LIVRE QUATRIÈME
Jli BOU A RB n'attendit point qu'on vînt le défier dans ses murs. Il comprit que tout le temps qu'il laisseroit au comte pour grossir son armée y étoit autant d'avantage qu'il lui accorderoit contre lui; et, satisfait de la sienne , quis'étoit extrêmement fortifiée pendant vingt-quatre heures qu'il avoit passées à Londres, il n'eut pas plus tôt appris que l'en^ nemiavoit paru à Saint-Albans , qu'il partit avec cinquante mille hommes pour lui épargner la moitié du chemin. Ainsi les deux armées se cherchèrent avec une égale ardeur. Edouard, n'osant confier à personne la garde de Henri , l'avoit tiré de la Tour pour le faire conduire sous ses yeux ; et si ce fut un motif de courage pour ses troupes, c'en fut un de fureur pour tous les partisans de la maison de Lancastre. On se rencontra près de Barnet, le i4 d'avril de l'année 1471 , jour terrible , où le ciel avoit marqué la décision d'un si grand différend ! Chacun se traitant de rebelle , on n'espéroit point de quartier , après avoir été iraincu, et tant de difierentes haines^ rassemblées
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entre les deux partis, ne faisoient attendre à personne , ni pitié , ni ménagement.
Comme la relation de cette célèbre journée consiste dans un petit nombre de faits simples et précis 9 il y a peu de différence entre les historiens sur les circonstances. Soit qu'ils n'ayent fait que se copier les uns les autres, soit qu'ils ayent écrit sur des mémoires d'une fidélité égale, ils employent jusqu'aux mêmes termes, et l'on n'est point embarrassé ici par la variété des témoignages. La bataille de Barnet commença au lever de l'aurore, et dura jusqu'à midi. On n'a peut»être jamais vu deux armées combattre avec plus de valeur et d'obstination. Celle du comte de Warwick, quoiqu'inférieure en nombre, commença l'attaque ; et son premier choc fut si impétueux, que le comte se flatta d'abord de la victoire , sur-tout lorsqu'ayant détaché quelques escadrons de sa troisième ligne pour redoubler là première charge , il eut fait perdre tant de terreia aux ennemis , qu'il en vit fuir un grand nombre à toute bride. Mais Edouard , qui entendoit mieux la guerre que le gouvernement, fit avancer aussitôt son corps de réserve, et prenant l'armée du comte en flanc, il la mit à son tour dans un désordre qui changea la face- du combat. Il fut difficile au comte de former assez tôt un détachement pour l'opposer à une attaque si pressante.
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Le comte d^Oxford , qui avbit poussé les troupes ^^Edouard , fit , volte - face pour suppléer à ce défaut 'y mais cette précaution, qui pouvoit servir à réparer le mal 9 en devint un plus grand que celui qu'elle devoit arrêter. Le comte portoit sur ses armes une étoile avec des rayons: ce qui leur donnoit beaucoup de ressemblance avec celles d'Edouard, dont la devise étoit un soleil. Un brouillard qui s'éleva pendant la méjée , n'ayant point permis aux troupes de Warvvick de remarquer cette différence, elles y furent si malheureusement trompées , qu'au-lij&u de recevoir le secours du comte, elles le chargèrent brusquement. La confusion qui suivit de cette méprise , favorisa tellement Edouard , qu'il continua de les pousser avec une nouvelle furie. Elu vain le comte de Warveick, qui s'aperçut d'uoe si fatale erreur, employa-t-il la main et la voix pour faire ouvrir les yeux à ses gens. Les uns , se croyant trahis par leur propre parti , fuyoient vers Edouard ; d'autres, qui voyoient prendre à ceux-ci la fuite ^ s'imaginoient qu'Edouard les attaquoit par derrière, et se précipitoient comme eux dans les armes de leurs ennemis. Enfin Warvvick, entraîné par le désespoir d'une si malheureuse aventure y se jeta dans la mêlée la plus épaisse, aîutant pour arrêter ses soldats aveuglés, que pour les .venger par de^ ruisseaux de sang. 11 étoit à pied , contre
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Tusage qu'il avoit toujours observé dans les combats. Toute sa valeur ne l'empêcha point de suc-« comber au nombre. Il tomba percé de coups. MontaigUy son frère, s'étant jeté après lui pour le dégager , périt presqu'au même moment. Le reste de l'action ne fut plus qu'un carnage ef-* froyable. Edouard, quoiqu'assuré de la victoire ^ après la mort des deux chefs , renouvela l'ordre qu'il avoit dppBié en commençant, de ne faire, grâce à personne. Son espérance étoit qu'il n'é^ chapperoit aucun des généraux ; mais le comte d'Oxford et le duc de Somqierset s'ouvrirent un passage au travers des bataillons les plus épais. Le duc d'Ëxcester , qui les suivoit avec la même valeur, fut atteint d'un coup de lance, qui le fit laisser pour mort sur le champ de bataille. Cependant, après y avoir demeuré jusqu'au coucher du soleil , la fraîcheur de la nuit servit à lui faire rappeler ses esprits , et il fut assez heureux pour se sauver à la faveur des ténèbres.
' Après une victoire si éclatante, Edouard n'eut plus besoin de précautions pour retourner à Lon*dres. Les restes dispersés de ses ennemis n'osèrent se montrer sur sa route. Il fut recuilaDS la capitale avec des acclamations, qui venoient moins de l'imérêt qu'on prenoit a son triomphe, que de la joie qu'on avoit de se voir délivré d'une crainte dont tout le monde éloit également saisi. A quelf
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cbâtnnentsne devoit-on pas s'attendre sileoomte de Warwick étoit revenu vainqueur? Le corps de €e héros infortuné fut exposé pendant d^ux jours •dans Péglise de Saint-Paul. Edouard pensoit moins à vérifier sa mort, dont il ne pouvoit rester d^ douieà personne, qu'à découvrir les dispositions du peuple , dans les témoignages de douleur ou de joie qu'il donneroit à ce spectacle. Mais il eut la mortification de voir les sentiments publics s'exprimer d'une manière fort éloignée d^ soq. attente. Un morne silence , signe extraordinaiiT^ de pitié et d'admiration dans le concours d'une prodigieuse multitude , qui ne s'éloigna point 4^ Saint-Paul pendant ces deux jours, lui fit .com-^ prendre à quel degré d'esûme le comte de W;arr- 'wick étoit dans toute la nation. U en resseotii.uQ chagrin si vif, qu'il abrégea le temps qu'il ^yoit fixé lui-même , et qu'il se hâta de faîte transporter le corps à l'abbaye deBisham , .anciei:)ne sépuUure de la maison du comte.
Henri fut reconduit à la Tour, et le voyage q[u'il avoit fait ne pouvoit passer pour une in^prrruption dans son sort, puisqu'il n'éioit point SPKU de la voiture où on J'avoit fait entrer en quittant sa prison, il demanda des nouvelles de la reine €^t du prince. On eut la dureté d/e lui répondre bms-: quement par l'ordre d'Edouard, qu'il ne fesioii personne de sa inaiaon^ ni de wn p^rû ^ ^ei^ue la
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vie qu'on lui laissoit encore ëloît un bienfait du vainqueur. C'eût été la lui rendre plus insuppor* table que la mort , s'il eût été capable de sentir toute son infortune.
La reine vivoit néanmoins ; mais eUe n'avoitplus d'autre asile que les bras de son fils. Sa douleur^ en apprenant la déroute enliêre de son armée et la mort du comte , avoit été jusqu'à faire craindre qu'elle ne se délivrât de tant de maux par quelque violence. Il avoit fallu toute la tendresse et tout l'ascendant d'un fils si cher, pour la faire consentir à vivre. Elle s'étoit laissé conduire à Beaulieu ^ monastère de l'ordre deCîteâux , dans la province de Ham, où le prince de Galles avoit prisla résolution d'altendres'ilne se rassembleroit point autour de lui quelque débris de ses troupes. Il la consola par sa fermeté et son courage, car c'étoit pour lui seul qu'elle trembloit. En vain le pressa-t-çlle de profiter du voisinage de la mer pour se mettre à couvert en France. Ce jeune prince, dont les grandes qualités se développoient de jour en jour, sentit qu'après la mort du comte, c'étoit sur lui seul que tomboit le soin de sa propre destinée , et de la fortune de sa maison. Lés larmes d'une mère et d'une épouse ne purent lui persuader que l'honneur lui permit d'abandonner toutes ses espérances. * Cependant, les comtes dePembroock et d'Ox-
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ford I qui se rendirent bientôt près de lui, paroissoieùt persuadés comme la reine , que dans la consternation générale de tous ses' amis , il n'avoit point à choisir d'autre parti , que de céder pour quelque temps au vainqueur, et d'aller jeter en France les fondements d'une nouvelle entreprise. Cet avis, quiétoit sans doute le moins dangereux^ auroit prévalu sur toutes les résolutions du prince, si le duc de Sommerset ne fût arrivé pour le détruire , par quantité de raisonnements spécieux. C'étôit lui qui sembloitappelé à succéder au comte de Warvv^ick dans la défense de la maison de Lancastre , et l'on n'a pas douté que cette vue n'eût été l6 principal motif de tous ses conseils. Il représenta au prince et à la reine , que s'il y avoit quelque chose à espérer de l'affection du peuple , c'étôit dans la chaleur où il étoit encore , et. avant que le tumulte des armes fût entièrement apaisé. Tant de provinces où la guerre ne s'étoit pas fait sentir, offroient, non-seulement un asile au prince, mais de nombreuses armées que son seul nom ne manqueroit pas de former tout-d'uii-coup. La reine en devoit-elle douter, elle qui avoit relevé tant de fois la fortune de son mari d'un état beaucoup plus désespéré , et qui avoit fait valoir si heureusement le nom de son fils dans les premières années de son enfance? La province de Galles-, celles de Sommerset et dé.Cornouailles étoieat
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remplies de LancastrieDS , dont on n'avoît point encore mis le zèle à l'épreuve. Il s'engageoit à lever par soqseul crédit, vingt mille hommes dans celle dont il pôrloit le nom , et il ne demandoit au prince que de s'avancer avec lui jusqu'à la frontière pour admirer l'impression qu'il y feroit par sa présence. Reioifrtter en France , c'étoit se rendre méprisable, non-seulement à toute sa nation , qui ïie réviendroit jamaisde l'opinion qu'elle prendroit de sa timidité, mais aux François même dout-il iroit implorer la protection, et qui, dans leurs idées de courage et d'honneur , ne manqueroienl pas de l'en juger indigne.
Ces raisons, en augmentant l'ardeur du jeune prince , firent honte h ceux qui avoient été d'un avis moins téméraire. Le résultat du conseil , fui d^'envoyer d'avance une partie des seigneurs dans les provinces dont l'on espéroit le plus prompt secours, tandis que la reine et le prince se rendroient avec le petit nombre de troupes qui res-^ toient autour d'eux, dans quelque place de Somraerset-Shire ou du pays de Galles , où l'on marqueroit le quartier d'assemblée. Après bien des délibérations, on se détermina pour Glocester. Les cbmtes de Pembroock et d'Oxford furent chargea de disposer cette ville à recevoir le prince. Mais un incident fâcheux qui arriva le lendemain de son départ, mit sa vie dans le plus grand péril, dtt
eôté OÙ l'oà ne voyoit ni trahison , ni violence k redouter*
Edouard n'ignoroit pas que la reine étoit dans le comté deDorset , et loin de la regarder comme une ennemie'tnéprisable, il frémissoit en se cap«^ pelant son esprit et son courage , qu'elle -fût échappée aux artifices par lesquels il avoit triomr phé de son mari et du comte de Warwick. Sou premier soin, en arrivant à Londres y avoit été de faire marcher un détachement considérable vers Dorcester. 11 savoit qu^elle ne s'étoit point réservé d'autres troupes que sa garde. Le lord Stanley, qu'il avoit choisi pour l'enlever, àvoit ordre d'employer moins la force que la ruse.; et «'attendant en effet qu'après la perte de son armée, elle penseroit plutôt à fuir qu'à résister, s'il étoit parti avec quelque crainte , c'étoit qu'elle n'eût déjà gagné la mer pour se hâter de passer en France. Il ne s'étoit occupé pendant la route , que <le l'espérance de la prévenir; mais apprenant à Dorcester qu'elle s'étoit réfugiée dans l'abbaye de fieaulieu, il regarda sa commission comme une entreprise aisée. L'opinion qu'il en eut lui parut bien plus certaine , lorsqu'en s'approchant de Beaulieu il fut informé qu'environ douze cepi» hommes , qui s'y étoient rassemblés sous le duc de Somm^rset , en étoient partis la veille ; et comme la reine avoit pris quelques mesures pour cacher le
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départ dii prioce et le sien , jusqu'à laisser la pria^ cesse de Galles à Beaulieu, avec une partie de ses gardes, il ne douta point, dans la confiance où il étoit d'y trouver la mère et le fils, que son expé-^ dition n'eût un succès infaillible. La reine étoit partie de Londres avec quatre cents hommes pour sa garde; et quoiqu'elle n'en eût laissé que de ut cents à Beaulieu, Stanley, qui raisonna sur la supposition qu'elle y étoit elle-même avec toute sa suite , jugea que mille hommes de son détachement suflSsoient pour forcer le monastère. Comme une entreprise de cette nature paroissoit dépendre de la diligence et du secret, il s'airéta vers la fin din jour à deux milles de Beaulieu , et se mettant luimême à la tête de mille cavaliers, il s'approcha de l'abbaye par une marche fort prompte*
Heureusement la reine et son filsavoient eu à Dorcester deux amis assez éclairés pour pénétrer le dessein des troupes d'Edouard, ei assez fidèles pour se hâter de ^eur en donner avis. Ils ne les avoient point trouvés à Beaulieu ^ mais la vitesse dé deux hommes k cheval surpassant beaucoup celle d'uncorps\de troupes, ils avoient eu le temps de les joindre et de les avertir qu'ils étoient poursuivis. Le jeune prince , qui se vôyoit deux journéesd'avance, fut peu alarmé pour la reine et pour lui. Toutes ses craintes se réunirent sur son épouse. Ul'avoit laissée à Beaulieu dans un temps où l'on
se croyoit sûr qu'Edouard n'avoit point de troupes dans la province ; et ne doutant point que toute Tattention de la cour de Londres ne se tournât bientôt vers le Heu où elle apprendroit que Marguerite se seroit arrêtée avec son. fils, on s'étoit flatté avec raison , qu'après avoir servi à favoriser leur marche, la princesse les rejoindroit d'autant plus facilement, qu'Edouard cesseroit d'avoir les yeux ouverts sur la province de Hamshire.
Dans son premier mouvement , le prince de Galles fut prêt à retourner sur ses pas avec les ctouze cents hommes defiommerset. Cependant, lorsqu'on lui eut représenté que le détachement . de Stanley étant de huit mille hommes, il n'y avoit rien à espérer de la valeur avec tant d'inér galité , il prit une autre résolution , où il entrôit peut-être encore plus d'imprudence,. mais qui ne fut combattue de personne , par le soin qu'il prit de la déguiser même à sa mère. Ce fut de choisir quatre seigneurs des plus résolus de sa suite , et de partir avec eux pour gagner par l'adresse et la diUgençe, ce qu'il ne pouvoit se promettre parla . force. En mesurant la marche de l'ennemi, sur le rapport d^s deux courriers de Dorcester, il avoit conçu qu'avec la vitesse qu'il, vouloit donner à sa course , il pouvoit arriver à Beaulieu avant. Stanley , enlever la princesse , et se sauver avec
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elle à la faveur des bols et des ténèbres. Il n^y avoit que le succès qui pût justi&er cette témérité* La reine tomba dans une mortelle frayeur , en apprenant l'évasion précipitée de son fils. Rien n^auroit été capable de la retenir elle-même , si le duc de Sommerset né Feût rassurée par le fond qu'elle devoit faire sur la prudence et l'attachement du grand-prieur , que le prince avoit pris pour un de ses associés. Elle voulut du-moins, qu'à toutes sortes de risques , le duc s'avançât lui-même vers Beaulieu pour favoriser son retour, et le temps qu'elle fut ot)]igée de passer à l'attendre , fut pour elle un supplice inexprimable*
Le prince arriva sans péril à Beaulieu; il entra dans le monastère , d'où il envoya quelques gardes de la reine k la découverte. C'étoit le soir qui précédoit la même nuit où Stanley avoit remis l'exécution de son dessein. Mais le prince, qui n'attendoit que les ténèbres pour se mettre en marche avec la princesse, partit, au même moment peut-être que Stanley commençoit la sienne avec ses mille cavaliers. La fidélité qu'on eut dans l'abbaye de répondre que la reine étoit en marche depuis deux jours , iit perdre à ses ennemis le désir de la poursuivre. Outre l'avance qu'elle avoit gagnée sur eux, ils demeuroient incertains de la route qu'elle avoit choisie. Stan-
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ley se consola de cette mortifi^tion par une grosse coDtribaiion qu'il imposa au monastère de Beaulieu à titre de châtiment.
Le comte de Devonsbire , et Yenlock , deux seigneurs qui étoient demeurés fidèles à la reine après avoir quitté le parti d'Edouard , proposèrent de s'arrêter à Batb , en attendant qu'on se fût assueé de la disposition de Glocester. Outre la situation du lieu, qui le rendoit capable d'une longue défense , on y pouvoit attendre les levées des provinces de Comouailles et de Sommerset avant que de s'engager dans le pays de Galles. Les babiunts de cette ville reçurent la reine et le priuce avec des témoignages d'afi*ec^ tion , qui 'relevèrent un peu leurs espérances. Mais elles furent augmentées par la promptitude avec laquelle ils virent arriver auprès d'eux, nonseulement les nouvelles troupes qu'ils faisoient lever dans les provinces voisines, mais encore tous les restes de l'armée du comte de Warwidi, qui, après avoir erré plusieurs jours par bandes et par pelotons , marquèrent par des transports la joie qu'ils avoient de retrouver dans le prince leur chef et leur maître. Tons les historiens admirent qu'en moins de quinze jours, qui s'étoient à-peine écoulés depuis la bataille de Bamet, les seigneurs du parti de la reine eussent pu lui composer une puissante armée. Si l'on eu cherchoit
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la canse^il faudrolirauribuer^ saDS doute, àFincertitode où tous les partisans de la maison de Lan* «rastre étoienl encore de la conduite qu'Edouard tiendroit i Fégard des vaincus. La plupart s'attendant moins à la clémence qu'à la rigueur y wnoient mieîix hazaitder leur vie dans un nouveau combat , que de s^exposer à des châtiments honteux ou cruels, tels que les exemples passés les faisoient craindre du vainqueur.
En effet, la rigueur avec laquelle il commençoit à poursuivre tous ceux dont la soumission lui paroissoit trop lente, étoit capable d'effrayer encore plus ceux à qui il avoit quelque offense particulière à reprocher. Ayant fait publier une proclamation dans laquelle il établissoit son droit à la couronne, il y déclaroit traîtres jet rebelles un grand nombre de seigneurs qu'il supposoit à la suite de la reine ou employés à son service dans quelqu'auire lieu. Il ne l'exceptoit pas elle-même de ce titre odieux , ni de la punition qu'il réservoit à ses ennemis. Sur la nouvelle qu'il reçut en même-temps de ses nouveaux préparatifs, il se mit h la tête de toutes ses troupes, pour l'accabler avant que le comte de Pembroock pût la rejoindre avec les secours du pays de Galles. Quelque diligence qu'on eût apportée à la servir, elle étoit encore bien éloignée de se trouver aussi forte que le roi. D'ailleurs, elle manquoit d'armes et de muqitions.
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Les seigneurs lui conseillèrent d'abandonner Bath et de gagner le pays de Galles , qui lui donnerait , par sa situation , la facilité d'éviter pendant quelque temps le combat. Il n'étoit question que de passer la Saverne avant que le roi se fût approché. Glocester, qui étoit sur la route , devoit favoriser son passage. On partit dans cette attente. Mais, après les promesses qu'on avoit tirées de Gloces"ter, onfut extrêmement surpris de s'en voir fermer les portes. Le bruit de la marche du roi àvoit fait changer d'inclination aux habitants. Avec si peu de temps pour s'ouvrir un- passage par la force , il fallut gagner celui de Teukelsbury. Edouard les suivoit de si près, qu'en arrivant dans cette ville, ils mirent en délibération s'ils commenceroient à passer la rivière, au risque de le voir tomber sur leur arrière-garde , ou s'ils se retrancheroient dans le parc qui joignoit la ville, pour y attendre les troiipes du con^te de Pembroock.
Dans la nécessité inévitable de s'attacher à l'un de ces deux partis, la reine, qui ne peusoitqu'à mettre la vie de son fils à couvert, étoit d'avis de passer. La plupart des seigneurs embrassèrent son opinion; et, s'il en falloit juger par le succès, c'étoit s'attacher au meilleur des deux sentiments. Mais celui du duc de Sommerset fut de ne pas se déshojiorer par une retraite qu'il traita de. hon« teuse. Il représenta que, sans compter. la ruine
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infaillible de l'àrrière-garde , une fuite si précipitée, à la vue de l'ennemi, alloit décourager tous ceux, qui penchoient encore pour la maison do Lancastre; que le désavantage du nombre pouvoit être réparé par de bons retranchements, dont on tireroit encore cette utilité , que , rendant la reine maîtresse de la rivière, elle seroit toujours en état de recevoir par cette voie le comte de Petnbro.ock • Cet avis l'emporta malgré elle. Mais^ quoiqu^on ne puisse douter que, dans les circonstances du temps et du lieu , ce fie fîùit le seul quM y eût k suivre, il demandoit d'être soutenu par d'autres mesures de prudence , sans lesquelles il ne pourvoit être que funeste.
