CHAPITRE IX
gleterre. Elle n'avait plus été occupée pendant ce temps qu'à se garantir des attaques qu'elle pouvait craindre du côté du continent^ et elle les avait adroi« tement évitées en divisant la France et FEspàgne. Elle avait amusé la première de ces puissances pai* des traités de paix et par des négociations successives de mariage avec les trois enfants de Catherine de Médicis; elle avait paralysé la seconde en opposant manœuvres à manœuvres, et en écartant de l'Angleterre ses forces , i*etenues dans les Pays-Bas par la durée de l'insurrection qu'elle alimentait satis cesse. La chute de Morton et l'élévàtîoti de d'Aubigny avaient changé sa position. Elle avait vainement cherché à sauver son vieil allié en annonçant que la vie de Marie Stuart répondait de la sienne. Après l'exécution de Morton, elle fut sur le points moitié colère, moitié politique, de se débarrasser de sa prisonnière par un jugement dont elle soumit la convenance et Futilité aux délibératiotis de son conseil \ Mais elle ne l'osa point , et elle s'arrêta à d'autres desseins..
Pour se tirer de la situation grave où elle se croyait placée et résister aux inimitiés qu'elle redoutait, elle fomenta de plus en plus la désunion entre les cours de France et d'Espagne; elle encouragea au dernier point l'ambition du duc d'Alençon et fa-
* Lin^àrd, t. VIII, cbàp. ui, et Lettre de Burgfhley à Walsingham, dans Cbalmcrs, t. I, p. 383.
cilita d'une manière ouverte son établissement dans les Pays-Bas , dont les insurgés lavaient choisi comme leur chef. Elle lui remit de fortes sommes d'argent pour son enti^eprise , et le fit accompagner, sur des vaisseaux anglais armés en guerre, par lord Howard, les comtes de Leîcester, de Hunsdon et beaucoup de seigneurs de son royaume. Afin de se l'attacher davantage et de gagner Catherine de Médicis, sa mère, par l'appât du trône d'Angleterre , elle poussa cette fois la négociation de son mariage avec le dnc d'Alençon bien plus loin que n'étaient allés les projets de même nature en 1571 avec le duc d'Anjou, et en 1565 avec Charles IX. Les conditions furent convenues, les promesses signées, les présents échangés. Le duc d'Alençon vit plusieurs fois Elisabeth , à laquelle il sembla plaire, et qui, en présence de sa cour ou dans leurs entrevues particulières, lui donna des témoignages de l'affection la plus vive et les assurances de la résolution la mieux arrêtée. Ce n'était toutefois encore qu'un simulacre de mariage destiné surtout à amener une rupture entre les deux grandes cours catholiques du continent. Elisabeth employa d'autres moyens contre le roi d'Espagne : en même temps qu'elle secondait en Flandre le duc d'Alençon, elle encourageait, d'accord avec Catherine de Médicis , le prieur Antonio de Cràto à reprendre le Portugal sur Philippe II , dont il était le compétiteur au trône de ce pays.
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L'Ecosse était aussi l'objet de sa surveillance et de ses menées. Elle y avait envoyé Nicolas Arrington , officier distingué de la garnison de Berwick , pour introduire la division entre le duc de Lennox et le comte d'Arran ; mais les deux favoris étaient restés d'accord. Voulant alors connaître les intentions cachées de Marie Stuart et surprendre ses espérances, elle avait dépêché auprès d'elle R. Beale , secrétaire du conseil et beau-frère de Walsingham. Elle l'avait chargé d'une de ces négociations trompeuses auxquelles sa politique avait de temps en temps recours afin de ranimer la patiencç de sa prisonnière et de lui faire abandonner tout autre dessein ^ Marie Stuart ne dissimula point le projet d'association à la couronne d'Ecosse entre elle et son fils, sans laisser apercevoir les trames catholiques , toujours poursuivies avec le duc de Guise , le roi d'Espagne , le pape et le duc de Lennox; mais le gouvernement d'Elisabeth en était à moitié instruit par des lettres interceptées. Tout ce que Marie Stuart retira de cette négociation , bientôt suspendue sans être entièrement abandonnée, fut un peu plus de liberté et quelques commodités nouvelles dans sa prison.
L'ambassadeur anglais en Ecosse , sir Robert Bowes , dévoila aux lords et aux ministres protestants le projet d'associer Marie Stuart à la cou-
* Labanoff, t. V, p. 274 à 293. — Tytler, t. VIII, p. 157 à 163.
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ronne. Il leur inspira des craintes pour leur religion eomme pour leur sùretë. Aussi formèrent-ils, par un de ces bmds usités en Ecosse, une ligue destinée à renverser Lennox, à repousser la reine et à maintenir la religion réformée. Les comtes de Crowrie, de Mar, de Glencaim, de Rhotes, d*Argyle, d'Eglinton, de Montrose, les lords Lindsay, Boyd, le maitre de Glammis, les ministres Lawson, Lindsay, Hay, Smetoii 5 Polwart et André Melvil, placés à la tête de rÉglyse pre8l)ytérienne5 entrèrent dans cette confédération ^
La lutte ne pouvait pas tarder à s'engager. Lennox , marchant avec plus de hardiesse que de précaution dans les voies où il était entré, songea à faire arrêter les lords confédérés et à bannir les ministres leurs complices comme ayant conspiré contre Tau* torité du roi. Mais , avant qu'il accomplit ce qu'il avait résolu , les confédérés furent informés de son initention par sir Robert Bowes, qui était parvenu à la connaître et auquel Walsingham avaitdonné Tordre de les en avertir*. Bowes les pressa d'agir, sous peine d'être perdus. Ils le comprirent et se hâtèrent. Le jeune roi, séparé de Lennox, qui était à Dalkeith, et d'Arran, qui se trouvait à Kinneii, se livrait à l'amusement de la chasse dans les environs de Pertb. Les conjurés profitèrent de ce moment pour s'enn
*Tyller,t. VIII, p. 119, 120.
2 Ibid., p. 122, 123.