CHAPITRE PREMIER
Empressement des nobles à rejoindre la reine. — Désarroi dans le parti du régent. — Marie rétracte son abdication. — Énergie de Moray. — Son refus de traiter avec la reine. — Ses préparatifs de guerre. — Artifices d'Elisabeth pour empêcher que la France ne vienne au secours de Marie.
— Sage résolution prise par cette dernière de se retirer à Dumbarton. — Rencontre des deux armées. — Combat de Langside. — Déroute de l'armée royale. — Fuite de Marie. — Elle s'arrête à Dundrennan. — 8a résolution de demander un asile en Angleterre. — Vaine opposition de ses amis. — Son arrivée à Carlisie . — Précautions prises pour l'empêcher de s'échapper. — Résolution des ministres anglais de la soumettre à un jugement pour la diffamer. — Arrivée de Scrope et de Knollys à Carlisle.
— Refus d'Elisabeth de recevoir Marie avant qu'elle se soit purgée des crimes dont elle est accusée. — Mission de lord Herries et de lord Fleming. — Demande de Marie d'être secourue ou d'avoir la liberté de sortir d'Angleterre. — Son dénûment. — Rigueurs dont usent à son égard ses deux gardiens. — Jugement qu'ils portent sur elle. — Conseil qu'ils donnent de la déshonorer pour avoir un prétexte de la garder prisonnière.
— Mission de Middlemore en Ecosse. — Son entrevue avec Marie à Carlisle. — Lettre passionnée de Marie à Elisabeth. — Conduite perfide de Middlemore en Ecosse. — Note que lui confie Moray au sujet des lettres de la cassette. — Résolution des ministres anglais de retenir Marie pri-
sonnière. — Lettres de Wood interceptées, qui révèlent l'accord entre Moray et les ministres d'Elisabeth. — Arrivée de M. de Montmorin à Carlisle. — Situation de Marie. — Elle s'adresse à la cour de France et au roi d'Espagne. — Remontrances hardies de lord Herries à Elisabeth. — Promesse perfide de cette reine de restaurer sa cousine, si elle veut se rapprocher de Londres et répondre aux accusations de ses rebelles. — Refus de Marie. — Flatteries employées pour la déterminer. — Nouvelles promesses faites à lord Herries pour sa maîtresse, si elle consent aux conférences proposées. — Marie finit par y consentir. — Impopularité croissante de Moray en Ecosse. — Efforts et progrès du parti de la reine. — — Ordre qu'elle donne à ses adhérents de suspendre les hostilités. — Moray en profite pour écraser ses adversaires. — Vaines remontrances de Marie et de ses amis contre ce manque de foi. — Engagement pris par Elisabeth de ne point rétablir Marie sur le trône si elle est trouvée coupable. — Résolution de Moray de se rendre en Angleterre pour accuser sa sœur.
La nouvelle de l'évasion de Marie Stuart se répandit avec la rapidité de l'éclair à travers toute l'Ecosse, et y causa une profonde émotion. Elle fut accueillie par la plus grande partie des nobles avec une joie qu'ils s'empressèrent de témoigner, en allant en foule offrir à leur souveraine leurs hommages et leurs bras. Les comtes d'Argyle , de Cassiiis, d'Eglington, de Rothes, les lords Somerville, Tester, Levingston , Herries, Fleming, Ross, Borthwick et beaucoup de barons accoururent à Hamiltoii , et envoyèrent immédiatement à tous leurs vassaux l'ordre de prendre les armes et de venir se ranger autour de l'étendard royal. En peu de jours la reine eut une armée de six mille hommes, tous pleins d'ardeur. M. de Beaumont, qui se trouvait encore en Ecosse et qui s'était rendu auprès de Marie à la nouvelle de son évasion , assurait qu'il n'avait jamais vu tant d'hommes si soudainement réunis (i). Et d'autres se préparaient à les rejoindre : Huntley et Ogilvy rassemblaient leurs vassaux dans le Nord.
A peine en sûreté , Marie avait dépêché en France le fidèle Beaton, pour y annoncer sa délivrance et demander un secours immédiat de mille arquebusiers ; elle ajoutait qu'il en faudrait
(1) Kbith, t. II, p. 798.
HISTOIRE DE MABIE 8TUÀRT. 3
probablement davantage, pour réduire Edimbourg et les for* teresses qui étaient aux mains du régent. Elle sollicitait aussi de l'argent; car elle était dénuée de tout , Moray s'étant approprié non-seulement les revenus de la couronne , mais tout ce qui lui appartenait en propre. Dans une lettre au cardinal de Lorraine , elle demandait pardon des erreurs de sa jeunesse ; elle remerciait Dieu de lui avoir donné le courage de supporter ses afflictions et d'avoir permis qu'elle fût délivrée , ce qu'elle reconnaissait ne devoir qu'à lui seul (1).
Si les amis de la reine étaient joyeux , le désarroi fut grand parmi les usurpateurs, lorsqu'ils apprirent que leur proie leur avait échappé. Moray , qui se trouvait alors à Glasgow où il tenait des cours de justice, avait peine à y croire. Mais il ne put pas en douter longtemps , en voyant l'étrange changement opéré tout à coup parmi ceux qui , quelques heures auparavant, paraissaient les plus dévoués à sa fortune. Les uns se retiraient sans rien dire , d'autres allaient secrètement implorer leur pardon , un assez grand nombre rejoignirent ouvertement la reine ; Robert Melvil fut un des premiers. Ce triste personnage rapportait à Marie la bague que lui avait autrefois donnée Elisabeth , et qu'il avait jusque-là refusé de lui rendre (2). Le découragement était si grand dans le camp du régent, que ceux qui étaient restés autour de lui parlaient de se retirer au château de Stirling , pour s'y enfermer avec le jeune prince. Dans cette circonstance critique , Moray par son intelligence et son énergie se montra à la hauteur de son ambition : « Se retirer, » dit-il , « il ne faut pas y songer, on croirait que nous fuyons ; chaque heure de retard fortifierait le parti de nos adversaires , et découragerait nos amis. Il ne nous reste qu'une chance, c'est une attaque précipitée, avant que Huntley et Ogilvy aient renforcé l'armée ennemie. »
Cependant la reine, dès qu'elle s'était vue suffisamment entourée, avait envoyé dire au régent de déposer son pouvoir mal acquis. Il ne répondit rien et continua ses préparatifs. Alors la
(1) Petrueei à Cosme 1% Làbàhoff, t. VII, 'p. 138; Kbith, t. II, p. 800. .2) Hopctoun M 8.
reine déclara devant la noblesse assemblée que son abdication lui avait été extorquée par la crainte et la violence ; elle prit à témoin de sa déclaration Robert Melvil et George Douglas, qui avaient assisté à la scène de Lochleven et entendu les menaces de Lindsay. Les nobles, en conséquence, proclamèrent nul et sans effet tout ce qu'avait signé la reine et tout ce qu'avait voté le Parlement de Moray, lequel n'avait été convoqué qu'en vertu d'un pouvoir usurpé (1). Ils conclurent ensuite, contre les déloyaux sujets qui avaient emprisonné Marie , une ligue par laquelle ils s'engageaient à hasarder leurs vies et leurs biens pour la défendre et la venger. Cette ligue fut signée, le 8 mai, par neuf comtes, neuf évoques, dix-huit lords, douze abbés et prieurs, et plus de cent barons, c'est-à-dire par les trois quarts de la noblesse (2).
La reine envoya un second message à Moray pour lui annoncer qu'elle avait rétracté son abdication ; et comme elle désirait éviter l'effusion de sang , elle proposait de lui pardonner ainsi qu'à ses partisans ce qu'ils avaient fait contre son honneur et sa personne, et de remettre à un Parlement convoqué à cet effet l'apaisement de toutes les dissensions. Ils répondirent par des proclamations qui déclaraient coupables du meurtre de Darnley tous ceux qui abandonneraient' leur cause. Marie , qui venait d'apprendre enfin , et pour la première fois, les circonstances du meurtre et les noms des principaux assassins, offrit de livrer ceux qu'on lui nommerait, pourvu qu'on lui livrât ceux qu'elle désignerait à son tour (3). Cette offre jeta l'alarme parmi les adhérents de Moray, et leur fit sentir le besoin de s'unir. Lethington , qui commençait à bouder , oublia ses griefs ; Balfour se hâta de reparaître , et Mo r ton comprit que la victoire seule le sauverait du supplice. Ils arrê-
(1) Mblvil, p. 200.'; Kbth , t. II, p. 799 ; Chalmbrs , 1. 1 , p. 434 et 435 , et Tttler.
(2) Keith, t. II, p. 807-810.
(3) Marie à Elisabeth. 17 mai 1568, Labanoff. t. II, p. 75 ; Andkrson, t. IV, 2« partie, p. 82 ; Drury à Cecil, 7 mai 1568, dans Kcith, t. II, p. 804 et £0;, . le même à Throckmorton, 9 mai.
tarent les messagers de la reine , et saisirent ses proclamations (1).
La guerre devenait inévitable : on s'y préparait des deux côtés. Les ministres la prêchaient avec un redoublement de fureur ; les chaires retentissaient d'anathèmes contre la reine et ses partisans. L'une et l'autre armée allait grossissant chaque jour; celle de Moray compta bientôt quatre mille hommes (2). Le régent avait en outre pour lui les sympathies de l'Angleterre.
