se trouver de la répugnance pour la proposition de l'élever sur les ruines du roi, le comte avoit embrassé cette ouverture comme une favorable occasion de satisfaire le double ressen-^ timent qu'il avoit contre Edouard et contre Marguerite. Enfin, le duc de Clarence ^'étant expliqué ouvertement avec lui, tous leurs desseins avoient commencé àrouler sur ce fondement ; et si Edouard étoit proscrit dans leurs résolutions, Henri dé Lancastre étoit oublié.

Une autre observation de la datoe Trott regardoit Burchier, archevêque de Cantorbéry. Elle n^avoit pas manque d'avertir la duchesse de Cla<^ rence, des liaisons secreties qu^il avoit avec la reine Elisabeth , dans la crainte que le comte dé Warwick ne continuât de se livrer sans précaution a un homme qui n'étoit plus capable que de lé trahir. Mais Farchevéque avoit vu si peu d'âp^ parence à l'exécution des promesses par lesquelles il s'étoit laissé gagner, qu'il eommençoit peut-élM à se repentir de sa crédulité. Elisabeth n'avoit d^ar^ deur que pour l'agrandissement de sa famille, Lc^ comte de Rivers, son père, avoit été chargé dé l'administration. Outre la charge de grand trésorier qu'il ayoit eue presqu'immédiatemenl après le

sSa HISTOIRB

mariage du roi , il venoit d'être revêtu de.celle de graod connétable^, vacante par la déiiiission libre ou forcée.du comte de Worcester. Antoine Wood-r vviUe son frère, avoit obtenu , dans le même temps^ )a survivance de oeHe de graùd connétable. Enfin, la reine perdant, le souvenir de toutes les voies qu'elle^ ayoit été obligée d'employer pour assurer l'ouvrage de sa fortune , ne pensôit qu'à jouir de tous les biens qui ne pouvoient plus lui échapper daoFS çon élévation , et qu'à lés partager avec un petit npmbrQ d6 parents et d^ainis sur qui elle réuûissoit tous ses bienfaits. Ce fut dans le cbagrin de se voir si mal récompensé , que l'archevêque Bl l&yoyage de Middlebam , et qu'il se présenta au comie de Warwick , sans l'avoir fait avertir de c6t^ visite. Sa présence jeta d'abord l'épouvante dans uqe assemblée de conspirateurs qui ne rou<«loiec^t qu^ des projets de vengeance et de destruc* (ion» Mail», après un entretien particulier qu'il eut avec )e comte, on fut agréablement surpris de le xpïf aident à se mêler dans la foule , embrassant lésions, is^luant les autres par leur nôin, et les féUciti^pttQMS du généraux dessei|i qui les rassémbloit. Cepepdant > il kur conseilla d'éviter leà assemblées nombreuses , et de retrapcher tons les sujets de défii^Qoe #; un roi qui éteighoit ses moipdrc^isoupçpoi d^ds le sang. Montàigû, frère du comte ^ commandoit toujours dans les. provins

DE MAR(^UBRITE d'aNJOU. flSî

èes'dti Nôrd/C^étoit de ce côté-là que les conjurés votlloient tetit^r leur premier soiilèvetnent. Xi^ar*cbevéque leur cooséilla encore de.chercher quel* qôéprétexHi qui pût les y conduire insensibl^fuent, et donner uuq autre couleur. à Ieur.entreprise,:que Ie'ldé0ir dei veogef le comte de Warwick. ^' ''En communiqiiatitde siimportantesdécoùYertes i'ia reine , Ja fidèle Trott y ajoutait sesr conseils. Elle étoit d'avis quéJa maison de Lancastredeiroit ^en redouter la concurrence d'un second Yorck ^ m que tous l^s mouvements qui se feroient :ea faveur du duc de Clarence , tourneroient infailliblement à l'avantage de Henri. Quelle apparence que la nation consentit k se défaire d'Edouard pour lui faire succéder ison frère ! La violence pourvoit élever un moment celui-ci, mais eUe ne lui piromettbit point un établissement tranquille et dé Ic^ngue durée. Au-lieu que les inêmes efibrts que lès deux frères alloient faire pours'entr^-^déchirer^ eoptribirëroient don-seulement ii les afibîblir y mais à- Saire regretter au public uni'ègneipldsdoui. Qà rajppelleroit les qualités pacifiques deHenri, dont legouyerbement a'avoit été troublé que par l'ambition d'un petit nombre de sujets rébelles} et lorsque son fils viendroit.se faire voir à PAngle»terre y on le regarderait comme un signe def tranquillité etdebonheur^qui ramèneroît tous les partis ^ son père.

a84 HtSTôïR*

LHmpuissance força Marguerite <îe s'arréicr -i et conseils C'étoit bien recfieilUr nH fmit de Pin-^ trigue qui lui avoit succédé si beureusetoent; mab ce n'étoit point encore celui qu'elle attfendoit; Cependant y lorsque FEcosse venoit de s'accorder avec Edouard , par une trêve dé douze ans , lorsque le mariage du comte de Chârolois avec la sœuir de ce prince venoit enfin de s'accomplir , lorsque 'lé 4duc de Bretagne étoit aux mains avec la France , lorsque le roi Louis , à qui Marguerite découvrit tout ce qu'elle avoit appris de sa confidente ^ parut recevoir si froidement cette nOuVeUe , qu'il étoit clair qu'en soubaitant de voir les Anglois occupés par des guerres intestines y il lui étoit indifférent pour quelle cause; enfin , lorsque cette reine in-* fortunée se trouvoit sans amis , sans vaisseaux yet sans troupes même , par le malbeur qu'elle eut de perdre le sénécbal de Normandie, dont la mort^ arrivée au combat de Montibéry, disnpà le petit nombre de volontaires qu'il avoit rassemblés; que lui restoit-il^ que d'attendre du ciel les moments qu'il avoit marqués pour le retour dé ses icspéran** ces, et de se flatter peut-être , suivant la pensée de sa confidente , que les divisions de ses ennemis serviroient à leur ruine ? EUe^ employa cet intervalle à l'éducation de son fils. Ce jeune prince ne démentoit pas l'opinion qu'on àvoit eue dé' ses quaUtés naturelles , mais dans Tâge où il^ntroit ^

DE MARGUERITE B'AKJOU. â85t

elles avoiént besoin d'étré cultivées par des soîds» assidus. La reine lui donqa les meilleurs inattres qu'elle pût trouver en France; et veillant ellemême à leur travail , elle en prit la plus im{>ortan(e; partie , qui étôit celle de lui former, le cœur et la. raison. Elle ne manquait ni d'exemples pour con* firmer ses principes , ni dcvmotifs pour lui. en iu-r spirerle goût. Aussile vit-elle répondre à son attentepar des progrès si prompts qu'ils surpassèrent ses espérances.

. Mais eHe fut interrompue dans cette occupation; par une nouvelle qui.la £t passer tout-d'un-OQup à d'autres soins. Elle.apprit , par un messager de la dame Trbtt^ que la province d'Yorck étoit en armes, sans qu'on pût encore pénétrer d'où.ceUe tempête étoit partie. Il y avoit dans la ville d'Yorck un riche hôpital pour les pèlerins et les malades ^. dont le revenu consistQÎ|u dans une certaine cpiaiitité de bled, que. tous les fermiers de la province étoient obligés de fournir, suivant l'étendue des terres qu'ils avôient à cultiver^ Un bruit subiter i^ent répandu , par lequel onpersuada aux fermiers que le bien des pauvres n'étoit employé qu'iil'usage des administrateurs , porta Fesprit de sédition d;ans toutes les parties? de la .province. On, refusa ouvertement de payer les contributions ordip^irej $ .et eeùx qui étoient chargés de, les recueillir aya^t eu hl>hiurdi€âfi6 4« rec9UFir à Jii/prfi^^ QA vit en. peu

dSft HISTOIRE . /. r i

de jonrs toas les paysans attroupés pour leur ter par la même voie. Ce qiiî n'étoit qu'un mbu-. vement confus dans :son origine ^ «devint bientôt une £siction réglée^ dont les chîeft parurent Ven^ tendre arec un merveilleur accord. Le nombrei des séditieux augiuenuint sans cesse y ils se troû^ vèrefi't assemblés au nombre de vingt mille , qui marchèrent en bataille vers la capitale de la prô^*vince, et qui jetèrent tous les babitants dans 1« consternation. Il n^y auroit eu personne qui n'eût attribué cette révolte aux intrigues du comte de Warwick, s'il eti fait le moiiidre mouvement pour en tirer quelqu'utilité ; mais il s'étoit renda depuis peu dans son gouvernement de Calais ,' d'oii l'on ne voyoit point qu'il s'empressât de revenir ;^ et ce qui jeta dans l'incertitude ceux inéme qui étoient disposés à le seconder saps avoir été admis à la participation de soi^ secret^ le marquis dé Montaigu son frère , qui commamdoit dans Yorek^ se mit à la tête de tout ce qu^ plut rassembler de troupes et dé bourgeoisproprôs à porter les armes^ pour combattre les révoltés. £n efiet^ les dyant attaqués avec ;be$tti&oup de courage y malgré Fi»é*galité de sesforcés-, il lés mit en fuite et prit Robert Huldrone , leur j^rhaoîpal chef ^ Ji qui U fit trandher aussitôt la tête.

Cette prompte e^éouiionî de^t un mystère pour quantité d'amis4u60mte> qtfi aVeieatregMrdi

DE HAROUBRITE B'anJOU. 287

Fentreprise des mutins comme soa ouvrage., Msôs leur incertitude deyoit durer bien plus longtemps/et la conduite desNevillestun de ces grands "coups de politique , qui paroissent surprenant!} même après Fexécution. Montaigu et Farchevéque d'Yorck étoient les auteurs de la sédition , et s'ils en avoient abatlu le chef , c'étoit totn*à-la*foi9 pour se mettre à couvert des soupçons de la cour^ aussilong'tempsquela dissimulation leur paroitroit nécessaire , et pour donner adroitement aux rebelles des guides d'un autre poids. Coniers y ancien officier, dont Feipérienee égaloitla valeur, avoit ordre de les rassembler aussitôt , et de mettre k leur tête deux jeunes seigneurs qui s'étoient dé-* voués à la vengeance du comte de Warvrick ^ et qui dévoient agir par leur nom, tandis que Coniers ^giroit par ses conseils. L'un étbit fils du lord Fitz-Harry ^ et l'autre du lord Latimer , tops deux parent du comte. Les mutins reprirent taût de courage , que , se laissant éntràtder à toutes sortes de résolutiqns, ils oublièrent Yorck^ qui étoit le premier objet de leur fureur, pôui* se mettre en marche vers Ldndres. Le coitite de Pembrooek , qui entreprit de s'opposer à leur pafssage avec dix toille hommes, fut eùtièrement défait. Ayant reçu néanmoins de nouvelles troupes, il les conlratgâit de s'aYréter proche de Bambury, où les deux arthëes wbapèreol à peu de distance«Mais Henri Nevill ,

fld8 HI8TOIRB <

fils do lord Latlmer , anima ses gens par une exhor^^ talion si vive, que, fondant dès le lendemain sur l'armée royale , ils la taillèrent en pièces. Malheu* reusementpour lui-même et pour un grand nom-' bre d^autres seigneurs , cette victoire signalée lui coûta la vie. Il poursuivoit les fuyards. S'étant abandonné à la course avec trop de chaleur, quel-* ques royalistes le firent prisonnier, et le tuèrent ensuite de sang-froid. Mais cette barbarie inspira tant d'horreur à ses gens, que s'étant saisis à leur tour du comte de Pembroock et du. chevalier son frère , ils leur tranchèrent aussitôt la tête ; et ne bornant point la leur vengeance , ils s'avancèrent rapidement jusqu'au château de Grafton, 9Ù ils surprirent le comte de Hivers, père de la reine ^ favori du roi et son principal ministre. Ils l'enle-^ vèrént , malgré quelques efforts qu'il entreprit pour se défendre , et l'ayant mené à Northampton, ils le décapitèrent sur la place publique *, sans aucune forme de procès.

Ce furieux torrent, qui ne faisoit que grossir à mesure que les révoltés s'approchoieiit de Loi|dres, auroit mis le roi dans, le dernier danger, si la rigueur extraordinaire de la saison n'eut forcé tout- d'un -coup les deux partis d'abandonner les armes. D'ailleurs, Montaigu et -l'archevêque d'Yorck, qui n'avoient pas compté sur des pros«pérités si rapides, jugèrent à-^propiM' d'attendre

DE MARGUERITE d'anJOIT. J189

les Qrdre&du comte ; assez sûrs que le froid excessif qui arrétoit leurs gens,. ne permettroit pas au roi de faire plus de jnouvement pour les inquiéter. Lç duc de Clarence étoit allé joindre le comte de .Warwick à Calais; et c'est une chose incroyable que, dans la tranquillité dont ils observoientles apparences y ni le nom de Henri de Neyill , qui s'étoit mis à la tête des rebelles,. ni la vengeance exercée sur le comte de Rivers, ni Foiigine même de la révokeqaiavoit commencé sous les yeux de Mon^ taigu , ne fissent pas soupçonner au roi que Forage .eut été formé par le comte de Warwick , et qu'il fût conduit par ses influences. Cette sécurité laissa le temps au: comte de prendre des mesures plus justes .que jamais pendant l'hiver. Quelques historiens assurent qu'il fit le voyage de Rouen , pour conférer avec Louis XI qui s'étoit avancé dans cette ville. A-moins qu'on ne veuille supposer dans ce prince un désir aveugle de troubler l'Angleterre, -sans avoir rien eu de fixe ni de bien éçlairci dans «(es vues , cette condnuation d'intelligence avec le comte de Warvrick s'accorde mal avec les démarches qu'il faisoit d'un autre côté en faveur de la reine Marguerite.

Cette princesse isonnoissoit trop bien les des^- ^ins -du comte par W^rvis qu'elle ,r,ecevoit continuellement de 1» dame.Trott, pour se persuader qu'il pepsât à la servir. £Ue savoit queles intérêt»

Pr^YOtt. Tome XIV. >9

agb HISTOIRE

de la maison de Lancastre le touchoîent peu ; et^ qu'en satisfaisant sa baîne contre Edouard , il se jproposoit de seconder l'ambition du duc de Cla-^ re'nce. Cependant, Fespérance qu'elle avoit dd profiter de leurs entreprises pour avancer les siennes, lui fit faire de nouveaux efibrts auprès de Louis XI : ce n'étoit plus des vaisseaux ni dès troupes qu'elle espéroit d'en obtenir. Il étoit trop occupé lui-même par l'inquiétude continuelle du duc de Berry son frère, et par les desseins qu'il àvoit sur là Bretagne. Mais dans la résolution où la reine étoit de passer en Angleterre , elle demandoit du-moins à Louis de l'y faire transporter avec autant de sûreté que de secret; et, se livrant à son honneur et à sa bonne foi , elle lui laissoit le choix des moyens. Après quantité de délibérations , le roi lui offrit d'envoyer des ambassadeurs à Edouard , isbus prétexte de l'inviter au renouvellement de la trêve, et lui fit eilivisager assez dé facilité à passer a leur suite. L'exemple de Henri, qui avoit été arrêté par son imprudence, et qui languissoit encore dans les cachots de là Tour, faisoit sentir à la reine combien elle devoit employer de précautions. Cependant, illui parut si nécessaire d'être à Londres, ou dans quelqù'autré lieu du royaume ^ au moment que le duc de Clàrence et lé comte de Wàrwick lèvéroient ouvertement lé masque, que, hè pouvint douter sur les avis dé la dame

Trott, que cette grande entreprise ne fût rése^in^e pour l'ouverture de la campagne y elle réspltttdi'âi(^ cepter Po&re de Louis à tôûtds sortes de rïi^uès^.

Son fils 9 ce cher espoir d'une malheureuse m'ài^ son, de voit être d'un si dangei^eux voyage, et C*értoit sur lui seul que tomboieùt toutes ses craintes. Il fut déguisé sous l'habit et le nom d'un jeune ecclésiastique , qui accompagnoit l'archevêque d^ Narbonne, l'un des ambassadeurs nommés par le roi. Marguerite changea elle-même d'habit et de nom , et ces précautions furent prisés avec tâfnt dô secret, que les domestiques même de l'archevêque ^n'en eurent pas de connoissance. Lé voyage fut heureux. Ce fut k Londres même que la reine se 'fit conduire. Elle connoissoit mille moyens de se cacher dans une grai^de ville , qu'elle n'auroit pas trouvés, si facilement dans les provinces. De tant de fidèles sujets qui lui restoient J^êncore , à-peine étoit-elle sûre d'en trouver un qui voulût s'expo- 'ser à la recevoir. Elle comprenoit qu'il y avoit une extrême difiérence entre le zèle qui pou voit leur Taire embrasser ses intérêts lorsqu'elle feroit écla-* ter son arrivée , et celui dont ils àuroient eu besoin pour lui ouvrir tout-d'un-coup leur maison , au risque de s'attirer les mêmes* rigueurs qu'Edouard avoit exercées contre ceux qui avoient reçu soù mari.

Les ducs d'Ëxcester et de Sommeraet, acooai-

retraité pour entretenir le geôlier^ L'ofire d^une* récompense proportionnée au service eut moins d^effet sur ce fidèle serviteur '({ire k satisfaction, d'obéir à sa reine. Il ne lui déguisa point la graa-' dèur du péril 9 et sa propre vie n'étoit pas ce qufil pàrbissbit regretter. Mais, lorsqu^il la vit résolue» dé prendre tous lèë dégiiiifieiXiems c{u'il n^oitiosé» lui proposer, il partit Soulagé d'une partie de ses» cnfintès. Celui qu'il ciDt le plus'sûr fut de la recî^*^ "^oïr theis lui ^n qualité de dKHnestique. EUe y consentit. En vaiâV lesrMigneurs, qui lui tenoienft lièii éé garde et dé 6èttséil> lui représentèrent d0 qûeHè importance il' étoit qu'elle' h^expo^ât point sa liberté/ Ses mesures M sembloiepf si certaines^ qu'elle ne put être ébranlée par aucune' crainte. ' On sait qu'elle sortit heureusement d'une entret* prise où elle n'a voit 'pdint effectivement d'autre risqué à courir que piài^ l'infidélité de son guide; On- ^ait encore que , de' qùèl<(ue manière: qu'il s'y fôt pris pour l^ntroduire dans le cachot du roi , elle trô'à^à ce princ'e'dâbs une situation plus triste qu'on' ne peut la rej^i*é'sentcr. 'Regardant sa vie comme un bien qui pbtrvoit lui ètré'dté i tous momèms, il semblôit* avoir perdu le soîxif de tout ce qui étoit nécessaire pour la conserver. Ceux qui ont attribué cette indifférence à sa' piété ont eu raison delà croire digbé du culte de l'églis^', et l'ont proposée effectivement à la cour dé* Rome , ^

DE MAIK^UBRITB î> 'ANJOU. agÔ

pour lui faire obtenir l'hoaneur de la canonisa* tion 3 mais \e& historiens les plus sensés n'ont pas rapporté à la religion ce qui paroit n'avoir été qu'un abattement de courage ou une foiblesàe naturelle d'esprit^ sur-tout quand oii en rapproche les quarante ans que ce prince àvoit passés sur le trône , dans une langueur et une inaction qui ne peuvent lui faiî'e obtenir qu'un rang méprisable parmi les rois. Depuis qu'il étoit ji la'Tour y il n'avoit ni changé d'habits, ni pris dqtepos dans un lit. A-peine consentoit-il à recevoir quelques aliments grossiers, dont il faisoit toute sa nourriture; Sa barbe et ses eheveux étoient négligés; et dans la solitude où il étoit continuellement , il paroissoit avoir perdu . toute attention pour ce qui se passoit dans un monde où il n'étoit phis. Cependant, il s'attendrit jusqu'aux larmes en reconnois^ saut la reine. Elle ne put résister elle-même à ce spectacle , et tout leur entretien se ressentit de cette première im|!>ression. On n'a pas dû s'attendre au récit d'une conférence si secrette. Elle a l'air trop romanesque dans les auteurs Anglois qui en ont orné leurs ouvrages , pour être regardée ixti moment comme une partie sérieuse de l'histoire ^ue j'écris; mais il est naturel de s'imaginer que la reine y prit de nouveaux motifs pour animer son courage , et qu'elle s'efforça d'en inspirer au roi. Elle tira un autre ayantagé de ceite visite , en

Sq6 ; OPJjSTOIRB

apprenant de lui le nom 40 plusieurs bi^àvd& geo» 9 dont le zèle avokété jp$({u.'à trouer lie moyen do fai^e pénétrer 4ans e&a prison^ des: lettres et de» méqioireS) qui auraient servi dur iQOÎnSi à soutenir ses espéraqçes-, s'il eût été sensiUe au plaisir d'àypir encore de5 sujets fidèles* Pe ee nombre étoit le comte d'Qi4<>rd^ que la reine fut charmée do retrouver dans^Srinlér^ts. Il s'étoit réconcilié avea Edouard, mai$ c'étoit pour servir Henri sous des $ipparences opposées.

- Marguerite «ivoit passé cbezle geôlier , six jours, qui avoiem été nécesssdres pour disposer les cir* constimces de àon entreprise. Elle ne. s'attend oit point, en retoiirnam chez le duc de Sommerset , à la funeste nouvelle qu^on ne put lui déguiser à son arrivée. Lorsqu'elle demandoit son fils^ avec empressement, poutlui rendre les embrassemrenls t dé $on père,^. elle: apprit par la tristesse et par l'embanrà^ du du€i, autant que par sa réponse , que ce jeune prince étoit disparu le lendemain du jour qu^elle sî'étoit rendue à la Tour, et que tous les soins qu'oii avoit pris pour le chercher avoient été inutiles^. A4a-vérité, le duc ajouta aussitôt, pour diminuer te trouble mprtel delà reine par quel* que ombte d'e^érance , que le valet-de-chambre 4U: prince s'étoit dérobé avec lui^^ et qu'ayant emr porté ui^e partie de leurs habits, il jr avoit peu d'ap^ p^rence qu'il leur fut arrivé quelque.malheur, s'ils

DE HARGX7BRITB D^ANJOU. 2^97

ne s'y étbient pr'écîpitjés volontairement. Maîs: cet adoucissement étôit-il capable de guérir lesalarmeft de Marguerite? Elle passa huit jours , ©'est-i-rdire, tout le temps que duraaa peine ^ dians desiiourr ments cpii triomphèrent de sa constance. Xarnx^n* dre de ses craintes étott' qu-Edouard n^eùt. fait enlever lé prince ; et, loin de se rassurer eniapprenant qu'on nfavoit point entendu fyarler de lui- à la cour, elle se persuadpit quelquefois que sa j^erte n'en étdit que plus certaizieî,' et que 36^ ennemis Ta voient fait égorger, secrettement.

