CHAPITRE VU
serait un jour remontée au trône. Un sort bien différent l'attendait en Angleterre,
Avant de passer le golfe de Solway, elle avait écrit de l'abbaye de Dundrennan à Elisabeth en lui demandant un asile : a Ma très chère sœur, sans vous faire le récit de tous mes malheurs , puisqu'ils vous doivent estre connus, je vous diray que ceux d'entre mes sujets à qui j'avois faict plus de bien et qui m'avoient le plus d'obligation, après s'estre soublevez contre moy, m'a voir tenue en prison et traittée avec la dernière indignité , m'ont enfin entièrement chassée de mon royaume et réduite à un (tel) estât, qu'après Dieu je n'ay plus d'espérance qu'en vous *. » A peine arrivée à Workington , elle lui adressa le 17 mai une lettre plus étendue et fort touchante pour réclamer sa généreuse assistance contre les Écossais rebelles qui avaient violé les droits souve* rains en sa personne. Après lui avoir raconté leurs persévérantes agressions et ses derniers désastres, elle lui disait : — «Dieu, par son infinie bonté, m'a préservée j m'estant sauvée auprès de milord Heris, avec lequel et aultres seigneurs sommes venus en vostre pays, estant assurée qu'entendant leur cruaulté et comme ils m'ont traittée, que, selon vostre bon naturel et la fiance que j'ay en vous, non seulement me rescevrés pour la seureté de ma vie, mays m'ai-
*■ Lettres, instructions et mémoires de Marie Stuart, etc., recueillis par le prince Labanoff , t. II, p. 69.
4 MARIE StUART.
derés et assisterays en ma juste querele, etseniondrays les autres princes faire le semblable. Je vous suplie le plus tost que pourrés m' envoyer quérir, car je suis en piteux estât, non pour reine mais pour gentillfame. Je n'ay chose du monde que ma personne comme je me suis sauvée, faysant soixante miles à travei's champs le premier jour et n'ayant despuis jamays osé aller que la nuit, comme j'espère vous remonstrer, si il vous plest avoir pitié de mon extresme infortune \ »
La reine d'Angleterre ne se rendit pas aux prières de Marie Stuart et dissipa bientôt ses espérances. En apprenant que son ancienne rivale s'était mise à sa discrétion, elle se demanda ce qu'elle devait en faire. La ramènerait-elle triomphante en Ecosse? lui accorderait-elle simplement l'hospitalité en Angleterre? lui permettrait-elle de se retirer librement en France? Tels étaient les trois partis qu'elle pouvait prendre et qui semblaient conformes : ou aux sentiments qu'elle avait montrés à Marie Stuart comme parente, ou aux obligations qu'elle s'était reconnues envers elle comme reine. Mais ces trois partis lui parurent également dangereux. Elle craignit que, si Marie Stuart recouvrait son trône, elle ne s'entendît avec la cour
* Elle terminait cette lettre en lui présentant ses humbles recommandations y et en s'ap pelant sa très-Jtdelle et affectionnée bonne sœur et eschappée prisonnière. Labanoff, t. lï, p. 76, 77, et Anderson, t. IV, part, i, p. 29.