L'évasion de Marie n'avait pas causé moins de dépit à Elisabeth et à ses ministres qu'aux usurpateurs eux-mêmes. Gecil et tous ses agents étaient dans une agitation extrême : « La nouvelle n'est que trop vraie, » s'écriait Dniry, c et quels malheurs vont s'ensuivre! car ce qu'on avait toujours craint oe peut manquer d'arriver maintenant (3). » Throckmorton , dans une lettre à Robert Melvil , conseillait à tous les bons Écossais de se serrer autour du régent : « Je loue Dieu , » disait-il y « de ce que la reine notre maîtresse est délibérée d'aider ce bon lord Moray , plutôt que telle malheureuse femme ni ses alliés (4). » Il fallait surtout empêcher que Marie ne fût secourue par la France ; Elisabeth y employa toute sa duplicité. Quand Beaton, qui allait demander l'appui de Charles IX , fut arrivé à Londres , Gecil chercha d'abord à le retenir, 'puis à lui persuader que sa mission était inutile. A quoi bon , lui dit le ministre , demander l'appui de la France ? l'Angleterre fournira à la reine d'Ecosse tous les secours dont elfe aura besoin (5).
Quand Elisabeth vit que Beaton ne se laissait point persuader, elfe fit partir pour Edimbourg Thomas Leighton, avec des instructions analogues à celles qu'elle avait données autrefois
(1) Marie à Elisabeth, 17 mai 1568, Labanopf, t. Il, p. 75.
(2) Khth( t. II, p. 803-806, et Teulet, t. II.
(3) Drury à Throckmorton.
(4) Throckmorton à Robert Melvil et à Drury, 6 mai 1568, dans Trouer, t. II, p. 355-358.
(5) Cabala, p. 137.
à Throckmortoû. Elle offrait à sa cousine de ramener à la soumission les Écossais rebelles ; et , dans le cas où ils refuseraient , elle promettait de lui fournir les forces nécessaires pour les y contraindre , à la condition qu'elle n'aurait point recours à la France. Elisabeth proposait, avant d'en venir aux moyens extrêmes, de se porter médiatrice ; et son envoyé devait s'aboucher avec Moray pour s'entendre sur les termes de l'accord à établir. L'artificieuse reine prétendait traiter cette affaire comme ayant plus de droit à le faire qu'aucun autre prince, et déclarait à Marie d'un ton menaçant, que , si elle s'adressait à la France , elle s'exposait à de nouveaux troubles et à la perte de son amitié (1). Leigthon avait ordre de faire diligence ; les armes devaient décider la querelle avant qu'il eût pu accomplir sa mission.
L'armée de la reine était nombreuse, mais elle manquait de direction et était travaillée par des rivalités. Lord Claude Hamilton avait demandé le commandement, et c'était le comte d'Argyle qui l'avait obtenu , quoiqu'il n'eût aucun talent militaire et que sa fidélité ne fût pas à toute épreuve. Il en était tout autrement de l'armée du régent : elle était unie , elle avait un chef politique plein d'énergie, et possédait un homme de guerre, Kirkaldy de Grange.
Les Hamilton, comptant sur leur nombre et regardant la reine comme le prix de leur victoire (2) , étaient pressés de livrer bataille ; mais tout faisait un devoir à Marie d'éviter , si c'était possible , l'effusion du sang , pour ne pas creuser plus profond l'abîme entre elle et les rebelles. Et d'ailleurs , il était maintenant ou trop tard ou trop tôt pour combattre : puisqu'on n'avait pas attaqué Moray avant qu'il eût pu réunir des troupes , la sagesse conseillait de laisser son parti se dissoudre de lui-même , ou tout au moins d'attendre que les renforts amenés par Huntley et Ogilvy eussent rejoint l'armée. Marie en avait
(1) ànderson, t. IV, p. 26-29, et Kkith, t. II, p. 801.
(2) On dit que l'archevêque de Saint-André voulait, après la victoire, marier la reine avec son neveu lord d'Arbroath, et qu'elle même le savait et le craignait.
jugé ainsi : elle avait eu , dès le commencement , la sage pensée de s'enfermer dans la forteresse de Dumbarton ; elle le désirait encore en ce moment. Son avis finit par prévaloir : il fut décidé qu'elle serait conduite paisiblement à Dumbarton , et qu'elle y resterait jusqu'à ce que la noblesse pût s'y réunir en Parlement , pour régler les affaires du royaume.
La reine et son armée quittèrent Hamilton, le 13 mai. Moray s'était posté, pour l'attendre, à Glasgow-Moor; mais il fut averti par un des transfuges, qui , comme Robert Melvil , n'étaient allés à Hamilton que pour trahir, que la reine avait pris une autre route et suivait la rive gauche de la Clyde. 11 fit en toute hâte passer la rivière à ses troupes, les gens de pied sur le pont le plus voisin, les cavaliers à gué, chacun ayant en croupe un arquebusier, afin de s'emparer au plus vite des hauteurs de Langside et de barrer le passage à l'ennemi. Son avant-garde était conduite par Morton, Sempil, Lindsay et lord Hume ; il commandait lui-même le reste de l'armée, qui comptait dans ses rangs Mar, Glencairn, Monteith, le mas ter de Graham, Ruthven, Ochiltree, Lethington, Balfour et trois des Melvil ; Athol, de plus en plus dégoûté du gouvernement de Moray, n'était pas venu et n'avait envoyé aucun de ses vassaux. Kirkaldy de Grange avait la charge spéciale de surveiller la bataille. Arrivé au sommet de la colline avec les borderers à cheval de lord Hume et les arquebusiers qu'ils avaient pris en croupe, il rangea une partie de ces derniers à l'entrée d'un chemin creux par où devaient déboucher les troupes de la reine ; il abrita le reste dans les jardins et les cottages du village. Le gros de l'armée, formé par derrière sur deux colonnes, occupait le sommet de la colline, dont l'abord était rendu plus difficile par les haies et les fossés qui en coupaient les flancs.
Dès que l'armée royale fut avertie que les rebelles voulaient lui disputer le passage, elle s'apprêta à le forcer. Elle marchait au hasard, pleine d'une aveugle confiance et sans s'inquiéter des mouvements de l'ennemi ; si bien que la colline de Langside était déjà presque occupée avant que ceux de la reine s'en fussent aperçus. Ils n'en continuaient pas moins à marcher
résolument, quand Argyle, qui avait le commandement, fut tout à coup frappé d'une attaque d'épilepsie, que quelques-uns attribuèrent au manque de courage ou de fidélité. Que son mal fût réel ou simulé, il fut obligé de s'arrêter et toute l'armée avec lui, donnant ainsi à l'ennemi le temps de se reconnaître et de se préparer.
Le corps de bataille de la reine comptait, outre Argyle, les comtes de Cassilis, d'Eglington et de Rothes, les lords Seaton, Somerville, Yester, Borthwick, Levingston, Sanquhar, Boyd et un grand nombre de barons. Lord Claude Hamilton, un des plus ardents partisans de Marie, conduisait l'avant-garde, composée de tous les Hamilton avec leurs vassaux et amis, au nombre de deux mille. Ils se vantaient de pouvoir à eux seuls culbuter les rebelles. La cavalerie était commandée par lord Herries et son frère Maxwell. Mais tout était confusion dans cette malheureuse armée : les capitaines se disputaient la préséance , et Argyle , à la suite de son accès , était incapable de commander. La bataille allait être abandonnée au hasard.
Quand les deux armées ne furent plus qu'à une portée d'arquebuse, celle de la reine s'arrêta en face de l'ennemi. Elle avait sept pièces d'artillerie, et le régent six coulevrines. Il s'échangea, pendant une demi-heure, quelques boulets qui ne tuèrent ni ne blessèrent personne. Marie était allée se placer à un demi-mille du champ de bataille, sur une éminenoe d'où elle pouvait suivre les péripéties de la lutte. Elle avait autour d'elle ses dames, lord Boyd, lord Fleming, le fils de lord Herries et un petit groupe de serviteurs dévoués (1). Après quelques escarmouches entre les arquebusiers des deux partis, et un engagement sans résultat entre les borderers à cheval de lord Herries et de lord Hume, les Hamilton, entraînés par leur ardeur, s'engagèrent imprudemment, sans chef pour les diriger, à travers les chemins creux au bord desquels l'ennemi était embusqué. Quoique assaillis de tous côtés, ils réussirent
(1) Advertissement ofthe confîict in Scotland, dans Tytlbr, t. VI, appendU, p. 470.
à déboucher au sommet de la colline ; mais ils étaient hors d'haleine, et vinrent se heurter à l'avant-garde, où se trouvaient avec Morton les hommes les plus déterminés. Les longues piques s'abaissèrent ; le choc fut vigoureux de part et d'autre et la lutte acharnée. Quand les combattants avaient déchargé leurs pistolets, ils se les lançaient au visage, ou ramassaient, pour s'en faire des armes, les tronçons de piques brisées et tout ce qui leur tombait sous la main. Les Hamilton, malgré leur position désavantageuse, continuaient à combattre pleins de courage et de confiance ; déjà môme, dans Farinée du régent, les habitants du comté de Renfrew et deux cents Highlanders avaient lâché pied et commençaient à fuir, lorsque Grange, arrivant avec des troupes fraîches et bien disposées, les ramena au combat. Alors les Hamilton, combattus de front et attaqués de flanc, furent obligés de reculer. Us le firent en désordre, et le reste de l'armée les imita. La reine, qui suivait d'un œil inquiet, et le cœur tour à tour agité d'espérance et de crainte, les fluctuations du combat, < voulut les ramener et charger elle-même ; mais elle les trouva plus disposés à se battre entre eux qu'à repousser l'ennemi. Elle ne savait du reste à qui se fier; car elle avait quelque raison de craindre les traîtres qui s'étaient glissés dans les rangs de son armée (I). »
Le combat n'avait duré que trois quarts d'heure, et la déroute était complète. Les Hamilton laissaient sur le champ de bataille de deux à trois cents morts ou blessés ; il y avait à peu près un nombre égal de prisonniers. Beaucoup s'étaient laissé prendre sans résister; quelques-uns furent immédiatement relâchés, entre autres le comte d'Argyle. Huntley et Ogilvy accouraient avec des forces considérables ; ils arrivèrent trop tard (2).