Enfin ^ son inquiétude lutdissipée^ar le retour

du prinoer. :I1 se présenta timidement lorsqu'il eut

appris que la reboBe, sa m|àre^ étoit revenue de' la

Tour et qu'elle avoit été miortellement affligée de

aon absence. Ce fut moins^delui que de son guide

qu'elle tira d'abord le sebnet;d!eîGK)n voyage et de

ses desseins. Il reji^enoit de Calais , où Famour l'a^

voit conduit. Quoiqu'il eût à-peine quatorze ans ,

il n'a voit pu voir k seconde SU» du comte dç War-»

/vrick, qui se. nommoit Anne V comme mylady

Nevill y sans prendre pour elle toas les sentiments

fl'une vive passion, il Favoit viie à Paris avec lé

comte*. Le temps n'avoit fait qu'augmenter soti

' ardeur ; et loesqtï'il avoit em la reine occupée pour

quelques semaines à la visite de son père , ilavoit

forcé son valet-de-chambre de faire avec lui lé

Toyage de Calais^ dans l'espoûr d'être revenu k

SgS HISTOIRE

Londres ayant qu'elle eût fini ses affiûres a la Tour. Au reproche qu'elle loi fit de s'être exposé avec tant d'imprudence iaui[ dangers qui menaçoient sa Yieyil répondit agréablement , qufelle ne luiavoit pas donné vn exemple de timidité en se livrant à la discrétion d'un geôlier.

- Quelle opinion ne conçut-elle point d'un carac^ tère si ferme et si entreprenant ! Cependant , la prudence lui fit modérer sa joie ; et donnant, au contraire, le nom de, témérité à sa hardiesse , elle voulutsavoirtoi&tealesrcirconstancesdeson voyage, pour en prendre, occasion de l'instruire par ses moindres fautes. Mais elle ne résista point au transport de son cœur,, lorsqu'elle. entendit avec quels ménagements et quelle discrétion il ayoit non* {Seulement satisfait les ihouvements de sa tendresse, mais découvert une pactie des dessieins du comt^ , par les informations qa^il avoit eu l'adresse de se proeurer k Calais. Elle l'embrassa, dit un historien qui ne fait jpas difficulté dé lui attribuer ici le don de prophétie ; et versant des larmes de joie et «de douleur par le' mélange qui se faisoit toutàrla-fois de ces deux sentiments dans son ame , elle lui dit dans ces propres termes : (( La fortune )) qui vous a maltraité depuis votre naissance , n'a )) pas de réparation qui suffise pour tant d'iûjus- )) tices. Je crains qu'elle n'achève de vous perdre , » pacqe qu'elle vous doit plusqu^ëlleàe peut vous

DE MARG'USRITE d'AKJOU. . 5)99

ii rendre)}. On n'oubliera point CQtte prëdictiont de la reine, lorsque j'en rapporterai une beaucoup plus claire et plus circonstanciée du roi son mari. ' Il est yrari que le jeune prince ayoit condmf^n aventure amoureuse , avec une sagesse rare à son àse. Il s'étoit introduit à Calais sous le même déguisement qu'on avoit employé pour le faire entrer à 'Londres. Rien n'étoit si commun que d'y voir |fàsser de jeunes eeclésiastiques , qui alloient faire leurs cours d'étude dans les abbayes de Normande. Il avoit eu même assez d'adresse pour se mé* îiffger plusieurs fois l'occasion d'entretenir Anne If^vill y et ce qui l'auroit peiut^ être exposé i quelque disgrâce s'il n'eût pas réusin à lui p||ire ^ étoit devenu la cause de sa sûreté , lorsqu'il lui eut inspiré assez de reconnoissance et d'amoar pour l'intéresser à son sort. Il avoit observé les pr^airaiifs qui se faisoient sourdement pour le départ «du duc de Clarence et du comte de Warwick ^ ^i étoient tous deux dans <^ette ville avec leur famille. Il* ayoit été témoin de l'agitation de leurs gens, et divers éclaircissements quH avoit tirés de aa maîtresse , ne lui avoient pas permis de douter qçe le comte ne iût à la veille de repasser la mer , aVec. mille desseins qui dévoient être funestes à 'fidouard.

r : Ces observations s'accordoient si bien avec les avis que MarguenU recevoit de la dame Trott ,

Sod HISTOIRE

dont le succès lui parut si peu dûnteuic, qu'il né-^ gligea de se retrancher dans son camp avec les précautions ordinaires. Le comte de Warwick fut informé de sa négligence, et ne laissa point échapper Foccasioi). Il attaqua pendant la nuit l'armée TOifde. Son nom y jeta tant de désordre , que dédaignant de tuer des ennemis, qui ne se présentoient pas même à ses coups, il pénétra jusqu'à la tente d'Edouard. A-peine ce prince étoit-il sorti des bras du sommeil. Troublé par un tumulte dont il ignoroit encore la cause , incertain s'il falloit fuir ou combattre , il vit arriver le comte victorieux, dont la présence lui annonçoit sa destinée. Toute la fierté de son rang disparut aux yeux de son vainqueur j il lui remit ses armes en le priant de ne pas abuser de sa victoire.

Quel événement ! Le comte n'insulta point au malheur d'un ennemi suppliant. Mais l'ayant fait conduire sur-le-champ à Warwick, il prit le jour suivant pour délibérer avec le duc de Clarence sur le premier usage qu'ils dévoient faire de leur fortune. L'impatiente ambition du duc lui auroit fait souhaiter de ne pas différer plus long -temps à publiei* ses prétentions. L'armée même du roi s'étant réunie à celle du comte , il sembloit que cette disposition générale k l'obéissance ne lui laissât à craindre aucun obstacle. Cependant, l'avis du coidte fut de donner une forme plus pabible

DE MARdUBRITE D'ANJOU. 5o5

à leur entreprise , et de se rendre dans la capitale "pour s'appuyer de ^autorité du parlement. 11 con* gëdia une partie de ses troupes, dans la vue de faire connoitre au public qu'il pensoit nioins à troubler Tëtat qu'à rétablir l'ordre et la justice, dont il se plaignoit qu'Edouard avoit violé toutes lés loix; et, se contentant d'annoncer par cette ^préparation , les changements qu'il méditoit, il déclara que son dessein étoit d^aller h Londres, pour remédier aux abus de l'administration , de concert avec le parlement. Mais Warwick ne lui paroissant point un lieu assez sûr pour en faire la prison dû roi j il le fit transférer dans son château de Middle^am, Ôù il le confia à la garde de l'archevêque d'Yorck, son frère.

• Le bruit -de la victcnre s'étoît déjà répandu jiisqu'à Londres. Dans le premier mouvement de sa joie, Marguerite avoit penché à ne pas perdre tm moment pour rassembler ses partisans, et pour faire proclamer son mari ou son fils, suivant l'inclination que le peuple marqueroit pour l'un bu l'autre de ces deux princes. Mais on lui représenta que lé temps qu'il falloit choisir n'étoit pas celui t)ii les deux vainqueurs étoient encore à la tête d'une puissante armée, et où le seul dépit de se ^oir prévenu,' séroit capable de porter le duc de Clarence à se ^réconcilier éup-le-cbamp avec son frère. Comme la résolution à laquelle ils s'étoient

3q4 HI6TOIEX

ai:c^l<^ db 99 rendre i LoadreS|^ sans avoir fait U inomire ouTerture de leur dessein 9 sembloit lais- MT ^Melque lieu de . douter s'ils n'en avoient pas ^tiiAgé en faveur de Henri, le duc de Sommerset j^l d'avis qu'il ne fàlloit pas craindre de leur avoir 4|uelqué obligation s'ils vouloient se déclarer pour €6 prince ; et que , s'ils marquoient d'autres in tentions en arrivantà Londres, ous'ilstardoientméme ;un moment à faire ouvrir la prison de Henri, il •eroit temps alors d'éclater, avec d'autant plus de isonfiance, que leur arrivée même serviroit à persuader au peuple qH.e cette révolution seroit leur ouvrage; sans compter que, ne pouvant se fiâre açcOQ^pagner d&ns Londres par les tronpes qui leur restoient, il seroit aisé, avec quelques précautidns, de les ait^ter eax-mémes, et de leur faire prendre la place du roi au moment qu'il sorûroit de la Tour.

Ce conseil étoit , sans doute , le seul auquel Marguerite «|>ût s'arrêter dans une conjoncture précipitée i k>ii elle ne pouvoit espérer de rassembler tout-d'un*coup des troupes , et où elle avoit, néan^ jEUoins, assez de partisans à Londres pour se promettre d'enlever aisément les deux cbefs de< rebelles. Ses {principaux confidents s'occupèrent i £lire armer s^cretteméut leurs amis dans tou^le^ quartiers delà ville,* et choisirent un nombre dés plus résolus i^our cet enlévemeo^. Totttes:M««*

DE MARGUERITE B'àNTOU. 5^5

stires furent prises' avec tant dWdre et dé discrétion, que rien ne sembloit capable de faire manquer un dessein si bien concerté. On apprit bientôt que le comte de Warwick s'approchoit, et qu^ea avançant dans sa marche, il avoit diminué le nombre de ses troupes , en les congédiant successivement à mesure quHl traversoit les provinces où elles âvoieot été levées. Cette dernière nouvelle paroissoit assurer l'entreprise desLancastriens. Mais^ lorsqu'en supputant les jours on s'attendoit k le voir arriver, on fut informé Qu'ayant rencontré la reine Elisabeth à Saint- Albans, il y avoit été ^i vivement sollicité par cette princesse d'écouter les propositions qu'elle avoit à lui faire, qu^enlrainé peut-être par un reste de ses anciens sentiments, il' n'avoit pu résister à ses instances. Quoique riea ne fût assez puissant pour lui faire abandonner ses projets, il vouloit joindre à la gloire des armes celle de la galanterie; et, par une complaisance hors de saison , il perdoit des moments précieux , qu'il ne se croyoit pas si près de regretter.

. Elisabeth , sans être extrêmement distinguée par Fesprit, avoit toute l'adresse qui est propre à son sete. Elle espéra beaucoup de la facilité que le comte avoit eue à se laisser retenir par ses prières; et, ne pouvant douter à quoi elle devoit attribuer son ascendant, elle ne fit pas difficulté' de l'employer, pour rameper ce fier vainqueur à des »en-

PréTOtt. Tome ZfF» âO

3o6 HISTOIRE

timepis plus modérés. Ul'écouta sans se laisser fléchir; ^W le plaisir qu'il avoit à la voir, et la complaisance qu'elle eut 4^ l'épomer lui-même sans parottre pfiTeosée 4e 3€^ di^coui's galants, lai firent employer plusieurs jours dans une occupation si 4p^P^- Aux instanci^s du duc de Clarence, qui lui Qpqseilloil: 4e ne ps^s diQïprçr de se rendre à Londres, il réppndoit que tout étant tranquille, au(oi:(f 4'i^HY^ il P^ yoyoit riew qui rendît leur niarçhiç si pressantes et qu'il étoit même 4e leur intérêt 4ç perçiuader h touti^ l'Angleterre qu'ils ne for^ioient qu^ 4es projetfi 4e paix et de bien public , puisqt^'il n'eptroit rien daps leur conduite qui ressentît la précipitatioii et l'emportement. Ainsi, l'amour, qui ^ ruiné tsint de hautes entreprises , lui pr^paroit m\e 4^ sies plus noires trahisons. Tandis qu'il s'endormoit 4^as cet ei^cès de sécurité , un bruit soudain ^ quHl fut as^esï beiireux pour entendre av^nt ceux qui s^uroient pu^le faire servir à sa perte , lui apprit qu'f)4ouar4 y échappé de sa prison, éto^t entré presqu,e seul à Londres, qu'il j avoit. été reçu avec raccUma,tiQn de tout ce qu'il y avoit laissé de sujets QdéloS) et que le petit, reste do troupes qui étoiept, campées à quelques milles de Saint' Albans, s'étoieut débandées à cette nouyelle. Malheureusen^ent ppur le? por^te, son détachement de la garnison 4^ Calais avoit repris vers la mer jpar ses ordres, et n'étoit pli^à portée d'être

BE MAROUBRITJ5 D^ANJOU. 867

9i6êez promptement rappelé. Dans Pioqaiëtude dont il ne put se défendre potrr sa propre iiâreté^r £ au milieu d'une TÎUe où il tfâiguoit que hs eontr* "^

mandements de la reine hb fussent plus ^especté^ que les siens ^ il né Vit poiht d'autre parti qnedei profiter avec le duc dé Cllrf«bee du boniieUr qu'ils^ a voient eu d'étf*e âV^irtis lès premiers , pOur ioir avec tôùtô la vttesse de Imts ehëvaux.

Méi» ee eostre-t^émps u'étott pâs moins affreux j^ouf MàtgUeritcl. il étoit Tfâi qu'Edouard. avoitr troUîpë le vigihince de l'atclievéquë d'Yorok, s'il ne Favoit pas thème gagné për ses prochess0s ^ commer divers hktôriétiÀ l'diît prétendu; €e prélat s'étoit laisSié ^èrSÙÂdè^ qu'Û rië risquait rieU ù permettre au roi de ctîâsëèr à pied danë le pâf e de Middlefaa to ;» et, lé faisant escorter seulénâtèùt de Viâgî gardes^ il lui atoit acdoi'dé cet ànitisefnedt dès le lendemain de soii arrivée. Dans uU tàiùtôn qui appartenait en paftiè àu comté de WarVVick , de n'étoit pas éfifectivettiènt des vassaux dé son ennemi qu'Edouard àvôit éspéi'ë du secoure pour sa fuite; mais Connoisëâtit lé pays, il avoît guigné facihetueHt un de se^ gardes par la proruésse d'une téeOM-^ pense égale ari service , et il ràvoit employé 'pcrut^ faire avertît- Un gentilboUimié Voisîft , qu'ït odtiH noissoit attà-cbé a ses iutérêtë,'de se trouver aVea deux chévaiit soUs lë^ iuUris du parc, iiieh ne lai

5o8 , HISTOIR^E

avoit été si facile que de passer le mur, à la vue çiéme de 9es gardes , qui a voient pris Penvie qu'il en marquoit pour un badinage. 11 étoit monté à cheval aussitôt ^ sans autre guide que le gentilhomme, dont la fidélité avoit répondu à son attente; et, prenant à-peine le temps de faire rafraîchir leurs chevaux dans leur course, ils avoiènt gagné Londres avec une diligence incroyable. Ceux qui accusent l'archevêque d'Torck d'avoir trahi. la confiance de ses deux frères, font ce récit différemment. Les uns croyent que ce fut par la reine qu'il se laissa séduire, et que cette prin*cesse, après avoir obtenu du comte de Warwick qu'il passeroit quelques jours à Saint-Albans pour entrer en. conférence. avec elle, dépêcha sur-lechamp à l'archevêque un Irlandois fort adroit , nommé Dilbon, qui persuada à ce prélat que, tandis que son frère prenoit le parti de s'accom- Bioder avec la reipe, il devoit user de l'occasion qu'il avoit de ménager ses propres intérêts en faisant son accommodement avec le roi. D'autres attribuent: uniquement sa foiblesse à sou ambition, qui se laissa éblouir par les promesses et les manières engageantes d'Edouard. Quoi qu'il en ftoit , ce prince ayant rencontré le lord Hastings en traversant la province d'Yorck , lui avoit donné ordre d'assembler diligemment quelques troupes,

©B MARGUERITE B^ANJOU. 5og

et ce fut le bruit de leur approche autant que là nouvelle de la liberté du roi qui dissipa celles qm restoient au comte de Warwick.

Quand Marguente auroit ignoré tontes ces cir-' constances, la révolution dont elle fut témoin dans la capi|^le, et le refroidissement d^nn grand BÔmbre de ses partisans auroient suffi pour lui inspirer beaucoup de dé6ance de sa situation. Ses alarmes redoublèrent en voyant changer la gardé de la Tour y et les émissaires d'Edouard répandus dans toutes les parties de la ville pour y prendre des informations avec le plus grand soin. Elle ne douta point que les mouvements qui s'étoient faits en sa faveur n'eussent été pénétrés, et ses confidents ayant les médoes soupçons, ils n'eurent plus rien de si pressant que de mettre le prince de Galles à couvert. jL'archevéque deNarbonne étoit retourné enFrance; maisil âvôit laissé à Londres une partie de son équipage, dans le seul dessein de favoriser le passage delà reine et dn prince, s'ils se trou-' voient forcés d'avoir recours k la fuite. Us risquèrent un voyage qui étoit moins dangereux qu'un plus long séjour à Londres. Cependant, le regret de se voir arracher de si belles espérances, fit saisir' à la re&ue jusqu'aux moindres ressources qu'elle crut propres k les faire renattre. Elle apprit dans sa route que le comte de Warwick et le duc de Clarence ayant rejoint les troupes qu'ils avoient ren^

5?o HiSTaia]ç,

yoyée^ k Ç^^ r étpieot r^taitinD|^si sur leurs pas^ et §^,Qdt^i^D(( ençqre de 1^^ gro^^ir assez: par d^ promptes levées^ppii^r dpQnqr d.ç Tip^iuiétude au roi^ 2VVdiG^ ^iji'U ç^t le ^e^ps Iu;irinêni^e de fortifier ^ç^ysiej^ç^. Ce fut a^^a; povir ly fa^ife prendre 1q |»0r4^dç^%ri|eler daijis une ijo^^spn^dç qw>pâgqe dç )a,pr9,vioce de E^eot^ Qu I/^4Wf de^ Sop^çiei^^et lai l^épo^di^ de la fid41ité du maître. Ma^, d^u^uq^ situatioj^ si iucertai^e y elje nfos^ relej^i^soifi fil^avec çlle,. et profitant di^ yoUfisagfQ 4q U W^Ty ^h h É« pas3ei; à Bwlpgi^.Ç ^Q^M çon^^it^ dki duiQv , lie ccKmtç djç Wanyklj^ ^\oi[t Qb^i^4 effectiveifUdal un jeuoç $eigneMr ^ fils, d^i lord W^Usi » de ^ver des.t,rQupe^ dan^ t|ne prQii^QCje, où i^lui cq^-* i[LoisspU beaucQap de çi^4dit. V^deu^ d^e cj3 jiei^^ lioname lui avpit £ài% e^^écute^ si lie^j[ieiia^iDe»t sa çpmmksion , qu'il ^MtQÎt vu. diafi&peu 4^ jofur;» à U têt^ dedquze. miJA^ boi^me^i; e| le cam^e n'épar * gnapt rien d^ sqb c^, po.uf i^àss^ombleir ses paFr> tjs^n3 9 l^dopard > %(|i>i^ SQ trooi^cjiiti eocore qiu'i^pa ojrmée; tiièj-foiblq , sa <?rîi^^ O^efliwîé. d'oc^, péril plu» pressa;) tqu^:CeI^i dqpt;Spi9ii bppheurfyayxHf dëtiy^ Xi'ip^patienQe deyoir Sj^^nq^qa^s ^io^ûqé^àisai luûne^^ lui.fi^t conacaQU|[!e iï(i^ sm^um orip^lle* Il s<^ Xôçigç^^clu }eun,e "Wells, ça ^fei/M^tî couper 3b. \M^. h, soq.père ,, vieillard resp^iSLta,!^}!^ qiû s!é(oit: nendvL a la cour sur ses premiers ordres , et tpxi pensoîibieuiqpins à soutenir soU; Hls daqs sa révolte j qu\

DE MAR&tBillTB d'aNJOU. 5i1

se sauver luh-métaté p'AV ses excuses et ses soumissîpos. Cette barbarie tOiircA nééni¥î6iûâ k Fscrantage d'Ëdoàéi'âj^Fifliprtiâétiie fbfreitif du fils ^ qui ne gafr<ja Mtkih n^réuafgèriiéDft pdvtt Vefûger son père. Att-li^ â't^ëûdte le cotfAÔ d6 Wafhirick , OU de pr^Bârécfuél^Msdétôtir^ ^dur ^^Aer joindre à lui, il ^ài^àw^k tétùéftHifétùëiït tèf^ Patâiéé du roi, qm êtoH sù^tùeMÎé ffàr U ^ei^Ution du lOrd lïaslir^. Edofùatd qài )e éhëitbdt^ dUssi , pour s'opposer au dessein qu'il lui suf^^iWoît ât àe joindre auf ooitilé ^ )é r^âéon ti'ap^$d^Stk<à()brd. Le combat fut siern^aM. WeHs fit dé^ ^irOdîges dé tateur. Mais il m futf pàs^ méiho à^t- hëureD^ j>onr trouver la rtïort'cJuM <A€rehbîi|Mrlfe âW^ Après avoir Vtt «dwber' àutot^r' êe M èkjkiWë èé ses gens , il fM pi»is par deisf Vafinqû^dui^tl^p^^itoya^ blés, qulifiéldi ëaUvèi'ént h vie que pé^t la lui faire perdre eût un ëcfaafaudt

Son maHlétfr s(e fit sentir ati cOmtcf dé WarwViik ^ par laf cOilk«emiatio«f (|ue kip^et^li^' dû toi i^ép^ndiK dans sé9 trOtipéd; Il c^t lé chrigrin' de^ sfeiiténdrc^ déclarer pa^ 1^ h^tè Stëëfey', ù n^de ^éSpYintîpatitf ehefs , qu^iPn^yf avbi^ifoiiil ëiséisf d^e ^oii^ à' Séebn^ der'lesrratéui<» d^dn tebélte>, ptyË^ Fachët^lr ptfr le^ iisqqée(MMklU€^(JercbB^ilirla^pr6Îfe-d'dn ÏMMHVeàu. Ce disedtii^ , ' q^i ^* fépaùdii dans Pirritiée du* comte , adbeva d'y jeter le dëcôu^ag^méïit. Il set viteiposé , non^-séulem^nt à toad>er danc^le^ibàin»

3jd HI8TOIKE

du vainqueur j qui s'a vançoit vers lui avec la der^ mère diligence , mais à lui être livré par ses propres soldats qui méditoient déjà cette noire trahison. La. certitude qu'il en eut lui fit prendre le temps de la nuit pour se sauver par mer avec le duc et la duchesse de Clarence. Cette dame , qui étoit fort avancée dans sa grossesse y fut si alarmée du péril, qu'en mettant le pied dans le vaisseau elle accoucha d'un prince auquel on donna le nom d'Edouard.