Aussitôt qu^on s'y fut arrêté , on attacha les ira* vailleurs au parc, pour y faire un profond retran-* chenient; et l'ouvrage fut poussé av^c tant d'ardeur, qu'ayant concimencé à l'entrée de la nqit, il fut achevé au jour. Edouard, qui s'étoit oampé & peu de distance de la ville, s'approcha pour le reconnottre. Il le trouva si bien GandMit , qu'ayant à craindre également que (a continuation du travail ne le rendit impénétrable, et que le comte de Pembroock n'arrivât assez tôt pour prévenir son attaque , il rangea aussitôt son armée en bataille sur deux lignes : c'étoit assez pour faire comprendra au duc de Sommerset à quoi il <i6vo.it s'attendre* Il disposa luirméme son ar^iée en trois -corps der*
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Hère ses retranchements. Il donna la conduite de l'un au comte de Devonsbire , et l'autre au chevalier y enlock ^ en se réservant le plus avancé ^ pour soutenir le premier choc; et le prince de Galles y qui déféroit le commandement à son expérience, voulut être à ses côtés pour partager le péril avec lui.
Il ne manquoit aucune qualité militaire au duc de Somraerset; mais il avoit en tête un ennemi dont le principal mérite étoit d'entendre admirablement la guerre. Edouard avoit été élevé depuis son enfance au milieu des armes; et ce qu'il y avoit de plus singulier dans son caractère, étoit d'avoir su réunir à cette humeur martiale une passion désordonnée pour les plaisirs des sens , qui le rendoit aussi efféminé pendant la paix, qu'il pa* roissoit dur et infatigaUe dans les exercices de la guerre. Son premier coup-d'œil étoit sûr pour juger de la foiblesse ou des forces d'un ennemi, et toutes les ruses militaires lui étoient si familières qu'il pénétroit tout -d'un -coup ce qu'il avoit à craindre de l'artilfice. 43'est même une supériorité que tous ses historiens lui donnent sur le comte de Warwicl, qui, dans ses idées de grandeur d'^me et de «valeur héroïque, s'arrêtoit aussi peu à découvrir les stratagèmes de ses enne^ mis qu'il dédaignoit d'en employer, et mépi^soit ions Içs avantages qu'il ne devoit point à là force
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ouverte. Pappuierois moins sur le mérite d'un prince dont mon sujet ne me porte point à faire Féloge , si cette pénétration même que je lui at* tribue ne servoit à justifier les plus braves défenseurs de la reine , en dissipant les soupçons dont quelquesbistoriensontnoircileurfidélité. Edouard avoit observé dans les retranchements de ses ennemis, une ouverture qui ne lui parut pas ménagée sans dessein; et , rendant justice à l'habileté du duc de Sommerset, il ne douta point que ce ne fût une voie qu'il s'étôit préparée pour le poursuivre , en supposant qu'il repoussât heureusement la première attaque. Il se promit de faire tourner la ruse contre lui-même; le duc de Glocester, qui commandoit sa seconde ligne, eut ordre de s'avancer de ce côté-là, et d'attaquer d'abord le retranchenient avec la dernière furie, mais de mollir ensuite par degrés jusqu'à feindre d'être entièrement rebuté. Edouard s'étant posté derrière lui à quelque distance , demeura tranquillement témoin de l'assaut. Son frère n'eut pas plus tôt feint de reculer, que le duc, se précipitant sur lui par l'ouverture, le força de tourner sérieusement le dos, et peut-être l'artifice d'Edouard auroit-il été funeste pour sa propre ligne, si Yenlock eût été aussi prompt que Sommerset à sortir avec son corps de troupes. Mais celles du duc de Glocester s'étant ouvertes en fuyant, suivant l'ordre qu'elles
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çnayoientreçu^laissèrenjtyolrs^rçpne'^i^E^ qui s'avançoit en bon ordre ppuf^le fecievoip.: Fai-. sant mên^e un demi^cercle pour retourûer aussitôt à la charge, elles . paroissoieut prêtes dés <leus cotés à prendre le duc. en flanc, et rien ne l'aurcùlt' sauvé d'une attaque si habilement, partagée. Il' qonçut tout-d'unrçoup; qu'il s'étoit livré avec ipa^ prudence. Le désespoir qu'il en eut lui 6( même soupçonner T^nik^^k de l'avoiv.tr^hi. Une pèidisia* qu'à faire volte-Face pour regagn,er le camp. IV^^^. la diligence 4^ l'ennemi égalaixt la sienne, il.fte pu,t .empêchei^ que les gens du duC; de. .Glqceater, qui, par le tour qu'ils ayoient fait, se trouvo^dt, presque aussi avancés que lui§ur les aile^, n'ar.iir. vassent assez tôt à J^'ouverture du retFpn^^meDt pour charger sa quj^ue, et n'entrassent impi^tu^iim sèment après lui. Ce fut dans la fureur dont U. fut, t^dnsporté à cette. vue^,qu;e , s'^pprochant impétueusement de Tenlçck , il lui, fetidit^ la tête d'un coup de sa hache d'arqies. Le sécrétée la trahi^pnî fut étouifé danjs le. sang du. pel^e;;^)ais s^ fsl|Q. étoit réelle , l'effet en devint.si terable,; qu'il fut impossible à la prudence de Spoiiipei^evet àiJ^ vale u^ da prince^ 4,e i^^l^ ^'j: ^Ppo^^te^ |ç. moîn^ej remède. Le dvjc dç Glpcester, qu^jjrpypit a\voijt.i^ répsirer.la fausS|e; ppi^ioi;! qu'on ^ypfViPM'prj3p4rA de^i^.fuite^ faisç^t 1^1^ çarça^^ JLpofp^^t^^çiaiis.lo camp^ et la vue (PEdou^rd, qgifi'élQH^ plu^q^'^.
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àbnx pis ât Yûiittfmrbi aehërâ d^dter le cô'ùfslgtf à cèu« qui s'^efiotcblëtit eiicôfrè dé ié dêféiidre. Le reil-ahchëifitèD'i y ({ùi ti'âtoit été fait {|lië pbbr tettr edDservàâdii ,- filt till db^aclé crnel j^otir leir éifi()êcîler dé âe satrrèr pilr là faite: Biéfatôt îlsr )isflèreût hats Htmes , t>bur afttëiid^e à gëUotii lé cdUf) dé la mort titi là gfafce du vaînqttènR On^ mr oit eu peiné à retenir la réiiié , qui Tolilbit se précipitet* dand là méléé oii elle TÔ^oit cdfiibàilrè soif fite; mais im prbfoûd évanouissement , qui ^vit bientôt de ^ itiortéllëi^ sigitatious, doûna le téllipd à quelques dofméilicjuëir dé là mettre sur xm eb^ibt. Ëlâht sortie hëirrëâipenkleiât pai* une désf pênes dd pare-, ilé la tfaii&{)ôrtËféût iJanS cet état » quéK{ueâ iliilte^ de Tehkélsbiiry, dàris tin rhotiastèré dtfhi ïèi bistbrléii^ ne ûbûJs ont ^as consèrVé
Il ftlldit dëî^'fliiraclés ptJUt dé|àgfet lé ptititè de iGrallés éi lé dtid de SbmmëUët; maié lé ëièl tlë* leur en féiienrëlt pa*. he dbë dé Gldbëstfef Is'ëtdît rftUbhé aûtbûr ii^errii dVëc KeS mbflléurëè ttblipés. Après S'être léag^ëhipi défètfdii^ âVfec «hë Vafeilr ^i'fil l-âdtalWttdn dé lètirs ënnerfaiS, ils furent p'rk lë^ arlnés à lamàinyétl^b ï^èliàrquii^^^^^ ééltii qui së^diëît du ^)rincê', |).Kt lé hibbènt bti ^ ^ébut élaâtoë^ur ùh'déà bdrbîbahahts qb^l rén'-^ f^rSô <Pun é<JOp toortel j îl tië pue retirer le bras àsé^t ttté pbttr bUfirécilër qti^on ilë lé désarmât/
DE MAR&ÙERifÊ d'aNÏOU. 4l9
€eueobsiervaiion donne TiHëë 'd*ùA bômbt^t W^A opiniâtre et bien serré ; mdis^'Hè filé blesse ânc\i)lè \i*aiséilib]an€é , dans }é teiiafps ôù leé ^Hùésêi fèa avoitent éù66H- p^ix de part aui mêlées les pliift sâiigratités, et èù I^scou^siéS{>]vi^ iél*rlbléS âtôUlÉt ceux de là hâchë d'àtoes et dé réj)éè.
Edbuardy qùi^vclit tant dé fois Ordôttilé d^iJi !ès batailles qv'i3n hé fît gt^é à pë«ôftfie , aitèxA lé carnage âtissitôtquHl èiûi^]iJt)Viî^ qufe le priribè* et le duc de Sommerset étoient prisonnier. li dédaigna in^Miâ de faire àrrêtèMihè multitude de ïualhèureui , (jtii attettdoi'érit èhfcorfe leur sëht'êncé à genoui. lia pltrj^éirt "dès seigiièurs aVoiëiit ètt lé tnâme sort que le prince et le due, à là réservé dtt bonite de Dèvonshii^é éi dti lèrd Béaûfôrt, 'i^ui perdirent la vie en se défettdahl. -i*
' Une vietoire si cottijilelté , àiilWe de la captivitia du prince el dë^ei pHincipaux partisans, a^sUFàtt à EdouaHÎ la pôfeèssibh de h cbtltônrie êltoUâléà avantages qu'oti lot avxiit disputés. Là helriè Vtfêhà^é ftepouvoitldt échapper. Qtifel btgsoin àvoll-iltl'eftî^ s&ngIàhtét'8oHtriotophe?€eui tjûioht ptét^ttat» jôsiifier sa fcmauté , sDûtîënftent tjtte , s'il étéSt tombé entVe le^ hiains dé lâ rèhiè , sbit à Bbrfiist , Ubil à TeukëfebuTjr, il mé dieli^oit s^âttehdfeqd'à Jiétik- sur «à- ébbàfaiid ; et FintéV^êt de sa sûvélô senibloit'râutJ)iisér a fàirb shbif à séh eâànenÂé le ïraitèment-^u^il: tfàtiro^t pas tnatiqué d'ëû tèce"
48Û HISTOIBE
voir. Mais s'il se croyoit aussi sûr de ses, droits qu'il i'étAÎt désormais de remporter par la force , que ne, remeiV^it-il sa vengeance à l'autorité du. parlement? et que ne se couvroit^l durmpins des formes d|3 la Justice pour déguiser la noirceur de ses res-^ sentiments? Les passions violentes ne se reposent .pas; volontiers de leiir satisfaction sur autrui, et c'est le caractère, particulier de la haine , de . se plair^ à la vue du sang qu'elle verse de ses propres
mai™? , ; .
, A - peine Edouard eut - il donné. :les ordres
qa'vexigepient les circonstances, qu'il se fît amener
le priqice de Galles dans un pavillon. d|u paf.c, oii
il étoit avec les ducs de Çlafcnce et de Glocesler,,
le IprdHastings e^le marquis de Dorset* Lesgardçs
qu'on avoit donnés d'abord.au jeun^.prince:, ne
lui /(voient point refusé la douceur d'embrasser son
ëpquse. Elle s'étoit obstinée, à demeurer dans ie
camp j^ après la retraite de la reine y . et vpjAi^t spa
mari prisonnier, elle s'étoit du-moins rai^sairéepour
sa vie , qui lui avoit causé des frayeurs^ -mortejl|Çs
pendant le combat. Toute la cra^p|e qifi^ pouvait
^çii rester étoi^ de le voir arracher a^ssi^ôt de ««es
bras , pour 'être coj^idamné comme Jqr^i son père^ y
^ux horreurs d'upe p^Hison. perpétuelle/||lEâs , d^ps
cette attente méme,|elle trouvoitdelf qonsolatip^
à penser qu'il lui seroit permis, d'y, passer, avec lui
le rqste de ses jours p et cette idée k| soutint encotf
DE MARGUERITE D^ANJOU. 42il
en le quittant. Edouard le voyant paroitre y se leVa' brusquement , et s'approchant de lui avec une esr-^ pèce d'impatience ,' il lui demanda d'un ton 'itiipérieuii ce quHl étoit venu faire dans ses états. Le prince , sans marquer la moindre émotion ^ Im répondit avec une noble fierté , qu'il étoit vena pour se remettre en possession d'un bien qui lui appartenoit , et qui lui étoit raViinjustement. Cette réponse déconcerta le vainqueur , qUi ne s'attendoit point à tantde fermeté dans un jeune homme de dix-huit ans. Il le regarda quelque^temps sans répliquer, comme s'il eût cherché à se remettre pendant ce silence; et cédant enfin au mouvement de rage quis'élevoit dans son cœur, il lui donna un coup de son gantelet sur le visage. Ayant tourné le dos aussitôt , les quatre seigneurs qui étoient avec lui , se jetèrent sur le malheureux fils de Henri , comme des bêtes féroces, et le tuèredt à grande coups de poignards.
Les historiens perdent ici de vue la princesse de Galles; mais c'est pour se livrer aux sentiment^ d'une compassion qui semble les toucher encore plus vivement pour sa mère. Rapin même, dans toutes les occasions de représenter les justes dou^ leurs de cette grande reine , perd le ton sec qui est comme le caractère de son style, et s'abandonne k des descriptions dans lesquellesil s'oublie. ^Il pa^ roitbalancer entrele sentimeQtdeceuxqui assurent qu'elle ^e^ retira - clan» tin moÀastère ^ d^oà eUd^ fut
45>ia HISTOIRE ^
ç^}f|vée un )pqr ou deu^ après la bataille 9 et le ré^, cit .d^ çepx qpi la font tq^lb^r daps )es maÎDs de repn^œi, imqiédiatefneQt après que les lignes dç TduVelsbury eurent été forcées, demi -morte d^ fVfiyeur et d'inquiétude pour le sort dé son fils, et qwla fontcondyirc; à Edouard dwscet état; maiâi çn aperçoit si peu de liaison dans la suite du récit de ces diçrpier^i qu'ils n'ont pensé vraisemblablerment qu'à l'orner par upe image touchante , et je^ m'attache plu^ volaqûers à ceux que j'ai déjà prif^ le parti de suivrç.
Op ne garda point assez de mesures ^ en appre^^. Bant à Marguerite la ruort du prince 9 pour ména^ ger Içs premiers qiouvemepts de la fureur d'une xpère. Dans un caractère aussi élevé que le sien , l'excès de l'ipdignatiou et delà douleur devoit éire sujet à d'étranges transports. Aussi s'^bapdonna^-t'* ^Uq ^ tqus W çqappptements que de si violentes passions pouvoient produire, l^lle avoH dédaigné les cris et les pleurs , tapt qu'elle pvoit vu quelque ressource daps Ja vigueur de ses résolutions et dan^ Lb secours 4es armes, M^i» ep perdant wnt-à-lar foi^ e( les moyens ^t le pf^otif d^ ^ défe^idr^ 9 elle ne voulut employer sa vie , qu'on sauva malgré elle de $es propres n)aips, qu'à irri^erla justice dii ciel ooptre Edouard 1 p?ir se/^ iwpréçatiops et par s^s larm(9s!.^0^tit leper meut qu'^^ fit diaps la préfenoe de Stapley^ qui avoit été. envoyé pour s^ paî»i!'d'0Ue apr^» k^taiUe^ Foibkaoulagemf^nti
sans 4^utet m/en^ce impuissdpjte ^ que des^Vaio^ gueurs plqs humaiqs ;S^)Droi/e|f^t; p^r^ppnée à la forcé de 3on affliction. Mais\pré.3 ^J^pir pp^gnardéje j(il$ , on ne cherçbp^ qu'un préte^e ppur s/e^éO^ir^ de ]a inè|re. Stgçle^r recueillit to^jlesles /exprc^i^onf içju^ijepses qu'|sl|e ayoit pfpférées contre le roi ; et Farpaç^a^t du monastère p^pUe s^éto^t|i*efug^ée^ i\ }^ C9ijdpïsit à Wp^cjeslef ,.p)^, ep la préf^s^^nt a ce prince , ij prp4u^ilL le^ uQ^^Y^^ay? cfirp^ dçQt p}h yeuoit de i^e cly^^rger coqt^ç lui. Il f'en fallut peu qii'EdouarfJ n'a^u^ât surrle-pjiamp d'une 4 misérable r^ispç ff® lui ôter ]^ vie. Qiçpppdant^ 119 jpQoiept de réflexion sur J'jindigqjt^ de cg j(Jjç4^i}, lui fit pren(}î*e le pavti de J'pnypy^ejr à Lppcjirp^ , pour y i^bir la $.eptpnc,e du parlefppnt ^r les cr^fq^f de trahi^Qp et de lèserqrjajesfi^. Çe||p. flu ^m 4s Somnjerse^ et ^^^m^-:fne}ir f ftfi fuj p^ àj^m si lopgr temps. %Jurpftt aop»4uijl^ J^ mêffi/e j.ouf ^ l'échafaud, dpns Ja pl.ape pu^J^fljap de Wpr/çp^tepi ayjep plusieurs pi^sonnejsc^e jçnoii^^r^ marqj^e ;, qiii ^ivoient é^é pri^eien pOjipbaAapf pJ^d^s lei^f- fi^
Stanley , ancien eweipi. 4ç. M^?;g«?fH^7 ^ çenidit .4igpe de ^^ jçoipfl)j^sjl,oja p,ar }f dur.e^é ay^i; kqijtelle ^ .çpniiflH? de 1^ tratf^er d?nj '^f 9??V«- ^ix v^in se prpmjj.relle gij épurant ^ h Jçpr, qjj^p/j Ifij ^corderoijL Ifl Jil^prté ^e ^e içoijis^fcçf. WPÇ /foçi Rajri> oupeUe^-jp,9?»s4^ rieçpy9irifef?ftsftj^ri30iï la princesse de Galles, sa Belle-£lle^ ,q^ ?^A^9J|
fait conduire à Londres sur ses traces. Elle fut renfermée pendant quelques jours dansun cachot des plus obscurs., et l'on ne se relâcha de cette rigueur qu'après l'avoir percée d'un coup, qui sembloit manquer pour mettre le comble à son infortune. Edouard perdit en arrivant à Londres, le des^ sein qu'il a voit eu de la soumettre à la justice dti parlement, et retenu par la considération de son sexe , ou par la crainte de ne pas trouver ce tribunal aussi animé que lui contre une femme , il prit là résolution de la tenir resserrée pendant toute sa vie, dans une situation qui ne lui causeroit plus d'alarmes. Mais il conçut que , pour lui ravir toute espérance de se relever jamais de sa chute , il falloit lui ôter jusqu'à l'occasion de former de nouveaux desseins. Henri, qui étoit renfermé dans la même prison , lui causoit peu d'inquiétude ; mais c'étoit un nom dont Marguerite pouvoit encore abuser. Sur cette seule crainte , il prononça la sentence de ce malheureux prince. Le duc de Glocester embitionna la gloii'é dé l'exécution ; sa main qui venoit de se plonger dans le sang du fils, ne devoit pas être plus tremblante h percer le sein du père. Il ne se fit pas répéter deux fois le même ordre , et ie rendant seul à la Tour, il accompagna ce barbare office de toutes les circonstances qui pouv oient en fkireun amusement pour son humeur cruelle el sanguinaire:
Il »
Henri vîvoit dans les exercices qui convênoient à sa solitude et à son natuirél. Il s'en i^tôit fait une liabitude pendant une longue prison , qui n*avoit été interrompue que piar sept ou huit "liiois de liberté. Des reliques, quelques livres" de religion J un oiseau qu'on lui avoit laissé par faveur'^ îé soin d'entretenir lui-même de la propreté dans sa de-^ meure, faisôient ses dctnfpatiôhs continuelles et bornoient péut-êtiré toiis ses désirs! Ses geôHeré a voient eu l'humanité dé lui cacher le sort de son fils, et la curiosité né lui veôoit'pàs de s*en lifor-: mer. Un prince de ce caractère étoit du-moins respectable par sa simplicité et son innoe'éncel Mais le duc dé Glocesier, se faisatit Un- jeii'de c^ qui auroit 'attendri un cœur moins farouche , lé railla d'abord du goût qu'il prenoit'i' des b'cpupalions si frivoles; et lui déclarant qu^l étoit question d'affaires beaucoup plîis isérieuses , il lui apprit les derniers malheurs de sa maison et celui qui le menacoitlui-métne. Use vaù ta dans là suite d^avoir voulu mettre son courage" a Pépreuve, en observant s^ étoit capable dé quelque fef raeté au récit de ses infortunes, et en Itli laissant le temps de recueillir son attention et ses forces pour éloigner du-moins sa mort par qiielqu'bmbré dé résistance. Mais l'attente dii'criiel fut tr<!>m'pêe. Lé roi pensa aussi peu à lui répondre qu'à^^défendre, sa vie. Ayant compris, en l'écoutant, qttHI' tbuthbit
d'aniis Edouard, quoique satisfait, eii apparence, dé" leur avoir vu prendre le parti de la soumisftiotï , désiroit ardemment d'avoir entre les mains ces deux seigneurs , les seuls qui pussent encore lui' causer de l'inquiétude. Il ne ponvoit faire marcher ses troupes contre eux , sans leur inspi-f rer de la défiance : c'eût été les avertir positive-^ inent de sortir du royaume ; et dans un pays , d'aifleurs , où ils avoient ' autant d'amis qu'il y avoit d'habitants, rien n'^é toit si incertain que le succès de la force ouverte. Mais ayant recours i la tHisre , ilenvoya dans les montagnes un Ecossois nommé Vaugham, homme adroit et résolu , qu'il chargea de tout employer pour se saisir d'eux, où pour leur ôter la vie. Vaugham manqua de discrétion. S'étant vanté mal-à-propos de sa commission , le comte de Pembroock en fut averti ; et feignant de donner le premier dans le piège qui lui fut tendu, il surprit son assassin et le tua. Apres une action si hardie, il fallut penser à se défendre, ou à chercher une retraite hors du royaume. Le dernier de ces deux partis lui parut le plus^ùr poui* la conservation du jeune comte ^ iqùi étoit désormais l'unique espérance de la maison de Lancastre. Mais ne pouvant douter que le rôi^n'èût pris d'autres [mesures pour les faire arrêtér.'danà- les ports' voisins, il fdi*ma un dessein fort' téméraire eh ^'apparence, ^' et' le' seul, néan-
DJS MARGtJEllITlB D^ANJOU. 429
moins ^ qu'il .crut propre s^ melir^ son^ueven à couvert , ce. firt de se déguiser avec lui^el; de partir . sans suite .. pour traverser le royaupie . jusquf^ Londres. Edouard ne ^'iiiiagina point ,, en eff^, qu'il dût chercher ses ennemi^ .dans le centre de ses états ,; ni les attendre au^milieu de sa capitale^ Ils arrivèrent beuréusqn^ent à. Londres., et le b^y zard leur fît t,rouver un vsisseau prêt à- partir pour la Bretagne ^'^dans lequel ils.auroient pu s'eml^ary quer sur-le-eh.^mp,, si le, comte dePembrooçk, qui apprit a^ç quelle facilité l'op eomQieneok à voir.la. reine.,, n'eût voulu se procurer ppe ^ajlis-* faction dent il se flatta de t^w^v beaucoup d'uti|ité. Dans, un a,ge peu avancé., Henri , ,cop^te^ jijB Rir cbemont, étçitçléjà caps^ble de cette mo^^mipn et de cette sagesse , qui li^i i^rent mérit;er dans |a suHe le titre d^ Salomon^d^ F Angleterre. jSi.le comte son qncle n'osa risquer de l'intro^mir^av^ç luidansla prison de.l^ reine, i}, ne. craignit.pQint de. l'^bandpnner pendant qi^^çlques moments. à sa propre conduiie : et bravant lui-même tous les dangers • il surmonta.^ à la faveur de soi^ déguisement^ les difficultés d'une entreprise qui auf oit fait trembler un cœur n^oins intrépide. Mais il a voit compté avec raisop de n'être reconnu de per90xiQe.> puisque la reine eut pem^elle-m^me à percer les .ypi)e$ dont il-s'étoit couyeiFt.. Cep^- .^apt eUe,;pç put le irouyer si changé ps^r les soins
sollicitations du roi son père. Il lui fit envisager une protection plus certaine dans celle du jeune comte son neveu. Ses grandes qualités étoient déjà connues de toute la nation. ((Si son âge et )) les circonstances ne luipermettoient pas encore )> de tstirt éclater ses prétentions, il ne passoit en )) France que pour y cimeniercies desseins dont il V aVoit déjà jeté les fondements. Au premier )) succès de ses. entreprises , Marguerite ,. à qui la )) maison de Lancastre avoit tant d'obligations^ )) devoit compter de se voir rétablir dans tous
» ses honneurs, avec plus de distinction que les
» Anglois Q:'<en avoientjamais accordé aux reines )) douairières. Ce qu'on lui demandoit , dans )) IHuteryalle.ji étolt uniquement, d'entretenir les y> espérançiçp des amis à qui on laissoit la liberté ^} de la visiter, et de se tenir prête à seconder » les projets du comte avec sa fermeté et S9n io- ))'telligence naturelles, au moment qu'on lui puyf vriroit les portes de sa pi*ison ». Il ajouta , néanmoins. !que (( si elle avoit quelque chose à co^nî> muniquer à son père , il se chargeroit d'autant )) plus volontiers de cette -commission ^ qu'il avoit )) besojjn, pour son neveu et pour lui-même )) d'^ne recommandation puissante à la cour de )) Louis XI , et que rien ne pouyoit leur être plus > agréablp que d'y pa^'oître. ^vec celle du roi de >) Sij[;i^Q))«,^Il expliqua- le de^seip oùil éioitdc
BB MARGUERITE b'aNJOU. 4SSt
prendre par la Bretagne , en profitant d'un vtiisr* seau qui n'attendoit que le vent pour mettre àia voile. Enfin , se flattant d'avoir fait impressioïi sur l'esprit dék reine ^ il se chargea d'une lettre qa'ellë lui remit pour son père ^ et il partit extrémemeiofl satisSsiit de cette conférence.