Quand l'infortunée Marie Stuart, après avoir passé par les
(1) Brantôme, dans Jbbb, t. II. p. 4S6.
(2) Avertissement of the conflict in Scotland ; Mblvil , p. 200-202 ; Hbrmw, p. 102; Historié of James the sext, p. 25 : Calderwood , p. 414-416 ; Ho* UH3HBD, etc.
angoisses les plus poignantes, vit ses défenseurs, fuyant de toutes parts, emporter dans leur fuite ses dernières espérances, elle perdit courage, ce qui ne lui était jamais arrivé jusquelà, dit Melvil (1). Redoutant plus que la mort de retomber entre les mains de ses persécuteurs, elle ne songea qu'à leur échapper. Elle essaya d'abord de se diriger vers Dumbarton qui, même après sa défaite, lui aurait offert un asile assuré ; mais elle ne put atteindre la rivière, dont l'ennemi occupait les bords. Lord Herries lui conseilla de gagner le Galloway, où elle serait en sûreté et d'où elle pourrait, s'il le fallait, se retirer à l'étranger (2). Se laissant guider sans résistance, elle quitta à toute bride le funeste champ de bataille de Langside, escortée par Herries et son fils, les lords Levingston et Fleming, George et Willie Douglas. Elle courut toute la nuit à travers champs, évitant les lieux habités de peur d'être reconnue, et ne s'arrêta qu'à Sanquhar, après avoir parcouru soixante milles sans se reposer. De Sanquhar lord Herries la conduisit dans sa résidence de Terregles. On raconte qu'en passant devant le château fort de Garlston, qui avait appartenu à Bothwell, lord Herries le lui désigna comme un lieu de refuge; mais que, très-agitée et fondant en larmes, elle se précipita en avant sans rien répondre (3). Ce ne fut qu'après avoir traversé la Dee et fait couper le pont derrière elle, qu'elle osa, un peu rassurée, frapper à la porte d'une chaumière pour obtenir de quoi apaiser sa faim et sa soif. La pauvre femme qui l'habitait lui servit du pain noir et du lait. Avant de se remettre en route, Marie demanda à son hôtesse quel bien elle pouvait lui faire pour reconnaître son hospitalité. La femme répondit que sa plus grande joie serait de posséder en propre le cottage qui l'abritait et le champ qui était autour. Oubliant qu'elle n'était plus qu'une fugitive sans ressources,
(1) Memoirs, p. 202.
(2) Kbith, t. II, p. 821.
(3) Nicbolson's History of Galloway , et miss Strickla.no , t. VI , p. 92 et 93.
Marie promit de les lui donner. Ce fut sans doute lord Herries qui tint la promesse de sa reine (1).
Elle erra ainsi, n'osant voyager que de nuit, jusqu'au 15 mai, où elle arrixa à l'abbaye de Dundrennan, près de Kirkudbright. f Dieu m'ôtera bientôt de ces misères, » écrivait Finfortunée princesse ; « car j'ai souffert injures, calomnies, prison, faim, froid, chaud, fuite sans savoir où, quatre-vingt douze milles à travers champs, sans m' arrêter et descendre ; et puis coucher sur la dure, et boire du lait aigre, et manger de la farine d'aveine sans pain ; et suis venue trois nuits, comme les chats-huants, sans femme en ce pays... (2) »
Marie fut rejointe à Dundrennan par l'archevêque de Saint* André et quelques-uns de ses défenseurs, échappés de Langside, qui venaient délibérer avec elle sur le meilleur parti à prendre. Elle eut la douleur d'apprendre que plus de cinquante gentilshommes du nom seul d'Hamilton avaient été tués à Langside, avec beaucoup d'autres de ses partisans les plus dévoués ; que le reste était dispersé ; que lord Seaton, le plus fidèle de ses amis, était blessé et prisonnier ainsi que nombre de barons ; que non-seulement leurs biens, mais leurs vies étaient en grand danger. Elle apprit encore que, le lendemain de sa victoire, Moray avait publié une proclamation monstrueuse, dans laquelle le fils, après avoir énuméré les prétendus crimes de sa mère, l'accusait d'avoir voulu le faire mourir pour lui ravir violemment la couronne. • Mais Dieu, » s'écriait le bâtard par la bouche du royal enfant, « a daigné sauver, en nous donnant la victoire, notre innocente personne et la place que Dieu nous a confiée. Car quelle pitié pourrait émouvoir une femme pour qui, hélas ! voir couler le sang écossais est un spectacle agréable? Quelle grâce attendre de celle qui a excité la rébellion contre son fils unique? Quelle sécurité peut-il y avoir pour le bon peuple de Dieu, sous le gouvernement de celle à qui le pouvoir a servi pour faire égor-
(1) Casties, palaces and prison* of queen of Seots, par Ch. Mackie, p. 387 et 388.
P) Marie au cardinal de Lorraine» 21 juin 1568, Labanoff, t. II, p. 117.
ger notre père bien -aimé, qui était la chair de sa chair ? » Et défense était faite à tous les sujets du royaume, sous peine de trahison, de prêter aide où protection à la reine fugitive et à quiconque agirait par ses ordres ou en sa faveur (1).
Ces cruelles nouvelles achevèrent de décourager Marie ; elle ne songea plus qu'à se réfugier en Angleterre. Ses conseillers l'en détournèrent : lord Herries lui proposa de rester en Ecosse ; il s'engageait sur sa tête à la maintenir quarante jours dans le Galloway. Pendant ce temps, ses amis pourraient se rassembler et la conduire dans quelque forteresse, où elle trouverait un abri ; sinon, il lui serait toujours facile de se|retirer où elle voudrait. Mais elle ne se croyait plus en sûreté nulle part dans son triste royaume, où la trahison prenait tous les masques, et ne rougissait pas de la faire insulter par son propre fils. La voyant déterminée à sortir d'Ecosse , ses conseillers la pressèrent de se retirer en France. Elle refusa : elle ne voulait pas reparaître en fugitive dans une cour où elle avait été naguère reine si brillante, et y exposer sa détresse aux sarcasmes de Catherine de Médicis. Peut-être aussi craignait-elle, en repassant la mer, de paraître renoncer à la couronne. Alors, l'archevêque de Saint-André et ceux qui étaient là, se jetant à ses genoux, la supplièrent de ne point aller en Angleterre, parce qu'elle y serait retenue captive et ne rentrerait jamais dans ses États. Ils lui citèrent plusieurs exemples des perfidies de la nation anglaise à l'égard des rois d'Ecosse, ses prédécesseurs ; mais rien ne put la faire changer de résolution. Quelques-uns des seigneurs présents, ne prévoyant que trop les funestes conséquences d'un aveuglement qu'elle seule partageait, lui deman- . dèrent des lettres de décharge, pour témoigner que c'était malgré eux qu'elle agissait ainsi (2).
Cette fatale détermination une fois prise, Marie écrivit à Elisabeth pour la lui annoncer, et lui dire qu'après Dieu elle
(1) Proclamation du régent, {printed by Robert Lekprewick), dans Lingard, t. IV, p. 118 et 119.
(2) Historié of James the sext, p. 29; Keith, t. II, p. 822; Marie à l'archevêque de Glasgow, 24 novembre 1586, dans Iabjlnoff, t. VI, p. 472.
n'avait d'espérance qu'en son appui (t). Elle fit demander en même temps à Lowther, qui commandait à Carlisle pour lord Scrope, si la rei u o d' Ecosse, réduite à chercher un a aile en Angleterre, n'y courrait aucun danger. Lowther répondit qu'il ne pouvait rien promettre en l'absence de lord Scrope, qui était à Londres en ce moment. Quelque vague que fût cette réponse, Marie n'attendit pas d'autre assurance : le 16 mai, elle s'embarqua à Dundrennan sur un bateau de pécheur, avec une escorte de dix-huit personnes qui, quoique dénuées de tout comme leur maltresse, voulurent partager sa fortune. A peine débarquée à Workington, dans le Cumberland, elle écrivit de nouveau à Elisabeth, pour lui exposer l'indigne conduite de ses sujets et la détresse où elle était réduite : « Je vous supplie, » disaitelle, c le plus tôt que vous pourrez de m'envoyer quérir ; car je suis en piteux état non pour reine, mais pour gentille femme : je n'ai chose du monde que ma personne, comme je me suis sauvée, fuyant soixante milles à travers champs le premier jour, et n'ayant depuis jamais osé aller que la nuit, comme j'espère vous remontrer, s'il vous plaît avoir pitié de mon extrême infortune (2). » En môme temps que cette lettre, Marie renvoyait à Elisabeth la bague que celle-ci lui avait donnée autrefois avec la promesse de l'aider de tout son pouvoir, si jamais elle venait à tomber dans le malheur (3) .