D'un autre côté j Marguerite, qui étoit à si peu de distance du comte qu'elle fut informrée aussitôt de son départ, ne différa point un moment h monter sur un vaisseau qu'on lui teiïoit prêt sur la côte; de sorte que c'éioit un e:semple singulier des jeux de la fortune que de voir fuir dans ce désordre, et par des routes si peu éloignées, lesche^ de deux entreprises qui n'a voient rien eu de commun , quoiqu'elles se trouvassent renversées du même coup , et dont l'une n'auroit pu réussir quepar des suppositions qui auroient toujours entraîné la ruine de l'autre ; tandis qu'on s'iniaginoit néanmoins des deux parts qu'on n'avoit que les mêmes plaintes à faire de la fortune , et que le bonheur d'Edouard avoit été le seul obstacle auquelon avoit été forcé de céder. Mais il se préparoiv des obscurités encore plus profondes, et qui donnèrent occasion à d'autres erreurs. Le comte de

DE MAB&tTERITC b'aKJOU. 3i3

Warwick se retiroit avec confiance dans sa vill% de Calais, et rienn^auroitpulul faire soupçonner que cet asile lui fût fermé. Quelle fut sa surprise en approchant du port ,de voir tirer le canon sur lui ! C^étoit,néànnioins, le fidèle Yauclércquicomman*' doit toujours dans cette place. La fureur de se voir trahi si indignement auroit porté le comté à quelqu'entreprise e:stravagante , s^il n'avoit eu la duchesse sa fille à ménager. Mais Fétatoùelle étoît lui fit une nécessité si absolue de se modérer^ qu'étouffant jusqu'à ses plaintes , il fut forcé d'employef les soumissions et les prières pour obtenir de 'Vauclerc quelques secours qui étôient nécessaires à la duchesse. Philippe de Gommines, qui ëtoit alors en Flandres, et qui avoit quelquefois occasion d'aller à Calais, rapporte que tout le secours qui fut accordé par Yauclerc, se réduisit à deux flacons de vin. Cependant , s'étant servi d'un homme de confiance pour envoyer ce léger présent au comte , il lui fit dire qu'il étoit toujours le plus fidèle de ses amis, et que c'étoit par zèle pour son service qu^il le traitoit avec cette rigueur ; que, dans les circonstances où se trouvoit la ville,' son gouvernement n'étoit point un refuge assurépour lui ; et que , par des raisons qu'ail se réservoit à lui expliquer un jour, il lui conseilloit d'allerprendre terre dûns quelque port de France. Commises ajoute que ces apparences de fidélité dans

,5l4 - .HISTOIRE

Yauderc charmèrent Edouard , qui n'en pépétroh pas les lyoiifs. Il lui donna aussitôt le gouverocH .lisent de Calais; et le duc de Boui^ogne^ qui ne fut pas moins sen^bleau zèle qu'il luicroyoit pour .son .beau frère, lui fit une pension annuelle de luille écus« Cependafnt, Warwick^ consolé par ^'explication qu'il avoit reçue y ne douta point /qu'eii s^ réfugiant en France il ne fut traité l^vorabLeiiBent de Louis %1 , dont il avoit gagné par* tlpuiièrement L'estime etFamitié. Mais^on vaisseali ju'étant qu'un Pacquebot^ il n'eut pas plus tôt f^epi'is le large 9 qu'un coup de vent le mit en dan^ gep de périr. Les alarmes de la docbesse ei de qnët qpes autres: damesqui étoient avec elle,. Fauroient Qbligjé de ga^P^r indifféremment la« cote la plus voisine,. s'il n'eût aperçu un vaisseau françois que sa grandeur rendoit plus capable de résistance , e| qjui paroissoit remonter comme lui vers la côte de France. Ufut £brcé parles cris desdames*, de laire tous ses efforts pour Tabordet. S'étaot assuré qu'il alloità Diepf^, il pria le capitaine d'y recevoir l^oisdames y qui étoient ses detiix* Biles et sa sceur | çt craignant autant de flétrir sa gloire ea parois^ sant troublé d'uuipérii qui avoit effrayé des femmes^ que de risquer téiuér»iremen% sa teie enla cotifiaot à un ificonuUy il résolut, avec leducde Clurence^ de ne pas changer de vaisseaiu» pour achever leur

La fortune ne pouvoit continuer ses caprices

avec plus de bLsarrerie. C'éioit la reine Margue^

rite qui faisait voile eu France avec le duc d'£x^

çesier et quelques aiitres seigaeurs, qm ne ae las^

soient point de leur maU^^ureose constance à U

suivre. Leur haSne pour le conue les avoit bien

portés à se dérober à i^s yeut , lorsqu'ils Tavoieut

vu parler de son bord à leur capitaine; mais un

sentiment de comp^ssiod naturelle ner leur a;^nt

point permis de rejeter lai duchesse de ClaFcnce

dans la situation ou elle étoit, ilS/ SiVoient consenti

que le capitaine la reçût ayee^ks autres dames; et^

^'éiant contentés det. ne pai^^ U t^oiibler par leur

présence y il leur avoit paira ikicUfiereni qu'elle fût

accomipagnée dt^ comte et do duc y dont. Us n'a-r

voient rien à redoutier. Cependant , cett<e froideur^

qui auroit peut-être duré peadant tout le reste de

leur navigation^ si ces deus seigoetirs eussent pru

le parti de suivre les dames, se changea bientât

en caresses et en faiziiliarité,.lQrsqtt'dyiieftae.trcm?

vèrent sans; eux dans le vaisfieaift..M]iilady JS^ieifiiUinè

se crut point dispensée pall ^& aneien» ressMlir

ments de rendireiaes devoirs à/ la leioe!;;<ttvoellif

princesse n'ayant pu se défeiidrede(qii^(}U0)(datalr

à voir la fille du cdmte> dont elle connbiflSfûi la

tendresse pour le prince soufils, leur liaison ^«-^

vint bientôt aussi étroiie que si elle vUeàt ^MOfùs

été interrompue. Ce fut^ sans doute /daDS les com*

5l6 HISTOIRB

niunicatioDs qu'elles eurent ensemble sur l'état commun de leur fortune , qu'elles formèrent le ^ plan du plus étrange événement qu'on ait lu jusqu'icî dans une histoire si féconde en aventures^ Je n'ai pas besoin de précautions pour diminuer Fétonnement du lecteur, puisque je n'ai rien'à rapporier qui ne soit vérifié par toutes les sôurcei de l'histoire.

U ne se trouve aucun historien qui ait pris soin de nous apprendre, laquelle des deux filles du comte de Warwick avoit été déshonorée par Edouard; et, botnme on ne pebt s'imaginer que ce fût celle qui ^voit épousé le frère de ce prince j je m'attache plus volontiers à l'idée d'un écrivain anglois, qui suppose une troisième fille au comte ^ que de souiller par ce soupçon le caractère de l'aimable Anne Nevill. Son âge justifie , d'ailleurs, cette. conjecture. Etant aussi jeune que le prince de Galles, qui n'avoit alors qu'environ quatorze ans, comment, auroit- elle fait le suj^t d'une mal^ heureuse aventure qui s'étoit passée plusieurs abnées auparavant? Son caractère est une autre preuve en sa faveur, car on ne loue pas moins sa vertu que ses charmes.

La reine, au milieu de ses tristes réflexions, prit tant de {goût à la voir, que, ne se lassant ni de son entretien ni de sa présence, elle s'en fit une douce occupation jusqu'à Dieppe. Et, n'ayant point

DE MARGUERITE D^ANJOU. ' 5l7

manqué de lui parler du voyage que son fils a voit

fait à Calais , elle tira d'elle insen^blement le secret

des amours de ce prince. Il l'avoit vue, pour la première fois , à Paris ; et, formant aussitôt le des^ sein de lui plaire , il s'y étoit pris avec une adresse qui sembloit surpasser son. âge. C'étoit dans ^n temps où la haine du comte de Warwick s'étoit relâchée jusqu'à faire offrir ses services à Ja reine. Le jeune prince, qui n'avoit pu tout-à-fait ignorer cette négociation , en avoit pris occasion de faire connoitre ses sentiments à la fille du eomte ; et , sentant déjà pour quel rang il étoit né , il lui avoit déclaré qu'il ne souhaitoît la réconciliation de son père avec la reine, que pour se trouver autorisé, par la reconnoissance qu'il devroit aux services du comte, à partager quelques jours sa couronne avec sa fille. Anne , en faisant cet aveu à la reine , ajouta modestement qu'elle avoit été bien éloignée de se laisser^aveugler par cette espérance; mais, ne pouvant désavouer aussi qu'elle n'eût été sensible à l'inclination du prince, elle n'en fit que plus délicatement sa cour à Marguerite , en lui confessant que si elle étoit touchée de quelque chQse, c'étoit du mérite de son fils beaucoup plus que de sa grandeur. Cette ingénuité intéressant beaucoup la reine, elle voulut savoir de quoi ils étoient convenus, et quelles étoient leurs espérances, en. supposant^ comme ils n'en étoient que trop menacés ^

Sl8 HISTOIRS

qu'Edouard demeurât ferme sur le trône. Ici 1^ fille du éomte, apij^ s'être fait un peu presser , demanda pardon à la reine d'un sentiment qu'elle bsoit à-peine exprimer. Mais, forcée par ses ordres^ elle avoubit^ lui dit'-eUe , que, loin de souhaiter le rétablissement du prince , son unique désir étoit qu'il demeurât dans une condition privée, parce que, n'aimant que sa personne, elle se croiroit bien plus autorisée dans son inclination par la ressemblance de leur fortune.

Cette conversation que je ne fais que traduire , et que je n'ai pas trouvée sans vraisemblance dans une vie particulière, eut tant d'agrément pour ht reine , que , la tournant en badinage avec les autres dames, elle loua également la sagesse et l'esprit d'Anne Nevill. On arriva heureusement à Dieppe. Les deux seigneurs y éioient armés quatre heures plus tôt, par la légèreté de leur Pacquebot; ils attendoîent leurs dames sur le port. Quel fut leur étonnement de voir sortir du vaisseau la reine, accompagnée de mylady et d'Anne Nevîll , qui pa-» rçissoient s'empresser autour d'elle avec autant d'affection que de respect , et qui avoient même tout l'atr de liberté que donne la joie ! Il n'étoit pas temps d^écouterla hatne p'our s'emporter k des reproches mutuels. Le duc et le comte offrirent la main à Marguerite. Elle l'accepta , en -sou-^ riant msdfgi^ eHe^^ttne si étrange rencontre. II

DE MAKaUBRlTB D'aKJOU. Sig-

fdlat 56 reposer un moment des fatigues de la^ mer. La conversation se lia si heureusement, qu'en' moins d'une heure, non-seulement la reine et le oomte de Warwick oublièrent tous leurs ressentiments pour se lier d'intérêt et d'amitié , Mais qu'ils cimentèrent aussitôt cette, liaison par le mariage du piînce de Galles et d'Anne INevill. Le prince s'étoit rendu de Boulogne à Paris avec le duc de Sommerset. Qa ne remit l'exécution dé cet étrange traité qu'après l'aveu qu'on se cru< obligé d'obtenir du roi de France, qui étoit alor^ à Amboise avec toute sa cour. La reine promit au comte de s'y rendre, après un voyage fort court qu'elle méditoit ches^ le roi de Sicile son père.

Si l'on se rappelle toutes les raisons qu'ils avoient de se délester , et par quels progrès leur haine à voit dû parvenir au comble , on ne sera pas surpris qud j'aye annoncé cet événement comme un de céé coups extraordinaires de la fortune qui ne tirent aucune vraisemblance de la force ni de la gravité des témoignages, et qu'on ne trouve pas moin^ incroyables , après s'être bien convaincu qu'ils sont certains. Les Fievill avoient fait profession d^étrê lesr ennemis déclarés de la reine dès qu'elle étoit montée sur le tréne, et leurs anciennes liaisoni avec le duc d^Yorck les attachoi'ent autant aux intérêts de sa maisoa que leur ressentiment contré celle de Lancastre. Le comte avoit tué de sa iosaid

3dO fitsTdiRS

le premier duc.de Sommerset. C'étoit par soti ordre que Montaîgu , son frère , avoit fait trancher la. tête au second. Quelque penchant qu'on ait à releyer la vertu de Marguerite , il ne paroit pas douteux qu'ils n'eussent été tous deux ses amants. En faut-il d'autre preuve que la cruelle«vengeance qu'elle avoit fait tomber sur le comte deSalisbury ? Warvnck l'avoit regardée tellement comme une marque de haine personnelle qu'il étoit entré autantdefureurquede courage dans toutcequ'ilavoit. entrepris dans la suite. pour la ruine^de son mari ^ et pour la sienne. Le piège qu'elle lui avoit tendu , dans une perfide négociation où elle avoit employé pour le perdre ce qu'il avoit de plus cher , étoit un autre outrage qui avoit redoublé tous ses transports. Il n'y avoit que l'amour qui eût été capable de balancer de si furieux sentiments , lorsqu'il avoit pensé à rechercher son secours pour se venger de la trahison d'Edouard , à laquelle il avoit encore été plus sensible. Mais ay^nt surmonté enfin sa passion pour Elisabeth ' Woodv^e , il avoit retrouvé dans son cœur tout le poison qu'il y avoit nourri si long-temps contre la reine, et n'en eût-il conservé, que le ressentiment du suppUce de son père, c'étoit assez pour ne, jamais attendre d'un homme si fier que des marques sanglantes de haine et de fureur. Du coté de Marguerite, les motifs de ces deux passions étpient encore plus puissants,

elle jotgftoîtk d^ldetif i^^ttfd^r^ 9«lmtAfH« {}^|||i rtime «A de la ctpUTkë 4e fion mm , ({w 4t(â0ii iiniquemèdit Touvrage du ^oiaarte^ ec^ ee q«iî.éloi(t peui'^éU'eciqf^bb^e faire eQOOre jplwd'kftpr^fNmii sur .ctie^ le téwUgwge ^'«e^lle se retidiÀXj ^tte n'ayaot j^amaâs eh vohé ^vt^à loi Duire , teUe àé^wtnt ausei peu corppiw.swr }-esiMnçûon de «abivbèiV que le cnoine capafaJe d'9Me«»dl*e d'§lle nn^réfitmr

ciliation sincère. . !;i

^is le eeeur de^grap^ i^'a propr<em«»t ^'^i^ne

pa$3Î<^ , 4of)t ton^e^ led «M/r^ ^«i^ei^t k toi et i

laquelle eMei»>0i^ ordii^aire/^^tiH: vérifiées» Ç'e^ riotérét pnéaeot^ q«el quV) isoû l'objet 7 et f^elpî^ 4e la rei«e exdu OOiiQjte 1 cçp^îsi^pt 9)01*$ ^(^i»^ « perdre Ëdpuftndv H If^^f Ungk oiit)Uer îtqu^ flf qui leur f aroig^Qit plw éloigué » et qui leur étett par QOQséqj»e«è:t mc^ns sensible.

Je joHidncttS à ces réSe%û>n^ un autre sujet 4'^-*tODueimeiit, mye oe «tronyiois dans Jes ibistprieD^ lusie grai»de<vanbéU d'opinions^sur ce quiuaep^roli capable de le cau&er. Par le traité de Ig dreioe et du cot&te, le duc de Ckre6oe;deTeaoUjbea(U'frèr# du pdbee 4e «Galles , icomiue il éwix gendiM^ 4u comte de Warviick , et e'étoieM sans dout^ 4w nœuds bien étranges que cmi% .qui lâoieut vokmtairement l'hérilier préso«9frtÂr;die la iy>uronne , avix plus mortels eunemis de ja mwiQnèl de ses

Vréro9U Tçme XIV. SI

Ba2 HISTOIRE

propres droits. Mais quoique plusieurs écrivains attribuent cet aveuglement à l'empire que mylad j NeviH conservoit encore sur le duc , d'autres assurent, avec plus de vraisemblance, que, n'ayant approuvé que malgré lui des conventions auxquelles il lui auroit peu servi de s'opposer, il forma dès «e moment les résolutions que nous lui verrons bientôt exécuter , quoique ceux qui sont d'une opinion différente les rapportent plus tard , et les attribuent à d'autres causes.

Marguerite étant partie pour Angers, où le roi son père, avoit obtenu la liberté de revenir, le comte de Warvrick , obligé de laisser quelque temps à la duchesse de Clarence , pour réparer les suites de son accident, résolut de ne pas de^ tneurer oisif à Dieppe, pendant le séjour qu'il y fit faire à sa famille. La France n'étoit pas mieux tfvec Charles , nouveau duc de Bourgogne , qu'avec le duc de Bretagne ; et ces deux princes ne se bor-

* nant point aux embarras qu'ils avoieut causés par terre, au roi leur souverain, tenoient quelques armateurs dans la Manche , qui avoient répandu

. l'alarme sur toute la côte. Outre une espèce d'in- (hgnation, dont le comte ne put se défendre , en songeant quel risque il avoit couru de hi part des vaisseaux flamarids, qui, dans l'intime liaison de leur maître avec l'Angleterre , n'auroient pas man- /que de Je livrer à Edouard, s^ils l'avoinnt surpris

DE MARC^tXËKITB D'aNJOU. 3ja5

sans défense ; il crut se faire un mérite considérable auprès de Louis XI , en purgeant ses côtes de ces incommodes observateurs. Il équipa promptement deux vaisseaux mal en ordre , qu'il trouva dans le port de Dieppe ; et choisissant dans la garnison de la ville et du château, deux cents hommes des plus résolus, il entreprit de donner la chasse aux ennemis de la France. La fortune seconda si heureusement son courage, qu'après en avoir coulé quelques-uns à fond , il se saisit d'un vaisseau marchand qui revenoit d'ItaUe en Flandres, chargé d'une infinité de richesses. Ouire l'avantage qu'il en tira dans son infortune , par la générosité da roi , qui lui accorda la confiscation d'une proie si riche , ses inclinations galantes trouvèrent l'occa-* sion de se satisfaire en rendant la liberté à une jeune dame de Florence qui avoit été livrée malgré elle par son père, à un marchand de Bruges. Elle en étoit aimée avec une si folle passion , que, dans le désespoir de n'avoir pu obtenir sa tendresse , il l'avait achetée de son père pour la somme de trente mille marcs^ qui faisoient la principale partie die son bien. Cependant , le comte qui apprit d'ellemême 1^ violence qu'on lui avoit faite, et à quel point son amant lui étoit odieux, ne balança fioinff à la délivrer d'un si triste esclavage , et compta pbtii' rien le désespoir de ce tyran , qui se précipita 4aûs la mer en la voyant arracher de ses bras. Il rentra

324 mSTOIRjB

daas }o port de Dieppe , plue «atîsfaît d'avoir èaavé de l'oppression une de^ plas b^Ue^ feaiinea du monàe^ que du riche butin qu'il atoit tolevé aux euueca^ du roi ; mais ce qu'il n'auroii pa« fait ^ s'il eu eètpénétré les suites I il d^Q^ndapour utfirque derecoonoîs^auce, àceiUebelle étrangère y ^iiivaot l'usage apparemment de la chevalerie y ||ui étoit encore en honneur, la permission de I0 conduire à Amboise, où son dessein n'étoit que delà pré-r senter au roi comme le plus glorieux fruit de sa victoire.

Ayant pris son chemin par la capitale de France, ce fut un spectacle extrêmement doux pour lai que les acclamations qu'il reçut sur touU sa route pour l'important service qu'il venoit de rendre à l'état, ils'étoiti^cquitté de la reconnoîssance qu'il alloit devoir àîa nation ,. a vaut le biesi&it qu'il en vouloit obtenir. Mais il ne fut pas moii^s siensible au plaisir de trouver dans le prince de Galles 9 un amant si passionné pour sa lille, que la ooiiiyelle imprévue de son mariage jeta ce jeune f^rloiCf dans ^h? transports de joie ^ui firent craindre pour sa vie. La reine 9 sa mère , en lui faisant donner avis de spi^ arrivée 9 n'a voit pas jugé qu'elle dut loi dé-* clarer son traité avec le comte « sians l'avoir oom*muniqué au roi, dout elle Vouloit s'iaeeurer un acçif ëil favorable par cette déférence j et le comte même, qui passoit à P^ris pour ses affaires partiou-?