Ce n'est pas que Marguerite lui eût fait côâ*^ nokre par sa réponse, qu'elle se fût rendue toiKrà-fait à ses offres. Mais il suffisoit au^ comte de s'étré ouvert k elle d'une partie de ses intentions , poui; espérer qu'elleregarderoit la cause du jeune comtt.^ de Richemont , comme la sienne, et qu'en attend dant les occasions de le servir ouvertement, -éttn^ soutiendroit l'affection et le zèle dans le cœur d^. ses partisans. U s'embarqua donc avec son neveu y sur le vaisseau breton. Outre l'avantage d'anprorapt départ, ils'étoit applaudi d'une rencontre» qui sembloit augmenter leur sûreté , en leur épar^gnant les risques du passage à Calais. Leur routée fut en effet fort heureuse. Mais avant que dot. quitter la Bretagne , pour se rendre à Aix, où 1er roi de Sicile continuoit son séjour^ la curiosité' les ayant portés à visiter la cour du duo, ilsyl furent arrêtés , sans pouvoir soupçonner à quiils'. dévoient un si mauvais office. Dans le partage de8> historiens , dont quelques-uns prétendent qu'ils s'étoient fait t^onnoitre eux-mêmes au duc, et que lui ayant demandé la permission de passer
Prérosl. Tome XI K 3 8
é34 msToiBis
dàas ses états, ils reçurent pour réponse ^ ifaTik pouvoieut lui cire trop utiles pour n'j 'être pas retenus malgré eux , je ne balance point à rejeter un sentiment qui déshonore tout-i-la-ibis la gé^ nérostté du duc de Bretagne ^ et la prudence dû comte de Pembroock. U me paroit plus ▼niseiiH' blable, comme je le rapporte d'après plosiéars ao' ires écrivains , qu'ayant paru sans déguîaement i la cour de Nantes , quoique sous des nomssdp* posés 9 ils y furent reconnus par quelque partisan d'Edouard, qui en avertit le duc, et que dans un temps où la trêve entre l'Angleterre etla &^iagDe avoit été si souvent violée , qu'on ne savoit a quoi s'en tenir entre les deux puissances, Pierre Landais , ministre du duc , porta son inattre à les faire arrêter, dans la seule vue d'obtenir de meilleures conditions d'Edouard, en faisant valoir l'occasion qu'on avoit de lui nuire.' La conduite nbême que le duc tint avec ces deux illustres prisonniers, semble justifier ses intentions. Il leur assigna la ville de Yânnes pour demeure , avec une pensioq, considérable ; et s'ils eurent dès gardes , qui leur firent une prison réelle de cette ville , ils n'eii furent pas moins traités avec tous lés honneurf qui convenoient à leur naissance.
Mais le fond que Marguerite avoit fait sur une voie si sûre* pour donner de ses nouvelles au roi son père, lui manquant ainsi par un malheur don|
DE MARGUERITJÇ D^ANJOU. 435
elle ne put être informée , elle fut si touchée de la dureté qu'elle se croyoit en droit de repro-» cher aux personnes de son sang, qu'après avoir résisté à tous les effets de la haîne dans les coups qu'elle aroit reçus de ses ennemis , elle ne put supporter de se voir abandonnée par ceux dont elle avoit droit d'attendre de l'amitié. Ce fut apparemment vers ce temps-là, que ne trouvant peraonne à qui elle pût proposer de faire le voyage. d'Aix , pour réveiller la tendresse du roi de Sicile ^ elle fit écrire au comte d'Oxford, qui s'étoit sauvé heureusement en France après la bataille de Teukelsbury. Cette lettre, dont elle avoit dicté les termes, fut rendue au comte, et piqua si vivement sa compassion, que , par un mouvement dé zèle , auquel le témoignage de tous les historiens donne à-peine quelque degré de vraisemblance , il entre*prit d'ouvrir les portes de sa prison. Après avoir pressenti inutilement Louis XI, qui voyoitEdouard désormais trop bien établi pour s'attirer sa haine en lui causant de nouvelles inquiétudes, il ne prit conseil que de lui-même , et il ne mit sa confiance que dans ses propres résolutions. Avec l'argent de quelques pierreries , qu'il avoit emportées dans sa fuite , il s'attacha soixante-quinze hommes , tant Anglois que François, et les ayant engagés par ttn affreux serment à le seconder avec autant de fidélité que de courage ^ il s'embarqua secrettement avec
436 HISTOIHS
eux sur la côte de Normandie , sans autre précacb* tion qu'un passeport que Louis XI ne put lui refuser. Ayant épousé une sœur du comte de War- "wick , il s'attendoit de trouver dans Yauclerc ^ gouverneur de Calais, le même attachement que ce gentilhomme avoit marqué constamment pour son beau-frère ; et sans Fengager néanmoins dans aucune démarche ouverte qui pAt nuire à sa fortune, il ne se proposoit de lui confier son dessein que pour obtenir de lui qu'il favorisât le passage de la reine après son évasion. Mais s'étant appro-* ché de Calais , la première nouvelle qu^apprirent quelques-uns des gens à qui il fit prendre terre dans sa chaloupe y fut que le brave Yauclerc étoit mort deux jours auparavant , avec quelque soupçon d'avoir été empoisonné par l'ordre d'Edouard , qui ne ppuvoît lui pardonner sa fidélité pour le comte de Warwick, et qui l'avoit assez ménagé ^ néanmoins, dans le poste important qu'il occupoit , pour n'avoir osé l'en punir ouvertement. Ce contre-temps ne diminua point l'ardeur du comte. Il s'approcha de la côte d'Angleterre , et il eut la hardiesse d'y descendre avec une partie de ses gens , en laissant le reste pour la garde de son vaisseau. Il avoit choisi à-la-vérité un endroit écarté , et dans le voisinage d'un gentilhomme nommé Rovf , à qui il avoit une parfaite confiance* Son |irojet étoit de gagner Londres pendant ]à nuit;|
DE MAHaUERITË D^ANJOtT. 457
avec les plus résolus de ses gens , et de profiter de la facilité qu'on avoit à voir la reine pour Fenlever par adresse ou par force. Mais Row 9 qui lui étoit eSectivement fort attaché , lui inspira d^autres idées, auxquelles on auroit peine à décider si la crainte eut plus de part que le courage. Il lui ap-* prit que le bâtard de Falcombridge avoit eu la tête coupée depuis quelques jours, pour avoir entrepris de tirer la reine de sa prison , et que cette princesse avoit été resserrée plus étroitement. Thomas Nevill, fils naturel du lordFalcombridge^ avoit été créé vice-amiral de la Manche sous Fadministration du comte de Warwick. Ayant perdu cet emploi , après le rétablissement d'Edouard, il n^avoit pas laissé de conserver assez d^autorité sur quelques-uns des vaisseaux de l'état, pour les engager pendant quelque temps à servir Marguerite et son fils. Ses services n'avoient pu avoir d'autre objet sur mer , que de chagriner Edouard en pillant divers ports attachés à son parti; mais l'indignation qu'il avoit eue de sa cruauté après la bataille deTeukelsbury, lui avoit fait remonter la Tamise jusqu'à Londres, et sa hardiesse avoit été jusqu'à mettre le roi dans quelque danger pour sa vie ou pour sa liberté. Cependant l'imprudence qu'il eut de s'arrêter trop long-temps à terre avec une partie de ses gens, donna le temps à ce prince de faire avancer quelques troupes qu'il avoit encore
près de Londres. U se trouva ainsi dans la nécessité de s'enfermer à Sandwich , où il se retira en bon ordre , tandis que ses vaisseaux avertis du péril ,où il s'étoit engagé, se hâtèrent de regagner la mer. U auroit infailliblement succombé aux forces d^Ëdouard , qui seroient bientôt devenues assez nombreuses pour Paccabler dans cette retraite, â*il n'eût pris le parti' de proposelr une composition que ,l63circonstaùces firent accepter. Mais à-peine s'étoit-il vu lihte à Londres,' que s'étant ouvert quelque accès à la Tour, il avoit été surpris dans une entreprise foritiée pour délivrer la reine; et le roi, qui ne cherchoit que l'occasion de réveiller des trimes qu'il lui avôît pardonnes malgré lui , l'avoit envoyée sur-le-champ au Supplice. Row fit moins ce récit au comte d'Oxford pour le refroidir, que pour lui inspirer un projet plus étendu. Les vaisseaux du bâtard étoient encore à rôder sur les côtes, et l'on ne doutoit point que la crainte du châtiment ou le goût de la licence ne les retînt dans ce désordrç aussi long-temps qu'Edouard n'emplçyeroit pas' des forcés supérieures pour les réduire. Que ne les engagez-vous , dit Roiv au coaite , à seconder votre entreprise ? Ou plutôt ^ que ne saisissez- vous une si belle occasion pour tenter quelque chose de plus important contre les assassins de Henri ?
Cette proposition fut si avidement reçue du
DE MARG.tJERITB D^ANJOU. 45y
comte d'Oiford y que , rentrant itussitot dans sotf vaisseau, il n^eut d'embarras qu'à trouver ceux donb on lui garantissoit les services. Ne doutant points que, pour leur propre sûreté, ils ne cherchassentt les lieux d'où ils pouvoient prendre k tout moment le large, il toui:na malheureusement au Sud de l'Angleterre, et côtoyant toujours- la terre , il se» flatta pendant' plusieurs jours de ne pouvoir le» manquer. Cependant > après avoir fait inutilen^enV, le tour d'une partie de l'isle , jusqu'à la province^ de CornouâUies , le besoin d'eau et de vivres le força de prendre terre à Saint-^Michael-Mont. Ut n'y avoit rien à redouter dans un lieu si éloigné de la capitale. Au contraire^ l'inclination deshabitants s'étant déclarée pour lui au premier brait de saaiv nom , il se flatta peut-être tr^p légèrement , que , sans le secours des vaisseaux qu'il cherohoit y il >e fieroit un parti d'autant plus considérable dans la^ province , qu'il ne paroitroit demander que de» secours volontaires. Il débarqua tous ses gens dans cette espérance , et faisant répandre qu'il étoit venu pour vepger le meurtre odieux de Henri et du prince de Galles , et pour soutenir les intérêts de leur sang, dans la personne du jeune comte fie Richement, il se vit en peu de jours.un corps plus nombreux qu'il n'auroit osé l'espérer dans un espace si court. Mais ses troupes manquoient d'armes , ou n'étoient fournies que de vieilles épée»
44o HISTOIRE
^l d'arbalètes ^ qui commençoient à ne pas suffire dans an temps ou les ariiies à fea se perfection:* noient de jour en jour. Avant qu'il pût tirer des provinces voisines les secours quimanquoient à celles de Corçouailles , le lord Stanley s'avança si fièrement a la tête de quinze mille hommes ^ qu'ayant dissipé les mutins à son premier aspect ^ il força le comte de se renfermer avec ses soixante et quinze hommes , dans le château de Saint* MicKael-Mont. Quoique la situation du lieu le rendît capable d'une longue défense ^ il y avoit si peu d'apparence d'en pouvoir tirer la moindre utilité , et le sort du comte étoit si clair lorsqu'il teroit forcé de se rendre, qu'il prit le parti de capituler dès les premiers jours. Stanley avoit tou-. jours été de ses amis. U en obtint des assurances si positives pour la vie , et même des espérances, sLflatteuses pour sa grâce et pour la restitution de «es biens, que s'étant laissé gagner à ses promesses, il ^e remit entre ses mains sous la foi de l'honneur et.de l'amitié. Cependant, si le roi n'osa violer les engagements de son général, il, répondit mal à l'attente que le comte avoit co]!içue pour sa liberté et pour sa fortune. Il fut non-seulement condamné à une prison perpétuelle, au château de Hames , dans le Boulonnois, mais la rigueur de ses juges , s'étendant jusqu'à sa femme, qui étoit sœur du comte de Waryrick, elle fut dépouillée de tous ses
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biçns , dont on n'avoit point pensé jusqu'alors à lui ôter la possession.
Si Marguerite ne put ignorer l'infortune du. comte d'Oxford, elle fut bien éloignée de s'attribuer la part qu'elle avoit eue à son entreprise. Ju«. géant aussi mal de ses soins que de ceux du comte de Pembroock, elle crut la mémoire de ses bienfaits effacée dans le cœur de tous ses amis ^' et toutes les voies fermées pour faire arriver ses lettres ou ses plaintes à la cour du roi son père. Il lui en restoitune, néanmoins, qu'elle avoit jusqu'alors refusé d'accepter f par la seule considération qu'elle croyoit devoir à l'un de ses plus fidèles serviteurs , qu'elle ne vouloit point envelopper tout-à-fait dans sa ruine. Ce brave duc d'Excester , qui avoit suivi si constamment sa fortune, et qui ne s'étoit sauvé de la bataiHe de Barnet, qu'après y avoir versé son sang pour la servir, s'étoit retiré, après d'autres infortunes, dans l'asile de Westminster, où sa santé avoit été long-temps à se rétablir. Quoiqu'il ne pût s'écarter de cette rétraite , sans exposer sa vie à des dangers plus certains que ceux d'une bataille , il avoit méprisé cette crainte , pour se procurer la satisfaction de voir sa reine ^ et s'étant introduit plusieurs fois dans sa prison , à la faveur de divers déguisements, il s'étoit attendri avec elle sur la malheu-
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rêuse Bn de toutes leurs espérances. Ayant pené-! tré que son unique désir étoit de donner de ses xiouyelles au roi de Sicile ^ il n'étoit pointa lui oflRpir d^entreprendre lui-même le voyage d^Aix , à toutes sortes de risques , et de Fabréger par sa diligence. Mais la reine y qui savoitbien que chaque, pas qu^il feroit hors de Londres , Texposéroit au supplice , avoit si peu consenti à cette proposition , qu^elle Texhortoit , au contraire , à faire sa paix avec Edouard. La duchesse sa femme étant sœur de ce prince , il sembloit qu'il dût tout se promettre d'une intercession si puissante. Enfin , lëls sollicitations de Marguerite le forcèrent d'employer cette voie. Il fit prier la\duchesse , quis'étbit dispensée jusqu'alors de le voir, sous des prétextes qui n'avoient pas manqué de vraisemblance, d'implorer pour lui la clémence du roi son frère ; mais au-lieu de répondre à ses intentions, elle demanda , au contraire , d'être séparée de lui par les voies ordinaires delà justice. Edouard afiecta de ne prendre aucun intérêt dans cette afiâire , quoique personne n'ignorât qu^en secret il soUimoitiés juges contre le duc, et que le refus qu'il fit , d'ailleurs , de recevoir ses soumissions , né put laisser aucun doute de la haîne qu'il lui portoit personnellement. Le jugement lui fut si peu favorable , qu^en le nommant dans la sentence y
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on ne lai accorda pas même les titres dus à sa naissance et à son rang y en qualité de petit-fils d'une soeur du roi Henri lY •
Il se vît donc réduit à demeurer dans son asile tans aucune «espérance de grâce, et n'ayant pour subsister que ce qu'il recevoit secrettement dé ses amis. La reine en fut pénétrée de douleur; et, quoique les craintes qui l'avoient empêchée de consentir à son voyage dussent augmenter, elle fut la première k lui conseiller d'employer toutes sortes de voies pour se délivrer d'un si triste esclavage. Elle né souffrit point qu'il s'exposât à de nouveaux périls pour la voir; mais, lui ayant fait remettre une lettre pour le roi René, elle le chargea de ménager une vie dont elle s'étoit aper* çue que ses malheurs lui rendoient le cours insup^ portable^ et qui pouvoit devenir plus douce à la cour dé son père. Il parût avec un seul domestique. On ne s'aperçut point assez tôt de son départ, pour soupçonner Edouard de l'avoir fait poursuivre. Cependant ^ à-peine eut-il passé Roch ester, par où il avoit pris pour gagner quelque port écarté de la province de Kent, qu'il s'aperçut qu'on l'observoit. Ce n'étoit d'abord qu'un homme sdn) qui ne pouvoit lui causeï*, par conséquent, beaucoup d'alarme. U rejeta même la pensée qui lui vint de l'attendre sans affectation 'et de s'en jdéfaii'e. Son valet ^ plus porté à la défiance, l'en
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pressa, jusqa'à lui prédire qu^il étoit perdu sanè cette précaution. Il ne reconnut combien elle ,ëtoit juste , qu'après avoir fait quelques milles de plus , en voyant à sa suite douze ou quinze hommes armés. Il n'eut point d'autre ressource que de se jeter dans une forêt, à l'entrée de laquelle il observa la contenance de ses ennemis. Lorsqu'il leur vit redoubler leur course pour prendre le même chemin, il s'enfonça dans un lieu difficile, dont il ne connoissoit point les routes, avec l'espérance de le traverser entièrement , et de n'en être pas plus reculé pour gagner le bord de la mer. Mais, quoique ceux qui le poursuivoient ne pussent avancer plus vite que lui, et qu'ayant enfin quitté son cheval , il en eût plus de facilité à pénétrer dans l'épaisseur des arbres ; les traces de sa marche , qu'il ne pouvoit éviter de laisser derrière lui, servirent toujours à faire découvrir sa route. Impatient de cette contrainte , il se seroit précipité mille fois sur ces misérables , si , dans l'impuissance de résister au nombre, il eût pu s'assurer du-moins de recevoir la mort par leurs armes; mais ayant à risquer d'être arrêté malgré lui , et ne voyant de ce côtélà, pour terme de sa vie, qu'un infâme supplice, il prit une résolution qui ne peut être justifiée que par son désespoir. Il s'arrêta presqu'à l'extrémité de la forêt, lorsqu'il vit moins d'apparence que jamais à se sauver par la fuite» Il remit la lettre
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de ia reine à son* valçt , avec tout ce qu'il avoit d'argent dans sa bourse.; et, sans loi avoir déclaré son dessein , il le conjcira par tout ce qui pouvoit faire impression sur un homme de cette sorte , de passer promptement la mer, et de porter au roi René la lettre qu'il lui confioit. Ensuite , sans ajouter un mot de plainte , et sans se soulager même par un soupir, il tira son épée et s'en perça le cœur. Les cris du valet devinrent un guide fort sûr pour ses ennemis. Ils se saisirent de son corps, qu'ils gardèrent pendant quelquqf j ours sur le sable, eu faisant payer la vue de ce spectacle à tous les habitants des lieux voisins, qui vinrent en rassasier leurs yeux. Le duc d'Excesier étoit le dernier des descendants collatéraux de la maison de Lancastre , et le seul qui pût disputer au comte de Richemont ses droits à la couronne. Edouard ne put déguiser sa joie en apprenait cette funeste aventure , et les récompenses qu'il fit donner à ceux qui lui apportèrent le cadavre, passèrent pour une indécence aux yeux même de ses partisans.