Le bruit de l'arrivée de Marie à Workington se répandit bien vite. Lowther vint pour la recevoir ; il la conduisit à Carlisle avec le respect dû à son rang et à ses infortunes, c L'appareil de la reine d'Ecosse est bien mince, » écrivait-il, « elle n'a pas de quoi se changer, et bien peu d'argent, à ce qu'il semble ; car j'ai dû subvenir aux frais de son voyage et fournir des chevaux pour elle et sa suite (4). » La noblesse du district, avertie de sa présence, accourut sur son passage pour lui
(i) Marie à Elisabeth, 15 mai 1568 , Labanoff , t. Il, p. 71. (i) Marie à Elisabeth, 17 mai 1568, Labanoff, t. Il, p. 74-77.
(3) Historié of James the sext, p. 27 ; Hbrries. p. 103 et 104; Marie à Élisa- M, 28 mai 1568. Labawofp, t. II, p. 82 et 83.
(4) Lowther à Cecil, 18 juin 1568, State papers office, et Chalmers.
faire honneur ; mais dans le cortège se trouvaient cinquante soldats armés, dont la présence n'était pas d'un trop bon augure. Arrivée à Carlisle, Marie fut conduite dans le château, à sa grande surprise. Elle demanda à être logée ailleurs ; Lowther répondit que c'était impossible (1).
Elisabeth, en recevant les messages de la reine fugitive, dut éprouver dans le secret de son cœur une joie méchante, que son ministre ne pouvait manquer de partager. Leurs intrigues avaient réussi au delà de leurs espérances : Marie venait d'ellemême se mettre à leur merci. Qu'allaient-ils faire? Elle n'était plus une rivale, mais une suppliante, une voisine, une parente malheureuse, qui, librement et sur la foi des promesses qui lui avaient été faites, demandait asile et protection. Si Elisabeth avait eu le moindre instinct de générosité, le moindre souci de son honneur et de l'équité, elle l'eût prise en pitié et lui fût venue en aide ; mais elle était sans entrailles comme sans probité ; et son ministre était un de ces politiques qui font passer avant la justice ce qu'ils appellent l'utilité publique ; comme si un intérêt quelconque pouvait colorer la violation des lois les plus sacrées !
Jusqu'à ce que des décisions et des mesures eussent été prises, Elisabeth crut devoir affecter pour la reine d'Ecosse, afin d'entretenir son aveugle confiance, des sentiments de bienveillance qui étaient loin de son cœur. Elle fit partir lord Scrope, gardien des frontières, et sir Francis Knollys, son vice-chambellan, avec des lettres, des messages de condoléance et des promesses d'aider sa bonne soeur. Les deux envoyés devaient rester auprès de Marie sous prétexte de lui faire honneur, mais en réalité pour la surveiller. Ils avaient ordre de la traiter avec égard, ainsi que les personnes qui l'avaient accompagnée ou qui étaient venues la rejoindre, et de leur laisser, autant que possible, toutes les apparences de la liberté (2); mais il avait été enjoint aux shérifs et aux magistrats du Cumberland
(i) Lowther à Cecil, 18 juin 1568, State papert office. (2) Anderson, t. IV, 1" partie; Lord Scrope et Knollys à Elisabeth, 29 mai 1568, Goodall, t. II, p. 69.
de prendre garde que ni la reine, ni aucune des personnes de sa suite ne vînt à s'échapper (1).
Cependant Cecil avait assemblé le conseil pour délibérer non sur ce qu'il était juste et honnête de faire en cette circonstance, mais sur ce qui serait le plus profitable. Après de longues considérations qui ont été conservées, écrites de la main même du ministre, et qui trahissent un certain embarras, il fut décidé qu'à aucun prix on ne laisserait la reine d'Ecosse passer en France ; et que, comme son retour dans ses États, même entouré des plus grandes précautions, offrait des dangers et affectait l'intérêt d'Elisabeth, elle serait retenue prisonnière en Angleterre le reste de sa vie, et gardée dans un lieu sûr d'où elle ne pourrait exciter aucun trouble. Pour masquer cette honteuse violation du droit des gens, il fut convenu, en outre, que Marie serait engagée à se disculper des accusations portées -contre elle ; et qu'Elisabeth, en vertu des droits de la couronne d'Angleterre sur celle d'Ecosse, se constituerait juge pour prononcer sur sa culpabilité.
On prit des mesures conformes à ces décisions : des ordres furent donnés pour empêcher que personne n'approchât d'elle à l'insu de ses gardiens, et pour arrêter quiconque entrerait en Angleterre sans une passe du maréchal de Berwick, ou serait soupçonné d'avoir aidé au meurtre de Darnley (2). On prépara en même temps l'œuvre de diffamation : les espions que Cecil avait chargés de lui dénoncer les partisans de Marie écrivaient < que les faits et gestes de cette reine étaient dévoilés ; » qu'elle avait fait dire à Bothwell de revenir; que de l'argent avait été envoyé à ce misérable (3). Mais comment aurait-elle pu rappeler Bothwell, prisonnier en Danemarck, et surtout lui envoyer de l'argent, puisqu'elle n'avait pas elle-même « de quoi acheter du pain et une chemise. » Cecil s'appropriait la machine de
(l) Letter by thequeen to the sheriffs and justices ofCumberland, 19 mai 1568, State papers office, et Ohalmers.
(?) Thingstobe considered upon the S. Q* coming into England (Cecil' s hand), dans Akdkrsoh, t. IV, 1** partie, p. 34-44, et Camdbn.
(3) John Willock à Cecil, 22 et 31 mai, Thorpe, t. I, p. 262 et 263.
guerre des usurpateurs : il voulait, comme eux, faire croire que ceux-là seuls étaient coupables du régicide qui favorisaient la reine. C'était une manœuvre d'autant plus éhontée que personne n'ignorait alors, et lui moins qu'aucun autre, que les vrais coupables étaient, avec Bothwell, les amis de Moray : « On demande en Ecosse, » écrivait l'ambassadeur de France à Londres, « que le régent et la plupart de ceux qui lui assistent (entendant Lethington et trois ou quatre seigneurs) se purgent du meurtre du feu roi d'Ecosse ; chose, sire, qui n'est pas hors de propos, car il y a longtemps que l'on assure de deçà que la plupart de tous ont prêté consentement audit meurtre (1). »
Revenant à un artifice déjà employé pour priver Marie de tout appui et la laisser à leur discrétion, les miuistres d'Elisabeth voulaient qu'on empêchât la France de lui venir en aide (2). L'ambassadeur anglais à Paris, sur les recommandations de Cecil, alla trouver Charles IX, et lui déclara qu'il serait superflu de faire parvenir aucun secours à la reine d'Ecosse, attendu que sa souveraine était décidée à lui fournir toute l'assistance dont elle pourrait avoir besoin : « Ce serait en effet le moment de montrer quelque pitié à cette infortunée princesse, » dit Catherine de Médicis qui se trouvait présente. Norris affirma que sa maîtresse n'y manquerait point ; sur quoi le roi de France se contenta d'envoyer M. de Montmorin pour s'enquérir des nouvelles de sa belle-sœur (3).
Aucune réponse d'Elisabeth n'était encore parvenue à Carliste ; Marie attendait avec anxiété lord Scrope et Knollys. Us arrivèrent avec lord Herries que, dans son impatience , elle avait envoyé à leur rencontre. Introduits en sa présence, les deux envoyés lui firent connaître la part que leur maîtresse prenait à ses infortunes, et la joie qu'elle éprouvait de la savoir hors de danger ; puis ils lui remirent la lettre dont ils étaient porteurs. Elisabeth y déclarait qu'elle ne recevrait pas Marie,
(1) La Forest au roi, l** avril 1568, dans Tbulet, t. II, p. 345.
(2) Tkings to be considérée, etc. Anderson, t. IV, 1" partie, p. 35.
(3) Dépêche de Giovanni Correro.
tant qu'elle ne se serait pas purgée des accusations qui pesaient sur elle : son honneur de reine vierge ne le lui permettait pas; mais elle promettait de se charger de sa querelle jusqu'à ce que ses affaires eussent été rétablies, ajoutant que ni elle ni ses conseillers ne souffriraient que le roi de France se mêlât d'une affaire dont elle prenait le soin tout entier. Lorsqu'elle eut parcouru cette lettre équivoque, Marie, profondément émue, prit à part Scrope et Knollys, et, avec des larmes dans les yeux et de la passion dans la voix, elle se plaignit de ce qu'Elisabeth répondait si mal à son attente et refusait de la recevoir. Elle demanda qu'après qu'elle aurait manifestement établi son innocence, sa bonne sœur lui fournit des secours pour soumettre ses sujets rebelles, ou qu'elle la laissât traverser ses États pour aller en France implorer le secours des princes étrangers ; car c'était librement qu'elle s'était mise entre les mains d'Elisabeth , la meilleure partie de ses sujets lui restant encore attachée : « Ceux qui se sont révoltés , » dit-elle , « ne l'ont fait que pour conserver par la violence les biens que je leur avais trop libéralement concédés. Le meurtre du roi', qu'ils font semblant de poursuivre , n'est qu'un prétexte ; car ils sont eux-mêmes les meurtriers. » Et elle accusa nommément Morton et Lethington. Dans la conversation , Knollys ayant osé insinuer que c'était par sa faute qu'elle s'était aliéné ses sujets , en consentant à un crime horrible , elle repoussa avec énergie et indignation cette insulte cruelle, et se mit à fondre en larmes. Knollys voulut s'excuser ; elle lui tourna le dos et rentra dans sa chambre.
