‹ Histoire de Marie StuartChapitre 19 sur 32 · MARIE 8TUART A ANTONIE BABINGTON · texte numérisé non relu

MARIE 8TUART A ANTONIE BABINGTON

Copie officielle du temps. — State papers office de Londres , Mary Queen

of Scots (vol. 18).

Le 17 juillet 1586.

Féal et bien aymé, suyvant le zèle et entière affection dont j'ay remarqué qu'avez esté poussés en ce qui concerne la cause commune de larelligion et de la mienne aussy en particulier , j'ay tousjours faict estât et fondement de vous , comme d'ung principal et très-digne instrument pour estre employé et en l'ung et en l'aultre. Ce ne m'a esté moindre consolation d'avoir esté adverty de vostre estât, comme vous l'avez faict par vos dernières lettres , et trouvé moyen de renouvelle r noz intelligences, que j'estoys auparavant contristée pour me trouver sans l'ung et sans l'aultre. Je vous prie doncq m'escrire à l'advenir, le plus souvent que pourrez, de toutes les occurrences que jugerez importer aulcunement le bien de mes affaires, comme, de ma part, je ne fauldray aussi de tenir pareille correspondence avecq vous, le plus soigneusement et avec toute la dilligence qui me sera possible.

Je ne puis que louer, pour plusieurs grandes et importantes consi-

dérations qui seraient icy trop longues à réciter» le désir que vous avez en général d'empescher de bonne heure les desseings de nos ennemys qui tnschent d'abolir nostre relligion en ce royaulme , en nous ruynant tous ensemble. Car j'ay dès longtemps remonstré aux aultres princes catholiques estrangers , et l'expérience le confirme , que tant plus nous différons d'y mettre la main des deux costés, tant plus grand avantage nous donnons à nos adversayres de se prévaloyr contre les dicta princes, comme ils ont Met contre le Roy d'Espaigne; et ce pendant les catholiques d'icy , demeurant exposés à toutes sortes de persécutions et de cruaultés , diminuent de plus en plus de nombre, de forces et de moyens. Tellement que je crains fort que, si Ton n'y remédie de bonne heure , ilz seront réduitz en tel estât qu'il ne leur sera jamais plus possible de se remettre sus, ny de s'ayder d'aulcun secours qu'on leur pourra cy-après prêter.

Quant à mon particulier , je vous prie d'asseurer noz principaux amys que, quand bien je n'auroys aulcun intérest pour moy mesmes en ceste affaire (car je n'estime ce que je peus prétendre que bien peu au prix du bien publicq de cest estât), je seray tousjours preste et très affectionnée à y employer ma vie et tout ce que j'ay ou pourray avoir de plus en ce monde.

Or, pour donner ung bon fondement à ceste entreprise, afin de la pouvoir conduyre à ung heureux succez, il fault que vous considériez, de point en point, quel nombre de gens , tant de pied que de cheval , pourrez lever entre tous , et quels capitaynes vous leur donnerez en chasque comté , en cas qu'on ne puisse avoir ung général en chef : de quelles villes , ports et havres vous vous tenez asseurez , tant vers le nord qu'aux pays de l'ouest et du sud , pour y recevoir secours des Pays-Bas , de France et d'Espaigne ; quel endroict vous estimés le plus propre et advantageux pour le rendez-vous de toutes voz forces , et de quel costé estes d'advis qu'il fauldra puis après marcher ; quel nombre de forces estrangères , tant de pied que de cheval, voudrez-vous demander (lesquelles il fauldra proportionner suyvant le nombre des vostres propres) , et pour combien de temps payées ; ensemble les munitions et havres les plus commodes, pour leur descente en ce royaulme, des trois endroicts que dessus ; la quantité d'armes et d'argent dont il vous fauldra pourvoir en cas que n'en ayez des vostres ; {comment les six gentilshommes sont délibérés de procéder ;] et le moyen qu'il fauldra aussi prendre pour me délivrer de ceste prison.