C'en étoit assez pour éteindre à jamais l'espérance dans le cœur de Marguerite. Aussi ne pensa- . t-elle plus qu'à se renfermer dans un petit nooibre d'exercices tristes et lugubres, qu'elle regardai désormais comme l'unique occupation du rester de sa vie. Quoique l'entreprise du bâtard de Falcom-
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bridge lui eût fait retrancher, par l'ordre du roi^ quelqu'ombre de liberté dont eUe avoit joui dans sa prison, on ne lui avoit point encore interdit la vue de la princesse de Galles ni celle de la duchesse de Clarence, qu'un sentiment de compassion amenoit quelquefois aussi, pour la consoler par quelques moments d'entretien. Mais,nese considérant plus elle-même que comme un misérable objet de la colère du ciel, dont les moindres çommunica-* tions devenoient funestes à ses meilleurs amis, elle résolut de se nriver de leurs visites , qui avoient été jusqu'alors sa seule consolation. C'étoit déclarer qu'elle renonçoit au commerce du genre humain; car à qui auroit-elle accordé ce qu'eUe refusoit à la princesse de Galles ? Cette malheureuse fille du comte de Warwick n'avoit elle-même que ce soulagement dans son infortune. Je lui conserve un titre qu'elle cessa de porter en Angleterre, sur-tout lorsque le roi l'eut fait prendre au jeunç Edouard, son fils unique. Mais les partisans de la maison de Lancastre, quoiqu'observés continuellement, et comime accablés sous un joug qui leur permetloit à-peine' de respirer, lui donnaient encore ce.cher nom, par zèle pour la mémoire d'uii prince qui avoit emporté leur bonheuraveclui. Elle fut si affligée du parti que la reine avoit pris, que sa santé , dont on avoit vu sensiblement la diminution depuis le meurtre de son mari^ s'affoibUt
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encore plus par des maladies considérables. Un autre iticident , qui augmenta tout-d^uiy-coup ses disgrâces, acheva de la rendre une. des plus mal-beureuses personnes de son sexe.
La reine n'avoit pas autant de sujets qu^élle s6 l'étoit imaginé d'accuser la tendresse et de se plaindre de Toubli du roi son père. Outre les sol-r licitations qu'il faisoit faire continuellement à la coiir d'Edouard pour la liberté de sa fille, il avoit dépêché à Londres, sur le premier bruit de ses malheurs , nn gentilhomme français , nommé Mont-Robert 9 qu'il avoit chargé de se procurer, à quelque prix que ce fût, la liberté de la voir. Dan^ un temps où la trêve subsistoit encore entre l'Angleterre et la France , Mont-Robert n'avoit pas fait difficulté de se rendre directement k Calais, d'où il ne craignoit point qu'on l'empêchât de passer à Douvres. Mais il s'étoit élevé entre les Anglois de cette ville eties Flamands, quelque démêlé à l'oc* casion de la trêve marchande, qui n'avoit pas été l)ien observée de la part de l'Angleterre, sous le dernier gouvernement du comte de Warwick. Oi| étoit encore en si mauvaise intelligence, que Montt B-obert fut arrêté aux portes de Calais par quel^ ques marchands de Bruges , qui venoient de se plaindre inutilement au gouverneur de la perte d'un grand nombre de marchaiidises enlevées par Içs Aoglois. Voyant ari^iver un homme en fort
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bon équipage, elle prenant pour un Anglois, au^ langage de cette nation , qu'il savoit parfaitement et qu'il affectoit de parler en approchant d'une de leurs villes, ils s'éloient saisis de lui, comme d'un otage, pour la sûreté de leurs effets.
Mont-Robert conduit brusquement à Bruges, n'a voit rien gagné à leur déclarer leur méprise, et la qualité de François n'étoit pas, d'ailleurs, un titre plus favorable pour se faire écouter d'ua peuple qui étoit en guerre ouverte avec la France. U profita, néanmoins, de la trêve de treize mois, qui fut signée ensuite entre Louis XI et le duc dé Bourgogne, pour obtenir la liberté de retourner en France j et, n'ayant point perdu de vue les ordres de son maître , il reprit directement le chemin de Londres, où il n'arriva qu'après les derniers événements que j'ai rapportés. Les efforts qu'il fit pour se procurer quelqu'accès dans la prison de Marguerite ayant été inutiles, soit par lé renouvellement de la rigueur d'Edouard , soit par l'obstination de cette princesse à n'admettre personne dans sa solitude , il n'apprit point que la princesse de Galles avoit toujours été exceptée des ordres du roi, sans espérer qu'elle lui feroit ouvrir l'entrée de la Tour, ou qu'il pourroit s'y introduire dans la suite. Elle étoit retenue par une maladie violente, qui ne lui permit point de prendre elle-même ce soin ; mais jugeant, par les désirs de
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Marguerite , de la consolation qu'eue auroit à vi^r cevoir un messager de son père, elle oorijuta Tdrchevéque d'Yorck , son onde , de ne rien épargner pour lui rendre un si bon office. L^probey^qn^ étoit ce naêrae frère du cspmte de Warîwick , qui avoit laissé échapper£dauard desa prison deMidd? leham, et qui avoit été récoropens>é de ce service après la bataille de Barnet , par un acte d'amnistie qui renfermoit une grâce sans exception; ipais il étoit frère du comte de Warwiûk. Une qualité d odieuse à la nouvelle cour lui avoit fart prendre le parti de s'y montrer rarement ; et retenu à Londrqs par 1^ infirmités de la princesse de X^alles, qui n'avQÙ que ses libéralités pour subsister, il se con-^ formait par sa conduite à la fortune de^â maison et de son parti. Sa piété pour la reine et sa com-^ plaisance pour les dés^s de sa nièce , lui firent tenter d'introduire Mont-Robert dans la Tour. Quoi-^» qu'il o'eût pointpris de voie défournée, l'officier auquel il s'adressa crut se faire un mérite auprès d'Ëdouar4 de ^'avertir que ce prélat l'avoit voulu séduire.; et»ur une si frivole accusation , il fut ren« ferpié pour ie reste desa vie au ofaàtesiu de Gujines. Son obàtimeatfut abrégé par sa mort, qui arriva peu de temps après ^ prison; mais elle futpré-^ cédée d^ùné vio{lefice sans exemple dans la personne de sa nièce. Le duc de Glocester en étoit devenu amoureux. M'ayaiit Osé lui offrir sa maia
Préfost. Tomo XI T. , 2(J,
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dans le temps qhe l'appni qu'elle avoît encore dans son oncle lui Ëôsoit craindre trop de résistance , il profila de la captivité de l'archevêque pour l'enlever, et il la mit dans la nécessité de l'épouser malgré elle. Si elle trouva encore assez de force dans son tempérament pour réâster à sa douleur, la confiision qu'eUe eut de se voir l'épouse du meurtrier de son mari et de son beau-père lui fit tm supplice perpétuel d'une si honteuse fortune , et la fit même renoncer pour jamais à la consolation de voir la reine et tous ses amis. On verra que sa mort fut digne d'un mariage si monstrueux. . Mont-Robert fut long-temps à Londres, sans pouvoir exécuter sa commission. Edouard , qui ne put ignorer ce qui l'amenoit en Angleterre, affecta d'avoir peu compris quel service l'archevêque d'Yorck avoit entrepris de lui rendre, et lui laissa chercher les moyens de réwusir plus heureusement. A juger des sentiments de ce prince par cette conduite et par celle dont il ne se relâcha point pendant plusieurs années, on seroit porté à croire qu'en diminuant quelque chose de la rigueur avec laquelle il avoit commencé par faire resserrer la reine , son intention n'avoit été que de reconnoitre ceux qui lui étoient encore assez attachés , pour user, au mépris de toutes lès considérations, de la liberté qu'il accordoit de la voir. Ainsi , celte courte faveur ne peut passer
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que pofbr une noiavelle trahision^ dont on' a ya même que les effets ne pouvoient guîèf e éîrp plus eruels, puisqu'elle servit à la ruii>e de toisil ce qui restoitde serviieuifS'fidèlesà lareine.- ^ / ;
Ce n'étoit pas MËii^{tteriie seulement qui dë-^ sespéroit de sa liberté. Tandis qu^ellé sô croyoit abandonnée de tout iWivdrs, et qn^eife tratâi^ loit elle-même à Poublier ,'le roi soii père n'aivoit rien 'épargné pour îtoucher FinfleniiMeiiOBciousrrâi par ses propres sollicitations et pai^t^elles^de^'^pltis, grands princes de PEtirope: A ciettt'Jquiiui -re^ pt*éëentoient que les haines lés ptu^ sangladtes doivent à-la- fin s'assoupir , il pr6test<Ht que lai siemie étoit oubliée; iuàiâ qu'il oraigiHMt délie 4«^' la reine, et qu'il Pàyôtt' trop éptrèuvée v'îpbur ne pas connoîiré ce qu*îldèVOÎt en attendre^ Ainsi-y l'empereur Frédéric , Louis XI , les tluii^déi Botfr^ gôgne e£ de Bretagne et oient rébutés tteàf efforts qu'ils avoierit sans cesse renouvelés, etquiàvoierit toujours été reçus comme des importuiiités.
Cependant, ce fat dans une conjon<iture oii l'oh devoit peu s'attendre que les sentiments d-Edôuafrd* pussent changer, qu'il prêta l'oreille à de iioiïvelles propositions. Un événement qtli changea lôut-d'un-côup la fortune de Marguerite, et qui fut, d'ailleurs, si important pour la France y qu'il est surprenant que tioshistorieqs' ayentprissi peu
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de som;cla ràppfo£3à4îr9 mérite d'être expliqué avec qiiel^ti^ <étaodue.
• Le duc de Boiiirgog|[ié profîlok de la trêve qu'il avoit avec la Fraacè , pour isc'é^eiBdr/e du cot^ de FAUémagne> 11 avoit pri^iieqeMioQ d'un différend sùrveiHi tieinibâqi l'inrobe V^bé 4^ Cologne y entra Robert <t^. Bavière ^l te: frère du landgrave de Heseé, pewr fiôre )e »ëge 4e No^^ entreprise dont il t^eeub^i^4Àh9 h suive 4timi.p^u d'utilité qpe de gloire 9 ^fH^il q«|i alarma d'#}HAii Louis XI, dpM riQtër4t V-ét^W pas de loilm^ser le temps de s'agraqdhJ'f ^ojEir'Arrâteir les des^^ios de ce prince , horm hffm9'4^9in qôtç i eontre jni jbe duc de Loi^ Fain0, jl^ilm d'AuirH^faeiçt les.3oisses, jtandis que de l'aiMïre^il •engageoit l'enpeneur Jfrédéric à se rendM à j^Uff , avec une pfÛHeo^e armée , pour le £oFçer prompiânvem d'en lever le siège. Ce qu'il y eiat 4^ fïuft picp^nt {K^w 1^ duc de Bourgogne^ pe lai qae liouîs^ Affectait pendanx ce temps-là de denv^Mi^ tranquille ^ lui faisoit valoif la fidélité ^9^^ laquelle il observait la trêve. lie déwrde la vefigeance 9 ^«i;ant que la nécesûué de se déli-^ TMT d'iui esobafras si pr^ss^AU, fix penaer au duc k &ipe une •puissante diversion^ . en;aiiiûranx le roi d'An^etefre .^ f!fance« JU lui ejovoya^es ambas^ sfideurs, pour lui i^ensu^de^de^fairé la. guerre a leur ennemi eonu»un ^ eiv non^iseiUenau^nt il lui
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protnît de se )omdrQ à lui avec toiuçs ses^forces^ mais ne méuageaiii rien dans la dialeur de s^ liaÎDC, il lui fît espérer que le. coDoétable ^e Sûnt-Pol loi livreroii Saint-Qudnlio } que le duc de Bretagne eotreroit dans leur lif(ae; et que par les intelligences que ce prince et lui avoient en France^ ils fetteroient Louis XI dans une confusion qui ren droit la conquête de ses états aussi £aicile aux Anglob, qu'elle l'avoit été sous Qiatles VI.
Edouard, qui nourrissoit contr/d XiOuis mille projets de vengeance, depuis le secours qu'ilavoit * accordé à Marguerite et au comte de Warwick, reçut celte ouverture avec des transports de joie- Il nomma aussitôt des plénipotentiaires | qui si^ gnèrent avec ceux du duc, divers traités , qui se trouvent dans les actes de Rymer, et dotit on ne se lasse point d'admirer les articles» Aprèsla convention générale d'entreprendre k frais communs la conquête de la France , les deux princes entroient dans le partage des fruits de leur victoire. Edouard, pour récompenser le dut des services ^u'il eii aitendoit^ lui laisoil présent, d'avMace , du duché de Bar ,. des comt4s de Ch^acûpagne , de Nevers, de Retel^ d'Eu, de Guis^, et de quantité d'autres terres. Ilrenonçoit, ea faveur du duc^ à l'hommage de toutes les provinces dont il étpit actuellement en possession , c'est-à-dire p de la 'Bourgogne , de la Flandre ^t de l'Artois ^ et de
celles qu'il lui accordait par le traité. Il prëten- ; doit que cette donation ^ ou ce transport , fui . aussi ferme que si les états-généraux de France y avoient consenti; et il s'engageoit à leur faire confirrner là-dessus toutes ses volontés , lorsquHl seroit en possession de la couronné. Enfin , portant la prudence jusqu'à prévenir les moindres difficultés, les deux princes convenoient, par un acte particulier, qu'Edouard et ses successeurs auroient toujours la liberté d'entrer à Reims, pour s'y faire sacrer : précaution nécessaire , parce que là Champagne se trouvoit comprise dans les états du duc.
Lès historiens anglois , qui ont senti le ridicule d'un traité de cette nature, excusent Edouard, en prétendant qu'il feignoit de se laisser gagner par l'espoir de conquérir la France , pour se remettre seulement en posseràon de la Guyenne et de la INormandie. Mais il n'en fit pas moins tousles préparatifs qtxi convenoient à l'importance de son entreprise. Il envoya des ambassadeurs dans toutes les cours de l'Europe, jusqu'à celles de Hongrie et de Sicile, pour les presser d'entrer dans sa liguée II s'assura contre les diversions des Ecossois j par le mariage d'une de ses filles avec le prince d'Ecosse. Il leva une grosse «nnée et des subsides extraordinaires; enfin, il s'embarqua à Sandvv^iehy le sodé juin 1475. Un historien assure^
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qu'il trouva à Douvres cinq cents vaisseaux de transport , que le duc de Bourgogne y avoit envoyés. Mézeray dit qu^on employa trois semaines à faire passer toutes les troupes angloises à Calais : ce qui marque qu^il y avoit , ou peu de vaisseaux ^ ou un très-grand nombre de troupes. On n^en ignore pas moins à quoi montoit Tarmée angloise; et Philippe de Commines , qui étoit alors au ser-r vice de Louis XI , assure seulement que jamais roi d'Angleterre n'en avoit mené en France une si nombreuse.
Les premières démarches d'Edouard répondirent à son traité et à ses préparatifs. Il envoya de Calais un héraut à Louis , (c pour le sommer de 3) lui restituer tout le royaume de. France ^et pour )) lui déclarer la guerre en cas de refus )). Si cette bravade dût paroitre singulière au roi , sa réponse et sa conduite ne furent pas moins surprenantes pour les Anglois. Il répondit au héraut : a c^u'il )) étoit bien informé que ce n'étoit pas de soo )) propre mouvement qu'Edouard vénoit le trou- )) ,bler dans ses états, mais à la sollicitation du )) duo de Bourgogne et du connétable de Saint- )) Pol , et qu'il pouvoit assurer son maître y que )> tous deux le trompqient » . Ensuite il lui fit donner trois cents écus, et trente aunes de velours pour lui faire une robe. Sans approfondir les rai-» sons d'une si grande sécurité j il f^IJoit que Louis
eût des ressources bien présentes et bien iniàil* fibles , pour tenir nne conduite si ferme. A-larirhéj le doc de Bourgogne était encore attaché an Mege de Nnz; et malgré l'approche de Temperenr, il s'obstinoit à le continuer.* L'espérance d'emporter cette place , à la vue de tontes les forces de Fempire , le rendit insensible à la perte d'une province, qui lui fut enlevée parS^^moad, duc d'Autriche ) aui rarages que le duc de Lorraine fit dans celle de Luxembouig, et à la prise de plusieurs places qui lui furent enlevées par la France, aussitôt que la trêve fut expirée. Si c'étoit le fond que Louis avoit fait sur les dispositions de ce prince, qui l'a voit rendu m tranquille à Farrivée d'Edouard ^ il dut s'api^udir de sa pénétration , lok^uè le duc ; après avoir enfin levé le siiége de NuK , trouvft son année en si mauvais état , qil'dU'li^ll d'aUer joindre tes Anglois, il fut forcé delà mettre en quartier de rafraicbissement. Il se rendit pîresqiie seul aupr^^A'Edouard, qui, ne recevant V ni de lui, tii du'^eomte de Saint-Pol, les secoutis c|ù'il en avoit attendus , et ne voyant aucnhe apparence àut Soulèvements qu'on lui avoit fiait espérer dans les provinces du royaume , cbmibença à craindra dis s'être engagé trop imprudemment. Les Anglois racontent éux-tnémes que se trouvant dans le dernier embarras , et se défiaht même de ceux qui Favoient appelé , il
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chercba les moyeos de 5e Xitet d'une si téméraire entreprise, sans blesser ouv^riement sdn hon^^ neur. Il fit relâcher un prisonnier franoois, le seul qu'il eût fait depuis son débarquement; et par son ordre , les lords Howard et Stanley , deux de ses principaux confideâis, le chargèrent de pré-^ senter leurs respects au roi son maître. Loui^ comprit le sens de cette commission. Il jugea que les Anglois souhaitoient d'entrer éU négociation ^ et qu'ayant honte de faire les premières démarches , ils lui faisoient proposer comme tacitement tle leur épargner cette ^confusion par quelque ou**» verture d'accommodement. Limpatîence de se délivrer d'eut , le reildit ttoolns délicat. Philippe de Commines rapporte U qu'il fit vêtir ëti héraut, )) un homme de peu de considération /tnais à qui » il connoi$sbit beaU<(30up d'esprit; et qu'après )) lui avoir donné de bonnes instructions , il l'a- ^) dre^a aux deux seigneurs dont il avoit r^tu des )) politesses ». Ils le présel)tèï*ent au rOi, qui tie put manquer^ dans la disposition où il étoit^ dé le rect^voir fbrtagréablemettl. £a peu de Jours, il y eut des plénipblentiéirels iiomibës d^ là part des deux ^ttKMiârquefs. Us s'^ssémMèr^lt à Pé(][Ui^ gny , où ils concîùtiéttt ^ le ^ti d'à^^ût > un traité , dont l«s deux principaux àrtides furent le mariage du dauphin avec la «fille ainée d'Edouard ^ et le départ de l'armée an^oise.Mais avant là sépara*
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lion des plénîpoteDtiaires, Louis fit proposer au roi d'Aoglelerre , uoe conférence sur le pont de Féquigny , sans autre formalité qu'une barrière qui fut mise entre eux sur le pont. Il s'y rendit le premier , accompagné du cardinal de Bourbon et de cinq autres seigneurs. Edouard arriva presr que aussitôt, avec une suite qui n'étoit pas plus nombreuse. Après avoir confirmé tous deux avec serment les arlicles du traité , ils commencèrent une conversation fort agréable , et qui dura long* temps sur le même ton. Louis proposa à Edouard d^aller passer quelques jours à Paris, en lui promettant que les dames de cette ville n'épargne* roient rien pour lui procurer toutes sortes de plaisirs; et s'il arrivoit, lui dit-il, qu'il y commit quelque peccadille, il lui oSroit pour confesseur le cardinal de Bourbon , qui n'étoit pas des plus rigides. Les réponses d'Edouard furent tournées avec le même agrément. Enfin , Louis fit signe aux seigneurs qui étoient avec lui de se retirer, et^ les seigneurs anglois les imitèrent au même moment. Les deux princes se trouvant libres , recommencèrent un entretien plus sérieux, dont l'un des premiers articles fut le renouvellement des instances de Louis en faveur de la reine Marguerite. On n'a point, su quels motifs U employa pour toucher le roi d'Angleterre ; mais ayant juré une trêve de sept ans^ et s'y étant portés mutuel-
lement de si bonne foi, qu'ils avoient nommé de part et d^autre des arbitres pour terminer désormais tousleurs différends , il est à présumer que les craintes d'Edouard n'ayant guère eu de fon- . dément que du côté de la France , il s'en.crut toutàf£aiit délivré , lorsqu'il vit le roi disposé à vivre dans une paix constante avec lui. D'ailleurs, Louis, que de puissants motifs engageoient à se charger de la cause -de Marguerite, avec celte ardeur, joignit à ses instances l'offre d'une rançon de cin* quante mille écus, qui eut, sans doute, autant de force que ses raisons pour faire impression sur l'esprit d'Edouard. Cette convention particulière parut assez importante aux deux princes, pour, être inséré^ dans le traité.