Les deux envoyés d'Elisabeth avaient été frappés du caractère et du langage de la reine d'Ecosse : « Nous jugeons d'après ses réponses , » écrivaient-ils , « qu'elle possède une bouche éloquente et une tête avisée ; il nous semble , en outre , qu'elle est douée d'une grande énergie et d'un cœur généreux. » Et ils avertissaient leur souveraine qu'elle ne poutait s'honorer aux yeux de ses sujets et des princes étrangers qu'en laissant le choix à la reine d'Ecosse , ou de retourner dans son royaume , ou de rester en Angleterre ; et alors de l'y traiter convenablement. Toute autre manière d'agir l'exposerait, disaient- ils , à de
fâcheuses accusations aussi bien en Angleterre qu'ailleurs ; car un grand nombre de gentilshommes des divers comtés du Nord, qui avaient entendu avec quelle vigueur elle réfutait les accusations de ses ennemis , étaient maintenant convaincus de son innocence. Le pire qu'elle pût faire , si on la laissait libre de partir ou de rester , était qu'elle se retirât en France ; en ce cas il suffirait d'avertir Moray. Mais la garder prisonnière était aussi difficile qu'incompatible avec l'honneur ; car, avec son agilité , son courage et la proximité des frontières , elle parviendrait tôt ou tard à s'échapper la nuit , par les fenêtres ou autrement. Quant à la transporter dans l'intérieur du royaume , c'était un moyen certain d'exciter une sédition pleine de périls (1). Ces avis étaient sages ; mais la haine aveuglait Elisabeth, et Gecil croyait être assez habile pour sauver la réputation de sa maîtresse et parer à tous les dangers.
Cependant n'osant pas se fier à la diligence des lieutenants d'Elisabeth , et suspectant déjà les prétextes dilatoires qu'on lui opposait, Marie envoya lord Herries à Londres avec des lettres plus pressantes , où la plainte commençait à se mêler à la prière. Ce qu'elle désirait avant tout, disait-elle, c'était d'être entendue par sa cousine , afin qu'elle pût se purger des calomnies par lesquelles ses ennemis cherchaient à la déshonorer ; elle réclamait cette faveur non-seulement comme reine et comme parente , mais encore comme n'étant dans le malheur que pour avoir, à la requête de sa bonne sœur, pardonné à des sujets ingrats leurs révoltes précédentes. Que cette demande lui fût accordée sur-le-champ, et elle s'engageait à démasquer tous les mensonges de ses rebelles. Et puisque Elisabeth voulait bien lui promettre son assistance , elle consentait à ne pas requérir, pour le moment, la protection du roi de France... Mais ses affaires ne pouvaient souffrir de retard : différer était le pire tort qui pût lui être fait. « A vous parler franchement , » ajoutait-elle, « j'au trouvé déjà un peu dur et étrange, vu que
(1) Serope et Knollys à Elisabeth, 29 mai 1568, dans Goodall, t. II, p. 69- 72; les mimes à Ceeil, dans Andbrson, t. IV, 1" partie, p. 59; Marie à Elisabeth, 28 mai, Labahoff, t. II, p. 80 et 81.
je me suis mise de si bonne foi en votre pays, sans nulle condition , me fiant en votre amitié promise par vos fréquentes lettres, je sois demeurée quasi comme retenue prisonnière en votre château quinze jours ; et qu'à la venue de vos conseillers , je n'aie pu obtenir permission de vous aller lamenter ma cause et vous faire entendre la vérité. .. Et cependant , Moray ordonne d'abattre les maisons et châteaux de mes partisans , de s'emparer de leurs personnes et de leurs biens... » Et Marie suppliait Elisabeth d'intervenir , et de faire cesser des poursuites si funestes à sa cause (1).
En même temps qu'elle envoyait lord Herries en Angleterre, Marie dépécha lord Fleming en France , avec l'ordre de s'arrêter à Londres et de s'assurer, avant de passer outre , des intentions de la reine d'Angleterre. Si cette dernière était décidée à tenir ses promesses, Fleming devait remercier le roi de France de ses offres de service , du moins pour le moment ; si , au contraire , on ne montrait en Angleterre que du mauvais vouloir, il devait solliciter de Charles IX un secours d'hommes , d'argent et de munitions de guerre , et lui recommander ainsi qu'au cardinal de Lorraine ses serviteurs qui , comme lord Herries, avaient tout abandonné poursuivre sa fortune. Elle demandait aussi que les arrérages de son douaire lui fussent payés le plus tôt possible , et qu'en attendant , ses oncles lui envoyassent quelque argent (2) ; car elle était réduite au dernier dénûment.
Elisabeth avait pitié de la pauvreté de sa cousine comme elle avait pitié de ses malheurs : elle lui envoya quelques effets , mais tels que Scrope et Knollys en eurent honte, et pour celle qui les offrait > et pour celle à qui ils étaient destinés. Marie eut le bon goût de ne point paraître offensée, mais Knollys crut devoir excuser sa maîtresse, en disant que c'était lui qui s'était mal expliqué (3). L'envoi consistait, dit l'ambassadeur espagnol,
(1) tarie Stuart à Elisabeth, 28 mai 1568, Labànoff, t. II, p. 79-84.
(2) Instruction à lord Fleming, dans Labanoff, t. II, p. 86-93.
(3) AxDBRsem, t. IV, !*• partie, p. 73-76.
en deux vieilles chemises, deux paires de souliers et deux pièces de velours noir (t).
Marie ne tarda pas à reconnaître quelle imprudence elle avait commise en se jetant dans les bras d'Elisabeth : Garlisle devenait peu à peu pour elle « un autre Lochleven. » Elle y était réellement captive, quoique par pudeur et par habileté on n'osât point l'avouer. Ses deux gardiens avaient ordre4e ne point la laisser échapper , et n'avaient aucun pouvoir pour la retenir; ils demandaient ou qu'on la déclarât prisonnière, et qu'en ce cas on l'envoyât en un lieu sûr dans l'intérieur du royaume, ou qu'on lui permît de retourner chez elle (2). Gecil gardait un mystérieux silence. Cependant les avis souvent réitérés que Marie pouvait s'évader, et que certainement elle saisirait la première occasion, alarmèrent Elisabeth et son ministre. Trois cents arquebusiers furent envoyés de Berwick à Garlisle pour la garder, et surveiller les quelques personnes qui l'entouraient ou venaient la visiter. Elle avait alors auprès d'elle , ou employés à diverses missions, une vingtaine de nobles écossais et de serviteurs, dont la présence et les mouvements étaient contraires aux instructions qu'avaient reçues lord Scrope et Knollys. Effrayés de la responsabilité qui pesait sur eux , ils voulurent empêcher que Marie ne communiquât avec ses partisans et n'en reçût des nouvelles : ceux qui venaient la voir furent renvoyés ou arrêtés (3) ; ceux qui étaient à Garlisle furent priés de s'éloigner. Marie, indignée, demanda à lord Scrope et à Knollys s'ils avaient des ordres pour la traiter ainsi ; ils répondirent que non , mais que leur maîtresse la verrait avec plaisir renoncer & ses intelligences avec l'Ecosse.
Les deux seigneurs que Marie avait envoyés à Londres , lord Herries et lord Fleming, étaient traités à peu près comme leur maîtresse : ils ne pouvaient ni obtenir audience, ni retour-
(1) Guzman de Silva à Philippe II, et Mêmorias, t. VII, p. 331.
(2) Lord Scrope et Knollys à Cecil, 10 Juin 156S, dans Andbrsoh, t. IV. I" partie, p. 70-73.
(3) Labanopf, t. II, p. 100 et 123.
ner à Carliste; ils étaient « comme arrêtés dans leur logis (1).» Et cependant, les agents de Moray avaient pleine liberté de circuler et d'intriguer : une de ses âmes damnées, Elphinstone, colportait en Angleterre , pour les vendre à Elisabeth au profit de son maître , les bijoux volés à la reine d'Ecosse (2). « J'ai hâte, » écrivait Knollys, « de savoir quelle conduite nous devons tenir à l'égard de cette dame. Il est temps de renoncer à la dissimulation et aux faux semblants. » Aussi bien , on ne dissimulait plus guère : Marie ne sortait plus que surveillée et escortée d'une compagnie d'hommes armés, tant son adresse à monter à cheval et son ardeur à devancer ses compagnons effrayaient ceux qui étaient chargés de la garder (3). < Si vous comptes nie retenir prisounière, » dit-elle un jour aux lieutenants d'Elisabeth, c vous aurez bien à faire. » « Assurément, » écrivait Knollys à Cecil , < c'est une femme rare et tout à fait supérieure ; de même qu'elle ne se laisse prendre à aucune flatterie , de même la franchise ne semble point l'offenser, si elle croit que son interlocuteur est un honnête homme... Elle ne tient pas à l'étiquette ni à la pompe , pourvu qu'on reconnaisse sa condition de reine. Elle aime beaucoup à converser ; elle est hardie , enjouée et familière. Elle se plaît à entendre parler de bravoure ; elle fait l'éloge par leur nom de tous les hommes renommés pour leur courage dans son royaume, et ne cache point son dédain pour les lâches , même s'ils sont ses partisans. Ce qu'elle désire le plus ardemment , c'est d'être vengée de ses ennemis et de remporter sur eux la victoire.
(1) Fleming à Guzman de Sitoa, 7 juin 1568, Archive* de Simancas.
p) Voyez la curieuse correspondance de La Forest à ce sujet dans Tbdlet et Labanoff. Marie Stuart avait été informée du trafic que l'on faisait de ses bijoux ; il est même probable qu'elle sut la part qu'y avait prise Elisabeth. Elle lui écrivait, peu après, ces paroles qui ressemblent assez à de l'ironie : « Je serais bien aise que les eussiez (les bijoux) pour plus de sûreté; car ce n'est viande propre pour traytres, et entre vous et rooy je ne feys nulle différence ; car je seroyt joyeuse qu'il y en eust qu'eussiés agréa blet, les prenant de ma main ou de mon bon gré, ai les trouvés de votre goust. » (Marie à Éli$abethf 1" septembre 1568, Labanoff, t, II, p. 172.