DE MAR&UERITE Ij'aNJOU. 5a5

lièreè y ne pénsoit point à le prévenii^ là-desMis avant que d'aToir rejoint Marguerite k Amboîse. Mais aa GHe avoit des motifs qui ne •'âcoommodoient- point de cette lenteur. A-»peiiie fbt^-eUe k Paris y que , s'aidant de Tamilié et des saiti9 de mylady Nevill, elle fit avertir le prince par un billet, L^avia ëtoit vague ^ et n'j comprenant rien de plu8 ceruih que Farrivëe de sa maîtresse^ fl n'avoit point d'autre impatience que celle de )â revoir. Cependant ^ le doc de Sommerset , qui lui tenoit lieu de gouverneur , regarda cette yiAtt comibe une dëmsircbe si peu indifférente y ^e $^y étant opposé avec des raisons pleines de sdge$se ', il causa aus deux amants le plus sensible ehagrîA qu'ilspussent recevoir. Enfin , le comte àViperçUI de Pagitation de sa sceur et de sa fille, tl'^n apprit la cause, et, loin de la condamner, il se cbdrgeà <ie communiquer lui-^œdme au prince, nûe réso^ lutioo à laquelle il avoit ignoré qu'il dàt être A sensible. Sa visite fut un autre embarras pour Soih^ merset , qui, tremblant pour le précieuit dépôt que la reine avoit confié k ses soins , psoit à-peine recevoir un ennemi terrible dont il ne pùuvoh pénétrer les intentions. Sa défiance augmenta en^ core , lorsqçe , Payant d'abord reçu sans être ac^ compagne du prince, il l'entendit paiier d^n engagement qu'il trouva sans vraisemblance; €ft quoique l'opinion qu'il avoit d'un si grand homme

n&lul permît point de le croire capable d'un lâche ar.llfice^ il résista long-temps à des appare»e^s qui pouvoient couvrir quelque danger pour le prince. Ces alarmes furent enfin dissipées, et la joie, du prince de Galles devint, pour le comte , une nouvelle raison de se féliciter de son traité. '

Il ne s'apercevoit point pendant ce temps-là •, que le duc de Clarence se fût refroidi pour lui ; et s^étant accoutumé à le regarder comme un ami aussi attaché à lui par leurs entreprises communes que par la qualité de son gendre, il continuoit de le voir avec 4a même Confiance. Cependant, les dispositions du duc éloient changées. Il n'avoit pu supporter les engagements que son beau-père avoit pris contre ses intérêts, et contre les motifs même par lesquels il s'étoit laissé engager dans sa querelle. D'ailleurs, soit que son ressentiment lui rendit déjà odieux tout ce qui appartenoit au comte, soit, au contraire, qu'ayant commencé à se refroidir pour mylady Nevill , la honte de son inconstance servît de plus en plus à l'irriter; il cessa de la voir pour s'attacher à l'italienne que le comte menoit à Amboise. Ce fut entre eux une nouvelle semence de division , quoique les apparences fussent encore assez bien ménagées pour en retarder l'éclat. Le comte avoit perdu sa femme à Calais , l'année d'auparavant , et son penchant pour là galanterie en étant moins resserré par la bien-

BB MARGUERITE B'aNJOU. i^

séance , ils observoii beaucoup moins que le dûCy qui a voit tout-à-la-fois la duchesse son é[K)usey et une ancienne maîtresse à ménager. Aussi né se contraîgnit-il point pour amuser son étrangère à Paris par toutes sortes de plaisirs et de fêtes ,tflndi9 que le duc de Clarence^ agile de mille nouveaux sentiments, étoit réduit parles conjonctures à ^ faire violence pour les dissimuler. ; (

' Ils ne laissèrent point de se rendi^e ensemble à la coûr de Louis. Ils y trouvèrent la reine y qui avoil déjà fait venir le prince de Galles auprès d'elle; Louis étoit trop irrité du secours d'hommes et de munitions qu'Edouard avoit envoyé contre lui au duc de Bretagne y pour ne pas saisir avidement une si belle occasion de le chagriner à son tour. Il reçut non-seulement la reine , mais les seigneurs qui s'étoient réunis pour lui composer un cortège y avec les marques de la plus vive affection , et iie se bornant point à les plaindre , il leur offrit tout ce qui étoit en son pouvoir, pour le rétablissement de leurs entreprises et la réparation deleur fortune. Ses faveurs et ses distinctions s'attachant spéciale^ ment au comte de Warwick , ilFassura qlie, quel*que dessein qu'il pût tenter , il trouveroit toujours en France et du secours pour l'entreprendre et des applaudissements après avoir réussi. Le vais^ seau flamand, dont la dépouille mon toit à soixante mille livres, somme alors importante^ lui fut

Za9 HISTOIUB

^9f)^0:(ive^beaBj&pvip da polj^lesse j et Louis ^ qire. sop>iF froid et ve$$evté H^^tafèçihqix pas 4^ savoir 9l»»Uge|' Soft grikiaifpQqt ^ aj^oiita ^ qufeu f^isani oe. -firéfiA^i^nfiofOie ^ U luî r esu>i( epoorerà s'ac^muer dtt j»Q|i}W!éât,^ fitjj^r^AYfnr f écompensf^.l^ .^rvic6| :' I \^iiaisi ^ Mfifi^gixeiifii^^ .eq s'ouvraUt à Ce piioce sur, li^ po^velles vpe^ qU'eUe «voivform^jesà Dieppe ^ ne put manquer dé lé trouver disposé à les ap-^ ]^Fddv€r^ Le l^aité fi>t GOneli» en sa t>rësènce avec touXesle&foi^BiaJHés qu'il- a«rok apportée^ au ma-t lidgif d# jBop profite il». Le.oonnte: deWar^ick , etJeiduc doQàcenoe^ même y qui ëtok trop engi^gé pioiirl aeaoïMr à totile jbog;, promirent par écrit de pr<eod#Q les^orine» wssitôi c|Mi'ils auroievil fait leurs tiri^rpû&, .^t djQ im; ie$; p6ixH. ^bando^ïier qu'ils jvWuâ^êm cetnÎÂ.Henrii de Lanoaairè sur le trône ^ pQôf le. posséder lui et fies héritiers^ On ajouta, atf anmcôrns ^ àeelartieléy uhe clause que le comte ^!Warwickprô{iosa $\k roi et «la r^iM ^ sans avoir iiè soUidité ^r le^due. II vouloît prévenir des réflexions qu'il éroyont encore à naître f ex qu'il étoit Icti-méme surpris de n'avoir pas v«i faûre à son -Rendre. On aiipulà que n Henri et le pi^ince de ^Gitijesinouroientsans en&nts ^la ôôuronsie rèvienidrok au duc de.Qarenee ^ ou a« jaune Edouard son 6i&^ qui lui étoit né en passant là mër. L'ad*fDiiaistrati<m du royaume )uëqu'» la o>a)orité du (pHnce d^Galles, fut promise aux deux seigneurs ^

p5ir la rç^nj^, qui représcotoll daps ce traité le. roi ^op marîi.^Çjçii Louis prenant part au3sî à l'eDr gagement^P^romit que de soaçoté il équiperoit une flot(e qijfi '3eroit prête dans six nfoôs, et. dont le cominan4^(nent seroit douné au comte de.Warr yrick, pour l'exécution de tant de graud^ de^seins^ Dans, le .jemps.que tovit^ sçmbloit favoriser lei» désirs de.l^ roipev ^Jle apprivdu comte de Warr wick qu'il jet oit arrivé à Calais unedanpte^anglpise^^ chargée de divers ordres d'Edouard pour ^a cppr de France y et que Vaudlerc de. qm il rçcevoit cettç nouvelle ^ ne doutoit pas que ce, ne fût pour fairç au duc defClarçnce. et à lui-même quelques pro*positionsid'accqmmodement. La reine devina plus juste. Elle neput ^e persuader qu'Edouard recherr chat l'amitîfé du comte après, le dernier outrage qu'il en avoit reçu^ mais ^ déguisant ses idée», elle se contenta de lui faire remarquer qu'il y avoit beaucoup plus d'apparence que cette députation regardoit uniquement le duc de Çlarence son ^ndre, et que ce soupçon suffîsoit pour leur faire garder plus de mesures avec lui. En eSet^ la dame Trott^ qui arriva peu de jours après , et qui ét,oijl celle qu'Edouard avoit choisie pour la chargejr de ses ordres ^ confessa d'abord à celte princesse qu'elle étoit envoyée pouriiaiire lionte au duc de Ji'attachement qu'il vénoit de jurer k la maisoin de Lancastrej et que les liaisoms qu'elle avoit eues

05o HISTOIRiB

avec la duchesse de Clarence ayant Tait croire ait roi qu^il pouvoit s'oa^rir librement à*elle, il lui avoit dévoilé plusieurs secrets dHtnpoirtancé,

Cette fidèle amie de Marguerite, étant arrivée le soir à Amboise, avoit pris le temps de la nuit pour se procurer une conférence avec elle. Elle se félicitoit d'avoir été choisie par Edouard dans une occasion oh la confiance quHl avoit eue pour elle, la mettoit en état, non-seulement de rendre des services signalés à la reine , mais de la sauver de plusieurs périls dont elle la croyoit menacée. Et se flattant que son artifice méritoit un nom plus honorable que celui de trahison , elle lui apprit en même-temps qu'avec les sollicitations qu'elle étoit chargée de faire au duc pour le rappeler en Angleterre, elle avoit ordre de l'engager, par des promesses extraordinaires, h profi.ter de la familiarité où le roi son frère savoit déjà qu'il \ivoit avec Marguerite et le prince de Galles , pour les faire tomber entre les mains de quelques Anglois , qui s'étoient rendus sur la frontière de Bretagne dans le dessein de les enlever. Les motifs qu'elle avoit à donner au duc, étoient ceux qu'il est naturel de s'imaginer; mais rien n'étoit si flatteur que les promesses d'Edouard, puisqu'il lui 'laissoit le choix ou de l'administration de l'état qu'il vôidoit lui abandonner sans réserve, ou du 'gouvernement perpétuel de l'Irlande pour lui et

DE MARGUERITE B^ANJOU. 53j

S6S descendants, avec tous les honneurs du pouvoir absolu. Il n'étoit point question du comte dé Warwick, comme si le mépris eût succédé, avec la haine, à la feconnoissance qu'Edouard devoit à ce héros , et que les circonstances de* sa dernière fuite l'eussent persuadé qu'il n'en avoit plus riéii à redouter.

Ce que la reine comprit le mieux dans ce récit, fut qu'Edouard étoit vivement alarmé de ses préparatifs; mais, n'osant prendre aucune résolutiori touchant le duc de Çlarence, sans avoir consulté le comte , elle fit trouver bon à la dame Trott qu'il fût appelé sur-le-champ à ce conseil. Il frémit dà projet de l'enlèvement; et piqué comme il éioit déjà contrele duc , il souhaita d'abord que Marguerite laissât la liberté a sa confidente de s'acquitter auprès de lui de toutes ses commissions , pour s'assurer de ses vrais sentiments par sa réponse, et, «upposé qu'il consentit à la proposition desoq frère, pour le punir d'avance de sa trahison comme s'il l'eût déjà commise. Mais cette chaleur s'étant refroidie par d'autres reflétons , il pensa , comme la reine et comme sa confidente , qu'il suffisoit que celle-ci lui représentât, de la part d'Edouard, les raisons qu'il avôit de rompre avec les ennemis de sa maison, et qu'elle lui fit valoir les deux ofires de «on frère. Outre que c'étoit assez pour approfondir SCS dispositions, le comte se rappela les intérêts dt

35a HI8TOI|L£

la duchesse sa fiUe ^ dont le 6or( ne pouvoît éire .que fort à plamdre s'il veaoîl, k ifompre d'une manière éclatante avec son œari^ et cette considération le fit xuéme passer sur d'autres motifei^ qui n'auroieut ea que trop de force pour le mettre ^ux mains avec le dufi, s'il en a voit eu un prétexté aussi spécieux que son horreur pour la trahison*- .La dame Trott se réduisit donc, par Tordre de la reine ) à représenter secrettement au duc de Clarence , que o'étoit se trahir lui-^méme que de d'employer à rétablir Henrisur le trône. Son frère H^avoit qu'une fille pour toutfruit de son mariage. jPoi^ voit-il être plus près de la couronne ? et l'es-»pérance de la suocesMon de Henri^ après le prince xie Galles ^ étoit-elle câmparaBle aux droits cer<^ tains qu'il, tiroit de sa naissance dans des conjoûotuf es si favorables ? D'ailleurs, quelle injure avoit-fl reçue du roi son frère qui ne pût être avantagea^ sèment réparée par ses bienfaîta? Ces raisons pa^ rcu-eot l'ébranler. Cependant, sott qu'il £(it retenu par la confusion de cfaan^r avec tant de promptitude et de légèreté , soit , comme il est beaucoup plus vraisemblable , que l'amour dont il étoit enflammé pour l'Italienne, lui fît remeure à se déterminer après en a;voir obtenu les faveurs qu'il cômmençoit à se promettre, il ne fit point une réponse as8«i claire pour laisser pénétrer ses véri^ iabl» intentions*

BB MARGUERITE B'aNJOXT. 555

Cette espèce d^incertitude où il afiècta de ^'envelopper, ne trompa point le comte. Eclairé par les soupçons de la jalousie , il s'âttachia k la dernière* de c^ deux conjectures. Dès ce moment il com<^ mença k le regardertoul-à-la*foiscomtile un traître^ dont les observations étoieat à redouter, et comme un rirai assez passionné pour sacrifier les vues de' sa politique a sofi amour. Il lui devint si odieux sous l'un et l'autre titres que , ne le ménageant plus quepourl'intérét de sa fille , U pensa sérieusement à faire repasser la mer è la dtiehesfi^ y dans la seule' vue de se délivrer de cette eontrainte, lor^u^il la verroit rétablie dans la faveur d'Edouard , de qui il étoitxBiittrel qu'elle attendit tout ce qu'eUe aVoit à e^érer de la fortune pour elle et poiir son fils. Cette résolution n'éto4t point contraire aux engagements qù^â a voit pris^t^vec la reine. Dans la sup-^ position du succès qp'il se promettoit pour leur* entreprise , il n'avok point d'embarras pour le sort de sa fille ; mais si leurs espérances étoient mal-' heureusemciit r^overoéas , il se trouvoit porté par la tendresse paternelle à lut assureif* un ésile dan^ le Heu où elle devoit 'naturellement le chercher.

A «cette vue j il e^ joigooit une qui n^ntëressoit que lut, et qui devemoit plus pi^ssante de jour en jour, âon âge lui jfaîaoit craindre que toute sa ré-' putation et towtson mérite n'eussent moin^ de force pour toucher le cœur de son ItaHemie que

354 HISTOIRB

la jeunesse da duc. Cette passion croissant Se jour en jour jusqu'à troubler son repos, il espéroit que le départ de la duchesse seroit pour son mari une nouvelle raison de précipiter le sien , et quHl se trouveront délivré tout-à-la-fois d'un ami suspect et d'un rival dangereux. Il fit goûter son dessein à la reine sous celle de ces deux couleurs qui sembloit convenir à leurs intérêts communs. Le retour de la dame Trott, que cette princesse étoit résolue de renvoyer à Londres, lui parut une occasion telle qu'il la souhaitoit pour sa fille. Il lu. ménagea même avec tant d'adresse, que le ducy sollicité par sa femme , qui entra volontiers dans les vues de son père, consentit secrettement à son: départ, et lui fit entendre que son dessein étoit de la rejoindre bientôt; tandis qu'Edouard, la voyant arriver avec son fils , se persuada aisément que c'étoit à la dame Trott qu'il avoit l'obligation de cette conquête, et crut avec la même facilité tout ce qu'elle lui raconta de sa négociation.

Cependant l'Italienne, dont je ne trouve le nom dans aucun historien , étoit plus sensible aux soins du comte qu'il n'osoit se le figurer j et dans la complaisance qu'elle marquoit pour le duc , elle ne cherchoit qu'à déguiser ses véritables sentiments', pour irriter ceux d'im homme à qui elle auroit voulu appartenir plus solidement que par une galanterie passagère. Le cornt^ étoit veuL

DE MAll#^UERITE d'aNJOU. 535

Elle ne se promit pas moins que d'enflammer sa passion, jusqu'à lui faire prendre le parti de l'épouser. C'étoit oublier d'où il l'avoit tirée, çt quelle opinion il avoit dû se former de la sagesse d'une fille qu'il avoit trouvée comme entre les bras d'un amant. Aussi ne pensoit-il qu'à s'en faire une maîtresse. Mais les vaines imaginations dont elle^ se repaissoit , servirent bientôt à le rendre heureux du côté de l'amour, et à lui faire tirer des avantages plus solides d'une intrigue qui n'est ordinairement qu'un badinage dans la vie d'un héros. Ayant pris occasion de ses plaintes pour lui laisser pénétrer une partie de ses vues, elle prétendit justifier la complaisance avec laquelle elle recevoit le duc , par l'envie qu'elle avoit de rendre un service essentiel à la reine et au comte, en retenant en France, par les liens de l'amour, un homme qui li'avoit plus d'autre motif pour y demeurer ; et continuant de lui apprendre les dispositions du duc, elle lui raconta^ qu'avant le départ même de sa femme , il lui avoit proposé de passer avec lui en Angleterre, où îl luiproraettoit de la rendre heureuse par une tendresse et une constance éternelles. Elle ne fit valoir le sacrifice qu'elle faisoit de ces offres , que pour amener le comte à penser qu'avec la r&oindre apparence d'obtenir de lui ce qu'elle osoit en attendre , elle pouvoit continuer d^amuser le duc ,

B3(> IU5TOIRK

aussi long-icn^ps qu'il le jugeroit née essutré à se* intérêts , et le rendre aussi viàle k des entreprises y qn'U avoît pu l'espérer, lorsqu'il Pavoit engagé à prendre parti contre son frère.

' On ne dit point si le comte s'oofbKa jusqu'à flatter sa vanité par quelques promesses; mais comprenant qu'en effet elle pouvoit «ervir à lui attacher le duc , il fut charmé d^une ouverture qui satîsfaîsoit tout-à-la-fois sa politique et son amour ; et soit quf'H prît droit de la nétîessîté qu'il yavoit pour lui d^^ne assuré ée saboniie foi, pour y prendre quelque confiamce , soit qu'elle eût assez de foîbîesse' poer oublier ses propres vues , on pour ^en fier k des espérances vagues , après lui avoir fait Pavèti dé ses isentSments , il olnint des cages de «a tendresse , qtri le rassurèrent entièrettient contre les prétentions de son

rival.

Après le mariage du prince de Galles , qui a voit été célébré à Ambcîse avec beaucoup de magnificence, Loiris XI avoit pensé si sincèrement î\ l'exécution de sespnMnesses, cjue dans tin terme beauconp plus coiirt qu*îl «e se l'étoit imposé, il avoit équipé «ne €otte au Hâvre-de-Ctrâice sous le commandement du bâtard' de Bourbon. Les ducs d'Excester et <}e Sommèrset , s^étàiitlKis^rdés dans cet intervalle k repasser eA Angleterre, pour y réveiller les partisans de la maison dé Lancastre j

ijs étoient revequs avec d'heurenses assurances de la disposition où ils les avoient trouvés. Vauclerc s'étoit mis, de son côté, en état de servir le comte, en se défaisant adroitement de quelques émissaires du duc de Bourgogoe , qui sembloit avoir reça d^Edouard la commission de veiller à la sûreté de Calais et à la conduite du gouverneur. Ainsi, avec le secours d^argent, que la reine avoit mendié de toutes parts, il sembloit que rien ne pût retarder son embarquement et l'exécution des grands desseins qui avoient été formés avec tant de préparatifs. On s'étonnoit qu'Edouard parût si tranquille à la veille du nouvel orage qui le menaçoit, qu'il négligeât même d'assembler une armée, ^ et de donner des ordres pour la garde de ses côtes. Cette sécurité ne pouvoit venir , en apparence^ que de la pensée où il étoit que le comte de Warwick ne tenteroit rien sans son frère , et de l'adresse que la dame Trott avoit eue à lui persuader, non-seulement que ce prince netarderoit pointa suivre son épouse, mais qu'il n'étoit resté en France, que pour traverser sourdement les nouveaux desseins de ses ennemis. Cependant, quoique ces raisons fissent une partie de sa confiance , il en avoit une autre qui étoit beaucoup plu$ juste , et qui auroit été capable de renverser dans leur source, tous les projets de la reine, si

Prcvosu Tome JCIT. STS

Fhabîletë du comte de Warwick ne les eût conduits heureusement.

Le duc de Bourgogne, qui portoit un autre jugement qu'Edouard des préparatifs qui se faisoient en France , et de l'importaace d'une entreprise dont le comte étoit le chef, avoitfaU approuver à son. beaur&ère , quQpo,ur lui marquer son %èle, il armât tous les vaisseaux de guerre qu'il avoit dans ses ports , et qu'il s'avançât jusqu'à l'embouchure de la Seine , pour combattre la flotte françoise j lorsqu'elle meitroit à la voile. Cette offi* cieuse ardeur du duc venoit peut-être moins de son amitié pour EtSouard, que de son* ancienne aversion pour Louis XX, et du ressentiment particulier qu'il nourrissoit contre. Warwick , depuis qu'il lui avoit enlevé ou coulé à fond plusieurs Yaisseaux. Mais il avoit préparé eSectivement une flotte fort supérieure à celle de France, et. le bâtard de Bourbon, averti qu'bn l'a voit viue paroitre, ne voulut point exposer les v.aiâsedux du roi au risque d'ua combat trop, inégal. Ce con>ftre«temps désespéra le comte, qui a'étoit déjà rendu au Havre , avec la reine et le pvince ée GaUesç. Il retourna à la cour pour conîurer le roi de ne pas se rebuter d'un obstacle si; lég^r , et de se reposer de Févénement d('une bataille sw s^ conduite et •on courage. Ayant obtenu la permission qu'îi

DE MARGUERITE d'aNJOU. 53^

désiroit , il se hâta dé regagner le Hâ?re j et se niettànt en mer dès Id même nuit, il se présema le lendemain avec une merveilleuse ifitrépidilé k la flotte flamande^ qui se fiatton déjà de Favoii* bloqué pour long-temps dans son port. H n'aVoil^ que neuf vaisseaux contre seize; mais les ayant divisés en trois escadres, il leur ménagea le veni avec tant d'adtcsse , qu'ayant attaqué brusquée-» ment les ennemis de troià côtés , il les }eta d'abord dans une confusion dont il leur devint impossible de se remettre. Eloignés, comme ils étoieât, de s'attendre à une attaque si vive , ils n'tfvoieiil poiilt gardé assez de distance entr^eux pcnst tii'ep quelque avantagé du tiômbre ; de sorte que ceux qui étoient au centre , devenant inutiles au eoihbat , par les bomes^ étroites où ils se trouvoiént resseifrés , et n'ayant pour se mettre au krge que le seul endroit que le comte leur atbit laissé ou-^ veft, et par lequel ils ne pouvoient sortir de levtr^ rangs , isans avoir directeùient en poupe un vent fort impétueux , ils ne faisoient qu'embarrasser les autres , qui étoient pressés par lé comïé a^jd[ son impétuosité ordinaire. Il en couk qù&îté i fbnd^ âvànt que Bonneville, leut amiral-, eût donçii nettement quelle méthode il detoit empkyfe# pour se défendre. Le vent ayant r^ddubUé^ t^otit-^ d'un-coup avec beaucoup de furie. Tes Flamande jugèrent à-propos de profiter , pour fuir , d'un

54o HISTOIRE

Incident qui sembloit excuser en même-temps leur défaite , «t n'ayant besoin que d'étendre leurs voiles, pour gagner directement leurs ports, ils y allèrent publier que le comte de Warwick devoit aa victoire à la tempête.

