CHAPITRE VII
Arrivée de Marie Stuart sur la frontière d'Angleterre. — Entrevue demandée par elle à Elisabeth, qu'elle supplie de venir à son aide contre la révolte de ses sujets. — Refus d'Elisabeth , sous le prétexte que le soin de son honneur ne lui permet pas de la recevoir et de la rétablir sur le trône avant qu'elle se soit justifiée des crimes odieux qui lui sont imputés. — Détention de Marie Stuart à Carlisle. — Projets réels d'Elisabeth. — Mission de Midlemore envoyé par elle auprès de Marie Stuart et de Murray, qu'elle veut soumettre à son jugement : l'une pour le meurtre de Damley, l'autre pour le soulèvement de l'Ecosse. — Indignation de Marie Stuart. — Fier rejet de toute juridiction de sa part. — Appel pathétique aux princes du continent ; son inutilité. — Manœuvres persévérantes et promesses fallacieuses d'Elisabeth. — Son arbitrage est accepté par Marie Stuart, qui nomme des commissaires pour la représenter et la défendre. — Suspension d'hostilités en Ecosse, d'où le régent s'apprête, avec les commissaires du jeune roi, à se rendre en Angleterre. — Conférences d'York, présidées par le duc de Norfolk au nom d'Elisabeth. — Position, caractère, désirs du duc de Norfolk. — Ses entretiens secrets avec Lethington et Murray , qu'il détourne de poursuivre l'accusation contre Marie Stuart. — Raisons qu'il leur donne et qu'ils agréent. — Ouverture des conférences. — Réserve de Murray , qui se défend et n'attaque pas. — Assurances qu'il exige d'Elisabeth afin d'accuser
sa sœur. — Surprise d'Elisabeth. — Translation soudaine des conférences d'York à Westminster, où des commissaires nouveaux sont adjoints aux anciens. — Promesses faites au nom de la reine d'Angleterre à Murray pour l'obliger à défendre son autorité en prouvant que sa sœur a justement perdu la sienne par ses coupables désordres. — Accusation intentée à Marie Stuart ; production des lettres et des pièces trouvées dans la cassette d'argent; vérification de leur authenticité. — Réponses et défense de Marie Stuart , qui attribue à Murray et aux siens la complicité qu'ils lui reprochent dans le meurtre de Darnley. — Projets divers d'abdication refusés par Marie et de réconciliation rejetés par Murray. — Rupture de la conférence par les commissaires de Marie Stuart. — Singulière décision du conseil privé d'Elisabeth. — Retour de Murray en Ecosse ; captivité de Marie Stuart en Angleterre facilitée par sa diffamation.
Marie Stuart avait pris la résolution qui devait être la plus fatale pour elle, en cherchant un refuge auprès d'Elisabeth. Elle aurait pu se retirer en France ou demeurer encore quelque temps sans danger dans le sud de l'Ecosse^, jusqu'à ce qu elle eût négocié de là sa retraite dans un lieu sûr. Mieux valait même, à la rigueur, retomber entre les mains de ses violents sujets : ils l'auraient emprisonnée de nouveau 9 mais ils ne l'auraient pas tuée. Comme personne ne les gouvernait longtemps, comme l'inconstance des esprits, l'infidélité des caractères, Tardeur changeante des intérêts ébranlaient bien vite parmi eux l'obéissance et y déplaçaient sans cesse lautorité, il est probable que, de la prison, elle
' Voir ]a note 1 de la p. 431 du tome !*''•