(tyKnollys à Cecil, 6 et 16 juin 1568, Anmrson, et State papers office.
Que ce soit par l'épée de ses amis, par ses libéralités ou en les divisant, peu lui importe , à ce qu'il semble. Pour en venir à bout , peines et périls lui seraient agréables ; les richesses et tout le reste lui paraissent méprisables au prix de la victoire. Que faire , » ajoutait Knollys , « avec une telle dame et princesse? s'il faut la nourrir chez soi ou dissimuler avec elle, je le laisse à votre jugement. La politique la plus sûre et la plus expéditive serait d'aider le régent à propos ; et si Ton pouvait faire apparaître des taches sur le manteau de cette reine , le plus tôt serait le meilleur (i). »
Diffamer Marie pour colorer son emprisonnement , tel était l'expédient que conseillait Knollys, et qui avait été la première pensée de l'astucieux Gecil. On trouve dans les considérations de ce ministre sur la venue de Marie en Angleterre , « qu'il faut se faire envoyer d'Ecosse toute espèce de preuves pour la convaincre de la mort de son mari ; après quoi , sa cause sera soumise au jugement de la reine d'Angleterre (2). >
Moray avait calculé de son côté quel avantage il pouvait tirer du déshonneur de Marie, et il avait fait proposer qu'Elisabeth se portât arbitre entre la « mère du roi » et la noblesse d'Ecosse : c'était admettre la vassalité de ce royaume vis-à-vis de l'Angleterre ; Moray n'était pas plus fier pour son pays que pour lui-même. Mais Marie , quoique détrônée , se regardait comme l'égale d'Elisabeth ; et , si elle consentait à la prendre pour confidente, elle ne voulait à aucun prix l'accepter pour juge entre elle et ses sujets. On va voir par quelle série d'artifices elle fut amenée à se désister de cette sage résolution.
Marie avait déjà toute raison de se défier de l'hospitalité de sa cousine : elle ne recevait aucune nouvelle de ses deux envoyés, lord Herries et Fleming; ses partisans en Ecosse étaient poursuivis à outrance , et les délais qu'on opposait à ses dé-
fi) a The safest and most direct policy would be to aid the régent in » time, and if spots in queen Mary' s coat could be made manifest, the soo- » ner it were done the better. » Knollys à Cecil, IL juin 1568, dans Andbr- 80N, t. IV, 1M partie, p. 70 et 73, et CasOes and priions..., etc.)
(2) Andirsok, t. IV, !'• partie, p. 35.
mandes n'avaient d'autre but que de gagner du temps pour achever leur ruine. Lorsqu'on lui annonça, en outre, qu'Elisabeth avait l'intention de s'interposer non pour faire cesser les persécutions , mais pour obliger tous les sujets restés fidèles à se soumettre au régent : c Leur mort, » s'écria-t-elle, « me serait moins dommageable qu'une telle soumission; et, si je n'étais retenue de force , j'irais au bout du monde chercher des secours plutôt que d'entendre à aucun accord avec mes rebelles, à moins qu'ils ne reconnaissent leur devoir envers moi (1). »
Il fallait avant tout calmer ses défiances : Elisabeth lui dépécha Middlemore, parent de Throckmorton , qui devait, après s'être arrêté à Garlisle, se rendre en Ecosse. Il était porteur d'une lettre , dans laquelle Elisabeth assurait qu'il n'y avait créature vivante qui désirât plus qu'elle entendre les justifications de sa bonne sœur et cousine ; le soin de sa réputation , disait-elle, et des conseils venus de très-haut la retenaient bien contre son gré. « Mettez-vous à ma place, et vous verrez combien il me serait malaisé de vous recevoir devant votre justification. Mais, dès que vous serez acquittée de ce crime, je vous recevrai bien honorablement ; et je jure devant Dieu que je n'aurai jamais vu personne de meilleur cœur, et qu'entre toutes les joies de ce monde, je tiendrai celle-là au premier rang. » Elle promettait, en attendant , sur sa parole de princesse , de n'écouter aucune suggestion préjudiciable à sa cousine (2).
Middlemore avait aussi une lettre pour le régent , dans laquelle, affectant de prendre un ton sévère , Elisabeth déclarait que ce qui s'était passé en Ecosse « avait retenti d'une manière fort étrange à ses oreilles ; elle voulait qu'il suspendît toute hostilité contre ses adversaires, et lui envoyât toutes les réponses qu'il comptait faire aux accusations dont sa souveraine le chargeait, lui et ses amis, afin qu'elle pût prononcer en toute connaissance de cause (3). » Cette lettre artificieuse devait être
(1) Andbrson, t. IV, 1™ partie, pag. 74 et suiv. P) Elisabeth à Marie, 8 juin 1568, Labànoff, t. Vil, p. 139-141. (3) Elisabeth à Moray, 8 juin 1568, dans Goodall, t. II, p. 73 et 74; Andekson , et Thokpb.
montrée à Marie , mais c'était pour mieux l'abuser : Middlemore avait des instructions secrètes tout à fait contraires (t), et Cecil avait averti Moray par dessous main que la lettre était de lui , « et qu'il fît ce qu'il avait à faire. »
Dès que Middlemore fut arrivé à Carlisle, Marie s'empressa de le faire appeler. Quand elle eut parcouru le message d' Elisabeth : « Ce que vous m'apportez, » dit-elle avec tristesse, « n'est point ce que j'ai demandé ; ce n'est qu'uo nouveau délai , et ma situation ne peut plus en admettre. » Elle se plaignit d'être retenue prisonnière, et de ne pouvoir faire eu tendre sa justification. L'envoyé anglais répondit que, tant qu'elle ne se serait point purgée des graves accusations qui pesaient sur elle, sa maîtresse ne pouvait l'admettre en sa présence sans manquer à son honneur , et sans se faire tort dans l'estime des autres princes, c Les autres princes , » repartit Marie justement indignée , « je sais mieux que personne ce qu'ils pensent de moi et de mes ennemis. J'avais mieux espéré de ma bonne sœur ; mais puisqu'elle ne veut ni me donner appui, ni entendre ma justification, je demande à chercher ailleurs le refuge qui m'a été offert. Votre maîtresse est libre de ne point m' aider ; mais elle ne peut me refuser de sortir de ses États. » Middlemore lui
(l) Mémorial lo Middlemore, Tho&pb, t. I, p. 263. Guzman de SU va dévoile en ces termes la politique anglaise : a La manera que estos tienen de » negociar se puede bien entender de lo que pasô quando vinô la de Esco- » cia aqui, que mandé despachar esta un gentilhombre que se Ilama Mid- » dleton (Middlemore), a procurar as»si con el régente como con los de la » parte de la reyna que dexassen las armas, y se quietassen hasta ver y trad tar el orden que se daria en sus negocios ; y antes que Uegasse esto gen- » tilhombre, el secretario Cecil escribiô al que esta en Barwich que con gran » diligencia despachasse al régente accusandose de lo que se escribia con el » gentilhombre, mas que él pusiese Iuego en exécution lo que avia de hazer, b como lo hizô, derribando la casa de Harris y otros dos de los servidores » de la de Escocia. Tienen sus senas y contraseûas, y en publico escriven » y tratan una cosa, y en secreto tienen ordenado otra, y como lo dize este 9 Escoces, que la reyna de Inglaterra da buenas palabras a la suya, y haze las • mas malas obras que puede. Y assi creo que se harà délia lo que escrivi al » principio, que sera entretencrla en una honesta prision. » Stfo» à Philippe H, 17 juillet 1568, Archives de Simancas, leg, 820, fol. 105.
répondit que , si elle voulait bien prendre patience et attendre, pour venir auprès de la reine d'Angleterre, qu'un jugement en bonne forme eût fait apparaître son innocence , « elle verrait alors avec quelle affection , quelle tendresse et quelle joie , Sa Majesté la recevrait , la presserait dans ses bras , et ferait pour elle tout ce qui était désirable. » Marie ne soupçonnait rien sans doute du piège que cachait ce prétendu jugement; mais la pensée d'une telle humiliation et les paroles offensantes de Middlemore lui firent perdre patience : « Je n'ai d'autre supérieur que Dieu, » s'écria-t-elle , « et personne ne peut s'arroger le droit de me juger; je sais ce que je dois à ma dignité quoique j'aie offert, à cause de la confiance que j'ai dans la reine ma bonne sœur, de la prendre pour juge de ma cause... Hélas ! je vois combien les choses tournent mal pour moi. J'ai auprès de votre maîtresse des ennemis qui veulent me tenir éloignée d'elle , à la sollicitation de mes rebelles , pour des raisons qui me sont assez connues ; mais, si elle ne veut pas me venir en aide , elle ne peut faire moins que de me laisser aller vers d'autres princes mieux disposés pour moi. » Middlemore l'assura que puisqu'elle s'était remise entre les mains de la reine d'Angleterre , elle pouvait compter sur sa protection ; et il lui montra la lettre dans laquelle Elisabeth ordonnait au régent de suspendre les hostilités. Marie parut satisfaite sur ce point, mais peu rassurée sur les intentions réelles d'Elisabeth : « II semble, » reprit-elle, c que votre maîtresse est plus disposée à favoriser les affaires du comte de Moray que les miennes, et qu'elle serait assez contente qu'ils vinssent en sa présence pour m' accuser, tandis qu'elle refuse d'entendre ce que j'ai à lui dire pour me purger de leurs imputations. Et pourtant je suis leur princesse, et eux ne sont que des sujets et bien plus des traîtres. Quelle parité y a-t-il entre eux et moi, pour qu'ils soient faits mes accusateurs? Cependant s'ils veulent absolument venir, qu'elle mande Lethington et Morton qui sont les plus habiles d'entre eux et qui en savent le plus contre moi ; qu'elle me mette alors face à face avec eux, en sa présence , pour entendre comment ils m'accuseront et comment je saurai me justifier. Mais je suppose, » ajouta-
t-elle avec ironie, tf que Lethingtou serait peu flatté de la commission. »
Middlemore , sans répondre à cette allusion , demanda qu en retour des ordres donnés à Moray par Elisabeth , Marie ordonnât à ses partisans de suspendre de leur côté toute hostilité, et qu'elle défendit à ceux de ses amis qui étaient enfermés au château de Dumbarton de recevoir aucun secours de France. A la première de ces demandes Marie accéda volontiers; à la seconde elle répondit franchement qu'au cas où la reine d'Angleterre ne lui accorderait pas son appui, elle ne refuserait point les secours de ses autres alliés ; ajoutant, avec plus de passion que de prudence, qu'elle irait elle-même chez le Grand Turc lui demander assistance contre ses rebelles , plutôt que de laisser leurs trahisons impunies; mais que, si Elisabeth consentait à l'assister , elle ne s'adresserait à aucun autre prince.