Elle n'éclata pas néanmoins tout-d'un-coup. Louis s© réserva le plaisir d^apprendre lui-même une si douce nouvelle au roi René j et le roi d'Angleterre oubliant de bonne grâce ses ressentiments et ses craintes, voulut queMarguerite ne reçut pas d'un autre que lui les premières assurances de sa liberté. Commines raconte qu'après cetie entrevue , Louis se rendit à Amiens , où le lord Howard le suivit en qualité d^ôtage. Peadant que ce prince étoit à se laver les mains pour se mettre, à table.., Howard lui rappela à l'oreille, la proposition qu'il avoit faite à son. maître, d'aller passer quelques jours àParis.iit'OuisBe fit aucune réponse ; Howard
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renouvela souvent le même discours pendant le repas , mais le roi feignit toujours de ne pas l'en^ tendre ;* et lorsqu'il eut quitté la table , il lui fit diro que sesaffaires ne lui permettant point de retourner si tôt à Paris, il étoit fâché de ne pouvoir accepter rhodneuf que le roi d'Angleterre paroissoi t disposée il lui faire. Il ne craignoit rien tartt ^ remarque Com^ mines , que de voir prendre k Edooard trop de goût pour la France ; et se repentant de s'être imprudemment avancé , a il souhaitoit avec passion ^ de lui voir tourner le dos pour repasser dans son V isle )).Cependant, il sefithonneur par les caresses et les libéralités dont il combla tous les seigneurs de la cour d'Edouard. L'armée angloise s'étant approchée d'Amiens, il en fit tenir les portes on^ Tertes , et l'ordre fui donné dans toutes les hôtelleries, de bien traiter les Angloisqui viendroienit voir la ville , sans rien exiger d'eux pour leur dépense. Il envoya au roi son allié , un présent de trois cents chariots chargés de vin , pour en faire la distribution à son armée. Enfin, il n'épargna rien pour empêcher qu'Edouard- n'ouvrît les yeux sur la fbiblèsse des raisons qui Tavoieut alarmé , tet ne senttt le ridicule dont il s'étoit couvert par une si folle et si vaine expédition.
Quelque désir que les deux rois eusseaèit marqué de tenir quelque temps secrette la convention qui regardoit ls( liberté de Marguerite ^ cette prin j-
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cesse fut informée du cbangement de sou sort y avant qu'Edouard eut repassé la mer. Elle eut robligatiou de cette nouvelle au comle de Dunois, à qui Louis ne l'avoit point cachée , et qui se bàla d'en donner avis au roi son père et à elle^ménie. Mont-Robert avoit enfin trouvé le ix^oy^n de pénétrer à la Tour. Il étoit parti ensuite pour retourner vers le roi de Sicile , avec les commissions de ' la reine ^ qui consistoiaut moins en affaires politiques qu'eu témoignages de tepdresse pour sa iamille. Cependant l'occasion qu'il ^voit eue à XiOndres de se lier avec quelques partisans de la maison 4e Lancastre ^ lui ayant fait pénétrer une partie de leurs sent io^ents, dont ils a voient fait peu de mystère avec un homme qu'ils connoissoient dévoué à la reine, il luî é^toit venu k V^spnt de leur offrir tes services po^r la Bretagpe , q^ l'on n'ignoroH p|n6l|he ie cofiil^ de Richempnt avoit été arr^lié- Cette offr^e ayant été cons^uniquée k quantité de personnes, quiétoient.dansleç mêmes dispositions pour c^ .précieux re^te du sang des Xianoastres^Mont^-Robert ^e trouva chargé, s;sms l'avoir prévu , d'une espèpe de «légpciation dont il ne s^ù% piys taut-^d'u-p^poi^p l'importw.ce et le danger. Il ét^it mpîns question de pr^|>P^r .au comte deis entreprises puibqiiii^lle^ Iqs ic|irfion$laiicej^ étoient peu favorable^ , que de le -foire penser à sortir, par toutes soribes dp moyens , d'un esclava^^e
qui ne pouyoit manquer de lai devenir funeste. Sa prison n'étoit pas gênante, puisqu'elle étoit aussi étendue que la ville de Vannes , où il a voit la liberté de se promener et de voir le5 habitants. Mais n'en étoit-il pas plus étrange qu'il parut s'accoutumer à des chaînes qu'il éloit si facile de rompre? Quelles pouvoîent être les vues du duc de Bretagne , eh l'y retenant ?C'étoit, sans doute, de se servir de lui tôt ou tard , pour obtenir quelqu'avantage de la cour d'Angleterre ; et ne pouvoit-il pas arriver des circonstances où sa tête deviendroit le motif ou le prix d'un traité? Mont-Robert prêta d'autant plus volontiers l'oreille à la proposition qu'on lui fit de passera Vannes, et de mettre ces ob^rvaltio'ns sous les yeux des comtes de Richen>ont et de Périibroock, qu'il crut servir la reine en s'intére^sant à la fortune d'une maisori pour laquell^il lui su{)posoit toujours le même zèle. Il é'Ait parti de Londres avant l'expédition d'Edouard , ets'étantsefvi du premier vaisseau qui àvoit fait voile vers* la Bretagne, il s'y étoit trouvé avec le chevalier Nasb, qu'Edouard envoyolt dans Je même temps pour ambassadeur à cette cour.
Le premier jour de leur navigation s'étoit passé sans défiance ; mais Nash ne put entendre ndmntér à Mont -Robert la plupart des personnes qu'il avoit vues particulièrement à Londtes, sans' le soupçonner de quelque' comoâission qui àvoit mp*
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port aux deux comtes il déguisa ses soupçons jusqu'à son arrivée , et n'ayant point manqué d'attacher quelques espions sur ses pas , il apprit bientôt qu'en descendant à Saint- Malo , il avoit pris le chemin de Vannes. Le premier exercice qu'il fit de son emploi , fut pour demander au duc la permission de le surprendre dans les communications qu'il alloit avoir avec le comte de Richemont. Il l'obtint. Le duc de Bretagne étoit alors si bien avec l'AngleterrlL^ que malgré la paix perpétuelle qu'il venoit de signer avec Louis XI, il étoit entré secrettement dans la ligue d'Edouard et du duc de Bourgogne. Cette trahison n'ayant pas eu d'autre suite par le changement précipité d'Edouard, elle n'est connue dans l'histoire que depuis la publication du recueil deRymer, oùl'oa trouve l'acte de leur ti*aité. Dans une disposition qui ne permettoit pas au duc de rejeterles instances d'un ministre anglois , il donna à Nash toutes les. permissions qui convenoient aux intérêts du roi son maître. « *
A^peine Mont-Robert étoit depuis deux jours k Vannes, qu'au milieu d'un entretien qu'il s'étoit procuré avec les deux comtes , il fut arrêté par des gardes qui l'avoient observé , et qui le surprirent dans le moment qu'il présent oit au comte dePembroock diverses lettres qu'il avoit apportées pour lui. Elles conteaoient tout ce qu^on avoit recorai-
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mandé à Mont'&obçrt de lui répéter de vive voix ; mais par uofi précaution forf. bevurieuse , il n'y paroissoit aneun nom ^ dont on put abuser pour chagriner personne , et le seeret de cette négo-eîaiion sembloit ainsi dépendre de la fidélité de celui à <qui elle ayoit été confiée. On enleva à Mont-Robert y avec lesletxnes du cpn^te, celles qu'il avait reçues de Marguerite, pour leToi son père. C'étoitune autre découverte, qui sembloit rendre sa commission encore plus importante. Nash s'empara de toutes ces pièces, et ne pouvant se figurer qu'elles ne continssent point quelque projet pernicieux, sous des termes déguisés, û proposa au duc d'en arracher le secret à Mont- Robert par les supplices. Il ne lui trouva pas la même facilité pour cette proposition. Cependant , après en av^oir obtenu que les deux comtes fussent gardés plus étroitement, il le fit consentir a lui livrer Mont^^Ax^bert , pour le renvoyer à Londres avec toutes les lettres. .qu'on lui avoit saisies , et pour abandonner cette affaire au jugement du roi. lié vaisseau , auquel il fut confié , arriva en Angl^errC'peu de jours avaiKtle retour d'Edouard» Ce prince avoit établi >pour:gardien .du royaume ^ pendaqtâon absence ^ le prtnoe^e Galles son fib p qui n'^oitâgé que de (nnqaus; mais.comme c!étoit sous }a Tvégeffice du conseil, Mont-Robert n'^n dut pas moins^examiné sur les accusations de Màsb , èi
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sur les lettres qui falsoient son crime. Celles de la reine étant, les seules qui fussent signées, auroient contribué plus que toutes les autres à sa perte , si elles eussent offert la moindre preuve du complot dont on le soupçoTinoit ; mais quoiqu'elles ne continssent que les expressions naturelles de la douleur et delà tendresse, on fut porté parles insinuations de Nash , à regarder les termes les plus simples 'comme un chiffre qui couvroit quelque mystère , et l'adresse même qui étoit au roi de Sicile , comme un déguisement pour les faire parvenir sans risque aux comtes de Pembroock et deRichemont.Toute folle que cette imagination étoit en elle-même , il faut confesser que le voyage de Mont-Robert à Vannes, les autres lettres dont il s^étoit chargé , et ses relations avec les deux comtes, pouvoient lui donner quelque vraisemblance.
£lle en eut tant pour le conseil, que ne se bornant point à faire des informations fort ardentes sur les lieux et les personnes que Mont- Robert avoit fréquentées pendant son séjour à Londres, il poussa le zèle jusqu'à faire resserrer plus étroitement la reine. On se souvenoit qu'après la bataille de Teukelsbury, Edouard avoit eu dessein de livrer cette princesse à la justice du parlement, et qu'il n'en avoit été détourné que par la considération de son sexe. Hastings, l'un des principaux conseillers de la régence, se 6gnra
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que ce seroît faire sa cour au roi que de profiter du' temps de son absence, pour satisfaire sans le eoramettre , un de ses plus Tifs ressentiments. Il fit entrer tout le conseil dans cette idée. Mai^uerite^ après aToir été respectée de son vainqueur et de son ennemi , se vit exposée à l'humiliation d'être traitée en criminelle , par une troupe de flatteurs ^ qui avoîent déjà oublié qu'ils eussent été ses sujets. Le retour du roi n'auroit pas été assez prompt pour la garantir des premières procédures y si elle n'eût été secourue par une voie fort étrange.
Entre les maîtresses du roi, celle qui tenoit le premier rang, se nommoit madame Shore. C'étoit la femme d'un bourgeois de Londres qu'il avoit enlevée à son mari, et qui joignoit à une beauté surprenante une bonté admirable de caractère. (( Edouard l'aimoit autant pour l'excellence de )) son naturel que pour sa beauté. Jamais on ne y> l'entendoit parler mal de personne ; jamais elle y> ne s'étoit servie de sa faveur pour prévenir son j) amant contre quelqu'un. Si elle l'importun oit i> quelquefois, c'étoit pour secourir les malheu- » reux , et les services qu'elle se plaisoit à rendre )) étoient toujours désintéressés. Aussi avoit-elle )) amassé moins de biens , qu'une infinité d'autres, » pour lesquelles Edouard avoit moins de ten- )) dresse et de considération )). Cette femme étoit aimée du lord Hastings, Quoique le respect qu'il
devoit àsOD maître, l'empêeliâl de faire éclater ses sentîmedts , il lai avoit fait connoilrç dans mille occasions, le pouvoir qu'elle avoit sur lui , et peutêtre étoit-elle déjà sensible auK soins qu'il Itu^ rendoit secrettement. Lorsque la résolution du conseil eut été publiée , elle ftit choquée de Pobstination avec laquelle on persécutoit une reine infortunée y qui étoit bien moins à redouter qu^à plaindre, et elle fit honte de cette cruauté au lord Hastings. Le désir de lui plaire le disposa aussitôt k changer de résolution ; et craignant même que les démarches qu'il avoit déjà faites ne i'euss^ent trop engagé , il se hâta de déclarer au conseil que de nouvelles lumières qu'il avoit eues surl'înno^ cence de la reine , lui faisoient abandonner 1^ dessein qu'il avoit eu de la poursuivre. Mais si sa qualité de grand chambellan , et les services qu'il avoit rendus au roi , lui donnoient beaucoup de considération, le conseil étoit composé de plû-^ sieurs autres seigneurs, qui n'étoient pas moini distingués par l'élévation de leur rang, ou par la faveur du roi, et qui, s'étant rendus à son avis lorsqu'il avoit proposé de pousser les accusations de Nash , ne se trouvèrent pas disposés à s'arrêter sur une rétraction si vague. Henri Staffort , duc de Buckingham, et grand connétable du royaume , le pressa de déclarer au conseil ce qu'il avoit découvert de favorable à la reine, et dansVembarras
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QÙ cette proposition parut le jeter, il conclut que des raispns qui n'étoient connues que de lui , ne dévoient pas empêcher le conseil de terminer cq q\i'il ayoit entrepris pour la sûreté du gouvernement.
Madame Shore, plus a£9igëe que Hastings dd cette résistance, prit le parti de dépêcher un courrier au roi, avec une lettre digne de la bonté de 9on cœur. Elle n'eut pas le mérite de contribuer f ux résolutions que ce prince avoit prises en faveur de la reine, puisque le traité de Péquigny étoit déjà coBclu, et que le courrier trouva l'armée (tnsloise prête à s'embarquer à Calais; mais l'opposition du lord Hastings ayant fait suspendre pendant quelques jours les démarches du conseil^ ce i[ie fut pas moins à la générosité de madame Shore, que Marguerite eut l'obligation de se voir garantie d'une nouvelle disgrâce , qui auroit mis le comble à son humiliation. Cependant, le roi ne fut pas plus tôt à Londres, qu'il prit connoissance du fond de cette aventure. La lettre de la reine lui parut ce qu'elle étoit, c'est-à-dire, une pièce indifférente de l'Angleterre , et qui n'avoit pu donner lieu qu'à des soupçons ridicules. Mais il porta un autre jugement de celles dont Mont- Robert s'étoit chargé pour les deux, comtes, et il se persuada aisément qu'un agent de Marguerite n'avoit point fait le voyage de Bretagne sans sa
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participation ou sans ses ordres. Mbùt-Robert^ qui lui fut présente , protesta en vam qîoe eett9 princesse avoit ignoré sa commission. La fermeté avec làqùelle'il refusa de trahir ceux qui lui avoient confié leurs lettres, laissa dans Fesprit d'Edouard une défiance qui Fempécha longrtenips d^annon^ cer à la reine Theureuse nouvelle de sa liberté; de sorte qu'avec les assur^ces qu'elle en avoit reçues du comte de Dunois^ et celles même qui lui furent bientôt renouvelées par le roi soii père; elle eut le chagrin de languir encore plus de trois mois dans une cruelle incertitude. Mont-Robert^ après six semaines de prison, fut renvoyé en France, sans avoir pu se procurer le moyen de lavoir, pour lui expliquer du^moins ce qui retardoit sa délivrance.
Enfin , cette grâce si long-temp^ attendue , fut fixée par le roi au ao de novembre. Si ce prince se dispensa de voie Marguerite à son départ, il prévint les désirs de tousses amis en lui accordant quelques jours pour recevoir leurs adieux. Elle eut la permission de les passer à Greenwich , où elle fut traitée avec beaucoup de magnificence aux frais de la nation. Quoiqu'il y ei)it peut-être quelque poisou' caché sous ces apparences 4'^onneur , il il'y «eut point de considération qui fut- capable de ijetenir une; infinité d'hOnnêtes gens qui s'.enipre&- * sère^it de lui aller rendre leurs derniers devoirs»
Ijo dac-€t la dackesse de Clarence semblèrent dDoB€r l'esemple dès le'premier jour; et, comme on ne put s'imaginer qu'ils eassent fait cette demarche sans la participation du roi, elle fut imitée de c«ux même que la curiosité seule étoit capable dy conduire. Aiœi les observations qu^Ëdouard aToit pu se proposer, furent confondues dans la multitude. On s'étonna de n'y pas voir la duchesse de Glocester j mais retenue par la honte, eUe fit faire des excuses à la reine, avec des marques fort vives du fegr^t qu'elle avoit de s'être ôté le pouvoir de la suivre. Louis XI avoit fait partir de Dieppe un vaisseau , qui s'étoit avancé jusqu'à Greènwieh. Quelques officiférs, chargés de ses Mdtes et de eeuie du roi René, allèrent prendre à Londres ceux d'Edouard, et n'en reçurent point d'autre que d'exhorter la reine à jouir tranquillement de la liberté 't^\i^ lui accôrdoit.
Cinq ans de prison , qui étoient venus à la suite de tant de tûalbenrs , et qu'elle avoit passés presque tout entiers dans une solitude obstinée , avoient mis tant de changement daas son caractère , que dette exhortation étoit peu iiécessaire pour lui inspirer le goût de la^ retraillje et du repoB. £lle avoit déjà téglé^l'eihi^lei du reste de ses< jours. Après avoir passé à Pfrris pofir remercier L^uis XI de l'intérêt qu'il avoit pris à son sort, elle étoit fëdolue de^ se rendre à Aix , où ce prince avoit
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permis au roi René d'aller attendre la mort dans une vieillesse fort avancée. Soii dessein étoit do demeurer auprès de ce bon père , aussi long-tempt qu'elle y seroit nécessaire pour lui fermer les yeux, et de s'ensevelir après lui dans quelque couvent écarté, dont elle reraettoit à faire le choix sur les inforiQations qu'elle prendroit dans cette province. Son voyage se fit heureusement jusqu'à Dieppe ; mais , lorsqu'elle se disposoit à partir pouf Paris, elle reçut un messager du roi, qui, après l'avoir félicitée au nom de ce prince du changement de sa situation j lui apprit qu'il la dispensoit éù voyage de la cour, et que, pour lui épargner uni» fatigue inutile,il recevroitsesTemercîmentsdulieu où il apprenoit avec }oie qu'elle venoit d'arrivev* Louis n'avoit pas compté , néanmoins, délaisser passer la reine sans la voir; mais il étoit alorfr oc* cupé d'une entreprise qu'il avoit extrêmement i cœur, et dont osk lui &t craindre qu'elle n'arrêtât l'exécution par des instances auxquelles il lui, se^ roit difficile de rési&ter.