Ayant prins une bonne résolution entre vous mesmes (qui estes les

principaux instruments , et le moings en nombre qu'il vous sera possible) sur toutes ces particularitez , je suis d'adviz que la communiniquiez en toute diligence à Bernardino Mendoza , ambassadeur ordinaire du roy d'Espaigne en France , lequel , oultre l'expérience qu'il a de Testât des affaires de par deçà , ne fauldra , je vous puis asseurer, de s'y employer de tout son pouvoir. J'auray soing de l'advertir de ceste affaire et de la luy recommander bien instamment, comme aussy à tels aultres que je trouvcray estre nécessaire. Mais il fault que fassiez choiz bien à propos de quelque personnage secret et fidèle pour manier ceste affaire avecq Mendoza et aultres hors du royaulme , duquel seul vous vous puissiés tous fier, afin que ladicte négociation soyt tenue tant plus secrète ; ce que je vous recommande sur toutes choses pour vostre propre seureté. Si vostre messagier vous raporte une responce bien fondée et certaine asseurance du secours que demandez , vous pourrés alors donner ordre (mais non devant , car ce seroyt en vain) que tous ceux de vostre parti par deçà facent provision , le plus secrettement qu'il sera possible , d'armes , bons chevaux et argent comptant, pour estre prests à marcher avec tout cest ecquipaige aussy tost qu'ilz seront mandés]par leurs chefs et conducteurs en chasque comté. Et, à la fin de tant mieulx pallier cest aflayre (communiquant seulement aux principaux le fondement de l'entreprinse), il suffira, pour ung commencement , que donniez seulement à entendre aux aultres que tous ces aprests ne se font à aultre fin que pour vous fortifier entre vous mesmes , si la nécessité le requeroyt , contre les puritains de ce royaulme , dont les principaux , commandant es Pays-Bas avecq les meilleures forces de ce dict royaulme , auroyent entreprins (comme vous en pourrés faire courir le bruict) d'exterminer à leur retour tous les catholiques et d'usurper la couronne , non seulement contre moy mesme et les aultres quy y ont légitime prétension , mais qui plus est, contre leur propre Royne qui règne à présent , si elle ne vouldra consentir de se laisser entièrement gouverner à leur appétit. Ces plainctes pourront servir fort à propos pour fonder et establir une association et confédération générale entre vous tous , comme pour vostre juste deffense et conservation de vostre relligion , vies , terres et possessions , contre l'oppression et entreprinses des dicts puritains , sans rien toucher directement par escript , rien qui puisse estre au préjudice de la Royne ; à la préservation de laquelle et de ses légitimes héritiers (ne faisant toutesfois en ce point aucune mention de moy) vous ferez plustost semblant d'estre très affectionnez. Ces choses estant ainsy préparées,

et les forces , tant dedans que dehors le royaulme , tontes prestes , il fauldra [alors mettre les six gentilshommes en besogne et] donner ordre que [leur desseing estant effectué,] je puisse quant et quant, estre tirée hors d'icy , et que toutes vos forces soynt en ung mesraes temps en campaigne pour me recevoir pendant qu'on attendra le secours estranger, qu'il fauldra alors haster en toute dilligence. [Or, d'aultant qu'on ne peust constituer ung jour préftx pour l'accomplissement de ce que les dicts gentilshommes ont entreprins, je vouldrois quHlz eussent tousjours auprès d'eulx , ou pour h moings en cour, quatre vaillans hommes bien montés pour donner advis en toute dilligence du succez du dict desseing , aussytost qu'il sera affectué , à ceulx qui auront charge de me tirer hors d'ici , afin de s'y pouvoir transporter avant que mon gardien soyt adverty de ladicte exécution, ou, à tout le moings, avant qu'il ayt le loisir de se fortifier dedans la maison , ou de me transporter ailleurs. H seroyt nécessaire qu'on envoyast deux ou trois de ces dicts advertisseurs par divers chemins, afin que, Vung venant à faillir, Vaullre puisse passer oultre ; et il fauldroyt en ung mesme instant essayer d'empescher les passages ordinaires aux postes et courriers.']