Pour lui , dédaignant la facilité qu'il auroit eue à les poursuivre, il remonta au Havre avec autant de peine qu'ils en avoient peu à s'éloigner. Là , «ans être tenté de l'inutile honneur d'aller recueillir des applaudissements à la cour , il ne se donna que le temps d'attendre la fin de la tempête ; et pressant aussitôt la reine de s'embarquer , il alla heureusement prendre terre au port de Darmouth,

A-peine avoit-il quatre mille hommes sur sa flotte , car Louis XI avoit été plus fidèle que libéral dans l'exécution de ses promesses, comme si son unique but eût été d'entretenir la division parmi ks Anglois, pour leur ôter le pouvoir de se mêler de ses afiaires. Cependant, Warmck n'eut pas plus tôt paru sur la côte avec cette petite troupe ^ qu'il se vit à la tête d'une armée. Elle s'accrut en peu de jours jusqu'au nombre de soixante mille Jbommes. Aussitôt il fit proclamer Henri YI suivant son ancien projet, et publier au nom de ce prince un ordre à tous ses sujets, depuis l'âge de seize ans jusqu'à soixante , de prendre les armes pour chasser le tyran et l'usurpateur.

Edouard qui avoit essuyé, depuis qu'il étoit sur

DE MARGUERITE D^ANJOU. 54l

le trône , assez de marques de l'inconstance de la fortune , pour avoir appris par sa propre expérience ^ se défier des périls dont il étoit environné dans la situation , n^en parut pas plus alarmé à la première nouvelle du débarquement du comte. Le souvenir des dernières circonstances dans lesquelles il Pavoit forcé de ^prendre la fuite, et la réponse qu'il avoit reçue de mylord Stanley , lui persuadoit encore que la vengeance né lui inspireroit jamais que deà désirs inutiles. D'ailleurs, il comptoit toujours sur le retour de son frère , sans lequel il ne pouvoit s'imaginer qu'aucun de ses 4iujets osât prendre les armes contre lui ; et l'ar* tifîcieuse Trott ne manquoit pas de l'entretenir dans toutes les préventions qui étoient capables d'augmenter cette trompeuse sécurité. Lorsqu'il eut appris, non-seulement queson ennemi avoit été reçu du peuple avec une affection qui se déclaroit assez par l'armée nombreuse qu'il avoit déjà sous ses ordres, mais que le duc de Clarence étoit avec lui, qu'il reconnoissoit Marguerite pour sa reine ^ et qu'il n'avoit pas fait difficulté de consentir à la proclamation de Henri , sa téméraire confiance se changea dans une consternation qui lui fit perdre jusqu'au courage dont on ne lui reprochoit point d'avoir jamais manqué. Il donna ordre, à-la-vérité^ de lever des troupes, et il marqua le quartier d'assemblée dans la plaine de Nottingham ; mais trem-

?4a HISTOIR13

blant aux nouvelles qu'il rec^voit à chaque moment de la défection de quelqu'un de ses amis, incertain à qui il devoit prendre confiance , et n'osant se livrer à ses propres gardes, au-lieu de tenir la campagne avec l'armée qu'on s'étoit hâté dç lui lev^r y il se renferma à quelque distance de son camp , dans le château de Lins , petite ville de la province de Lincoln , qui est située sur le bord de la mer.

Des alarmes si peu déguisées ne servirent qu'à répandre la même épouvante dans toutes les pro-* vinces qui avoient encore quelque penchant à lui dençieurer fidèles. Mais il ne pouvoit soutenir la pensée quç son frère eut entrepris de remettre Henri sur le trône j et continuant de se tromper sur ce qui devoit causer ses plus justes craintes y il se persuadoit encore , que s'il pouvoit gagner le duc de Clarence, le reste étoit si peu redoutable pour lui , qu'il devoit se réjouir, au contraire , que le comte de Warv^ick fût venu se livrer entre ses mains. Dans cette idée , il fit partir encore une fois la dame Trott pour renouveler ses efforts .auprès du duc , et il voulut que la duchesse son épouse partît aussi pour y joindre ses sollicitations. : Non-seulement le duc de Qarence avoit passé \k luer avec la r^ine; mais aussi ardent qu'elle à souhaiter la ruine de son frère , il avoit déjà inspiré les mêmes sentiments à tous ses amis; et malgré les

DE MAROUÊniTE B'aNJOU. 345

défiances que Marguerite avoit eueà de ses inten-»tions, elle étoil forcée tous le^ jours, par de nou^ Telles preuves , de le regarder comme un de ses plus zélés partisans. Il falloit, dit Rapin, qu'il eût perdu le sens commun pour abjurer si follement ses propres intérêts, et Ton ne concevoit pas par quelle injure Edouard avoit pu s'attirer cet excès de haine. Mais on ignoroit quelle part l'amour avoit à la conduite du duc. L'italienne avoit tenu jusqu'alors sa promesse au comte de Warv^ick. Elle entretenoit si adroitement les espérances de son rival , qu'elle sembloit prendre de jour en jour un nouvel ascendant sur lui. En feignant d'être sensible à sa tendresse, elle étoit parvenue k lui faire entendre qu'elle lui réservoit les faveurs de l'amour après le succès de l'entreprise du comt^ , par cette seule raison , que, se flattant de l'épouser s'il étoit forcé de retourner en France et d'y passer le reste de sa vie dans une fortune médiocre , elle renonceroit, au contraire, à cette vue s'il remontoit dans un degré de splendeur qui ne lui permettroit point de s'abaisser jusqu'à elle ; et que lorsqu'il seroit question de se réduire à la qualité de maîtresse , elle ne balanceroit point à donner la préférence au duc. Ainsi , l'élévation du comte, et par conséquent le rétablissement de Henri ^ la ruine d'Edouard , lui paroissoient des conditions si nécessaires à son bonheur , que le désir qu'il

en avoit ëtoit proportioDhé à sa folle passion', ou devenoit plutôt une passion lui-même à laquelle il auroit tout sacrifié. On prendroit ce récit pour une exagération , s'il n'étoit prouvé par d'autres excès du duc, qui durèrent aussi long-temps que son aveuglement.

La duchesse son épouse , n^avoit accepté la commission d'Edouard que pour • en prendre occasion de l'abandonner , et de rejoindre son père et son mari. Il parut à la reine qu^il étoit temps aussi de retenir sa fidèle Trott auprès d'elle. Cette double trahison augmenta les terreurs du malheureux Edouard. Burchier, archevêque de Cantorbéry; Montaigu , qui avoit trouvé le moyen de faire sa paix avec la cour, après la fuite de son frère , le coipte d'Oxford , l'archevêque d'Yorck , malgré la faveur où il avoit été auprès d'Edouard, depuis qu^il avoit contribué, du-moins par sa négligence, à son évasion de Middleham ; enfin la plupart des seigneurs , dont l'exemple est comme une loi pour le peuple , s'empressèrent de joindre l'armée de la reine. Il s'y étoit répandu un air de joie et.de sécurité qui sembloit être moins une préparation à combattre, qu'à jouir tranquillement d'un bien dont la possession ne devoit pas être disputée. On s'avança dans Linconlshire , à si peu de distance de l'armée d'Edouard, que les cris des soldats pouvoient être entoedus de l'un k

DE MAR&TTERITE d'aNJOU. 345

l'autre camp. Ceux de la reine ne cessèrent pendant toute la nuit de crier : Vive Henri ^ Marguerite d^ Anjou et le comte de W^arwick! Il est demeuré incertain si ce fut la crainte, la légèreté, ou les pratiques secrettes de quelque partisan de la maison de Lancastre , qui produisirent un événement des plus singuliers dont on ait vu l'exemple j mais Farmée d^Edouard , qui n^étoit pas inférieure à celle de la reine, et que plusieurs écrivains prétendent même avoir été plus nombreuse ,^après avoir passé uqe partie de la nuit dans un profond silence , se mit à pousser tout-d'uncoup les mêmes cris. Edouard , attentif à tout ce qui se passoit autour de lui, fut le premier à les distinguer. Il les regarda comme le dernier signe de sa perte. Le plan de bataille qu'il méditoit pour le jour suivant avec le lord Hastings, fut abandonné; et ne pensant plus qu'à se mettre à couvert par la fuite , il sortit du château de Lins , sans autre suite que ce seigneur et le duc de Glocester son frère , pour gagner le bord de la mer. L'obscurité favorisa sa marche. Il trouva heureusement sur le rivage un détachement de quatre ou cinq cents hommes , qui avoient été commandés pour la garde de diverses munitions de guerre et de bouche, arrivées la veille sur trois petits vaisseaux qu'on ne faisoit que délivrer de leur charge. La frayeur oul'inconstance n'ayant point encoregagné

ce petit corps de troupes , il le fit embarquer sur^ le-champ avec lui. Après tant de révolutions qu'on a lues jusqu'ici dans cet ouvrage , s'il y a quelque x;hose de plus surprenant dans celle-ci , c'est que les circonstances en sont presque les mêmes que celles de la fuite du comte de Warwick.

Abandonnons quelque temps Edouard, que la fortune destinoit à son tour aux plus étranges aventures, et laissons à juger quel fut l'étonnement de Marguerite en recevant les soumissions de trente ou quarante mille hommes qu'elle croyoit prêts à lui disputer le lendemain ses prétentions par des torrents de sang. Le bruit de la fuite d'Edouard s'étant répandu presqu'aussitôt qu'il fut embarqué, il ne restoit aucun sujet de défiance, et la reine ne fit pas difficulté de s'avancer avec le prince son fils, pour remercier ses sujets de leur promptitude à rentrer sous son obéissance. Les <ieux partis se confondirent au même moment , et 'Marguerite triomphante prit le chemin de Londres , à la tête de l'armée la plus nombreuse qu'on eût peut-être jamais vue en Angleterre.

Après la fuite honteuse d'Edouard, si la reine avoit quelque chose à désirer pour se croire maîtresse absolue dans ses états , et pour reprendre confiance à la fidélité de ses sujets , ce fut la rencontre qu^elle fit dans sa route , du comte de Derby, qui venpit au-devant d'elle de la part de la reine

DE MARGUEBITE D^ANJTOU. 547

ËCsabeth, et qui lui apportoit, avec les soumis- 8ioDS de cette malheureuse princesse, un gage as-* sufé de Tobéissatice de tous les partisans du roi détrôné. Marguerite étoit trop généreuse et trop sensible pour ne pas plaindre l'infortune de sa ri-

.^ vale. Après avoir connu le poids de Fadversilé par

^ tant d'expériences, elle ne put refuser des marques de compassion au récit du comte. Elisabeth fai-

^ soit sa demeure à la Tour de Londres , lorsqu'elle avoit appris l'évasion, et par conséquent la ruine

^ de son mari. Quelques serviteurs fidèles , qui composoient sa cour, avoient été d'avis qu'elle ne devoit pas quitter cette retraite j et que, pouvant espérer de s'y défendre long -temps, il falloit qu'elle attendît l'arrivée de ses ennemis, pour essayer s'il ne lui restoit aucune ressource dans l'affection du peuple, ou du- moins pour obtenir une meilleure composition les armes à la main. Mais elle comprit mieux qu'Edouard que ce n'étoit point par la force qu'il falloit entreprendre de résister au comt^ de Warwick. Elle mit toute sa confiance dans la générosité de son vainqueur; et , ne cherchant point d'autres secours que ceux qui convenoient à la foiblesse de son sexe , elle prit le parti de quitter la Tour pour se réfugier presque seule dans l'abbaye de Westminster. A peine y étoit-elle arrivée, que son trouble lui avoit causé une fausse-couçhe , qui, en donnant la vie

548 HISTOIBB

à UD prince ^ avolt mis la sieDoe dans le dernier danger. C'ëtoit dans cet état qu'elle avoit dépoté le comte de Derby à la reine ; et qne , sans parler de conditions, eUe ne lui faisoit représenter, pour l'attendrir, qne sa misère et ses larmes.

Marguerite , à qui il n'en coûtoit pas plus pour reprendre le ton majestueux que ses disgrâces l'avoient forcée de tempérer si long-temps que pour suivre les mouvements de bonté naturelle qu'elle avoit conservée , protesta au comte qu'elle ne portoit à Londres que des sentiments de paix , et qti'elle vouloit qu'Elisabeth et toute la famillg d'Edouard en ressentissent les premiers fruits. S'étant tournée ensuite vers le comte de Warwicl, elle lui ordonna de prendre les devants pour aller porter les assurances de son amitié à Elisabeth, et]ui donner sa parole qu'aussi long- temps qu'elle voudroit vivre tranquille, il n'y avoit point de distinctions et de faveurs qu'elle ne dût se promettre à sa cour. On est surpris , sans doute , de la voir revenir à cette modération après avoir paru plusieurs fois trop emportée dans sa vengeance. Mais outre qu'un cœur tel que le sien avoit été capable de tirer cette leçon de l'adversité , elle sentoit de quelle importance il étoit pour elle de ne pas inspirer trop de frayeur à ceux que la crainte du châtiment auroit pu retenir dans le parti d'Edouard} sans compter qu'après avoir surmonté

DE MARGUEllITE D^ANJOtT. Sig

sa haine pour le comte de Warwick, il sembloit qu'elle n'eût plus de sentiment qui dût lui coûter à vaincre.

Cependant, en faisant partir le comte , elle lui rect>mmanda d'être aussitôt qu'elle à la Tour, où elle se proposoit d'aller descendre en arrivant à Londres, pour ouvrir elle-même au roi Henri les portes de sa prison. Le marquis de Montaigu, qui ëtoit venu joindre son frère, prit la conduite de l'armée. Ce fut peut-être le premier sujet de mécontentement que la reine donna au duc de Clar rence. Maïs avec les justes défiances qu'elle avoit déjà de lui, la prudence ne lui permettoit pas de s'abandonner sans précaution entre ses mains; et, par quelques motifs qu'il continuât de paroitre opposé aux intérêts de son frère, elle comprenoit que le spectacle qu'il alloit voir à Londres ne pèuvoit le flatter beaucoup. Ils y arrivèrent néanmoins ensemble, et il ne refusa point de se rendre à la Tour avec elle. Le comte de Warv^ick s'y trouva pour les recevoir. Il avoit rétabli le calme dans l'esprit d'Elisabeth, en lui rendant compte des dispositions de la reine; et, quoiqu'il eût trouvé tous les habitants de Londres dans la soumission , il avoit employé le reste du temps à les y confirmer.

Marguerite perdit une partie de la satisfaction qu'elle avoit espérée en se réservant le soin d'annoncer elle-même à sou mari, le changement de

55o HISTOIKE

»a fortone. Soh foiblesse j soit Teita j ce prlnco recul la dëdaratiaa de sa liberté ayec un soupir, comme s'il eût regretté la solitude et le repos dont il paroîssoit qu'on le tirât malgré luL II aToit été six ans entiers dans les chaînes. La perte de sa couronne ne loi aToit pas arraché une seule plainte, et il ne put sortir de la Tour sans sr^atteudrir jusqu'aux larmes. Mais la reine s'arrêtant peu à ce qu'il pensoit de sa situation , le pria de se reposer sur elle des soins qui conTcnoîenl aux circonstan^ ces. Elle le fit monter à cheval, accompagné du prince son fils et précédé du comte de Wanrick^ pour traverser Londres avec un air de triomphe. 11 étoit suivi d'un corps de quatre mille hommes qu'elle avoit détachés de Tannée; précaution superflue à l'égard d'un peuple accoutumé par tant de révolutions à suivre toujours le torrent de la nécessité présente. D'ailleurs, le seul aspect et là voix du comte de Warwick suffisoient pour fixer tous1essnffi*ages. D donnoit l'exemple à la multitude, en criant à chaque pas, vive Henri et la maison de Lancastre ! speetacle étrange pour ceux qui se souvenoient d'avoir entendu sortir de la même bouche, vive Edouard et périsse Henri avec tous ses partisans !

Le lendemain, tous les corps de la ville s^étant assemblés pour rendre plus régulièrement leurs soumissions au roi , la religiou devint comme lé

DE MARGUERITE d'aNJOU. 55l

sceau de son rétablissement par des prières soleni?neiles et une procession publique , où ce prince assista avec les ornements de la dignité royale. On convoqua aussitôt le parlement; c'étoit encore une^ formalité nécessaire pour confirmer le peuple dan» ^obéissance. Mais avant Fassemblée , qui ne fut indiquée que pour le 20 novembre, Marguerite, qui sereposoitdésormaisavecuneconfiancesansbornes sur l'attachement du comte de Warvrick , résolut de passer promptement en France avec le prince son fils, sous prétexte d'accompKr un vœu qu'elle avoit fait à Notre-Dame de Rouen , nïai&dans le dessein de concerter avec Louis XI des pro j ets qui sont demeurés cachés entre elle et lui. Cetwsage de s'en-» gager au ciel par des vœux , étoit alors si eon>mun,^ que le comte de Warwick même en avoit fait un à Glassembury, comme Edouard avoit fait »upai?a^ vant le sien à Cantorbéry, et comme en sait que Louis XI en fit un fort solemuelà Boulogne. La religion n'ayant jamais eu beaucaup'dîe pouv-o^ir surFesprit des grand», ces pratiques de dévotion étoient ordinairement le voile de cpuelque vue politique ; et Fon- n'a pas douté , qu'avec Fintérét que M^rgiterite avoit à se Rer étroitement aveo Louis XI, elle n'eut peitsé , non-seulement à* obtenir de ce prince, qu^l s- opposât? parteute&soFtes' de moyens aux nouvelles entreprises d'Edouard ^ mais qu'il employât la force ou Fat&esse pour

ropprimer, dans Texcès d'infortune et d^ misère où Ton publioit déjà qu'il étoit réduit.

En s^embarquant à Lynn , avec quelques seigneurs et un petit nombre de troupes , Edouard s'étoit proposé dé gagner l'Ecluse, et de se réfugier dans les états du duc de Bourgogne, son beau-frère. Mais à-peine eut-il perdu de vue la côte , qu'il fut poursuivi par sept ou huit corsaires allemands, qui sembloient attendreleurproie.il étoit heureusement sur un vaisseau fort léger. A la faveur d'un brouillard épais, qui se leva vers le milieu du jour, il se déroba quelque temps à la vue de ses ennemis; mais n'ayant osé avancer qu'avec beaucoup de précaution dans uno mer , dont l'obscurité de l'air augmentoit le danger, et conduit par des matelots qui ne s'étoient peut-être jamais éloignés de leurs côtes, il retomba l'aprèsmidi dans les mêmes frayeurs, lorsque le brouillard s'étant dissipé , il aperçut les corsaires qui continuoient de le poursuivre. Leur avidité se seroit peut-être refroidie , s'ils avoient su combien ils avoient peu de fruits à espérer de leurs peines. Nou-seulement Edouard et sa suite étoient sans argent, mais le bâtiment sur lequel ils se trouvoient , n'étant qu'un vaisseau de transport , il étoit si mal pourvu de vivres, qu'avant la fin du jour ils se virent sans pain et sans autre nourriture } cependant y ne pouvant échapper aux

corsaires, qu'en redoublant leurs efforts pour gagner la terre , ils s'approchèrent de la côte avec si peu de mesures , que ne s'étant point aperçus que la mer descendoit , ils donnèrent dans un banc de sable , d'où il leur fut impossible de se dégager.. Les Esterlings (c'étoit le nom que les Anglois donnoient aux corsaires de la fiasse-Allemagne, parce que ce pays est à l'est de l'Angleterre)'se crurent assurés de leur proie; et quoique la crainte du même accident les forçât de jeter l'ancre à quelque distance , ils ne doutèrent point de leur avantage au retour de la marée. L'approche delà nuit auroit fait renaître l'espérance d'Edouard, s'il n'avoit été pressé par un ennemi plus redoutable que les corsaires : c'étoit la faim. Elle lui de* vint si insupportable , que les ténèbres ayant enveloppé son vaisseau , il parla de se mettre dans la chaloupe, pour aller volontairement se rendre aux Esterlings , qui ne pouvoient lui causer plus de mal qu'il n'en ressentoît déjà. Mais le lord .Hastings, qui l'accompagnoit, charmé de lui voir assez de résolution pour tenter les périls delà mer dans la chaloupe , lui proposa de s'en servir ,pour gagner la côte à quelque prix que ce fût. Ils étoient si peu versés dans la navigation, qu'ils ignoroient absolument le lieu où ils étoient. Cependant ils croyoient avoir aperçu la terre, avant l'accident qui les avoit arrêtés , et la chalonpe

Prévost. Tome XI K. 3 3

pouvant résister aux flots dans un temps d'aïUeurs assez tranquille , ils se flattèrent de se dérober ainsi touf-à-la-fois à la mer , à la faim et aux cor " saires.