Il 9Voit acGO«dé,:depui5 peu , une nouvelle trêve ILU duc de Bourgogne y mais à condition qu'à lui livreroit Je. connétable de Ssdai-^PoI, qui s'étoit réfugié dans ses états sous la foi d^un sauf-^eonduit; et le duc, qui brûloit de se voir libre pour âatis-? faire son ressentiment contre le duc de Lorraine et le duc d'Autriche, avoit sacrifié soxl honneur à
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sa vcrtgeaûcc. Louis, qui n'éloit pas moins irrité. Gontrele conuétabIe,n6 l'a voit pas plus tôt en entre ses mains 9 qu^il àvoit. nommé des commissaires' pour lui faire son procès; et ses fréquentes trahisons étant les moindres de ses crimes, il comptoit de le faire bientôt monter sur Féchafaud. Ce seigneur n'avoit pas une autre idée de son sort depuis qu'il avoit été remis dans les prisons du roi. Cependant, ayant appris qu'on attendoit incessamment la reine ; et , prévoyant qu'elle vien droit remercier le roi de sa liberté , il se flatta que leur entrevue seroit un moment de faveur, et que ce qu'elle demanderoit à son libérateur, lui seroit difficilement refusé. Ses parents et ses amis, qu'il fit entrer dans cette pensée, se mirent aussitôt en chemin pour aller au-devant d'elle, préparés à donner toute la force possible à leurs supplications. Mais le roi fut averti de ce mouvement , et ]e. parti qu'il avoit pris d'envoyer lui-même audevant de la reine, n'étoit que pour se délivrer d'un obstacle auquel il étoit résolu de ne pas céder. Son messager avpit même ordre de faire assez de diligence pour prévenir les amis du comte, et de faire entendre à la reine qu'elle devoit s'attendre à des sollicitations auxquelles on la prioit de no pas prêter l'oreille. '
, Cet incident la chagrina penj mais il l'exposadws la. suite de son voyage à perdre misérable^
I>E MARGUBBITE D^ANJOU. ^'j5
ment la vie. Ayant pris sa route par la Normandie^ elle se trouva forcée le soir, avec une suite peu nombreuse, de s^arrêler dans un village pour y passer la nuit. Celte province étoil encore remplie d'Anglois, qui s'y étoient établis sous les règnes de Henri V ei de Henri VI, gens dont Pinclina-' lion pour leur patrie ne s'étoit point altérée par une si longue absence , et qui en avoient suivi toutes les révolutions avec la même chaleur que s'ils y eussent été intéressés par la perte de leur sang ou de leurs biens. La reine marchoit sans dé&ance et sans précaution. £lleavoit même refusé une escorte , que le roi avoit fait préparer à Rouen j pour raccompagner aussi lom qu'il lui plairoit de s'ensrervir. Ses gens n'avoient pas ordre non plus d^ cacher son nom ni sa marche; et pensant aussi peu au déguisement qu'à l'ostentation , elle no s'occupoit que du terme de son voyage. Tandis qu'elle étoit à souper dans le village où elle s'étoit arrêtée^ la maison , qui n'étoit qu'une hôtellerie publique , se remplit d'Anglois, que la seule curiosité peut-*' être y avoit- d'abord amenés; mais qui, s'échauFfant entre eux sur les intérêts de leur pays, tërr minèrent leur conversation par des reproches grossiers et des invectives sanglantescontrelareirié et sa suite. Elle n'avoit avec elle que- dix person-» nés, dont trois étoient ses femmes, deux gentils^ hommes anglois qui s'étoient attachés à elle par le
9eul mouvement de leur afiecdon ^ et cinq domes-^ tiques : triste reste de tant de grandeur et de puis-* sauce. Les deux gentilshommes , bouillant de zèle pour la reine, se flattèrent d'imposer silence à cette troupe de moulins par un air de hauteur et d'autorité. Mais leur insolence augmentant à la première menace, ils s'emportèrent bientôt jusqu'à •'armer de tout ce qui s'ofiroit à leur fureur; et, forçant les deu\ gentilshommes de se retirer dans la chambre de la reine, ils jurèrent d'exterminer les restes d'un parti qui a voit causé tant de mal à l'Angleterre. Leur attaque devint une espèce de siège , auquel il auroit été difficile de résister longtemps, si quelque François, attirés par le bruit y n'eussent délivré la reine d'un si grand danger.
Comme elle étoit peu avancée dans sa route, une si fâcheuse aventure , qui pourvoit se renoa* <veler à tous moments dans les autres parties de la province, lui fit prendre le parti de retourner k Rouen, non-seuljement pour y prendre l'escorte qu'elle avoit refusée, mais pour j attendre sir Thomas Montgommery, ambassadeur d'Edouard à la jcoviv de France, qui, n'ayant pu se rendre assez tôt à Dieppe ou à Rouen pour la recevoir, lui avoit fait dire qu'il se trouveroît à Alei)çon sur son passage. Il restoit de la part de l'Angleterre quelques formalités dont ee ministre étoit chargé;
et Louis XI avoît donné ordre en même-tempa au
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sieur de Genlis et à Jean Raguenet, receveur*générar de Normandie ^ de se rendre sur les lieuiL pour assister de sa part à cette dernière scène. Ils se conformèrent volontiers aux intentions de la reine. Montgommery, suivant les ordres qu'il avoit reçus de son maître , reçut do cette princesse une confirmation libre de l'acte par lequel on Favoit déjà fait renoncer, en sortant de la Tour de Londres , à son douaire , à ses jo jàtm et à tout ce qu'elle pouvoit réclamer en qualité de reine douairière d'Angleterre. Les deiix ministres dé France étoient cbargés de prendre cette occasion pour lui apprendre à quel prix le roi s'étoît employé si ardemment po«r sa liberté. René, par un testament signé à Lyon au commencement de la tnême année , avoit cédé à la France tousses droits sur la Provence , sur FAnjou , et sur les duchés de Lorraine et de Bar. La seule condition qu'il avoit attachée à ce beau présent , avoit été que Louis XI payeroit la rançon de sa fille, et fèroït à cette princesse une pension convenable à son rang. Elle fut obligée de confirmer aussi cette disposition du roi son père.
La satisfaction qu'elle ressentoit de se voir libre, ne l'empêcha point de remarquer ce qtie loi coûtoit cette faveur. Elle se trouvoît dépomllée dans le même instant, non-seulement de tout ce que le droit établi luiaccordoit en Angleterre, mais
pouvoir sur l'esprit de son mari, depuis qu'elle a voit donné deux princes à l'Angleterre , fortifioit continuellement ses soupçons ; et le duc de Cla-^ rence y naturellement fier et indiscret y avec peu de génie , fournissoit à tout moment des armes contre lui-même ^ par l'imprudence de sa conduite et par la liberté de ses discours.
U y avôit , néanmoins , peu d'apparence que sa perte fût si prochaine , lorsque le hazard y donna lieu par une aventure qui n'avoit rien de commun avec des intérêts si sérieux. Le roi étant à la chasse, dans le parc du chevalier Burdeit , avec qui le duc de Clarence étoit lié d'une étroite amitié , y tua un daim blanc que ce gentilhomme aimoit beaucoup. Cette perte fut si sensible à Burdett , que y dans le premier feu de sa colère , il souhaita , en jurant, (( que le bois du daim fût dans le ventre de celui qui l'avoit tué )). Cette ridicule imprécation, qui n'auroit passé dans un autre , que pour un emportement puérile , fut tournée en crime de haute trahison dans un ami du duc de Clarence. En deux jours, Burdeit fut condamné à mort, et exécuté publiquement. Le duc étoit alors en Irlande. Ceux qui n'avoient sollicité le supplice de son ami , que pour lui donner occasion d'irriter le roi par quelque fausse démarche, se hâtèrent de le faire avertir de cet événement. Il revint furieux j et ne ménageant personne à son arrivée ,
U reprocha au roi même , avec la dernière hauteur , d'avoir manqué de considération pour un frère à qui il étoit redevable de sa couronné. Ce transport étoit peut-être pardonnable à Famitié ; mais il y joignit des menaces si inconsidérées y qu'Edouard ne balança point à le faire arrêter. Ses ennemis , dont le plus dangereux étoit toujours le duc deGlocester, eurent soin d'éloigner du conseil tous ceux qui pouvoient lui être favo-^ râbles. Us dressèrent eui-mêmes plusieurs chef* d'accusations , dont les principaux regardoient la personne du roi. Enfin, par une juste disposition du ciel, qui destinoit tous ces princes sanguinaires à périr par leurs haines et par leurs fureurs mutuelles y il fut condamné à mourir ; et tout l'adou*cissement que le roi mit à sa sentence y fut de lui abandonner le choix du supplice.
La duchesse étoit alors en Irlande , avec deux jeunes enfants qu^elle avoit eus de son mariage. Ses amis eurent le temps de la faire avertir du péril de son mari y avant sa condamnation y et sa diligence fut extrême pour aller solliciter sa grâce. Mais si elle fut mortellement affligée d'apprendre^ en arrivant à Londres , que son arrêt étoit pro* nonce, elle s'abandonna encore plus aux larmes, en apprenant pour quel genre de supplice il s'étoit déclaré. Insensible , en apparence , aux horreurs de son sort, il avoit demandé au roi d'être étouffé
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ilans une cave de Malvoisie. La duchesse ayant obtenu la liberté de le voir« n'omit aucun effort pour lui faire perdre une si misérable résolution ; et dans la nécessité où il étoit de rendre sa vie au ciel y elle eut le courage de l'exhorter à ne pas jchercher d'autre voie que celle de ses pareils; mais se faisant un jeu de son supplice , il la pressa instamment d'y assister. L'affoiblissement de ses forces y causé par la honte et par la douleur ^la dispensa de ce funeste office. £lle refusa même d'entendre lescirconstancesd'une scènesi odieuse, et pleurant l'aveuglement autant que la mort d'un mari qu'elle avoit toujours tendrement aimé , à-peine attendit-elle le rétablissement de sa santé, pour s'éloigner de l'Angleterre avec ses enfants.
Ce récit n'excita dans la reine, avec une vive pitié pour la duchesse , qu'une respectueuse adr miration de ta justice du ciel, qui prenoit soin de la venger. Combien ce sentiment n'auroit^il pas augmenté, si, pénétrant dans l'avenir, 'elle eût pu voir tous les ennemis et les bourreaux de son sang tomber successivement sous le poignard les uns des autres ! Mais éloignant, au contraire , tout ce qui pouvoil réveiller sa haine , et cherchant désormais la paix du cœur dans l'oubli même de )Bes ressentiments, elles^efTorça, par ses discours et par son exemple, d'inspirer à la duchesse de Cla-? rence les mêmes dispositions. Elle la retint six mois
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auprès d'elle , et la voyant assez tranquille pour la ; faire souvenir de l'intérêt de ses enfants^ quisembloit demander son retour en Angleterre, elle lui ^ conseilla de sacrifier les restes de sa douleur à. leur fortune, en allant soUieker pour eux les faveurs du roi leur oncle.
La mort de René rompit enfin Tunique lieu qui pût attacher Marguerite au commerce de» hommes. Après lui avoir rendu les derniers devoirs, eUe ne pensa plus qu'à l'exécution d« dessein qu'elle avoit formée depuis, à longtemps de se dérober au monde, où elle ne.voyoit plus rieya qui fût capable de l'arrêter. Cependant, eUe^Qrut pouvoir donner quelque préférence dans le choix d'un tombeau, à la province d'Anjou, qù'elle^re- ' gardoit particulièrement comme l'héritagje :de sa m^on, et où elle avoit regretté de ncipa» t|K>uver le roi son pèreyen^sortant desa prison. Ave.c son penchant, elle eut une raison beaucoup pivis . foftei de s'y déterminer, dans les secours qu'elle espéroit pouf le reste ide.sa vie, d'un hotmip^ dont René lui avoit vanté, en expirant, la drpV ture et la* fidélité. C'était. unTièuxgentilhonoûQi^ d'Anjou , nommé Yignoles, qui avoit dés hî^ns considérables dans cette province , et qui', ayi^Qt passé la plus grande partie . de sa. vie au ser.viq^ du roi dé Sicile , ne souhaitoit , après la perte, d'tin ' si bon maître , que de se retirer dans s.es ti^rres,,
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pour y attendre tranquillement la mort. U répondit avec empressement à Tenvie qae Marguerite lui «aTCfua de prendre le même chemin. Mais lorsqu'eile se fut onrerte à lui de ses projets de •oUtnde, xl lui représenta avec beaucoup de sagesse , qu'uae résolution de cette nature nei con« Venoit ni à son rang, ni au rôle extraordinaire qa'eUe ayoit soutenu iong-temps avec :tant de |^oire« Ses raisons étoient simples : c( Ou vous y> prendrez le paru y lui dû^-il 9 de vous assujettir ^ tout«*lh-£iit aux loix du doitre , Ou vous vous ^ bofU^rez à vous J faire une retraite , qui ne )i changera rien au genre de vie que la bienséance )> exige d'une reine. Dans le premier cas, vous ne T9 cônsidéreE point assez ce que votre imagination '» vous prépare de tourmems ; et dans le second, 19 tèus ne voyez pas que vous ne cherches qu'à '4y vous gêner voufr*méme et à incommoder les
Quelqu'impression que ce raisonnement pût «v«oir fake sur son espik , eUe n'étoit point destinée par la Providence à se voir dans k liberté de 8«Â^re son indinsrtîon. A-^eine fut-elle arrivée eki Anjou, que XiOuis XI lui fit proposer une ^Oùvefie confirmation du testament de René, par ^n acte authentique tel que celui qa^ Genlis et f&agtifenet avoient reçu d'elle à Rouen. Cette propid»siâ6n, qui sembloit marquer quelque doute de
U Validité de son premior acte , et de la disposition même du roi son père , lui fit nattre , à Hkhstigation de Yignoles, la pensée d'examiner si la justice Qe l'auto risoit pas effectivement à. revenir contre une donation sur laquelle on^ ne l'avoit point consultée y -et qu^elle avoit signée dans des eirconstauces où le misérable état de sa fortune Kii en faisoit une loi. Elle ne se flattoit pas.^ sans doute, de forcer le roi à lui restituer malgré Ipi les provinces auxquelles elle avoit renoncé;, n^ais 1$( pension qu'il de voit lui donner en échange, n'étapc pas payée, aussi exactement que le prix de sa ran-r çon l'avoit été au roi d'An^eterre, Vignoles lui faisoit espérer qu'un peu de résistance ser;i^iroit du-moins à ren4r6 Lotdsplus fidèle, et peut-etrj^ à liû faire augnçienter une indemnité qui n'avoi^ aucune proportion avec les biens qu'il luienlevoît. Ce conseil ne tourna point à sa satisfaclion. Les commissaires que le roi lui avoit envoyés , ayant marqué" à ce prince qu'ils trou voient quelqu^iç dilBculté dans Fexécution de ses ordres, en rj9* curent un, d'autant plus mortifiant pour elle, qu^p dans l'espérance de tirer quelque fruit d^#OQ pp-
position I ellç avoit déjià pris; d^ i^i^^^g^S^^tSf qui supposoient plus d'exactitude dans le paye-^ ment>de sa pension. Ije roi lui 4t dire qy^dld ou^ blioit trop tôt de quelle situation il l'avpitûrée^ ^t quç si elle regrettoit la sucd^on de sou père >
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il ëtoit prêt à la lui restituer , mais à conditioo qu^elle en iroit jouir k la Tour de Londres. Il fallut changer de langage , et signer un nouvel acte ^ qui fut- passé au château de Reculée , près d'Angéri 9 *lé 19 octobre i48o.
^'ZiCs engagements qu'elle avoit pris, et qui la jetèrent dans une suite de mouvements et d'em^ barrasfbrt opposés à ses résolutions ^ regardoient les comtes de Richemont et de Pembroock , que le duc dé Bretagne continuoit de faire gardera Vannes. 'Ils n'avoiént pu ignorer qu'elle s'étoit rapprochée d'eu'x; et se flattant aussitôt qu'ils en pourroient tirer quelque avantage , ils n'a voient pas manqué de lui faire demander avec son amitié ,' quelque marque de l'intérêt qu'elle prenoit encore à la maison de Lancastre. Outre la médiocrité de leur fortune , qui la porta à leur promettre un secours annuel en forme de pension ^ ils la- firent informer du péril auquel ils étoient exposés' continuellement de la part d'Edouard. Ils* avoient eu le bonheur d'en éviter «n , dont on trouve toutes les circonstances dans Argéntré , et qui commençoit à leur rendre la simplicité du duc de Bretagne aussi redoutable que la haine et les artifices d'Edouard. La trêve , qui avoit été souvent violée entre l'Angleterre et la Bcetagne, de* mandant à être renouvelée avec des conditions "plus JsoKdes , le roi avoit pris cettiç occasion • pour
Convoyer des ambassadeurs extraordinaires âô duo , et Fonn'a^oitpointeu de peine aTétablir les deux iiations dans une parfaite intelligence. Mais après les discussions d*intérêt , les ambassadeurs s/étoi^nt ouverts au duc , sur le principal objet de leur .négociation. Us lui avoient représenté ((.que IcToi )) leur maître désiroit ardemment d'éteindre pour » jamais le feu des factions qui avoiflft caus^ de si }) longs désordres en Angleterre; que la maison ^ de Lancastre n'ayant plus d'autre prince que le )). comte de Richemont* son dessein étoitdele ». marier avec une de ses filles ^ pour unir les deux » maisons par ce mariage ; qu'il le prioit, dans » cette vue, de lui envoyer le comte > à qu^ il.lqi » tardoit de donner des preuves, de son affection ^ » qui fissent connoitre à tous ses peuples le désir )) qu'il avoit de les rendre heqreux parune tran- » quillité inaltérable ». Le duc de Bretagne , porté par sa candeur naturelle à juger favorablement de celle d'autrui, ne soupçonna point Edouard de <;aclier un odieux dessein sçxusces apparences de modération. Il fit remettre le comte de Richemont aux ambassadeurs , qui se bâtèrent de partir avec leur proie pour aller s'embarquer à Saint'Malo.
. Mais ce jeune prince n'avoit pas négligé si longtemps de s'échapper de sa prison;, sans y être retenu par des chaînes plus puissantes que celles du
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duc. Il étoit amoureux d^une fille, de sa ùalioD , dàtit la famille se trOuvoit établie à Vannes; et €éue passion le rendoil sourd depuis long-temps à toutes les instances du comte de Pembroock y qui l'avoit pressé mille fois de profiter de la facilite qu'ils avoient continuellement à s^évader« Cette fille, nui étoit d'une naissance commune, et qui se nmçimoit Lée , pénétra Fartifice d'Edouard y en se voyant enlever son amant. Elle engagea son père à se rendre avec la dernière promptitude à la cour, où il représenta au duc, a que la démarche qu'il venoit de faire le cou- )) vroit d'une éternelle infamie; sans compter que )) sa conscience ne lui permettoit pas de livrer )) un prince , qui se croyoit en sûreté sous sa pro-^ )) tection, à son plus mortel ennemi ». Ce discours fit ouvrir les yeux au duc. Il fit partir surle-champ Pierre Landais , pour Saint^Malo , avec ordre d'employer jusqu'à la force pour tirer le comte de Richemont des mains des ambassadeurs , S'il pouvoit faire assez de diligence pour prévenir leur embarquement. Ceux qui ont accusé le duc de s'être laissé gagner par une grosse somme qu'il avoit reçue d'Edouard, et de n'avoir changé de sentiment que par la force de ses remords, n'oni pas fait attention que si les ambassadeurs eussent employé cette voie pour séduire le maître , elle leur auroit réussi bien plus facilement avec un
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mioislre aussi corrompn qae Pi^erre Landais^ qui étoiten méme-^teinps son iàvovi. Cependant , étant arrivé à Saint^Malo y dans le moment qne les am*r bassadeurs alloient s'embarquer, il lesfit arertir^ de la part du duc , qu'il lui restoit quelque affaire importante k leur communiquer; et tandis qu'il ëtoit en conférepce avec eux, les gtens de sa suite , à qui il avoit donné ses ordres pour faire évader les deux prisonniers , les conduisirent dans une église. Il suffisoit qu'ils fussent bor» des mains da leurs ravisseurs , pour n'avoir rien à redouter dans une ville qui étoit soumise au duc. Les ambassa-n» deurs se plaignirent amèrement d'avoir été trom*pés ; mais après quelques excuses &ivoles^, on leur répondit nettement que le duc de Bretagne ayant fait de nouvelles réflexions sur la démarche où il s'étoit laissé engager , avoit compiîs qu'il ne pou-*voit livrer le comte au roi , sans se perdre d'hon-^ neur^ et qu'il promettoit . seulement de le faira garder avec tant de soin, qu'Edouard n'auroit rien à craindre de ses entreprises.