C'est le projcct que je trouve le plus à propos pour ceste entreprise, afin de la conduire avecq esgard de notre propre seureté. De s'esmouvoir de ce costé devant que vous soyez asseurés d'ung bon secours estrangier, ne seroyt que vous mettre, sans aulcun propos, en dangier de participer à la misérable fortune d'au 1 très qui ont par cy devant entreprins sur ce suject ; et de me tirer hors d'icy, sans estre premièrement bien asseurez de me pouvoir mettre au milieu d'une bonne armée ou en quelque lieu de seureté, jusques à ce que noz forces fussent assemblées et les estrangiers arrivés, ' ne seroyt que donner assés d'occasion à ceste Royne là, si elle me prenoyt de rechef, de m'enclorre en quelque fosse d'où je ne pourrais jamais sortir, si pour le moings j'en pou vois échaper à ce prix là, et de persécuter avecq toute extrémité ceulx qui m'auroyenft assisté, dont j'auroys plus de regret que d'adversité quelconque qui me pourroyt eschoir à moy mesmes. Et pour aultant, il fault que je vous admoneste de rechef, le plus instamment qu'il m'est possible, que preniez garde et usiez d'ung soing et vigilance extraordinaire pour acheminer et assurer si bien tout ce qui appartiendra à l'exécution de cest entreprinse que, moyennant l'ayde de Dieu, vous la puissiés conduyre à une bonne et heureuse fin, remettant au jugement de noz principaulx amys de par deçà, avec lezquels devez traicter cy- dessus, qu'il* advisent sur ledict project (lequel ne servira que pour une proposition

et ouverture) comme tous ensemble trouverez le plus expédient ; et à vous eu particulier je remets aussy d'asseurcr les gentilshommes susdits de tout ce qui sera requis de ma part pour l'entier accomplissement de leurs bonnes intentions. Vous pourrés aussy adviser et conclurre tous ensemble si (en cas que leur desseing ne prenne pied, comme il peut advenir) il sera néantmoins expédient ou non d'entreprendre ma délivrance et l'exécution du reste de l'entreprinse. Mais, si le malheur voulôyt que ne me puissiez avoir pour estre enfermée dedans la Tour de Londres ou en quelqu'aultre lieu avecq plus grande garde, ne laissés pourtant, je vous prie pour l'honneur de Dieu, de poursuivre le reste de l'entreprinse-, car je mourfay toujours très contente, quand je sçauray qu'estes délivrés de la misérable servitude en laquelle estes détenus captifz.

«Pessayeray de faire prendre les armes aux catholiques d'Escosse et de leur mettre mon filz entre les mains, au mesmes temps que ces choses s'effectueront icy, afin que par ce moyen nos ennemys ne puissent tirer aulcun secours d'illecq. Je vouldrois aussy qu'on taschat à faire quelqu'esmeute en Irlande, laquelle devroyt commencer ung peu auparavant qu'on feit rien par deçà, afin que l'alarme fust donnée en ung endroict tout contraire à celuy où l'on prétend faire le coup.

Vos raisons qu'on doyt avoir ung général en chef principal me semblent fort pertinentes, et pour tant seroyt bien à propos d'essayer le comte d'Arundell obliquement, ou quelqu'un^ de ses frères, et mesmes d'en rechercher le jeune comte de Northumberland, s'il se trouve en liberté. D'oultre-mer on peult avoir le comte de Vestmerland, le nom et la maison duquel peult beaucoup, comme sçavez, au pays du nord, et le mylord Paget, qui a aussy beaucoup de moyens en plusieurs comtés d'icy près; l'ung et l'aultre pourront estre secrettement rammenés en ce pays, et avecq eulx plusieurs aultres des principaux bannys, si l'entreprinse vient à prendre pied. Ledit mylord Paget se trouve de présent en Espaigne, où il pourra traicter tout ce que luy vouldrés communiquer, soyt directement à luy mesmes ou par son frère Charles, touchant ceste affaire. Prennez garde qu'aulcuns de voz messagiers, qu'en voyerez hors du royaulme, ne portent lettres quelconques sur eulx ; ains envoyez les despesches devant ou après eulx par quelques aultres. Donnés vous garde des espions et traictres qui sont entre vous, mesmement de quelques prestres qui ont esté desjà pratiqués par noz ennemys pour vous descouvrir; et surtout ne portés jamais sur vous aucun papier qui puisse nuyre de

façon que ce soyt ; car de semblables erreurs est par cy -devant procédée la condemnation de ceulx qui ont esté justiciez, contre lesquelz on n'eut sans cela pu rien prouver. Ne discouvrés vos noms ny intentions que le moings que vous pourrés à l'ambassadeur de France qui -est à Londres; car combien qu'il soyt, à ce que j'entends, ung fort honneste gentilhomme , de bonne conscience et relligion , si me douté -je que son maistre ne tienne avecq ceste Royne là ung aultre train tout contraire à noz intentions , qui pourroyt estre cause de luy faire interrompre nos desseings, s'il en avoit la cognoissance.