Edouard, suivi feulement du duc de Glocester , du lord Hastings et du capitaine de son vaisseau , ne balança point à confier sa vie aux vents et k l'adresse de quelques matelots. Ils avancèrent long« temps sans être sûrs de leur route ; mais la vue de diverses lumières ne leur permit point enfin de douter qu'ils ne fussent proches de quelque rivage. Ils étoient entrés, sans s'en apercevoir, dans la rade d'Alomaer , ville de Hollande , et s'approchant de la terre avec confiance, ils éveillèrent par leurs cris les gardes d'un fort avancé. On ne tarda point aies venir reconnoitre. Ayant appris qu'ils étoient en Hollande , ils ne firent point de difficulté de déclarer le nom d'Edouard et le besoin qu'il avoit d'un prompt secours. Philippe de Groothuyse , alors gouverneur de Hollande , pour le duc de Bourgogne , se trouvoit heureusement à Alcmaer. Il s'empressa de venir au-^devant d'un prince qui étoit beau-frère de son maître , et sur l'avis du péril où les trcfts vaisseaux anglois étoient exposés, il envoya ordre aux Esterlings de se retirer , sous peine d'encourir l'indignation du duc de Bour- •gogne. Ces corsaires, qui a voient à ménager, nonseulement le duc, mais Groothuyse môme, sous

DE MAR&UEBITE b'ANJOU. 555

la pro^ciioif duquel Us exerçoient leur }:)tng:|ndagç , laissèrent aux Angloisla liberté de, gagner ^

rade d^Alçœ^er- \

Ce n'étpit pas seulement au ciel qu'EdQuar4 devoitde la reconnoissance. Il sentit l'obligation qu'il avoit au capitaine , dont la diligence Faypit sauvé de ses ennemis le jour d'auparavant , ^% c^yxi ne lui avoit pps rendu un seryice moins essentiel çn le sauvant de la faim pendapt la nuit. Ma^dan^ la situation oàil étoit , les mtoyens de récompenser lui manquoient, jusqu'au point , que ne se trouv^mt pas même y dit Thistorien , une pièce de monooiç qui portât son image, il prit le parti de se dépouiller desa veste, qui étoit une fourrure de martre asse^ précieuse, et il força le capitaine de l'accepter. Groothuyscf ne demanda poinf; d'autre expUcatio:;^ pour comprendre ses besoins. Il lui offrit unç somme d'argent, avec laquelle Edouard voulut racheter sa veste. Mais le capitaine comprenant que c'étpit p^r générosité , la retint comme yp présent quQ les circonstances lui rendoient beauçopp plus précieux. La générosité de Groothuyse se borna, néanmoins, à fournir toutesses commodités au roi d'Apgleterre , sans oser prendre sur lui de lui offrir des vaisseaux et des troupes avant que de s'être assuré des intentions de son maître. Il mena Edouard à La tlaye , où il le traita avec moins dç magnificence que d'égards.

Si c'étoit pour chercher quelque moyen de 1er surprendre dans cet intervalle , que la reine avoit faitle voyage de France, elle ne pouvoit choisirune occasion plus favorable , et c'est sur ce fondement, sans doute, queplusieurshistorîensluienattribuent le dessein. Louis XI venoit de déclarer la guerre au duc de Bourgogne, et lui avoit déjà enlevé plusieurs places. Il n'étoit question que d'occuper assez le duc pour lui ôter le pouvoir de se mêler des affaires de son beau-frère. Son usage étant de congédier ses troupes dès qu'il avoit sigiié la ^en > il s'étoit vu forcé , pour résister à l'attaque imprévue du roi, de rassembler toutes ses garnisons, c^ ses côtes étoient aussi mal gardées que ses fron* tières. Le projet qu'on suppose à Marguerite^ étoit d'engager le roi de France à faire avancer quelques vaisseaux vers la côte de Flandre , sous prétexte de chercher à s^emparer de quelque port sans défense, et de leur faire prendre en passant devant Calais , quatre mille Anglois, que le com^e de Warwick y devoit envoyer , pour aller fondre sur ia. Hollande, où Groothuyse n'étoit point en état de garantir son hôte d'une invasion si peu attendue. Ceux qui se sont attachés à cette con-^ jecture, ajoutent que , non-seulement le comte fit passer quatre mille hommes à Calais, comme il en étoit convenu avec la reine, mais que Louis XI fit avancer, en effet, plusieurs vaisseaux dans la

DE MARaUBRITE d'ANJOU. 557

Manche , et que le seul obstacle qui fit manquer cette entreprise , fut le départ précipité d'Edouard^ qui, se lassant de la lenteur du duc de Bourgogne i lui répondre , prit le parti de Taller joindre, à Saint-Paul. Dans le fond , Louis XI qui savoit dissimuler une injure, mais qui ne se portoit pas facilement à la pardonner , peut avoir saisi volontiersl'occasion de satisfaire son ancien ressentiment contre Edouard ; et l'on conçoit encore plus aisément, que la reine, voulant éviter d'offenser ouvertement le duc de Bourgogne , avoit pu souhaiter de faire agir ses troupes sous le pavillon du roi , qui étoit en guerre ouverte avec lui.

Quoi qu'il en soit , Edouard , reçu d'abord assez froidement, du duc ^ étoit du-moins en sûreté à sa cour, lorsque Longstrother,grand*prieur deFordrQ de Jérusalem, fut envoyé à la reine par le comte de Warwick , pour lui faire hâter son retour à Londres. Le parlement s^étoit assemblé pendant son absence , et toutes ses délibérations avoient concouru à l'affermissement de Henri sur le trône. Edouard avoit été déclaré unanimement traître, ^ et usurpateur de la couronne ; tous ses biens pa-. trimoniaux avoient été confisqués, ses ordonnances et tous les statuts faits sous son règne , annulés comme les attentats d'un sujet rebelle. Par un autre acte , le droit de succession qui étoit confirmé i là maison de Lancastre j dâvoit en sortir au dé&ot

35s filSTOIRE

AtB itiftles pour passer dans celle d^Yorck ; mai$ Ëdbnârd et âon fib èti ëtoient exclus à cause de leur rébellion , et c'étoit au duc de Clarence et à ses descendants, que le parlement transportoil liiéritage de la couronne. Enfin , avec la même docilité qui lui avoitfait approuver toutes les dis-* positions du comte de Warwick en faveur d^Edouard, il venoit de se soumettre aux nouvelles loil de Cet arbitre absolu de la nation ; et pour ne liii laisser rien à désirer • il Fàvoit déclaré lui* même gouverneur du royaume y sans autre modification que de lui associer le duc de Clarence dans les fonctions de cet emploi.

Cependant , à ce point d'autorité et de grandeur , qui faisoit donner au comte de Warvrick le ilôm de faiseur de roij il manquoit un isujet de contentement , sans lequel il ne pouvoit être sensible atit avantagée d'une si brillante situation. Ce n'étoit point iaii grand-prieur qu'il s'en étoit ouvert ; et lorsqu'il presfeoit la r^ipe de revenir d'ans ^ès états , Ce n'étoit pas en elle non plus qtl'tl sëprôposoit d'avoir cette confiance. Mais il ëtbit dévoré au fond du CCeur par un chagrin qui hûmilioit son orgueil autant qu'il blessôit sa tendresse. A-peine la voit-il vu tous ses projets rem- ]^lis, que lorsqu'il ne pensoit qu'à recueillir le fruit de ses peines dans la possession tranquille dé Ba maîtresse et de sa fortune , il s'étoit liperça

DE MARGUERITE D^AKJOU, SSg

que son ItaUenne avoit les mêmes complaisancet pour son rival que pour lui. Elle avoit tenu parole au duc de Clarence ; et soit que son penchant pour lui eût toujours été sincère , soit qu'elle fût flattée de se voir un empire presque égal sur les deux premiers hommes de l'état , elle s'étoit arrêtée au parti de, se les attacher tous deux par les mêmes faveurs. Son adresse en imposoit encore au duc ; mais le comte avoit eu des lumières qui ne lui permettoient plus de douter qu'il ne fût trahi. Sa foiblesse consistoit à trouver sa maîtresse moins criminelle que son rival. Il n'accusoit que lui des artificesd'une femme perfide , et déjà résolu de l'en punir y il n'attendoit la reine que pour la faire servir à sa vengeance.

A-la-vérité ce n'étoit pas le seul reproche qu'il eût à faire au duc de Clarence. Tandis que c# prince s'étoit laissé aveugler par sa folle passion , jusqu'à perdre tous les sentiments de la nature ^ il avoit vu le renversement de sa maison, sans pitié pour son frère, et sans égard pour lui-même. Mais depuis qu'il se oroyoit sûr de sa maîtresse , par la victoire qu'il avoit obtenue sur elle ^ il Gommençoit à sentir le tort qu'il s'étoit fait, 0t son unique désir étoit de le réparer. Ainsi ^ sans être touché , ni de l'acte de succession , qui n^e l'approchoit pas plus du trône qu'il ne l'étpit naturellement, ni de la qualité de gouv^rneU^ 4ii

S6o filSTOiRS

royaume, qu^ partageoit avec le comte, il £iîsoit déjà nsage de son pouvoir et de la confiance qu'on loi marquoit, on sourdement en faveur de son frère , ou pour faire tomber sur lui-même les fruits qu'Edouard ne se bâteroit pas de venir recueillir. Les espions que le comte avoit attachés à sa conduite , depuis qu'il soupçonnoit sa bonne foi y avoient découvert ses liaisons avec Tiftot , comte de Worcester, et ce fut la cause secrette delà rigueur avec laquelle le parlement, ou plutôt le comte de Warvrick^ fit trancber la tête à ce malheureux seigneur. Tout son crime étant d'avoir commandé la dernière armée d'Edouard , et de ne s'être pas assez hâté de rentrer sous l'obéissance de Henri, il ne paroissoit pas plus coupable qu'un grand nombre d'autres seigneurs , dont la soumission n'avoit pas été moins lente , ni peutêtre plus volontaire. Mais ayant appris qu'on pensoit à l'arrêter, il prit la fuite, et cette précaution timide passa pour la conviction d'un crime dont on n'eut point d'autre preuve. On le poursuivit de si près, que , n'ayant point eu d'autre ressource que de se cacher dans le creux d'un arbre, il en fut tiré pour être conduit au supplice.

En feignant de bien vivre avec le duc de Cla-

reace , le comte de Warvnck rassembloit par ses

* émissaires , tous les sujets de plainte ou de défiance

'i^'il pouvoit faire valoir pour sa ruine > et il âtten*

t)E MARGUEBITE D^ANJTOU. 36l

doit impatiemment la reine , à qui il devoit suffire que le duc lui manquât de fidélité , pour s'unir à ceux qui cherchoient sa perte. Cependant il ne put contenir son ressentiment jusqu'à l'arrivée de cette princesse. Sur divers soupçons de l'infidélité de sa maîtresse, il lui avoit imposé pour loi de ne plus voir absolument le duc de Clarence ; elle avoit obtenu sa grâce à cette condition , et quelque prétexte qu'elle eût employé pour faire goûter au (duc le mystère et la contrainte , elle l'avoit assujetti pendant quelque temps à ne lavoirqu^eà secret. Le comte étoit trop fidèlement servi pour ignorer long-temps cette nouvelle trahison. Il prit enfin le parti qui convenoit à la grandeur de son ame : ce fut de vaincre une indigne passion , à quelque amertume que cet efibrt le condamnât pour long-temps ; mais il s'expliqua avec le duc , en homme qui méprisoit les perfides autant qu'il détestoit la perfidie. Cette chaleur auroit peutêtre eu des suites trop promptes, si le duc, qui la regarda comme l'effet d'une vive jalousie , ne Veut trouvée moins offensante que flatteuse pour ses sentiments} et ce qui est plus étrange encore c'est que n'en prenant qu'une meilleure opinion de sa maîtresse, il parut s'attachera elle avec plus de passion que jamais.

Marguerite apprit du comte une partie de ces circonstances avant que d'arriver & Londres. Il

56a HISTOIRE

affecla, eo partant pour aller au-devant d'elle ^ de déclarer hautement , que dans l'idée qu'il avoit de son zèle pour l'état et de ses grandes qualités pour le gouvernement, il étoit résolu, non-seu-* lement de prendre désormais ses ordres dans l'administration des affaires, mais de faire dépendre d'elle le titre qu'il avoit reçu du parlement. Ce n'étoit ni fatigue , ni indifférence qui faisoit tenir ce langage au comte. Son ambition n'avoit jamais été pins active. Mais il vouloit fixer l'attention du public sur la conduite de son rival ; et ne s'attendant point qu'il fût disposé à l'imiter, il espéroit que les réflexions qu'il laisseroit échapper dans sa surprise , trahiroient quelqu'un de ses sentiments. D'ailleurs , il ne pouvoit trop animer la reine contre un perfide, et'c'étoit la prendre par son foible , que de l'exposer au chagrin de se voir contester l'autorité par le duc, lorsqu'elle seroit portée à se persuader par la démarche qu'il alloit faire lui-même y qu'il ne pouvoit rester personne qui entreprît de la lui disputer.

Il arriva , comme il l'avoit prévu , que le duc , étonné de la disposition qu'il màrquoit k quitter les affaires, protesta , dansle premier mouvement, que l'exemple d'autrui étoit une règle qu'il ne reconnoissoit pas , et que rien ne lui feroit abau'» donner l'autorité qui lui avoit été confiée par le parlement. D'un autre côté, la reine, aussi flattée

DE MAKGUBRITE d'ANJOU. 363

de la politesse de I'ud , qu'elle se crut offensée du discours de l'autre , sentit redoubler sa confiance et son affection pour le comte , jusqu'à lui déclarer qu'elle le croyoit nécessaire au soutien de sa gloire y et qu'elle ne pensoit à tenir les rênes de l'état que par ses mains. Peut-être l'amitié fit-elle alors ce qui n'a pu passer jusqu'ici que pour l'ouvrage de l'intérêt et de la politique. Margueiîte, sensible à la complaisance du comte , osa croire^ pour la première fois , qu'il ne manquoit rien à leur réconciliation ; et le comte , touché de voir tant de sincérité dans sa reconnoissance , acheva d'oublier d'anciens sujets de haine, dont les traces n'avoient jamais été bien effacées. J'éloigne ici des accusations aussi injurieuses à cette grande reine qite celles dont on peut se rappeler le souvenir, etquej'aidéja méprisées. Marguerite n'étoilpltis dans un âge oii Ton puisse soupçonner une femme ambitieuse de chercher de l'amusement dans les plaisirs de l'amour; et si le comte nffecloit toujours du goût pour la galanterie , il rott, par quelques antres événements , qu'il s'édëjà &it une nouvelle inclination pour se 'r de l'infidélité de son Italienne ; à-moins voulût penser que c'étoit un jeu confaisoit servir à déguiser ses véritables recourir à cette subtilité j comme ^ historiens y c'étoit confesser

%i HISTOIRE

qu'on manque de preuves , et s'appuyer sur des conjectures qui ont moias de vraisemblance que de mall^^nîtc.

La reine ayant cherché par quels nouveaux l/icnfaits elle pouvoit reconnoître l'attachement du comte , ne trouva que la charge de grandfuniral c{ui fut capable d'ajouter quelque chose à Tcclat de tuntdc gloire et de dignités dont il étoit revêtu. Kllc l'en iitpotirvoir par l'autorité réunie (hi roi et du parlement. Ce fut encore une mortiiication pour le duc de Clarence, qui avoit aspiré luiutoniout i\ cette grande charge j mais les mêmes raisons qui la luifaisoicnt souhaiter, étoient celles qui dovoiont Faire craindre de lui confier un poste dr cotto importance. On ne parloit que des sollicitations d'Kdonard à la cour du duc de Bour- (;o};nn ; ta s'il parvenoit à se mettre en état de t(Mit(îrnno <lcsccnte en Angleterre , on sentoit le dan};(M' (|u'il y auroit eu à remettre le commantliMuiMit de la marine à son frère. Cependant, qiu)l(|ii() la reine ne doutât pas plus que le comte do Warwlck, que ce prince ne leur fût déjà iniidcMc au fond du cœur, elle ne jugea point qu'il falh\t faire éclater ses soupçons , et se bornant à le fulro absenter, elle lui (it même donner le gouvernement d'Irlande , avec plusieurs terres qui MOÎenlété confisquées sur les partisans d'Edouard . WtAlvraî qu'attirant toutes les affaires à elle, et

les expédiant par le ministère du comte de War- "wick , il ne restoit au duc qu'un vain titre , dont l'exercice n'étoit plus propre à causer de la défiance. L'effet de cette politique fut de faire régner pendant quelque temps, à la cour d'Angleterre , un repos qu'on n'y avoit pas connu depuis près de trente ans.

Personne n'en profita mieux que Marguerite même, par le soin qu'elle prit de faire renaître ^ans ses états l'abondance avec la tranquillité ^ et de rappeler à Londres les arts , les sciences ^ et les plaisirs. Ces heureux enfants de la paix vinrent respirer pendant quelque temps un air libre en Angleterre, et s'y seroient fixés pour toujours sous des auspices si puissants, si la fortune avoit pu se réconcilier solidement avec la maison de; Lancastre. Mais dans l'intervalle qu'ils eurent pour répandre leurs douces influences, ils servirent dumoins à dis^siper l'horreur de tant de guerres sanglantes , dont les traces subsistoient encore dans toutes les parties de la nation. Le comte de Warvnck, porté par ses inclinations naturelles à tout ce qui pouvoit contribuer au progrès de la politesse , seconda les intentions de là reine , en don^ nant des exemples éclatants de magnificepee et de galanterie. Us servirent à établir la fortune de

* Elit fonda le câèbre collège d'Ealon à Wiodsor.

366 HISTOIRS

luylady NevîU, par l'occasion qu'eUe eut de faire briller tous ses charmes aux fêtes de son frère , dont elle avoit comme la direction. Quoiqu'on ne liii donne pas moins de trente-cinq ans , et que ses aventures ne pussent être ignorées, elle fit la conquête du marquis de t3arnarvan y un des plus riches seigneurs du royaume , qui fixa enfin sa condition par un heureux mariage.

De quelque nature qu'on veuille supposer la fiaison du comte de Warwick avec la reine , elle ne l'empêcha point de retomber dans quelque foiblesse pour son infidèle étrangère. Soit que , ne s'étant attachée qu'à la fortune j elle se fût refroidie pour le duc de Clarence à mesure qu'elle voyoit baisser son autorité , soit que la seule coquetterie l'eût portée à faire une nouvelle expérience de ses charmes sur un cœur qu'elle avoit perdu malgré elle, il n'y eut point d'artifices qu'elle n'employât pour reprendre son ascendant sur le comte. Elle y réussit jusqu'à lui persuader que le repentir de son infidélité étoit sincère ; et y commençant à penser, comme le duc , que la vertu n'est pas la qualité la plus nécessaire dans une maitre^e, il lui pardonna le passé sans autre condition que de rompre ouvertement avec son rival. Mais, eoipme le retour d'une femme si légère et si perfide ne pouvoit être que le goût d'un moment , elle oublia bientôt ses promesses pour irriter le comte par de

i)E MARGUERITE d'aNJOU. 367

nouveaux outrages. Ou se persuaderoit volontiers qu'elle n'avoit eu dessein que de le jouer, pour sa pro|)re vengeance ou pour celle du duc , avec qui il est encore plus vraisemblable qu'elle avoit con-^ çerté cette trahison. L'intérêt qu'il avoit à pénétrer les secrets de la reine et du comte, ne pouvoit-il pas lui avoir fait naître la pensée de tirer d'elle le même service qu'elle leur avoit rendu autrefois contre lui, et dont il étoit impossible qu'elle ne lui eût pas fait l'aveu dans la familiarité d'un si long commerce ? Il paroît certain par sa conduite qu'il fut peu sensible à sa réconciliation avec le comte, puisqu'il ne cessa point de le voir avec les apparences d'amitié qu'il avoit toujours affectées; et le ressentiment qu'on lui vit marquer ensuite jde la funeste conclusion de cette aven-^ ture , ne permettant point de douter qu'elle ne lui fût toujours chère, il semble que ce double personnage ne puisse être expliqué que par la supposition de quelque vue politique , qui pourvoit fort bien s'être accordée avec des sentiments dans lesquels j'ai déjà fait remarquer qu'il entroit peu de délicatesse.

Le sort d'une femme sans nom , et qui n'avoit pour tout mérite que beaucoup d'artifice et de beauté, ne mériteroit pas d'être éclairci aveê tant de soin, s'iln'étoit lié au fil d'une histoire qui est capable de l'anoblir. 11 se passa quelques semai*

nés, pendant lesquelles on eutTart d'en imposer au comte; et, quoique ses sentiments fussent bien éloignés de l'ardeur qu'ils avoient eue dans leur origine, il avoit repris de bonne fol du goût et de l'attachement pour cette indigne maîtresse. Mais un jour qu'il l'avoit quittée après avoir passé la nuit avec elle, il fut averti qu'elle étoit partie aussitôt en habit de campagne; et ceux qui l'avoient observée assurèrent le comte qu'elle avoit joint à la sortie de Londres, le duc de Clarence, avec qui elle avoit continué sa route. Le duc avoit, à peu de distance de la ville, une maison de campagne , où il ne paroissoit pas douteux qu'elle ne fût allée se renfermer avec lui. C'étoit déjà se rendre criminelle aux yeux du comte que de violer si tôt ses engagements; cependant, comme le hazard avoit pu causer cette rencontre , il attendit son retour pour s'expliquer avec elle, et Teoipressement qu'il en eut le porta vers le soir à se rendre che2 elle assez tôt pour l'attendre. Elle arriva seule à-la-vérité. Le comte, qui vouloit l'observer de ses propres yeux, avoit défendu qu'on l'avertit de sa visite, et s'étoit placé dans un lieu où ses moindres actions ne pouvoient lui échapper. Après les mouvements ordinaires de son sexe, il lui vit tirer de sa poche quelques papiers qu'elle lut avec attention, et qu'elle serra ensuite dans le lieu le plus secret de son appartement. Il attendit

qu'elle eut fini pour se présenter à elle. L^air de saiislaction et de siooérité qu'elle sut pï^odre aii^ roit encore trompé le comte, si elle se fut défiée assfez heureusement, d'avoir été ob^rvée à soil départ, pour se faire' un 'méf^ite d^ lui confeàs^r volontairement qu'elle avoit vu le dCic dé Cla^ rence. Maîa^da trouvant en défense sur'l'emploi qu'elle avoitfaitdu jOury eties lumières qu'il avoii apportées ne lui laissant plus voir que delà dissîr mulatipn et de l'imposture dans ses Caresses autant que dans ses discours, il trouva- le moyen dese «ai«ir, sans la consulter, des papiers qu'elle àvoit cachés avec tant de précaution. Les effîDfts qu'elle fit pour l'arrêter augmentèrent ses soupçons. ' Il s'empara des papiers malgré elle:: c'étoit un tïi^ moire delà nudu du duc deClarénceV claibâ lequel ee prince a voit pris soin de lui marquer par-articl^l sur quoi elle devoitsonderle comte /et par quefc moyens elle pou voit approfondir ses secret)»; tïni trahison si noire porta tout-d'un-cotfp sa ' funeui' au comble. Il ne s'arrêta point à chercher si elle étoit concertée depuis long-temps^ ou si c^éioit l'ouvrage du même jour. Il étrangla' sur-le-cbadi]^ cette perfide , eo lui serrant la gorge du mouclibir qu'elle, portoit autour du cou. , . «i :

Cette catastrophe fut ensevelie si facilemettt^ que le duc même n'en eut point d^autre certitude que les soupçons de ^quelques domestiques , à qui

PrcTOft. Tom9 XIK. a4

S70 HISTOIRK

il resta de justes défiances d'ane mort qu'on fit passer pour un accident naturel. Mais c'en ëtoit aéâez pour ne lui laisser aucun doute que le comte n'eût découTert son intrigue. Dès ce moment^ il le regarda plus que jamais comme un ennemi y ddnt le ressentiment n'atténdoit que l'occasion d'éclater; et, se jetant tout entier du côté de son ft*ère , il ne s'occupa que des intelligences secrettes q[u'il entretenoit depuis long-temps avec lui.