Vannes continua d'être sa prison ; mais le péril dont il étoit sorti si heureusement , pouvant se renouveler par d'autres voies, le comte de Pem*^ broock conjuroit Marguerite de joindre ses in^ stances aux siennes , pour engager le prince à se mettre en sûreté par une fuite prudente , *et la prioit même de favoriser ce dessein par If s secours
qu'elle ponvoit \eùt procurer aisément à si pea de distancé de la Bretagne. Elle ne refusa point de leur rendre ce service ; mais la difficulté étoit de le faire accepter au comté de Richèmont ^ ou plutôt de le faire renoncer à une passion qui sembloit le rendre également insensible aux bienséances de son rang et au soin de sa vie. Après quantité d'efforts inutiles , dont le prince se défendoit par des raisons prises de sa grandeur d'ame et de l'opinion qu'il avoit de la générosité du duc de Bretagne y ce fut la reine qui proposa elle-même au comte de PembrOock , de faire partir secrettement Catherine Lée^ pour le lieu où ilvouloit conduire son :neveU) et de donner ensuite à ce prince, pour motif de son propre départ, l'espérance de la rej oindre i II pe fut pas aisé de la faire entrer dansun projet dont elle appréhendoit quelque tache pour son honneur. Malgré la tendresse dont elle ne se défendoit point pour son amant, elle ne lui avoit accordé jusqu'alors aucun avantage sur elle j et soit que l'exemple d'Elisabeth Wood- -wille- excitât sa présomption , soit qu'elle voulût faire prendre plus de force aux sentiments du jeune comte , pour eh assurer la durée , elle 3e contenoit dans une modestie , qui servoit de jour en jour à les .augmenter. Cependant elle se rendit à l'autorité de son père, qui étoit disposé à tout sacrifier pour un prince qu'il regardoit comme
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son roi. Etant partie soos sa conduite , ce fut à la ];eine méme^ que ]e comte de Pembroock les adressa; et dans les excuses qu'il en fit à cette princesse, il lui marquoit que son neveu et lui ne seroient pas deux jours, à les rejoindre. . Marguerite étoit alors au château de Daropierre^ ^ qui appartenoit à Yignoles. Si elle fut surprise que le comte l'eût choisie pour dépositaire de Lée et de sa fille 9 elle n'en reçut pas cette jeune personne avec moins de bonté et d'admiration. Ciétoit au comte ^e Richemont , qu'elle croyoit deypir le premier de ces deux sentiments ; mais la considération du comte ne déroboit rien de l'autre à Catherine Lée , que Marguerite trouva - digne de toute la passion qu'elle avoit inspirée au premier, prince d'Angleterre. Les témoignages qu'on avoit de sa sagesse , lui faisant joindre l'estime à l'inclination , non-seulement elle consentit à la garder auprès d'elle , mais elle prit un intérêt à sa conduite et à sa fortune , qui servit^ dans la suite , à la rendre une des plus heureuses femmes de son temps. Huit jours entiers se passèrent sans qu'on entendit parler du comte de Pembroock. La reine, inquiette, envoya secrettement Vignoles a Vannes* Il revint avec de fâcheuses nouvelles. Les deui^ comtes ayant manqué de précautions dans les pré* paratifs de leur fuite , avoient été arrêtés par les gardes qui les observoient y et le duc de Bretcigne^
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îrriié de lenr entreprise , les avoit fait transporter dans Fisle d'Ouessant , où ils étoient gardes avec une rigueur qu'il n'avoit jamais marquée pour eux pendant leur séjour à Vannes. Lenr perte , à la-<^ quelle il semhloit que le duc voulût contribuer lui-^méme, par la facilité qu'il do.nnoit au premier vaisseau d'Angleterre, de les enlever dans une prison fort mal défendue , alarma si vivement la reine, qu'elle se reprocha d'avoir pris trop de plh à des intérêts qui n'étoient plus propres qu'à troubler son repos. Quel rapport avoit-elle , désormais, avec la maison de Lancastre et la succession d'Angleterre? Etoit-ce l'espoir de se voir rétablie dans des droits qu^elle avoit abandonnés? £toit-ce l'ambition ou la vengeance qui pouvoient lui faire souhaiter une révolution favorable au jeune comte? Elle avoit enseveli toute sa hatne à la Tour, pendant cinq années qu'elle y avoit passées à rétablir la paix dans son coeur; et le séjour qu'elle avoit fait en Provence , avoit achevé de calmer tputes ses passions. Pourquoi s'exposer en faveur d'autrui à de nouvelles agitations , qu'elle n'auroit pas voulu ressentir ponr elle-même?
Cependant, sa générosité, plus forte que toutes ces réflexions, ne lui permît point d'abandonner un jeune prince, à qui elle ne voyoit plus d'autre ressource que son secours. Vignol es étoit un homme d'expérience qui avoit accompagné dès sa jeu^*
neftse'le roi de Sicile dans toutes ses guerres. Elle le chargea d^employer tout ce quHl pourroit trouver d'eipédients dans sa prudence et dans son cou-» rage pour délivrer les deux comtes. Lée s'offrit à l'accompagner. Ils partirent avec peu de gens^ dans la crainte de se trahir par les moindres apparences j et, s'ëtant fournis d'une somme considérable , qui poûvoit leur faire trouver au besoin un vaisseau et des soldats, ils se rendirent k la Rochelle, d'où il leur fut aisé de gagner l'isle d'Ouessant. *
Là seule place de l'isle qui fôt capable de quelque défense , étoit le château, où les deux comtes étoient renfermés. Vignoles n'avoit pris avec lui que dix hommes, parce qu'il faisoit plus de fond sur son adresse que sur la force ouverte. S'étant informé sans affectation de tout ce qui ne ponvoit être inconnu aux habitants de l'isle, il apprit que la garnison étoit composée de soixante hommes, et que les deux comtes, à qui l'on accordoit quelquefois la liberté de chasser, ne sortoient jamais sans les avoir à leur suite. Il n'en espéra pas moins de les enlever dès la première fois qu'ils sorliroient du château. S'étant déguisé en paysan, il fit rentrer ses gens dans son vaisseau, avec ordre de sq tenir prêts â s'éloigner du rivage au premier signe. Il s'assura, par ses largesses, de la discrétion de quelques paysans qui habitoient la cote; et, leur
faisant tenir trois chevaux prêts derrîèl^ une baie qui servoit à les cacher, il attendit le moment où il verroit les portes du château s'ouvrir : les deox comtes parurent. 11 n'eut pas de peine à se faire connoitre d'eux pour un homme qui cherchoit à les servir. Deux mots d'explication leur firent com-' prendre ce qu'ils avoient à faire pour le seconder. Us furent plus tôt à cheval que leurs gardes ne s'en aperçurent, et gagnant au&itôt le bord de la mer avec leur guide , ils s'embarquèrent sans avoir troi#é le moindre obstacle.
. Mais, par un hazard fort étrange, dans le temps où les matelots s'agitoient pour mettre à la voile ^ et où les deux comtes, qui avoient gagné le vaisseau dans une chaloupe , recevoient les félicita*tions de Lée et de Yignoles, une barque plate partie du port voisin, amenoit dansl'isle soixante soldats qui venoient relever la garnison du château. Il fut impossible aux matelots de saisir le vent avec assez de diligence pour surpasser celle des. rames. JjS, curiosité seule porta d'abord les officiers de cette troupe a s'approcher du vaisseau^ mais étant montés à bord, l'embafras de ceux qui forçoient les deux comtes à se cacher, et bientôt la vue des soldats de l'isle qui parurent en troupe sur le rivage, leur firent juger, qu'ils avoient besoin de quelque précaution. Une légère résistance les auroit d'abord écartés si les deux seigneurs n'eussent
point été' sans' arrhes, et si Vignoles n'eût pas^crtv quela prudence les obligeoit à se cacher. Il fut trop tard pour sotiger à se défendre lorsque le Taisseatifîit rempli de ^Idats, qui apprirent par les cris de ceux qui étoient à terre que c'étoit le comte de Ricbemont qui leur échappoit.
Il fut conduit au duc de Bretagne avec Vignoles et tous ses gens. L^indignation du duc-fut si vive à la première nouvelle qu^il eut de leur hardiesse^ qu')) les eût envoyés snr-le-cbamp au supplice s'ils ne s'étoient fait connoître pour desdomesliques de la reine Marguerite, qui n'avoient formé leur entreprise que'- par ses ordres. Lée seul étolt son; sujet. Il ordonna qu^on lui fit son procès avec la dernière rigueur; et, s'étant fait présenter les deux comtes^, il les- menaça de les envoyer dans une prison plus sûre en Angleterre. Mais le jeune comte lui reprocha d'un ton ferme, l'abus qu'il faisoit de la fotxe, pour lui imposer un joug qu'il n'étott obligé de souffrir par. aucune. loi; et, lui faisant honte de la soumission qu^l marquoit pour Edouard , il le ramena par degrés à des sentiments si modérés, qu^àprèss'iêtre retrancl^é surla parole qu^il avoit donnée au roi d'Angleterre , il lui promit de le renvoyer à Vannes, s'il vouloit lui engager la sienne d'y vivre avec autani de tranquillité qu'il y avoit vécu jusqu'alors. Le comte qui s'attendoit à rentrer dans une prison plus étrçiti^ que#6elle
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dont il ëtoit sorti, se garda bien de rejeter cette proposition; mais, soutenant le ton qui lui avoit si heureusement réussi , il répondit au duc que, pour mettre quelque égalité dans les conditions , il falloit donc qu'il s'engageât lui-même à ne jan^ais abuser du pouvoir qu'il avoit sur lui pour le remettre entre les mains d'Edouard* Il y avoit dans cette demande tant de justice que le duc en. fut frappé. Il s'engagea par serment à ne ^ rendre jamais coupable d'une si basse trahison jet^ pour achever de saûsEûre le comte, il lui accorda la grâce de Lée. "
IKalloit effectivementque les deuxcpmtesfussen t bien peu contraints dans leur prison.de Tannes , puisque le malheur qu'Us avoient eu d'être arrêtés en voulant prendre la ftàie n'étoit venu que/ de l'imprudence grossière de quelques-uns de leurs gens, et q^aveo un peu plus de ménagement, ils se procureront dans la suite les moyens de faire plusieurs fois le voyage d'Anjou.> Outre 1^ pré-^ cautions qu'Us prirent toujours pour cacher- leur absence, iLs eurent soin qu'on ne pût leur reprocher d'avoir violé leur engageaient. Il consîstoit k demeurer fidèlement sous la gigrde et la protection du duc de Bretagne. Loin de penser a s'y soustraire, l'un dem^euroit toujours à Vannes dans l'absence de Tautre, autant pour être le g#ran^ de soniietour, que pour d^uis^r ijnieux 1^ libellé
DB MARGUERITE D^ANJOU. éftS
<]\i'iIft$'adcordoienlsuccessivemeQl. Ainsi l'on peut s'imaginer qu'ils n'étoient gardés que lorsqu'ils ft'écartoieot de leur demeure , et qu'avec un peu 4'adresse il leur étoit d'autant plus aisé de s'éch^pr pejr aiteruativemeot , que Iç moindre prétexte d'incommodité pouVoit persuader que l'un gardoitson appartement lorsqu'on voyoit paroître l'autre* Aussi tous les historiens ne dpQneat-41s point d'autre idée* de leur j>rison.
' L'usage qu'ils fireujt de cette lacilité à visiter 1$ reine , iiendit bientôt la retraite de cette princesse comme le eèntre de tous les desseins qui furenl formés en fav^sur de la maison de Lancastre. Ce fut de là que le comte de Richemont /sensible i l'ibfortune du comte d'Oxford ^ qui étoit toujours étroitement resserré au château de Hames ; et prévoyant l'utilité qu'il auroit tôt ou tard à tirer de ses sçrvicçs, envoya Lée et yignoles, pour tenter de lui ouvrir les portes de, sa prison. U y éloit chargé de fef9 $ «t dans i^n état qui justifie bien la haine qu'il porta toute sa vie à Edouard et i tout son seng. 'Yigooles, pourssitîsfaire , non-: seulement l'héritier des Lancastre , mais la reipa même ». qui ne devoit pas moins de reconnpis^: sance que lui ^au cpmte d'Oxford i eut la constance de passer plusieurs miois aux environs de Hames ^ occupé sans afifectatioa a &6 lier avec le gouver^ seur du château ^ et avec tous ses gens, U obtint
aisëment , dans cette familïarhé ^ la permlssîoo d^ voir le eomte ; mais n'ayant pu trouver un mo^' ment favorable ptour lui apprendre le service qu'ail cherchdit à lui rendre, il forma, sur d'autres cii^ constances , un projet, dont le succès lui parai certain. Ayant remarqué que lés jours dé» fêtes on amenoit le comte et quelques autres prisonniers dans une chambre voisine de la chapelle , pour -y entendre la messe , il ne douta point qu'il ne sa trouvât quelqu'un parmi eux qui entendîtla langue latine. Il gagna ' le prêtre par une grosse somme ; et à la place de l'épître ou de l'évàngite , il lui fit réciter un avis en latin aux prisonniers , de se te-^ nîr prêts à seconder lès efforts qu'on entreprendroit un certain jour pour leur liberté. On ne les amenoit à la messe , qu'après àvoit* pris soin de leur mettre des entraves aux jDàiiis;' mais comme si celte précaution eût été suffisante à l'égard de cinq ou six persoiinés, dont la souniission paroissoit ''tournée en habitude , oh Ué^» abaïidonnoit seuls à leur dévoiibiii Ils ne mianquèrent point de s'aider muiuèllejnènt de 'toute leur adresse pour se défaire de leurs chaînes. Vijgiâoles et Lée, qui avoient fait toutes leurs observations^ 's'étoient chargés de courtes épées et <i'armeA à feu, qu'ils tenoient cachées sous leurs manteaux. Us sortirent successivement dé la chapelle , pour les distribuer aux* prisonniers ; et l'usage oii l'on étoit de les
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voir au château , éloignant toutes les défiances y ib eurent toute la liberté qu'ils a voient espérée pour gagner la porte de leur chambre. Enfin j par une hardiesse dont la suite est beaucoup moins yrai** semblable y ou qui doit faire supposer du-?moins que le château de Hames étoit fort mal gardé y ib se saisirent du gouverneur et des gardes, san» avoir fait d'autre emploi de leurs armes que da les menacer y et ils partagèrent tous le bienfait qui u'étoit destiné que pour le comte d'Oxford. Ayant été poursuivis^ néanmoins, avec beaucoup da diligence, le comte: se sépara de Yigùoles ea fuyant , et ne le rejoignit qu'en Anjou.
L'arrivée de ces nouveaux hôtes apportoit tou-^ jours à la reine quelque renouvellement de dou« leur, parles souvenirs que leur présence et leur entretien servoient à lui faire rappeler. Mais ren-* fermant sa tristesse dans le fond de son cœur, elle ne leur rendoit pas moins Iqs bons offices qui dé* pendoient de son crédit et de ses soins. Le roi d^ Angleterre : en fît des plaintes à Louis XI , qui répondit froidement à son ambassadeur, qu'il ne* ppuvoit priver la reine du plaisir de recevoir et d'obliger ses anciens amis. Cependant elle craignit peu de chagriner le comte de Richemont en tra« versant ses amours. L'affection qu'elle avoit conçue pour Catherine Lée lui faisoit souhaiter pour cette fille un sort digne deson esprit et de sa beauté;
VUwQêt. Tome XI y. 3 3
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die lui représenta si vivement le tort qu'ellô se feroit en nourrissant la passion d'un jeune prine^ qui ne pouvoit lui en donner de preuve honorable pour sa vertu I qu'elle lui fit prendre une ferme résolution de ne plus l'écouter. La douleur du eomte n'ébranla point ce généreux projet ; et lùt^ qu'il fit éclater ses plaintes 9 Marguerite se chargea' de lui faire considérer elle-même que ne pouvant chercher que de l'amusement dans la séduction d'une fille de mérite, c'étoit respecter trop pett Khonneur et la vertu y que de faire un si précieux sacrifice à ses plaisirs. Il ne se rebuta pas néanmoins dans ses poursuites, et les voyages qu'il cOntinuoit de faire en Anjou , produisoient toujours quelque marque éclatante de ses sentiments. Le comte de Pembroock, quisoufaaitoit de lui occuper agréable^ ment l'esprit et le cœur, pour dissiper l'ennui de sa situation , favorisoit son penchant par son approbation et par ses services. Il a voit gagné Lée. Le doyen de Tours, frère de Vignoles, s'étoit laissé engager aussi dans les intérêts du prince. Soit que les deux comtes eussent dessein de tromper Catherine par quelqu'imposture , soit qu'ils se promissent de rompre aisément un mariage auqud ils ne se proposoient pas d'apporter beaucoup de formalités, ils étoient convenus avec Lée, qu^ presseroit lui-même sa fille de recevoir la main du eomte, et le doyen étoit disposé à les tinir pai^
sa bénédiction. Des offres si sérieuses et proposées par la bouche d^un père, firent une puissante im^ pression sur Tesprit de Catherine. Le jour fut marque pour la cérémonie; et quoique leconit# de Pembroockne pût être en Anjou avec le jeun# prinee, son consentement devoit suppléer, à sa présence. Mais Catherine 9 arrêtée par un moùve* ment de reconnoissance pour les bontés de la reine, ou peut-être par la crainte de sop ressent liment , n'osa terminer cette scène san$ Fen avoit informée. Ç'étoit rendre tant de préparatifs inu«^ tiles; Marguerite lui fit ouvrir les yeux sur son illu'- «ion , et dans le mécontentement qu'elle ressentit contre Lée et le doyen de Tours j elle les bannit pendant quelque temps de sa présence. Aukplain*tes et aux soupirs du comte , elle répondit par une proposition si adroite y qu^enle mettant dànsTioi^ puissance de répliquer , elle se fit de nouvelleft armes de son embarras et de son silence pour fof^ lifier la sagesse de Catherine. Voulez-vous prendre le parti , dit-elle à ce prince y de Pépouser ouvertement , c'est-à-dire , à la face de l'Angleterre et de la France , pour qui le mariage d'un homnié tel que vous ne doit point être un mystère ? Voua verrez finir aussitôt mes oppositions. Le jeune comte épouvanté de cette offre y et n'osant méma en marquer sa pensée dans l'absence du comte d^ Pembroock, demeura si loBg-*temps à répondre ,
£oi :ttisToiAs
povat enlever la eouronno à ce prÎDce ptt it $ds en* failtSé Ceqa^il tegrettoit, n'étoit pas le mal qui devoit tomber snrEdoaard; mais n'ayant.p£isp]uft de raison d^aimer le duc son frère , il s'affligeoii de la nécessité ôà le réduisoit sa hatile, de né pouvoir se venger de Fun qu^en s'attacbant aut intérêts de l'autre. Il avoit promis au duc de se tenir prêt à le seconder , soit qu^il prit le parti dé lever le masque pour attaquer ouvertement le roi^ soit qu'attendant sa mort, il regardât cotnme une entreprise plus aisée de détrôner ses enfants. La santé d'Edouard ne lui proiiiettoit plus une longue vie. Il étoit si sensible à la honte d'avoir été joué par Louis XI ^ qui venôit de conclure le mariage du daupbin avec Marguerite d'Autriche, qu'il dépérissoit de jour eu jour. La princesse sa fille avoit été élevée si ouvertement dans l'espéranc0 d'épouser ce prince , que lés Anglois la nommoient déjà madatne la dauphîné; et quand Edouard se souvenoit que e'étoit par cette promesse qu'il a'étoit laissé persuader de ramener son armée de France, sans avoir tiré l'épée , il entroit dans des transports- qui âvoient fait craindre plus d'une fois pour ëa vie. Le pcison, si l'on en croit qtiel'^ ques historiens , faisoit aussi SôU effet ^ par les mains du dtic de ôloCèster, qui ed rènôuvelok de temps èii tetiips la àùêe. Mais en supposant que k mort du roi sàtisftt Mentôt là hatné dé Buckîn-
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gfaai^ y ce n'étoit que pour le faire tomber sou| une tyrannie ) qui ne lui ëtoit pas moins odieuse, et à laquelle il se reprochoit de s'âtre mis dan$ l'engagement de contribuer.
Ce fut après s'être assuré de lui par cette con-^ fidence , que Morton lui tint un discours y dont plusieurs historiens ne parlent que deux ans après^ dans le temps que ce prélat étoit sous la garde dit duc, au phâteaa de Brecknock; mais outre que l'époque en est£xëe par sa lettre k la reine Mar^ guérite, il n'est pas vraisemblable que s'il n'eût pas déjà eu des liaisons fort étroites avec le duc ^ il eût osé se fier à lui dans un temps où il étoit prisonnier d^état sous ses ordres; sans compter que l'ordre naturel de ce fait s^accorde avec la re-* lation de plusieurs autres écrivains, qui assurent que ce fut par amitié pour Morton, et pour la dérober à d'autres périls, que le duc en demanda la garde à Ricliard III. Ce qui se passa donc en*^ Suite k Brecknock, ue pouvoit être que reffet de cette première ouverture.