J'ay jusques à présent faict instance qu'on changeast mon logis, et pour responce on a nommé le seul chasteau de Dudley comme le plus propre pour m'y loger, tellement qu'il y a apparence que dedans la fin de cest esté on m'y mènera. Pourtant advisez, aussytost que j'y seray, sur les moyens dont on pourra user es environs pour m'en foire escbapper. Bi je demeure icy , on ne se peult servir que d'ung de ces trois expédients qui s'en suyvent : le premier qu'à ungjourpréfix, comme je seray sortye pour prendre l'air à cheval sur la plaine qui est entre ce lieu et Stafford, où vous sçavez qu'il se rencontre ordinairement bien peu de personnes, quelques cinquante ou soixante hommes bien montez et armez me viennent prendre ; ce qu'ilz pourront aysément faire, mon gardien n'ayant communément avec luy que dix-huict ou vingt chevaulx, pourvus seulement de pistolles. Le second est qu'on vienne à minuit, ou tost après, mettre le feu es granges et cstables que vous sçavés estre auprès de la maison, afin que les serviteurs de mon gardien y estant accourus, voz gens ayant chascun une marque pour se recognoistre de nuict, puissent ce pendant surprendre la maison, où j'espère vous pouvoir seconder avecq ce peu de serviteurs que j'y ay. Le trois ies me est que les charrettes qui viennent icy , ordinairement arrivant de grand matin, on les pourroyt accomoder de façon à y aposter tels charretiers, qu'estant soubz la grande porte, les charrettes se renvereeroynt tellement qu'i accourant, quant et quant, avec ceulx de vostre suyte, vous vous pourriez faire maistre de la maison et m'enlever incontinent , ce qui ne seroit difficile à exécuter , devant qu'il y peult arriver aulcun nombre de soldats au secours, d'aultant qu'ilz sont logés en plusieurs endroicts hors d'icy, quelques ungs à demy mile et d'aultres à ung mile entier.

Quelle qu'en soit l'yssue, je vous ay et auray tousjours très grande obligation pour l'offre qu'avez faict de vous mettre en hazard, comme faictes, pour ma délivrance , et j'essayeray , par tous les moyens que jamais je pourray, de le recognoistre en vostre endroict comme me-

ritez. «Tay commandé qu'on vous fcit un plus ample alphabet, lequel

vous sera baillé avec la présente. Dieu tout puissant vous ayt en sa

sainte garde.

Vostre eutièrement bonne amye à jamays.

P. S. Ne faillez brusler la présente quant et quant. Au dessous de Is copie de cette lettre est écrit ce qui suit : C'est la copie des lettres cfe la Royne d'Ecosse dernièrement à moy envoyées.

Anthonie Babington.

Je pense de vray que c'est la lettre escripte par Sa Majesté à Babington, comme il me souvient.

6 septembre 1586.

Nmj.

Telle ou semblable me semble avoir esté la response escripte en françois par monsieur Nau , laquelle j'ay traduict et mis en chiffre , comme j'en fais mention au pied d'une copie de la lettre de M. Babington, laquelle monsieur Nau a signé le premier.

5 septembre 4586.

GlLDERT CURLB.

Post-Scriptum attribué à Marie Stuart.

I would be glad to know the names and qualities of the six gentlemen which are to accomplish the designment ; for that it may be, I shall be able, upon knowledge of the parties, to give you some further ad vice necessary to be folio wed therein ; and even so do I wish to be mode acquainted with the names ofall such principal persons, as also whc be already as also who be (i). As also from time to time, particularly how you proceed, and as soon as you may, for the same purpose, who be already, and how for every one, privy hereunto.

Au dos de la main de Phelipps :

The post-scriptum of the Scottish Queen's letter to Babington.

(1) Ce passage en italique est rayé dans le chiffre original.

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