Arrivant enfin à la partie la plus délicate de ses instructions, Middlemore fit connaître à Marie, avec toutes sortes de ménagements, l'intention qu'avait Elisabeth « de la faire conduire dans une résidence plus raprochée de la cour, où elle aurait plus de commodités, un air meilleur, plus de distractions et de liberté , et rien à redouter de ses ennemis. » Marie , devinant ce que masquait cette bienveillance soudaine, interrompit l'ambassadeur, et lui demanda brusquement si Elisabeth voulait l'envoyer prisonnière dans l'intérieur de son royaume, ou si elle la laissait libre de rester à Garlisle. Middlemore répondit que sa maltresse , il en était sûr, n'avait nullement l'intention de la traiter en prisonnière ; que certainement elle la laisserait libre de partir ou de rester , car elle ne cherchait , en la rapprochant d'elle, qu'à lui faire plaisir. « Il me serait agréable sans doute, » repartit Marie, « de visiter la reine, ma bonne sœur ; mais je ne désire point résider auprès d'elle. Me transporter plus avant dans le royaume sans m' accorder la faveur de la voir, c'est m'éloigner de mes amis sans aucune compensation , m'empécher de correspondre avec eux et vouloir me faire oublier de mon parti. » Elle demanda en quel endroit Elisabeth avait l'intention de l'envoyer, et si c'était avant le retour de lord Herries. Middlemore ne répondit pas-
« Hélas! * s'écria Marie , « c'est une pauvre consolation pour moi d'être éloignée d'ici , ce m'est bien plutôt un préjudice ; mais maintenant je suis entre les mains de ma bonne sœur , elle peut disposer de moi à son gré. Cependant, » ajouta-telle, indiquant par là qu'elle avait deviné le but de la politique anglaise, c quand je serais tenue en prison tous les jours de ma vie, il reste des héritiers de ma couronne , et entre autres les Hamilton , qui ne renonceront point à leurs droits et chercheront par tous les moyens aies faire valoir (1). »
Après ce long entretien pendant lequel Marie, insultée dans sou honneur, blessée dans sa fierté , trompée encore une fois dans ses espérances , n'avait su ni maîtriser sa passion , ni cacher ses larmes , ni taire ses justes plaintes , elle écrivit à Elisabeth pour réclamer contre les procédés dont on usait envers elle. « Hélas I madame , » disait-elle , « où ouïtes-vous jamais uq prince blâmé pour écouter en personne les plaintes de ceux qui se deullent d'être faussement accusés? Otez , madame , de votre esprit que je sois venue ici pour la sauveté de ma vie (le monde ni toute l'Ecosse ne m'ont pas reniée) , mais pour recouvrer mon honneur , et avoir support à châtier mes faux accusateurs; non pour leur répondre comme leur pareille, mais pour les accuser devant vous, que j'ai choisie entre tous les autres princes comme ma plus proche parente et parfaite amie , pour être la restauratrice d'une reine... et aussi vous faire connaître à l'œil mon innocence , et comme faussement ils mont menée ; mais je vois , à mon grand regret , que ma conduite est interprétée autrement.
> Et pour ce que vous dites que vous êtes conseillée par gens de grande qualité de vous garder de cette affaire , à Dieu ne plaise que je sois cause de votre déshonneur, quand j'avais l'intention de chercher le contraire. Pourquoi, s'il vous plaît, pour <* que mes affaires requièrent si grande hâte, ne voyez- vous si les autres princes feront de même ; et de cela vous ne sauriez être blâmée. Permettez-moi de chercher ceux qui me rece-
(1) Midlmort à Cecil, 14 juin 1568, dans Andbrson, t. IV, 1** partie, p.
vront sans cette crainte-là , et prenez de moi telle assurance que voudrez... Ou bien m'envoyant quérir ,... vous verrez si je suis digne de votre faveur. Si vous trouvez que non, il sera temps , quand je serai là, de vous décharger de moi et de me laisser chercher fortune ailleurs sans vous en empêcher. Mais étant innocente comme, Dieu merci, je me sens , ne me faitesvous pas tort de me tenir ici , sortant de prison , quasi comme en une autre , donnant courage à mes faux ennemis de continuer en leurs obstinées menteries , et à mes amis terreur , en retardant l'aide qui leur est promise d' ailleurs... J'ai, pour l'amour de vous , pardonné à ceux qui à cette heure cherchent ma ruine, de quoi je puis vous accuser devant Dieu ; et crains encore que votre retardement ne me fasse perdre le reste. Si vous craignez le blâme , au moins pour la fiance que j'ai eue en vous, ne faites ni pour moi ni contre moi que vous n'ayez vu comme je viendrai à mon honneur , étant en liberté; car ici je ne puis ni ne veux répondre à leurs fausses accusations. Oui bien par amitié et bon plaisir je veux bien me justifier vers vous, mais non en forme de procès contre mes sujets. Madame, eux et moi ne sommes en rien compagnons; et quand je devrais être tenue ici , encore aimerais-je mieux mourir que de me faire telle à ce point (1). •
Middlemore s'était rendu de Garlisle à Dumfries, où Moray tenait sa cour en ce moment. Cet ambitieux, en qui la passion du trône avait étouffé tout sentiment d'humanité, s'était empressé de mettre à profit sa victoire de Langside. Sous prétexte de poursuivre les voleurs, il avait fait une expédition dans le Sud, pour disperser ce qui restait en armes du parti de la reine. N'écoutant que son ressentiment, il ruina tous ceux de ses adversaires qu'il put atteindre, renversant les maisons des uns, confisquant les biens des autres , et enrichissant de lears dépouilles ses amis, qui étaient, au dire de Melvil, la partie la moins honorable de la nation (2).
(1) Marie à Elisabeth, 13 juin 1568, Labanoff, t. II, p. 96-100.
(2) Melvil, p. 204 ; Historié of James I** *«** p. 42r 46 et 47 ; Drury * Cecil, 26 mai, MisceUany of Bannatyne club, t. I, p. 23-29.
Malgré ces succès, Moray, n'aurait pu maintenir longtemps son usurpation sans l'appui de l'Angleterre; mais il comptait sur Elisabeth : « Quoique la reine votre maltre&so, » écrivait-il à Cecil, « fasse semblant de ne pas approuver ce qui se passe ici, je ne doute pas que sa haiue intime ne s'en accommode assex bien. Quant à vous en particulier, j'ai déjà eu des preuves certaines de votre bon vouloir (1). » Et ce bon vouloir, il allait se rassurer plus complètement en s1 associant à une infamie. « Le conseil d'Angleterre qui est astucieux, » dit Melvil, « et spécialement le secrétaire Cecil, savaient quels hommes commodes avaient le plus de crédit auprès du régent, à ce moment ; ils en prirent occasion pour traiter avec les moins honnêtes et les plus cupides de son entourage... Cette sorte de gens faciles à corrompre poussèrent le régent à passer en Angleterre, pour y accuser leur souveraine devant Elisabeth et son conseil, au grand déshonneur de leur pays et de leur prince; car Elisabeth, qui u avait aucune juste cause de retenir prisonnière la reine d'Ecosse, était très-désireuse d'avoir quelque prétexte pour répondre aux ambassadeurs de plusieurs princes, qui lui reprochaient l'indignité de sa conduite (2), »
Moray envoya en avant, pour étudier et préparer le terrain, son secrétaire John Wood, < qui avait pris la mesure exacte du pied de son maître (3). » Il lui avait confié, pour être soumises à Elisabeth et à Cecil suivant la demande qu'ils en avaient faite, les lettres de la cassette. Au lieu des prétendus originaux français (4), ou tout au moins d'une copie, Moray n'avait envoyé qu'une traduction en écossais. Ce déguisement était une étrange précaution ; Elisabeth et Cecil ne dirent point ce qu'ils en pensaient, mais ils se montrèrent favorablement disposés. Wood s'empressa d'en avertir son maître ; et , lui indiquant
(i) tonty à Cecil, dans Hjltnw, p. 462. S) Melvil, p. 204 et 205.
(3) Crawpord, p. 90.