Le prélat, ayaoi laif^é au duc de Buckingham tout le temps de s'e^i^pliquer, le plaignit autant de s'être rendu l'instrument des fureurs du duc de Glocester, que des mortifications qu'il avoit reçues d'Edouard. Ensuite, pour l'amener par de longs détours au point sur lequel il pensoit à le sonder, il le fit convenir que , non-seulement ces. deuiL
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priqces, mais tout ce qui étoit sorti d^eux et du duc de Clarence, ne promettoit point à l'Angle^ terre un bonheur que le ciel n'accorde jamais à la race des hommes cruels et sanguinaires. Les preuves s'en offroieût d'elles-mêmes dans un grand nombre d'exemples récents. Ges princes^ réprouvés de Dieu, dévoient donc être en hor^ reur à tous les gens de bien, sur-tout lorsqu'ils pouvoient se donner un autre. maître, qui, avec les mêmes droits du côté de la nature, avoit en partage toutes les qualités qui forment les plus excellents, rois. Après une riche énumération de talents et de vertus , le prélat voyant que le duc cherchoit ^vec embarras à qui pouvoit convenir ce portrait, le nomma lui-rmême comme descendant d'Edouard III, par une fille de ce prince mariée à Thomas Woodstock. .>
. Buckingham parut extrêmement frappé d'une conclusion à laquelle il s'étoit peu attendu. £n se défendant avec modestie des éloges de Morton, il convint que la nature lui donnoit des droits qu'un homme d'un caractère plus ambitieux auroît pu chercher à faire valoir. Cependant, sans se livrer ik cette idée, il demanda quelque temps pour réfléchir sur une ouverture si importante. Morton , qui ne pensoit qu'à le mettre ii l'épreuve , attendit avec inquiétude le fruit de cette délibération. Mais il revint de toutes ses craintes, lorsque, l'ayant
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revu le lenSemaio^U l'entendit rejeter froidement pour lui «^ même une proportion qui ne devoit venir qu'après l'exclusion d'un autre prince, dont les droits étoient moins éloignés que les siens, et qui y loin de mériter . la baîne de la nation , lui paroissôit digne, au contraire, de réunir tous les suffrages. Il nomma le comte dé Richenlont. Ué^ vêque d'Ely, qui n'avoit désiré que ce qu'il avoit la joie d'entendre, applaudit beaucoup à son dé* sintéressement, et le fortifia dans des sentiments si nobles par toutes les raisons qu'il put tirer de la justice et de l'honneur.*
Tous leurs mouvements et leurs desseins s'accopdant désormais en faveur du comte , ils conçurent que, malgré l'espérance présente de pouvoir réveiller en peu de temps son parti, il étoit beaucoup plus sûr d'attendre la mort d'Edouard, nonseulement parce qu'ils n'auroient point à combattre sa fortune , qui avoit été jusqu'alors si surprenante , qu'il n'avoit pas perdu une seule des batailles où il s'étoit trouvé en personne, et que c'étoit toujours de l'extrémité de l'abaissement qu'il s'étoit relevé tout-d'un-coup par de nouveaux miracles; mais encore plus, parce que les entreprises du duc de Glocester contre lui ou contre ses enfants, serviroient comme de degrés au comte pour faciliter les siennes. Us établirent toutes leurs vues sur ce principe; et leur première résolution fut de faire
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passer en Anjou un agent senai et fidèle, qui, npréé avoir oommuniquë à la reine un projet dana lequel ils suppo^ient qu'elle entreroit ardemment, devoit recevoir d'elle des édaircissementa aur la situation du jeune prince , et des instructions sur la conduite qu'il falloit tenir aveclui# Laiettre de Morton à cette princesse ^ celle du duc de Buckingham et de quelques autres seigneurs qui a'étoient déjà associés, n'étoient que pour là dia^ poser à recevoir leur député sans défiance , et à croire de sa bouche ce qu'une juste précaution ne leur avôit pas permis de confier au papier. Ils avoient choisi pour cette importante commission un gentilhomme gallois, nommé Jeffreys, qui avoît des biens considérables dans sa province , et qui s'étoit retiré de la cour par haine pour la maison qui occupoit le trône.
Marguerite conféra long-temps avec lui sur les dispositions du duc de Buckingham , qu'elle auroit eu peine à se figurer sincères si elle n'en eût été assurée par un garant tel que l'éréque d'Ely. Les grandes qualités que l'histoire attribue au duc étoient mêlées de tant de vices, et la reine con^ noissôit si bien le fond de ce caractère , que si elle ne voyoit personne plus propre k former un parti et à le pousser avec autant de conduite que de courage, elle étoit persuadée aussi que le moindre caprice étoit capable de lui faire abandonner tout*
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d'aû-coup son objets et sacrifier, non-seulement les iûtérét^ du côiiite , mais les siens même, à la satisfaction d'une passion déréglée. Il sembloit , dans les objections qu'elle fit à JefiVeys , qu'elle pénétrât clairement l'avenir : car on sait que le duo , après avoir rendu des sei*vices signalés au comte de Richemont, se priva lui-même du fruit qu'il en devoit rétîUeillir , et faillit de causer là ruine de son parti y lorsqu'ayant été forcé de se cacher chez un de ses anciens domestiques, il employa le peu de moments qu'il y fut à déshonorer sa fille : ce qui força ce père désespéré de Tioler l'hospitalité à son tour, en le livrant au roi Richard, qui lui fit trancher la tête. Cet événement étoit encore éloigné^ et regarde un temps qui n'appartient point à cette histoire ; mais la reine, en se réjouissant pour l'intérêt du comte, de lui' voir nattre un si bon défenseur, souhaita , par une de ces craintes qui accompagnent toujours la prudence, que le sèle du duo ne devint point snassi' funeste à l'héritier des Lanças tre , qu'il lui pouvoit être utile.
Cependant, après avoir entendu de Jeffreys tout ce qui avoit rapport à sa commission , et lui avoir témoigné que, sans vouloir tirer aucun fruit de l'entreprise du duc, elle n'en étoit pas moins disposée à la seconder de tout son pouvoir, elle fit appeler le comte de ftichemont, ^ qui l'agent
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rendit les mêmes respects que s'il Feùt déjà vu sur le trône. Ayec les lettres des seigneurs , il lui en remit une de la comtesse de Richemont. sa mère; Quoique remariée au lord Stanley 9 qui tencnt un des premiers rangs dans la faveur d'Edouard , on n'avoit pas fait difficulté de lui communiquer ce qu'on méditoit en faveur du jeune comte. Elle y étoit entrée avec toute l'ardeur d'une mère , qui voit sa grandeur attachée à celle de son fils , et toute son inquiétude étant que, par un excès d'ambition et de courage , il ne se livrât témérai^ rement à de si hautes espérances y elle lui recommandoit de ne rien entreprendre sans la partici^ pation et le conseil de la reine. *
Il entra si volontiers dans les intentions de la comtesse , que , renonçant à se conduire par ses propres lumières, il prit le parti de retourner surle-champ à Vannes, et de renvoyer à sa phce le comte de Pembroock , pour délibérer sur ses affaires avec la reine et le comte d'Oxford. Yignoles et Jeflfreys furent admis .à cet important conseil. On agita d'abord si l'honneur pernlettoit au comte de Richemont et à son onde, après les engagements formels qu'ils avoient pris avec le duc de Bretagne , de rompre leurs chaînes, et de quitter ses états sans son consentement. Buckingham exhortoit le comte par la bouche de Jeffi*eys , à se ménager la protection de, la France. Quelle appa-
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rence y dans la situation où il étoit , de faire cOnnottre à Louis XI , s'il méiritoit son estime et son amitié ; et le premier moyen pour for mer quelque entreprise digne de lui , n'étoit-il pas la liberté ? Le droit naturel 9 dans cette occasion y paroissoit plus fort que tous les serments ; sans compter que dans la supposition des justes droits qui Fappeloient à la succession de la couronne, il deyoit se regarder , à Pégard du duc de Bretagne y comme un prince indépendant » qui n'ayoit pu être arrêté sans injustice. Ces raisons suffisoiént peut-être pour lever tous les scrupules d'honneur. Mais la reine en fit naître deux y qui donnèrent une autre face aux délibération^. Premièrement y une fuite y telle qu'on la proposoit y lie pouyoit manquer d'alarmer le roi d'Angleterre , et c'étôit lui donner occasion de faire des recherches y qui les expo* teient à voir leur dessein s'éventer en naissant. D'un autre côté y l'on ne pouvoit abandonner si brusquement la Bretagne , sans se faire uii ennemi du duc, et par conséquenii, sans renoncer à toute l'utilité qu'on pouvoit espérer du long séjour que les deux comtes avoient fait dans ses états. Deux 'objections si fortes parurent sans réplique ; mais ^Uesne servoient qu'à rendre le mal plus sensible, si c'en' étoit un dé demeurer plus lông^temps à Vannes, hors d'état de'te montrer et d'agir. La
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reine y qui pen choit oavertement à juger ce dernier parti nécessaire , ne fût-ce que pour endormir Edouard dans la sécuiité où il se croyoit bien établi depuis plusieurs années , ouvrit en mêmetemps une autre proportion y qui paroi d'abord aussi révoltante qu'elle la fit reconnottre sage et avantageuse , lorsqu'elle l'eut rendue , non-seulement plausible , mais presque infaillible , par le$ lumières supérieures de sa prudence. EUIe proposa de faire part au duc de toute l'entreprise y et de le mettre ^ par cette confiance , dans la disposition de la favoriser. Quels avantages tirpit-il de ses engagements avec Edouard y qui ne pussent lui élre offerts par un prince quiaspiroità monter sur le même trône ? C'étoit avec la nation y plmô^ qu'avec le roi, qu'il devoit chercher à bien vivre, .et peu lui importoit par qui cet état seroit gouverné , lorsqu'il seroit sûr d'en tirer la même. utilité pour le sien. Mais la pénétration de la reioe alloit, beaucoup plus loin. Elle se rappela quei^ duc de Bretagne a voit des prétentions sur. le comté de Richemont, qui avoit été possédé a»^ trefois par ses ancêtres. La seule espérance d^y rentrer lui parut Une amorce à laq^e]Ie il ne rér sisteroit pas. Elle soutint qu'il ne falloit pas &ir^ difficulté de s'engager à cette restitution j et dans l'opinion qu'elle conçut de son propre avis y elle
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osa garantir que le duc iroit jusqu'à fournir au jeune comte de l'argent, des troupes et des vaisseaux.
La force de ses raisons ayant entraîné tout le oonseily elle jugea encore que les deux comtes ne dévoient point paroître dans cette négociation , avant que le duc se fût déclaré y et que Yignoles y qu'elle crut propre à pressentir ses dispositions , n'eût découvert en lui tout le penchant qu^elle lui prévoyoit à profiter du trouble de ses voisins , pour se fortifier ou pour s'agrandir. Elle voulut aussi que ce fût en son nom que Yignoles fit toutes ces ouvertures au duc y ^t qu'il parût que ses motifs n'étoient qu'un reste <l'intérét qu'elle prenoit encore k la maison de Lancastre y et qui étoit entretenu parles liaisons qu'elle conservoit toujours en Angleterre^ Cette manière de rendre service .au comte de Bichemont, et de répondre à 1% confiance de sa mère, satisfaisoit la générosité de Jdarguerite , sans la jeter dans des agitations trop tumultueuses, qui ne pouvoient convenir désor- ^ mais à son caractère, ni à sa situation. Et si l'on en croit un de ses historiens , ceux qui auroient pénétré le fond de son cœur, auroient admiré, qu'avec la tristesse profonde où elle étoit continuellement plongée , elle (ût capable encore d'être sensible k l'amitié.
Ses conseils eurent tout le succès qu'elle s'étoit
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promis de l'habileté de Yignoles. Le duc <le Bretagne s'engagea presque sans délibérer à soutenir l'entreprise du comte ; et la facilité qu'il eut à se lier par les plus fortes promesses , sembla mar^ quer que ^ sur quelque nouveau mécontentement qu'il avoit reçu d'Edouard, il ne respiroit que l'occasion de se venger. Il regretta même que l'exécution fût remise à des temps incertains ; et lorsqu'en s'ouvrant davantage , on lui eut appris que ce qu'il regardoit encore comme un simple projet de la reine, étoit déjà résolu de la part du comte de Richement et de tous ses partisans , ilse plaignit de la contrainte qui devoit lui faire dissimuler pendant quelque temps la satisfaction qull en ressentoit. Les suites de cette fameuse négo* ciation , qui , après de longues et dangereuses vicissitudes, aboutit, enfin, à placer le comte de Bichemoht sur le trône , sont étrangères au dessein de cet ouvrage; mais les historiens qui en attribuent la gloire au comte de Pembroock, ont ignoré qu'ils la déroboient à la reine.
Pendant que Yignoles s'employoit si heureusement à la cour du duc, et que le comte de Bichemont attendoit à Vannes le succès de sa commission , Jeifreys s'étoit fait une occupation plus douce auprès de Catherine Lée, dontil avoit distingué toul-d'un-coup le mériteet les charmes. Il avoit conçu pour ellci une vive tendrojisç ^ et la
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reine l'avoit vue ilaître avec plaisir. C'é toit une occasion d'établir avantageusement une fille qui lui étoit chère. Elle n'attendit point que Jeffreys lui eût eiLpiiqué ses sentiments pour lui proposer un mariage qu'elle vouloit rendre avantageux pour lui-même par les bienfaits qu'elle destinoit à Catherine, et qui devoit servir, d'ailleurs, à guérir le jeune ]Lancastre des restes d'une folle passion. Jefireys reçut les offres de la reine avec des trans*ports de reconnoissance. Catherine parut les accepter avec soumission. Lée seul, qui croyoit perdre par ce changement la haute fortune dont le comte de Richemont l's^voit flatté , s'affligea iivtéiieuremeni du bonheur de sa fille, et se crut intéressé , pour sauver quelque chose de ses espérances, à donner avis au jeune comte des desseins de la reine.
11 en falloit bien moins pour désespérer un amant. Le comte, oubliant toutes les précautions qu'il avoit gardées jusqu'alors, quitta Yannes avant que son oncle y fût retourné , et s'observa si peu dans les circonstances de son départ, que l'ambassadeur d'Angleterre , averti de sa fuite , en' fit aussitôt ses plaintes au duc, et le mit dans un extrême embarras pour lui répondre. Cependant, après s'être excusé à ce ministre d'un mal auquel il n'avoit pas dépendu de lui de s'opposer, il dépêcha secrettement à la reine, pour se plaindre de
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l'impradence du comte, et lui demander l'expli-» cation d'une démarche si opposée à toutes leurs* conventions. Le jeune prince éloit déjà au château de Reculée y où ses reproches et ses agitations ëtoient aussi incommodes a Marguerite qu'à la fille 4le liée. Ceite princesse , feignant d'ignorer ellemême ce qui l'avoit fait partir si brusquement de Vannes 9 le fit appeler en présence du. député; et, le priant de répondre lui-même à la demande du duc, elle espéra que >on embarras et la honte de cette aventure deviendroient pour lui une leçon de modération et de prudence. Mais, loin de se déconcerter, le comte , emporté par la chaleur de la jeunesse et de l'amour, répondit agréablement au député qu'il étoit amoureux, et que, si le duc eroyoit avoir quelque reproche à lui faire , il en pouvoit lever aisément la cause en rendant plus sensible pour lui une personne sur laquelle il devoit avoir quelque autorité. Cette réponse produisit un efiet des plus bizarres. Le député , à qui le duc n'avoit pu confier ses ordres sans faire quelque fond sur sa fidélité, marqua de l'empressement à la reine pour se trouver seul avec elle; et reprenant le discours du comte de la manière qu'il l'avoit conçu, il offrit à cette princesse de pressentir l'esprit de son maître sur Tinclination du jeune priuce, c'est-à-dire, de lui proposer sou mariage avec Anne de Bretagne sa fille , qui étoit
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digne du premier trône da monde, et que le duc y dans les dispositions où il étoit pour le comte ^ accorderoit peut-être volontiers à l'héritier de l'Angleterre.
La reine comprit aisément son erreur; mais n^en trouvant point cette ouverture moins avantageuse pour le comte de Richemont y et jugeant même par l'envie qu'elle voyoit au députa de se rendre nécessaire, qu'elle pouvoit lui aban*^ donner la conduite d'un projet dont il étoit comme l'inventeur, elle évita dans sa réponse tout ce qui auroit été capable de le détromper. Il retourna vers son mattre , dans la prévention que le jeune prince étoit amoureux de la princesse de Bretagne, et qu'il n'étoit parti de Vannes que pour consulter la reine sur les moyens de faire approu<> ver sa tendresse au duc. D'un autre côté, Marguerite, qui s'étoit assez expliquée avec le député pour augmenter son zèle, et pour se promettre quelque chose de cette négociation imprévue, en tira deux avantages qu'elle étendit encore par les soins de sa prudence : l'un , de faire consentir plus facilement le comte au mariage de Catherin^ Lée^ en lui inspirant des idées plus dignes de sa naissance et de ses prétentions; l'autre, d'engager plus que jamais le duc de Bretagne dans les intérêts du comte, par l'opinion qu'il prit des senti-* ments de ce jeune prince pour saiiOe et pour lui»
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Cependant, elle eut encore à vaincre bien des résistances et des plaintes , pour accoutumer le comte à voir tranquillement le bonheur de Jeffreys. S^étant fait une étude de le rendre maître de luimême , elle reconnut, dit Fhistorien , qu'un cœur est plus difficile à gouverner qu'un état; et, vers la fin de ses jours, elle fit l'essai d'une prudence qui surpasse peut-être toutes les ruses de la poli«^ tique. Ce* fut le dernier service qu'elle rendit k l'Angleterre. En inspirant à ce prince la force dd Surmonter une folle passion , elle le remplit de ces grands principes qui le rendirent pendant toute sa vie chaste et tempérant; qualités qui ^ jointes à celles qu'il avoit reçues de la nature, ea firent un des plus grands rois qui ayent porté la couronne d'Angleterre. Catherine Lée se ressentit plus avantageusement de son esûme qu'elle h'auroit jamais fait de son amour. Outre les présents dont il prit plaisir à la combler, il s'engagea, ^ le ciel secondoit ses espérances, à rendre un jour son sort digne d'envie ; et l'on voit dans l'histoire de son règne , qu'il ne perdit pas le souvenir de cette promesse. Marguerite, qui avoit pris une vive afiection pour cette belle fille, et qui n'a voit point d'héritiers assez proches , ni assez avides pour s'opposer à ses bienfaits , lui donna la meilleure partie des restes de sa fortune, sans autre condir tion que de vivre auprès d'elle jusqu'à sa mort. . .
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Cette loi ëtoitune nouvelle faveur; maisCatherhie n'en devoit pas jouir long*tenips. Le mal qui avoit consumé insensiblenient la reine , touchoit au comble ; et des parties intérieures où il avoit étendu depuis long-temps ses ravages , il se communiqua visiblement au-dehors. Son sang corrompu par tant de noires agitations devint comme un poison , qui infecta toutes les parties qu'il devoit nourrir; sa peau se dessécha jusqu'à s'en aller en poussière ; son estomac se/étrécit ; et ses yeux ausd jcreux que s'ils eussent été enfoncés avec violence , perdirent tout le feu qui atoit servi si long-temps d'interprète aux grands sentiments de son ame. Il lui en resta néanmoins toute la tendresse et toute la bonté jusqu'à son dernier soupir. Elle employa sa dernière heure à distribuer le peu de bien qui lui restoit entre ses domestiques; et sa mort arriva le 25 d'août 1 483, au château de Dampierre, qui appartenoit à Yignoles, où l'on ne dit point par quel motif elle s'étoit fait conduire.
L'histoire ne nous apprend point d'autres circonstances de sa mort ; et Baodier ^ même , si fécond, d'ailleurs, en harangues et en réflexions, s'est abstenu, comme par respect, de mêler ici les ornements de son imagination au simple récit
* Usi ^crit uneyie de Marguerite d* Anjou, d'où j'ai tire plusieurs choses. Mais il n'a pais connu les écrivains anglois.
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de la Yeiité. Il assure seulement , comme plusienrs autres écrivains^ que la reiue mourut de douleur; c'est-à-dire, qu'ayant langui dans une continuelle tristesse , elle succomba , enfin, à de^ impressiops cpie le temps n'eut pas le pouvoir d'effacer, cac douze ans qui s'étoient passés depuis la mort de Henri YI et du prince de Galles, ne permettent point de regarder la sienne comme un de ces accès dolents qui épuisent tout-d'un-coup les forces de la nature.
On trouve dans quelques écrivains, que le roi Edouard fut soupçonné de lui avoir fait donner du poison. Un autre en accuse le duc de Glocester. Us ne pouvoient ignorer ses liaisons avec l'héritier de là maison de Lancastre , et tous deux avoienC nn intérêt presque égal à ravir à ce prince un conseil.et un appui si redoutable. Mais la vraisemblance ne réussit point sans preuves à se trans» former en vérité. Je me figure même que j'ai découvert la source de cette fausse imputation^ dans une erreur qui m'a paru sensible. Ceux qui êhargent Edouard ou le duc de Glocester d'avoir contribué à la mort de la reine , ajoutent (^u^ls employèrent pour cet attentat un médecin nommé Bray, qui, feignant d'être passé en France pour s'instruire en voyageant , s'arrêta quelque temps en Anjou. Mais on trouve d'un autre côté qu'après la mort d'Edouard , et lorsque le duc de Glocester
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se fat élevé sur le trône par le meurtre de ses neveux, la comtesse deRichemont, dHntelUgenc% avec le duc de Buckingham , pour rappeler de Bretagne le jeune Lancastre , et pouV le marier avec la princesse Elisabeth , fille aînée d'Edouard, se servit de Bray , son médecin , dans les commu*nications qu'elle eut avec la reine , mère de cette princesse. Un usurpateur soupçonneux pouvant s'irriter du moindre ombrage , la comtesse et le duc firent choix d'un ministre dont ils connoisr* soient également la fidélité et les lumières. Pourquoi multiplier ici les médecins du même nom, et leur attribuer des commissions si différentes? U me semble fort naturel que la comtesse de Riches mont, impatiente peut-être du retardement de JeBreys , eût envoyé Bray en Bretagne et en Anjou , pour se délivrer des inquiétudes qu'elle mn -ponvoit ressentir. Ainsi, loin d'avoir servi d^instrument aux fureurs d'Edouard et de son frère, il n'auroit paru chez la reine qu'à titre d'ami, et pour contribuer à sa santé plutôt qu'à sa mort. La perte d'une reine si respectable par ses grandes qualités et si digne de compassion par ses infortunes, ne fut pleurée sincèrement que de ses domestiques , et peut-être du jeune comte de Richemont , qui sentit bientôt ce qu'il a voit à regretter dans son amitié et dans ses conseils. Edouaifd comment de ce jour à se eroire bien affermi sur