Ce roi fugitif a voit tiré peu de fruits jusqu'alors des mouvements qu'il s'étoit donnés pour rétablir fil fortune. Il trainoit un vain titre dans les états du due de Bourgogne, à qui ses propres embarras fie permettoient guère de se rendre utile k cent d'autrui , et qui ne voyoit point, d'ailleurs, du bolé de l'Angleterre assez de solidité dans les es^ |>4rânces de son beau-frère , pour se déclarer ou^ i^ertement contre ceux qui Favoient supplanté. J^lnUippe de Commines assure qu'à la première fiouvelle que le duc avoit reçue de l'arrivée d'£^ douârd en HoUande, il n'avoit pu dissimuler qu'il auroit appris plus volontiers celle de sa mort. L'in^ ^lination de la maison de Bourgogne étoit pour •fselle de Lancastre, dont le duc descendoit par sa nière,etl'alliancequ'ilavoitpriseavdocelled'Yorck par son mariage avec la sœur d'£doiiardy étoit une de ces liaisons politiques, qui ne changent rien au jpençbant naturel divsan^» Cepdndant^il «n'avoit po

reliiser un accueil honnête àson beau*(rèré) lorsque ce prince^ étonné de salenteur à lui répondre^ avdit pris le fiiarti de te venir trouver au milieu de sa cour*. La duchesse de Bourgogne, sœur d'Edouard, né manqua point d'employer, en faveur de son frères tout le pouvoir qu'elle avdlt sur lé cœur de boa mari. Ils lui représentèrent ensemble mille raisons d'honneur et d'intérêt, dont on trouve Uti long détail dans les historiens. Mais, quand ilyailùroil été plus sensible , la nécessité de se défendre contré la France , et la crainte de s'attirer sur les bras I9 confite de Warwick avec Louis XI étoient des ob^ jections si puissantes, qu'il crut ses refus bien jùs-^ tifiés. Sans leur ôter tout espoir pour l'avenir, il se retrancha Sur son actuelle impuissance^ et l4 malheureux Edouard eut encore la mortificattOB de lui voir garder à ses yeux' des ménagements exlrémest avec la cour de Londres. C'étoit v^rs ce tefbpS-là que le comte de Warwick avoit fait passer quatre mUle hommes ii Calais. Le doc ^ «larme de ce mouvement, nq douta point que c^i^ lie fût pour se joindre aux François, ou pour Iba favoriser par quelque diversions U envoya Ph^ lippe de Cbmmines à Yauclerc, avec ordre delttî mai^uer l'étonnement où il éloil def voir l'Angle^ terre déclarée contre lui, lorsqu'il ne. pensoitqU'& vivre en bonne inteUigence ^vèb elle; et, s^étimv iré par lé réponse qi» Tà»derc; fit -à Co«k'-H

tj± HISTOIKÈ

mines , il affecta dans la suite de marquer encore moins d'attention pour Edouard. Dès les premières nouvelles qu'il a voit eues de la révolution , il s'étoit hâté de dépêcher le même Conimînes à Calais ^ pour, y faire confirmer la trêve marchande entré cette ville et les. Pays-Bas. Vauclerc rendu enfin à son. penchant pour le comte de Warwick, dont il avoit toujours soutenu sccrettement les intérêts, jétoit occupé alors à signaler sa joie par des fêtes. Comminès bous apprend lui-même qu'ayant ainsi trouvé le gouvernement , la garnison et les bourgeois ouvertement déclarés pour Henri, il n'avoit point vu. d'autre moyen pour sortir heureusement de sa négociation, que de faire entendre aux habitants de Calais que la trêve ayant été moins faite avec Edouard qu'avec la nation angloise , le changement de roi.n'éxoit pas <^une raison pour la rompre V C'é toit déjà marquer fort clairement que son maître prenott peu de part à la révolution. ' Le comte de: Warwick.étoit trop fidèlement servi par y^a^iclere!^ pour ignorer ce qui se passoit à là cour du duo* «de Bourgogne. JNe voyant rien k redouter autdehors , il s'attacha de plus en plus h mériter la confiance do la reine , par l'usage qu'il faisoit de l'autdrixié ddnt il jouissoit presque seul. S'il paroissoit gouverner, avec un pouyoir absolu^ c'était, dans une intelligence si par&ite avec elle , que^ àfentreprenant Hem w^s sa partiôipiition , ^le

DE MÀHGXTKRITB.D^ANJOU. 575

lui trouvoit aatant de respect et d^obéissance qu'il s'en faisoit readre par toute la nation.- Ce fut «par son conseil que, pendant à remplir tes promesses qu'elle avoit faites à la reine Elisabeth ,v elieilui fit offrir , ou la liberté de passer en Flandre pour y rejoindre son mari, oucelle'deparoître à la cour, à la seule condition d'abandonner le nom dereine^ pour y porterie simple titre de duchesse d'Yorck, Elisabeth n'avoit pas eu besoin de sa chute pour sentir que le bonheur n'est pas inséparable de la condition royale. Les froideurs etles duretés même d'Edouard lui avoient appris , dès les premières années de son mariage, ce qu'il en coûte quelquefois à l'ambition pour avoir osé se reyêdr^des apparences de .l'amour. EUe n'éprouYoitplus.la moindre douceur de la part de son mari , par l'ôpi^ nion où il étoit bientôt tombé , qu'elle n?aT0i£ point eu d'autre motif en l'épousant que l'éclat du trône, ou par l'inconstance naturelle de ce( prince qui lui ; faisoit changer continuellement demat"* tresses ) et il .étoit très- peu considéré de ses sujets, lorsqu'ils l'avoient vu négliger son épouse, jusqu'à passer des semaines entières sans la voin Loin de 3e sentir portée à passer en Flandre , ellis. s'étoit crue heureuse qu'Edouard fût parti sans lui faire proposer dé le suivre; et, loin de renoncer malgré elle au titre de reine, elle auroit souhaité de pouvoir reprendre le nom de WoodvriUe , pour

3^ HISTOIKB

teiffOiiYer Itt boaheiir qu'elle aToit perda en chairt g^^antde titre eideconditioD. Sans accepter done Voffire d^éire reçue hooorahleiiieot à la cour, elle •oosentît à porter le nom de duchesse d'Torck ^ et elle se retira dans onemaiaoD de campagne, où la reine prit soin qn^ ne manquât rien à la don-» çeur de sa vie. •

. Une autre attention de Marguerite , fut d^appeler à la cour tout ce qui restoit de princes de la maison de Lancaslre , pour en faire à son fils autant d'amis etde défenseurs, en ne les lui attachant pas moins par ses bienfaits que par l'intérêt commun de leur maison. Les ducs d'Ëxcester et de Som-« merset lui étoient dévoués depuis si long-temps , que tout ce qu'elle fit pour eux devoit portep moins le nom de motif que celui de récompense^ Mais le comte de Pembroock, frère utérin du roi ^ et le jeune Henri de Richemont , neveu du comte, furent traités avec la distinction qui conveuoit à leur naissance. La plupart des historiens rappor-* tent que le jeuneRiohemont , qu'on avoit fait venîp des montagnes du pays de Galles , où il s'étoit tenu caché sous le règne d'Edouard , se présenta de si bonne grâce au roi , qu'il frappa ce prince par la noblesse de sa contenance et de sa physionomie. Henri ne se lassoit point d'admirer qu'un jeune homme qui n'avoit jamais paru à la cour, eût ao^ quis;tant d'avantages extérieurs dafms le pays ba^

DE MARQ^UBlilTE P'aNJOU. $jS

bared'oùilsortoit, ou qu'iln'enfût redevable qn^à la nature. Eniin, après l'avoir regardé loog-tempa^ il ^e seatit enflammé d'uae ardeur extraordinaire } et levant les yeux eu ciel , d'où il croyoit recevoir l'inspiratioa qui l'agltoit, il prédit que ce jeune princQ monteroit un jour $nr le trône , et qu'il termineront la querelle des deux maisons.

La diiBculté ne regarde point révénemem ^ puisque personne n'ignore qua les maisons d^ Lancastre et d'Yorck furent heureusement réunies vingt-*six ans après , par le mariage du comte de Richemont, alors en possession du trône, avec la princesse Elisabeth , fille aînée d'Edouard lY* Mais cette prophétie a-t<^elle plus de poids que celle que j'ai déjà rapportée ? fille est digne ^ sans doute, de l'idée que divers historiens nou9 ont voulu donner de la sainteté de Henri YI ; car le comte de Bichemont étant le plus* éloigné de tous ceux qui pouvoieut avoir quelque prétention a la coMronne, et ne descendant même de la maison de Lancastre que par uo bâtard , que des circonstapces favorables avoient fait légitimer^ i| n'y aToit que la lumière du ciel qui pût &ire pénétrer à quelle élévation ^ il. étoit destiné*. Mais il se trouve malheureusement que ce fait célèbre n'a été cQunuqiie sous le règne de Henri YU^ et dans le temps qu'on soUicitoit à &ome la canonisation de Henri YL La difficulté que le

376 HI5TOIBE

pape fît dV consentir ^ parce qu'il ne voyoit rien dans la vie de ce prince qni fiitd'un ordre supérieor âlanature , inspira, sans doute, à ses partisans la pensée d'en faire un prophète j et leur dessein ne laissa pas de manquer , parce qu'ils manquèrent eux-méraes de preuves. On n'ep a pas moios adopté ce fait dans toutes les histoires; mais s'il falloit choisir entre Marguerite et Henri , pour leur attribuer à l'un ou à l'autre l'art de pénétrer dans l'avenir, je m'iroagine que ce qu'on a lu jusqu'ici ne laisseroit d'incertitude à personne. Cependant, enreconnoissant dans -la reine autant de prudence que de fermeté et de courage , on ne peut l'excuser de s'être trop livrée à un fri* Tole ressentiment, dont sa chaleur ne lui permit fidnl assez d'envisager les suites. La duchesse ï'^xcester , sœur d'Edouard , avoit mérité par sa <iMMlwie« non -seulement l'indifférence de son fUjMTt^ pour lequel elle avoit toujours manqué de 9MMKfe»ion^ mais l'aversion même de Mai^uerite , À«i;!l «^ 9 voit parlé avec mépris, et qu'elle s'étoit jjfen^n'H, idtâ noircir par diverses accusations. Il ,^»>ih^rit ^Vn faisant tant de sacrifices à la politi* ^4^^^^ ^Mtivi^nWdevoit pas excepter de û légères càt>»i^r»i, tt quêtant assez vengée par l'humiliation s.^jk^i«^ ^iMMHBfiie, il suffisdit de lui laisser le regret ^Ni I^ v^M^usîMi pour châtiinent. Cependant, soit >4A^Q4|^iite MMce plus piquée de l'orgueil de la

DE MARGXTERITB B'ANJOU. \ 5jfJ

duchesse , qui affecta de se retirer dan» ses terres ^ pour éviter de lui -faire sa cour^ soit qu'elle ne pensât qu'à favoriser le duc^ elle voulut que dans la restitution de ses biens, qu'il se fit confirmer par un' acte: du parlement, '^^^J ^^^ aucune réserve en faveur delà duchesse, pour la mettre apparemment dans la nécessité d'avoir recours à elle ou à son mari. En effet, se trouvant dépouillée, aveo beaucoup de rigueur, des grandes richesses qu'elle avoit possédées dans l'absence du duc, elle sévit forcée, non-seulement de réformer son train, mais de quitter même la terre où elle s'étoit retirée , et qui cessoit • de lui appartenir. Cependant ^ l'opiniâtreté de sa haine lui fit préférer l'indigence aux supplications auxquelles on vouloitla réduire. Elle se rendit à Londres , oi\ elle aima mieux devoir son entretien a quelques riches partisans d'Edouard , que d'avoir la moindre obligation à la reine ou à son mari.

Quoique le ressentiment de Marguerite fât^Je*meure dans ces bornes, il l'empêcha de faire atten-* tion à ce qu'elle pouvoit craindre de celui de la 'duchesse. Londres avoit toujours été affectionnée k la maison d'Yorck; et suivant la remarque 'de Commines, qui étoit dans une situation' à n'étrê pas mal informé des affaires d'Angleterre , Edouard avoit augmenté le penchant que cette ville avmt pour sa maison , par le bonheur qu'il avoit éu4'y

978 HISTOIBS

pieitre toutes lea femmes dans ses intérêts. On ne dîl point comment il avoit pu s'acquérir tant de faveur par cette voie ^ sans offenser les maris ; mais tous les historiens de leur nation s^aocordant là*« dessus avec Commines , parlent de ses intrigues avec les femmes de Londres , comme du plus puis^ sant secours auquel il fut redevable de tous ses avantages. Quoique son goût pour les plaisirs con-« sistât dans la variété ^ il avoit un art admirable pour écarter les fâcheux effets de la jalousie , entre les ien^mes auxquelles il avoit marqué de l'attache-^ ment. C'étoit de ne pas se relâcher dans les soins qu'il continuoit de leur rendre. Il les traitoit aveo autant de considération , lorsqu'il avoit cessé de les aimer ^ que dans la plus forte ardeur de sa passion. Il passoit soo/vent des jours entiers dans la ville, à visiter successivement toutes celles dont il avoit eu les faveurs; et^ sans leur en demander de nouvelles , il ne paroissoit pas moins animé du désir de leur plaire. Cette conduite servoitâ satisfaire aussi les maris , parce que n^ayant â-la-fois qu'un attach ement réel , it étoit difficile de deviner où il étoit fixé y et que chacun se persuadoit que le mal étoit che» son voisin* U y avoit peu de femmes aimables a Londres avec lê»quelles il n^eûl entretenu quelque commerce^ et quHl n'eut misef ainsi par la constance de ses soins dans la disposi-^ tion de le servir. La duchesse d'Ëxtsester n'affectf

pà» iDoius de se rendre populaire ; et réveillant l'inoUnatioD qu'on a voit pour lui » elle contribua plu» au suceèa de ses entreprises par une voie si propre a son sex.e 9 que le duc de Clarenoe par les ressorts d'une plus haute politique.

Il ne se relàchoit pas, néaninoins, dans des vues auiLquelles il s'étoit livré tout entier. Tandis que la reine St'applaudissoit de la tranquillité qu'elle voy oit régner autour d'elle , et qu'elle comm ençoit peut'étre à -la croire bien affermie, sa cour se remplissoit de partisans secrets d'Edouard , qui observoient tout ce qui poiivoit favoriser leurs desseins^ et qui concertoient régulièrement avee le duc. 9 les fruits qu'ils avoient à tirer de leurs observations; Le comte d'Oxford en soupçonna plusieurs. Il fit naitre les méme^ soupçons au comte de Warwicky et le conseil qui n'étoit composé que de gens d'une fidélité éprouvée, pencbaplu-* sieurs fois à faire arrêter le duc deClarence, Bifaia la reine, trop attachée aux maximes de bonté et de douceur qu'elle se glorifioit de devoir à ses infor* tunes passées , rejeta une proposition qui lui parut trop violente Comme elle u'avoit jamais conçu quels avoient été les motifs du duc en la servant ^ elle se promit, sans le comprendre mieux, queses caresses et sesbienfaits conûnueroient dé l'fittacher à son service. Si elle ne lui donna point plus de part aju gouvernement , elle redoubla les marques

58o HlSTOIltB • *

de sa confiance dans; toutes les: occasions où eDe pouvoît Feitiployer saûsr témérité , et elle fit tron- Yer bon ati oomte-^de Warmck qne sa faveur fôt partagée entre eux presqu^égajementj Qu'aveitelle à redouter? ËUe continuoit d'être assurée^ par désinformations certaines, que le duc deBourgogne traitoit toujours Edouard avec la même froideur^ La France et PAnjgleterre n'aboient jamais été en meilleure intelligence. Rien tie la menaçant au** dehors, elle se voyoit encore moins^de sujets dV^rmesdans ses états. Montaigu ^ frère du comte deWarwick, tenoit le Nord del' Angleterre dans la soumission. Lescomtes dePembrobck et d^Oxford n^avoient par moins d^autorité au Sud et à-FOecident du royaume. C'étoit Warvnck même qui Vétoît rendu le garant de la prOTÎnce de Kent ; 61 Yauclerc ,' toujours fidèle dans son gouverne^ meut de Calais , le tenoit en bride par une escadre qu^l eutretenoit à ses propres* frai»^ et* qui étoit molitée des meittaures troupes et delà meiUeure artillerie del-Ëuvope.Le conseilâvoitd'ailleursitne multitude d'espionsàla cour deîFlandre, et dàtis laprovince deHoUande, oùFonsavoitqu^Ëdouard étoit retourné chez le seîgûeur de Grootbuyse. Ji^ourquoi Marguerite se seroit-^lle défiée des ap-^ iparences , lorsque tout sembloitconspirer à la rendre heureuse ,^ et qu'elle commençoit^ comme elle ledisoit elle-^nême y à coûter, après vingt-six lansî

de règne ) les douceurs du Bouveraio pouvoir dans une administratîon tranquille* ' ■ ^ .

* Ce fut dans le sein même de ce repos et de cette sécurité , qu'ielle reçut l'effrayante nouvelle du débarquement d'Edouard à Ravenspurg^EUe étott avec toute sa cour,- loi^sqù'elle. reçut le courrier deMontaigu. Le duc.de Clarence s^ytrouvoit aussi, avec tous les dehors de la sincérité etde l'attachement. Elle Ic'prit à l'écart, sans autre témoin que le comte de Warwick. Là , dans le premier mouvement* d'une indignation qni ne lui permit point de ménager ses termes, eUe lui reprocha des trahisons sur lesquelles sa bonté lui 'avoit fait fermer trop long-^temps les yeux; et lui présentant F^cha<^ faud j qui Pattendoit au même moment , elle lui demanda le: détail d'une entreprise dont elle lui fit lire le plan dans les lettres qu'elle vehoit <le recevoir. Montaigu lui.marqùoit en peu de mblis^ qi)'£douard n'ayant avec lui que deux: mille bbin^ piejs , il ne falloit pas douterqu'il ne comptât d'être secondé par s^s partisans, et ill'exhortôit partîcdlièrement à se défier du duc de Clarence. - >

' Il s'en fallut peu que le comte de Warwickr, échauffé par le trouble de la reine, par la' lettre de son frèi*e , et parsesanciéns ressentiments^ ô\^ teignît sur-liS'-champ .son transport dansrlia'fsan^ d^up perfide. Mais retenu parle respect' quHldevôit h sa maîtresse, il tomba bièniôt ,dani uhe»taitre

SSû filSTOIRB

espèce d'agUalion , lorsqu'il eut entendu la .ré« pense du duc. Loin de se reconnoiife coupable^ le duc de Clarence se plaignit de Toutrage que la reine lui faisoit par ses soupçons; Il protesta^ non-» seulement qu'il ignoroit l'arrivée et les desseins de son frère , mais qu'il étoit prêt à verser tout son ^ang pour l'arrêter ; et prévenant toutes les^objec*tions par des ofires qui ne pouvoient laisser la /moindre défiance , il proposa à la reine de commencer par se défaire de son neveu, autant pour jdSrayer Edouard par cette rigueur , que pour lui âter une partie de se$ motifs , dans les vues qu'il tvoit pour un fils unique, k qui il vouloit assurer sa succession. Cette proposition causa de l'horreur à Marguerite ; mais ne faisant point réflexion qu'à la croire même sincère ^ elle pouvoit n^être qu'un nouvel artifice du duc , qui ne pensôit peut-^êtré qu'à raccourcir par la mort de son neveu, Vimer-*valle qu'il y avoit entre le trône et lui , elle nd demanda point d'autre preuve de son innocence^ et elle fut la première à prendre parti pour lui contre toutes les objections du comte de War^ -wick. Le reste de cet entretien ne servit qu^à la confirmer dans les mêmes sentiments. Elle poussa même la confiance jusqu'à charger le dUc de lever promptement des troupes dans les proviûceé où son crédit étoit le mieux établi ; et pressant k ^omte de Warwick de s'occuper d'un autre côté

DE MARGUERITE d'anJOIT. 585

611 même soin , elle ne douta polnl qu'il ne lui fût facile de repousser les entreprises d'Edouard avant qu'il eût le temps de grossir son armée, et de faire de grpnds progrès. Je me seroîs peut-être efforcé de déguiser cette imprudence , si je n'y trouvois la preuve d'une bonté admirable de caractère; qualité que toua les historiens n'accordent point unanimement à Marguerite, etquiparott ici dans un éclat que rien n'est capable d'obscurcir.