(4) Les accusateurs de Marie prétendirent toujours que ces originaux étaient en français; mais ils ne produisirent presque jamais qu'une traduction écossaise.
ceux de ses amis qu'il convenait d'envoyer comme commissaires aux conférences où la reine devait être accusée, il lui conseillait de se hâter et de profiter des bonnes dispositions d'Elisabeth, parce que les princes sont, comme les particuliers, mortels et changeants. Wood, parait-il, avait été chargé de demander que Marie fût renvoyée en Ecosse, car il ajoutait : < On m'a empêché de parler à Elisabeth de la remise de la reine entre les mains des lords; non que la proposition soit à ce point désagréable qu'on ne veuille pas en entendre parler, mais parce qu'ils aiment mieux tenir le diable pour être à même de le lâcher sur vous, que de vous laisser la faculté de le lâcher sur eux à votre gré. Et, en vérité, c'est bien juste : vous l'avez si mal gardée qu'on vous juge des geôliers indignes de confiance (1). »
En même temps que Wood intriguait à Londres avec Cecil, Moray s'entendait avec Middlemore à Dumfries. La présence de ce personnage en Ecosse avait fait suspendre la guerre, sans faire cesser les persécutions contre les partisans de la reine ; Moray, plus sûr que jamais de la protection de l'Angleterre, redoublait de rigueur (2). Cependant, malgré les assurances qu'il recevait de divers côtés, il était inquiet : Elisabeth n'avait fait aucune allusion aux documents que Wood avait mis sous ses yeux. Lorsque Middlemore quitta l'Ecosse, Moray lui confia une note dans laquelle il laissait voir son anxiété : « C'était, » disait-il, « une chose très-dangereuse et qui pouvait le perdre, que de se porter accusateur de la mère du roi. Il était nécessaire, si Elisabeth voulait que l'accusation fût soutenue, qu'il sût à l'avance ce qui s'ensuivrait, dans le cas où il prouverai ses allégations.
« Quant aux lettres, qui, à son avis, prouvaient suffisamment la culpabilité de la reine, comme il était possible que les juges chargés de la cause missent en question si elles étaien admissibles ou non, probantes ou non, il désirait vivement qu<
(1) Lettre de John Wood, Hawlton's Papert, n° 23, et miss Strickland t. VI, p. 165 et 166.
(2) Làbawoff, t, II, p. 102, 109, 116 et 119.
la traduction écossaise qui avait été confiée à John Wood pût être examinée préalablement, afin que les juges déclarassent à l'avance si ses preuves leur paraîtraient suffisantes, dans le cas où la copie serait conforme à l'original (i). »
A cette tentative pour obtenir une décision avant toute investigation, Cecil répondit que sa maîtresse n'avait jamais prétendu soulever une accusation, ni prononcer un jugement contre la reine d'Ecosse ; que son seul désir était de rétablir la concorde entre elle et ses sujets, mais sans vouloir trouver sa sœur coupable ; que surtout elle ne pouvait admettre aucune preuve comme suffisante, avant d'avoir entendu les deux parties (2). Cette réponse, si elle eût été destinée à Moray, l'aurait certainement dégoûté de s'engager plus avant dans un débat qui lui inspirait tant de défiance ; mais elle n'avait été faite que pour être montrée à Marie, afin de la décider à accepter l'arbitrage de la reine d'Angleterre. Au régent on fit dire secrètement que quelques assurances qui pussent être données à la reine, on était décidé à la juger, et, si sa culpabilité était prouvée, à la garder prisonnière. A chacune des des deux parties on tenait un langage différent (3).
Cependant Elisabeth, déjà embarrassée des demandes et des remontrances de Marie, feignit d'abandonner à ses ministres le soin de décider quelle conduite il fallait tenir à l'égard de
cette princesse. Cecil exposa dans un long mémoire les raisons « pour et contre la reine d'Ecosse. » Les premières étaient tirées de la justice ; les secondes, des accusations inventées par les lords écossais, qui, eussent-elles été fondées, ne donnaient point à Elisabeth le droit de s'immiscer dans une affaire qui ne la touchait en rien. Après avoir énuméré toutes sortes de raisons plus ou moins sérieuses, évoqué tous les griefs vrais ou faux, cherché tous les prétextes pour s'autoriser à traiter en
;l) Noie delivered to Middlemore, 22 juin 1568, Goodall, t. II, p. 75 et 76.
(2) Ântwer to the tari of Moray, ult. junii 1568, Goodall, t. II, p. 89.
(3) KnoUys à Cecil, 28 juin 1563, dans Anderson, t. IV, 1'* partie, p. 109 et 110; Elisabeth à Moray, 20 septembre 1568, dans Thorpb 1. 1, p. 267 ; Trrlbk, t. VI, p. 53.
ennemie Marie Stuart, les conseillers d'Elisabeth conclurent au rejet de toutes ses demandes, et décidèrent qu'elle ne pouvait rester en Angleterre que gardée dans une foiteresse isolée, de peur quelle ne nouât des intrigues avec les papistes ; et qu'il fallait commencer par l'éloigner de? frontières pour rendre son évasion impossible. Ils résumaient ainsi leur délibération : c Que Sa Majesté ne pouvait avec honneur et sûreté pour elle, et sans exposer la tranquillité du royaume, donner assistance À la reine d'Ecosse, ni permettre qu'elle vînt en sa présence ou qu'elle fût restaurée, ni la laisser sortir du royaume, avant que sa cause eût été honorablement jugée (1). » Après de telles conclusions et avec de pareils juges, Marie ne pouvait qu'être trouvée coupable; car de quel prétexte colorer sa captivité si elle était déclarée innocente ?
Jusqu'alors Marie Stuart n'avait rien su de tout oe qui se tramait contre elle, et les procédés d'Elisabeth n'avaient encore éveillé dans son esprit que des défiances. La conduite de Middlemore en Ecosse, des lettres de John Wood, interceptées et envoyées à Carlisle, vinrent tout à coup lui révéler l'entente qui existait entre le régent et les ministres anglais. Au lieu de dissimuler, comme il convenait dans sa situation, elle éclata et laissa déborder son indignation : « J'ai telle preuve, » écrivitelle à Elisabeth, c de la partialité de vos ministres envers mes ennemis, qu'au lieu d'être en sûreté comme je le pensais, je suis en plus grand danger que jamais. Car j'ai lu les lettres de John Wood où, suivant, dit-il, le conseil que Middlemore apporte de la part de Throckmorton, de Gecil et autres, il admoneste de poursuivre mes serviteurs avec toute extrémité, assurant mes rebelles de leur faveur... et que je serai sûrement gardée de jamais retourner en Ecosse. Madame, si c'est là honnêtement traiter ceux qui se sont venus jeter entre vos bras pour support, je les laisse à juger à tous princes... Je vous supplie ne me laisser être trompée ici à votre déshonneur. Donnez-moi congé de me retirer, afin de faire juges les autres
(1) Consultation du conseil d'Angleterre, 20 Juin 1568, Andbrsoh, t. IV, Impartie, p. 102-106.
HISTOIHE DE MARIE 8TUART. 33
princes et avoir leurs conseils et secours, comme mes ennemis l'ont de vos ministres (1). »
M. de Montmorin arriva vers ce temps-là à Garlisle. Quoiqu'il ne vint que s'enquérir, au nom du roi de France, de la santé et de l'état de Marie, et ne lui apportât d'autre secours que des paroles bienveillantes, Elisabeth avait fait tous ses efforts pour l'empêcher de poursuivre sou voyage, sous prétexte qu'elle pouvait aussi bien qu'aucun autre prince rétablir la paix en Ecosse, et défendre l'honneur et la vie de sa cousine (2). Montmorin trouva Marie traitée eu véritable prisonnière. « La chambre où elle est gardée, » écrivait Guzman de Silva, d'après le rapport de l'envoyé français, « estime pièce obscure et très-petite, avec une fenêtre étroite garnie de barreaux de fer. Elle n'a que trois femmes pour compagnie. Il y a trois chambres en avant de la sienne, et dans toutes trois une garde d'arquebusiers. Le château ne s'ouvre qu'à dix heures du matin ; les domestiques écossais de la reine couchent en dehors. On lui permet d'aller jusqu'à l'église de la ville, mais suivie d'une compagnie de cent hommes. Elle a demandé un prêtre depuis que l'évéque de Ross l'a quittée ; lord Scrope lui a répondu sèchement, qu'il n'y avait pas de prêtres en Angleterre (3). »
Marie profita de la présence de M. de Montmorin pour écrire à tous ceux de qui elle avait lieu d'attendre quelque chose, ou qu'elle espérait attendrir par le tableau de sa misère. Elle adressa à tous les princes chrétiens un mémoire où elle démasquait l'hypocrisie de Moray, les mensonges et les iniquités des traîtres qui, après l'avoir précipitée du trône, la poursuivaient de leurs calomnies ; elle les suppliait « au nom de notre Seigneur Jésus-Christ, de la sainte Église et de leurs propres intérêts, de vouloir bien aider une pauvre dame si cruellement opprimée (4). » Elle renouvelait ses plaintes à la reine d'Angleterre : « Mes ennemis, » disait-elle, • vous abusent de l'espé-
(1) Marie à Elisabeth, Juin 1568, Labàmoff, t II, p. 101 et 103.
(2) La Forât au roi, 12 juin 1568, Teolbt, t. II.
(3) Gusman de Sika à Philippe II, 27 juin 1568, Archivez de Simancas.
(4) Mémoire aux princes chrétiens, Tbolet, Supplément, p. 272-287, et La- BAHOFF.t VII, p. 313-329.