Edouard étoit arrivé effectivement àRavenspurg^ le même lieu où Henri IV avoit fait sa descente , lorsqu'il étoit venu ravir la couronne à Richard IL Un événement si imprévu confondoit la politique 4e la reine et du comte de Warvrick. Il n'y avoit point de reproche a faire à leur prudence y puisqu'ils n'avoient pu s'y attendre, ni le prévenir. Le duc de Bourgogne , avec cette dissimulation que LouisXI avoit mise comme à la mode dans toutes les cours deTËurope, ne s'étoit pas lassé en apparence de résister aux sollicitations d'Edouard , et l'avoit même prié de se retirer à La Haie , pour sef délivrer de la nécessité de le mortifier sans cesse" par de nouveaux refus. Mais dans le temps qu'il paroissoit l'avoir oublié , il consentit à lui faire guiper ài Yere , en Zélande , sous le nom de quelques particuliers qui étoient attachés au com-^ merce, quatre vaisseaux sur lesquels on transporta secrettement, au-lieu de marchandises,. une pro--

584 HISTOIEJB

digîeuse quantité d'armes et d'autres munitioM/ D'uD autre coté, le seigneur de Groothuyse^ chargé^ des ordres de son maître, emprunta douze vâisseanii de ceS' mêmes Esterlings, qui avoient causé tant d'inquiétude à Edouard, lorsqu'il étoit arrivé en Hollande» Le service qu'il leur demanda pour ce prince , fut de l'escorter jusqu'à la côte d'Angleterre, et de se tenir prêts pendant quinze jours à le recevoir , si la fortune ne favorisoitpas son en** treprise. Une grosse somme d'argent , qui lui fut comptée avec le même secret, acheva de lui pro«« curer tous les secours qu'il jugea nécessaires. Cesi préparatifs se firent avec si peu d'affectation , que tous les espions d'Angleterre y furent trompés; et, pour ne laisser rien manquer à cette comédie, Edouard ne fut pas plus tôt en mer que le duc fit publier, sous peine de mort, une défense à tous ses sujets, de l'assister de leurs armes, ni de leur argent. Que ce fût sa propre inclination, ou -les instances de la duchesse son épouse, qui l'eussent porté à cet artifice , il y a beaucoup d'appaï?en ce que siles événements eussent pris un autre cours ,* le comte de Warwick ne l'auroit pas' laissé impuni. ' : • . [ Cepeqdànt Edouard ne .tnouva point dans les habitants de Ravenspurg le penchant et le zèle qu'il leur avoit supposés pour ses intérêts. Les uns iaiisoient profession d'être attachés â.Ja nmisoa de

DE MARaUERITJE d'aNJOU. 38Ô

Lancastré. Les autres furent refroidis par le petit nombre de ses troupes. Personne n'-entreprënaht de se déclarer pour lui ^ il se contenta , pendant quelques jours , de tenir ses deux mille horainës sous les armes ) pour contenir du-moins ceux dont il appréhendoit l'opposition , et dans l'espérance que ses partisans se rassembleroient des autres parties de la province. Enfin , n'espérant aucun fruit de ce délai, il prit , parle conseil du lord Hastings ^ une résolution fort opposée , en apparence , au dessein de son voyage. Ce fut d'àban^ donner le nom de roi, pour prendre celui de duc d'YoroJt; et de faire courir le bruit qu'il ne venoit qu'en qualité d'aîné de sa maison ^ pour réclamer les biens qu'on lui avoit confisqués. Outre l'exemple de son épouse, il avoit celui de -Henri IV, qui avoit employé autrefois le même stratagème. Mais s'il n'avoit aucun droit à la couronne, comme il sembloit le reconnoître , il s'étoit rendu criminel en l'usurpant, et la confiscation de son patrimoine étoit un châtiment dont il ne pouvoit se plaindre.

, Il s'avança vers Yorck, en affectant dé donner i Henri le nom de roi, et de ne s'attribuer que celui de duc. Deux magistrats de cette ville allèrent au-devant de lui , et le prièrent, au nom des habitants , de prendre un* autre chemin. Il leur répondit que son intention n'étoit point de dispu*

Prévost. Tome XIV. 25

ter lacouronne aaroi, depuis que la nation l'avoit reconnu pour son souverain , et que s'il étoit accompagne de quelques troupes , c'étoit uniquement pour se mettre à couvert de la haine de ses ennemis ; mais qu'étant venu dans l'espérance d'obtenir la restitution de ses biens , et dans le dessein de se soumettre au gouvernement , il se flattoit que les habitants d'Yorck lui rePuseroient d'autant moins l'entrée de leur ville , que le titre qu'il portoit, les terres qu'il avoit dans leur province , et les bienfaits qu'ils avoient reçus de sa maison y dévoient le faire regarder d'eux comme un compatriote. Cette réponse n'en imposa point aux magistrats. Ils avoient été placés de la main du comte de Warwick , et leur fidélité ne pouvoit être ébranlée facilement. Mais par un mauvais usage y qui s'étoit établi depuis long-temps en Angleterre , il y avpit dans les grandes villes des quartiers de franchise , qui passoient pour un asile si inviolable, que l'autorité même du roi n'en auroit pas fait arracher un criminel. Yorck avoit plusieurs de ces retraites , où il s'étoit rassemblé un grand nombre d'anciens partisans d'Edouard y que la crainte y avoit retenus depuis sa fuite. On y comptoit plus de trois cents gentilshommes , sans parler de ceux qui étoient moins distingués par Jeur naissance. Cette troupe audacieuse, avec laquelle on ne peut douter qu'Edouard ne fût

DE MARGUERITE D'ANJOtT. '587

d'Intelligence , causa tant de mouvement dans la ville , pendant l'absence des deux députés , que lé reste des magistrats se vit forcé , avant leur r^*tour ,- de faire assurer Edouard , qu'on étoit dis-? posé à lui ouvrir les portes, sous la seule condition qu'il n'exigeroit rien de contraire à l'obéissance qu'on devoit au roi, ^t qu'il sauveroit la ville du pillage. Il consentit àltout ce qu'on lui proposa.

En effet , soutenant son artifice , il alla descendre à l'église cathédrale, où il confirma ses promesses par un serment solemnel. Toute sa conduite fut celle d'un sujet qui cherchoit à rentrer dans la soumission j et ne parlant que de ses biens, dont il lui tardoit de se revoir en possession , il conti*^ nuoit de protester qu'il alloit rendre le parlement juge de sa cause. Son armée commençoit, néaii^ moins, à grossir, par là jonction de ceux qui l'avoient si bien servi. Mais il ii'abusa point des transports de zèle qui les rendoient capables de tout entreprendre dans cette première chaleur. Il se contenta d'emprunter de la ville une somme d'argent. Et lorsqu'il prit la route de Londres avec ses troupes , il remercia les habitants de leurs civilités^, comme d'une faveur qu'il ne devoit qu'à leur affection.

Jusqu'alors Montaigu, qui étoit àPontfract, n'avoit pensé qu'à rassembler les troupes qui

588 HISTOIRB

ëtoieht dispersées dans la province. Ceux qui oixi paru surpris de la molesse qu'il sembla marquer dans une occasion dé cette importance , ont ignoré <]ue y par le premier courrier qu'il avoit dépêché à là reine • il avôit reçu ordre de ne rien hazarder témérairement. Le comte de Warwick avoit appris, par une expéjience constante , que dans les démêlés des deuK maisons royales , pour l'héritage de la couronne , la moitié du royaume , c'est-à-dire celle qui étoit sans intérêt dans cette querelle, attendoit, pour prendre parti, que le sort des armes eût commencé à se déclarer par quelque avantage. Les parlements même n'avoient jamais smvi d'autre règle. Une légère rencontre, qui eût tourné à l'honneur d'Edouard, auroit servi tout-d'uh-coup à lui former une armée nombreuse. Elle auroit accru l'audace de ses partisans. Ainsi , les plus grandes révolutions avoient toujours dépendu des premiers coups de l'emportement ou du hazard. Mais comme les provinces étôient trop bien gardées pour laisser craindre au comte qu'on y pût faire des levées au nom d'Edouard , et que l'aventure même d'Yorck devoit augmenter sa confiance, par la difficulté que ce prince avoit eue à se faire écouter dans l'endroit du royaume où. l'on étoit le mieux disposé pour sa maison , il étoit persuadé que la meilleure voie pour étouffer tous ses desseins ddu&

DÉ MARGUERITE d'aNJOU. 689

lenr naissance , éioit de ramasser prômpteraent toutes ks forces du foi, et de Fenvelopper avec tant de soin , qu'on pût le tailler en pièces avec tous ses gens. Il avoit marqué pour quartier d'assemblée au duc de Clarence et à son frère , Coventry , d'oùil étoit facile de tourner vers quelque lieu qu'Edouard pût choisir pour centre de ses entreprises. Le duc de Clarence avoit déjà levé^ douze mille hommes^ avec lesquels il sembloit^ résolu effectivement de joindre le comte. Mais les perfides intentions qu'il nourrissoit depuis si long-temps, étoient à la veille d'éclater, et le comte devoit bientôt reconnoître, qu'en fait d'intérêts politiques y la confiance, sur des fondements obscurs et douteux , est toujours un aveuglement inexcusable.

Cependant le duc couvrit sa trahison par quelques restes de ménagements, qui n'étoient, au fond , qu'un surcroît de perfidie. S'élant avancé jusqu'à douze milles de Coventry , il feignit beaucoup d'étonnement à la nouvelle qu'il reçut de Papproche de son frère. Edouard s'étoit approché effectivement par une marche fort prompte, et cette seule hardiesse , avec le petit nombre de> troupes qui le suivoient, éloit une preuve qu'il faisoit fond sur d'autres secours. Le duc de Clarence parut douter si la prudence lui permettoit d'avancer plus loin^ au risque de rencontrer

SgO HISTOIRE

l'ennemi , dont il ignoroil les forces. Ayant pris ce prétexte pour se retrancher dans le même lieu y il y passa , non-seulement toute la nuit , mais une partie du jour suivant. Son chagrin paroissoit être de n'apprendre aucune nouvelle du comte d^ Warwick, quoiqu'il en eût reçu vingt courriers sur la route, qui l'avoient pressé impatiemn>ent de doubler sa marche. Enfin , vers le milieu de Faprès-midi y sa garde avancée le fit avertir qu'on voyoit paroitre un gros de cavalerie, dont le nombre étoit moins à redouter que l'intrépidité. Cette troupe , quelle qu'elle pût être , marchoit sans ménagement, et n'avoit même détaché personne pour observer la situation du camp. Il affecta toutes les précautions de la guerre ; et se préparant à bien recevoir ceux qui venoient l'attaquer , il prit son poste à la tête du camp , avec une exhortation à ses gens de se souvenir de leur devoir. Lorsque sa surprise paroissoit augmenter, de voir Tennemi à cent pas, sans la moindre marque d'hostilité, un cavalier, qui se détacha pour accourir vers lui , se fit reconnoitre pour le duc de Glocester son frère ^ et, ne marquant d'empressement que pour l'embrasser, vint se jeter à son cou sans précaution. Il parut balancer ^ un moment sur l'accueil qu'il lui devoit, et se déterminant, enfin , à lui rendre ses caresses, il lui demanda quelles ppuvoient être ses vues dans une

DE MARGUERITE B'aNJOU. SgX

«i étrange visite. Le duc de Glocesier redoubla les marques de. sa tendresse. U l'assura qu'il n'avoit point d'autre motif que l'amitié fraternelle ; et le seul témoignage qu'il lui demanda de la sienne,, fut un moment d'entretien dans sa tente. Ce fut encore avec quelques affectations de chagrin que le duc de Clarence y consentit. Il y mit pour condition j que ses principaux officiers seroient témoins de leurs discours.

Cette conférence roula sur le sujet auquel on devoit s'attendre. Les représentations et les instances du duc de Glocester furent reçues d'abord 'avec beaucoup de froideur. Ensuite , comme si l'on eût été frappé de la force de ses raisons, on se défendit par le motif de l'honneur et par la fidélité qu'on devoit à ses engagements. On en prit pour juges les officiers dont on avoit souhaité la présence : ce fut alors vers eux que le duc de Glocester tourna ses sollicitations. Il y joignit les offires et les promesses : il les gagna. Ou plutôt, ne doutant point de la disposition de leur chef, ils cherchèrent à se faire un mérite auprès de lui, de la facilité qu'ils eurent à suivre ses intentions. L'ordre qu'ils reçurent de les proposer aux troupes, fut exécuté avec le même succès. En moiqs d'une heure , le duc de Glocester fit lever le camp ; et volontairement suivi de douze mille hommes

3g2 HISTOIRIS

qu'il venoit de vaincre à si peu de frais , il retoumJi ver» Edouard avec une si belle proie.

Le comte de Warwick n'apprit cette honteuse défection qu'avec des transports de fureur. Il ne pouvoit se pardonner de s'être aveuglé avec une imprudence qui ne convenoit ni à ses lumières, ni à son courage; et ce qui redoubloit sa douleur et sa confusion, c'est que Montaigu ne pouvaift le joindre de plusieurs jours, il se trouvoit ei^posé avec huit mille hommes, qui étoient les seules troupes que le temps lui eût permis de rassembler, à l'attaque d'une armée beaucoup plus nombreuse que la sienne. Poiir combler l'amertume de son cœur, le duc de Clarence lui envoya faire le lendemain des excuses de la nécessité où il s'étoit vu d'entrer dans les intérêts de son frère ; et , joignant l'insulte à la perfidie, il lui fît offrir son crédit auprès d'Edouard, s'il vouloit entrer dans quelque accommodement, ou proposer lui-même des con- . ditions qui pussent être acceptées. Cette offre fut rejetée du comte avec les marques du plus grand mépris. Mais elle étoit aussi peu sincère que tout ce que j'ai rapporté de la conduite du duc. Edouard, quoique supérieur en nombre, étoit fort éloigné ' de risquer en un moment toutes ses espérances, contre un homme dont il connoissoit la valeur partant d'expériences. D ne pensoit qu'à le tenir

BE MARGUERITE d'aNJOU. SgS

en alarme pour se dérober à lui, pendant que l'attente continuelle où il étoit de se voir attaquer, lui faî soit réunir tous ses soins à se retrancher et à se défendre. Dès la nuit suivante, il reprit vers Londres par un assez long détour ; et les précau- ,'tions qu'il observa pour cacher sa marche, lui réussirent avec tatit de bonheur , que le comte n'en fut informé que le jour d'après.

Mais il y avoit si peu d'apparence qu'il pût former le dessein de marcher vers la capitale , que , si l'on ne veut pas supposer qu'il étoit sûr d'y être reçu à bras ouverts, il faut regarder son entreprise comme une des plus hautes extravagances qui puissent déshonorer un homme de guerre. Avec la moindre résistance de la part d'une ville si peuplée , il alloit se trouver engagé entre l'armée que la reine et les seigneurs de son parti levoient au ;Sud de l'Angleterre , et celle du comte qui devoit être dans peu de jours infiniment phis forte que la sienne par la jonction du marquis de Montaigu. Ce qui lui avoit réussi après son évasion de Middleham , ne pouvoitle flatter du même espoir dans )des conjonctures si différentes. Il n'a voit point eu •àe'raindre alors un roi établi sur le trône , un peuple accoutumé à la soumission, des troupes prêtes à fondre sur les siennes , enfin toutes les apparences déclarées contre lui 3 et, quand on supposeroit que les artifices du duc de Clarence et de la du^

5g4 HISTOIHB

chesse d^Excester Ini eussent formé un parti considérable dans la ville, il ne devoitpas compter que les préparatifs de ses amis pussent jamais êlre assez prompts pour le mettre à couvert de tous les périls qui le menaçoient.

La reine qui le croyoit encore à Yorck, et qui n'avoit pas douté, en apprenant que celle ville lui avoit ouvert ses portes, qu^il n'employât quelque temps à grossir son armée dans le Nord, étoit sortie de Londres avec le prince de Galles son fils, pour hâter les levées par sa présence dans les provinces méridionales. Elle n'avoit pas laissé Henri sans défense. Outre sa garde ordinaire, le duc de Sommersët avoit déjà rassemblé quelques troupes pour veiller à la sûreté de ce prince, et tous les seigneurs qui n'avoient pas reçu des commissions particulières, étoient demeurés autour de lui. Cependant à-peine Edouard se fnt-il avancé à la vue des murs, qu'il se fit dans la ville un mouvement dont toutes les personnes désintéressées tirèrent un mauvais augure. Ses partisans , qui ne s'attendoient peut-être pas eux-mêmes à le voir si tôt arriver, répandirent le bruit qu'il avoit défait le comte de Warwick et Montaigu ; et qu'avec des troupes victorieuses dont ils exagéroient beaucoup le nombre, il alloit exercer sa vengeance sur tous ceux qui ne la préviendroient point par une [irompte soumission. Celle nou-

DE MARGUERITE d'ANJOU. SgS

Telle , qui n'éloit pas sans vraisembjance , jeta répouvante dans tous les quartiers de Londres. Ceux qui lui étoient attachés par leurs engagements ou par leur inclination , levèrent la tête avec éclat, pour se faire un mérite de leur zèle. Les autres, consternés et tremblants , n'osoient ouvrir la bouche, dans la crainte de se perdre par la seule déclaration de leurs sentiments. En vain le duc de Sommerset et les autres seigneurs s'adressèrent-ils aux magistrats pour arrêter le désordre par leur autorité. Le peuple couroit aux portes de la ville; et d'aussi loin qu'il apercevoit l'armée d'Edouard , ill'invitoit à s'approcher par des signes et des acclamations. Dans le même-temps , une* infinité de proscrits, qui s'étoient retirés, depuis la fuite de ce prince, dans l'asile de Westminster, en sortirent armés pour s'aller joindre à lui. Ce fut le dernier signal de la sédition. Ces furieux , courant le long des rues^, cntraînoicnt ceux à qui ils croyoient n'avoir à reprocher que de la lenteur, et tuoient impitoyablement ceux qu'ils soupçonnoient de mauvaise volonté. Les troupes même de Sommerset, la garde du roi et les plus ddèles amis de la maison de Lancastre, abattus par la crainte, et ne voyant aucun moyen de résister au torrent , songèrent moins à se rassembler et à se défendre, qu'à se dérober à la vengeance du vainqueur par la soumission ou par la fuite. £(^ouaf d

Sgft HISTOIRE

entra /3ans Londres comme Henri y serolt entré deux jours auparavant; c'est-à-dire, que , ne pouvant douter de la disposition publique, à-peine se fitril accompagner d'une escorte de cavalerie pour se rendre à l'Hôtel-de-Ville , où il n'eut point d'autre embarras qu'à remercier les habitants de leur affection.

Mais il n'avoit point oublié la plus importante partie de son entreprise, ou plutôt le lord Hastings , qui en avoit jugé le succès certain sur les premières marques de l'inclination du peuple , l'avoit fait souvenir qu'il n'avoit pas un moment à perdre pour s'assurer de la personne de Henri: 'iDeux mille hommes détachés de l'armée sous la conduite de ce seigneur, s'étoient approchés du palais l'épée à la main ; et la garde, qui n'avoit j^as osé soutenir leur attaque , s'étoit aussitôt dissipée; Le duc de Sommerset et l'archevêque d'Yorck , qui revenoient de la ville, où ils avoient employé inutilement leurs efforts pour arrêter le peuple, avoient pris le parti de la fuite à cette vue; çt,'ne pouvant penser que le roi n'eût pas trouvé quelque moyen de s'échapper, ils avoient compté qu'il prendroit la route de Dorcester, où la reine étoit avec le prince. Mais la même insensibilité, qui ^ette. toujours les. historiens dans l'embarras lorsqu'il est question d'expliquer la conduite de Henri, avoit retenu ce malheureux monarque dans son

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appartement, sans marquer la moindre alarme de la fuite de ses gardes et de l'approche de ses ennemis. Il reçut le lord Hastings avec aussi peu d'émotion que sHl fut venu pour lui faire sa cour;: et y paroissant disposé à suivre la loi du vainqueur, il se laissa mener à la Tour sans avoir marqué son chagrip par une seule plainte. Il y fut renfermé dans le même lieu où il avoit passé* sept ans. A la vue de ce lugubre séjour, il demanda à ceux qui le conduisoient , s'ils n'admiroient point les dispositions de la Providence; et il ajouta qu'après ce nouveau revers, ne voyant plus d'apparence au rétablissement de sa fortune, il ne mettoit plus de fiifférence entre sa prison et sou tombeau. On . pourroit compter encore ce discours au rang de ses prédictions : mais la moitié de la vérité lui échappoit; et, s'il prévoyoit que son sort étoit de mourir à la Tour, il ne s'attendoit point, sans doute , à la barbare exécution qui devoit y terminer sa vie.

Cependant le duc de Sommerset, qui n'étoit sorti de Londres qu'avec deux domestiques , suivoit la route du comté de Dorset, pour se joindre à la reine. Mais il rencontra le même jour un corps de quinze mille hommes, qui marchoieat sous la conduite du grand-prieur vers Coventry, où la reine savoit que le comte de Warv\rick avoit pris son quartier d'assemblée. Il se mit à leur tête,

SgS HISTOIRE

après avoir renvoyé le grand-prieur à celte princesse, pour Pexhorter à ne désespérer de rien. Ayant passé la Tamise à Brentfort, il fît une diligence extraordinaire dans sa marche ; et , dès le jour d'après, il joignit le comte à Saint- Albans , où il s'étoit déjà rendu sur l'effrayante nouvelle de la résolution qu'Edouard avoit prise d'aller droit à la capitale. Un renfort si considérable, joint à vingt mille hommes que son frère lui avoit amenés la veille , releva les espérances dû comte ; mais îl ne le consola point de l'affreuse disgrâce , dont le duc de Sommerset lui apprit les circonstances. Il voyoitla capitale perdue, le roi prisonnier, et tout le royaume , pour qui Londres étoit toujours un exemple , prêt à se déclarer pour son ennemi. Dans une extrémité si pressante , il ne lui restoit point d'autre ressource que le gain d'une bataille , et s'il ne s'étoit avancé par une marche si prompte que pour forcer Edouard à combattre avant qu'il eût le temps de séduire les habitants de Londres, son impatience redoubla lorsque sa propre situation le forcoit lui-même de tout mettre au hazard.

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