CHAPITRE IX
parer de sa personne et Farracber à ses deux favoris. Le comte* de Gowrie lui offrit son château de Ruthven. Quand Jacques VI s'y fut établi , sans déâance d'une aussi déloyale trahison, Mar, Lindsay, Glammis, suivis d'iuie troupe de mille honunes armés levés soudainement^ pénétrèrent dans le chà-* teau , désarmèrent les gardes du roi , arrêtèrent le roi lui-même 9 qu'ils retinrent prisonnier malgré ses larmes et qu'ils conduisirent bientôt dans la place forte de Stîrling. Arran accourut à son secours , mais trop tard. Il fut pris et étroitement enfermé. Lennox alla à Edimbourg. Mais il ne put s'y soutenir, et fut contraint de se réfugier à Dumbarton pour retourner un peu plus tard en France , où il mourut quelque temps après son arrivée ^
Ainsi Jacques tomba, en 1582, sous la dépendance du parti anglais comme y était tombée Marie Stuar t en 1568. Cette infortunée princesse, en voyant son fils captif et l'Ecosse de nouveau soustraite à l'influence de ses amis, perdit encore une fois le moyen et l'espoir d'être délivrée. Sa douleur ne fut égalée que par la satisfaction d'Elisabeth. Elle écrivit à son heureuse rivale une lettre admirable* par l'éloquente amertume de ses plaintes et les nobles supplications de son désespoir. Dans cette lettre, retraçant la longue
* Tytler, t. Vin, p. 123 & 131.
3 Labanoff , t. Y, p. 318 à 338.
histoire de ses rapports avec Elisabeth, Marie Stuart rappelait ses avances payées par de^ actes d'inimitié, les promesses solennelles qui lui avaient été faites violées par de mystérieuses perfidies , sa réputation ternie , son royaume soulevé , sa couronne abattue, sa personne captive, sa santé détruite, et son fils devenu l'objet des violences factieuses et des traitements oppressifs dont elle-même avait été la victime. « — Je ne le puis, Madame , s'écriait-elle, plus longuement souffrir, et faultque mourant, je descouvre les auteurs de ma mort... Les plus vilz criminels qui sont en vos prisons naiz sous votre obéissance sont receuz à leur justification, et leur sont tousjours déclarez leurs accusateurs et accusation. Pourquoy le même ordre n'auroit-il pas lieu envers moy, royne souveraine , votre plus proche parente et légitime héritière? Je pense que cette dernière qualité a esté jusques icy la principalle cause à l'endroict de mes ennemys, et de toutes leurs calomnies, pour, en nous tenant en division , faire glisser entre deux leurs injustes prétentions. Mais, hélas! ils ont maintenant peu de raison et moins de besoing de me tourmenter davantasge pour ce regard ; car je vous proteste sur mon honneur que je n'atendz aujourd'huy royaulme que celui de mon Dieu, lequel je me voy préparé pour la meillieure fin de toutes mes afflictions et adversitéz passées. »
Elle réclamait avec de touchantes instances en fa-
vcurde son fils, dont k liberté était perdue et la sûreté menacée et elle demandait à Elisabeth de la délivrer elle-même avant de mourir : — « Je vous supplie, lui disait-elle, en Fhonneur de la douloureuse passion de Nostre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, je vous supplie encore un coup me permettre de me retirer hors de ce royaulme en quelque lieu de repos , pour chercher quelque soulagement à mon pauvre corps, tant travaillé de continuelles douleurs, et, avec liberté de ma conscience, préparer mon âme
à Dieu qui l'appelle journellement Vostre prison
sans aucun droict et juste fondement ajà destruict mon corps.... Il ne me reste que lame, laquelle il est
en vostre puissance de captiver Donnez-moy ce
contentement avant que mourir, que voyant toutes choses bien remises entre nous, mon âme, délivrée de ce corps, ne soit contraincte d'espandre ses gémissementz veç Dieu , pour le tort que vous aurez souffert nous estre faict icy bas; ains au contraire, en paix et concorde avec vous , départant hors de cette captivité, s achemine vers luy, que je prie vous bien inspirer sur mes très-justes et plus que raisonnables complainctes et doléances. »
Mais ses prières n'eurent pas plus de succès que ses complots. Condamnée à rester prisonnière, l'infortunée se justifiait sans être crue , suppliait sans être exaucée , conspirait sans pouvoir réussir. Son dernier projet, qui venait d'être déjoué par un coup
de main, était chimérique. Pour qu'elle fût associée au trône d'Ecosse , il Miait qu'elle devtnt libre, ou du consentement d'Elisabeth, ou par l'emploi de la force. Or, Elisabeth était moins disposée que jamais à lui accorder sa liberté, et le défaut de concert de la France et de l'Espagne, dont la rivalité s'envenimait de jour en jour , s'opposait à ce qu'une invasion armée la tirât de prison. Marie Stuart était réduite aux faibles assistances d'un roi enfmt et de deux favoris inconsidérés hors d'état de faire remonter sur le tr^e ime princesse qui n'avait pas été capable de s'y fuaintenir, et de restaurer après sa ruine une religion qui n'avait pas pu être conservée dans le temps de sa domination. Aussi les auteurs de cet impraticable dessein fur^it-ils arrêtés dès les premiers pas , sans avoir rien tenté pour le rétablissement du catholicisme détruit et de la reine dépos-* sédée. Un acte de faveur les avait élevés, un coup d'audace les renversa.
Les révolutions se multiplièrent en Ecosse depuis l'entreprise du château de Ruthven. Le roi était in* capable de les prévenir. Il avait alors un peu plus de seize ans. Précoce d'esprit , débile de caractère, il ressemblait â Marie Stuart par l'intelligence, à Darnley par la pusillanimité. Il avait acquis de bonne heure une instruction étendue à l'école de ses deux savants précepteurs ^ 6. Buchanan et P. Young. A l'âge de sept ans il traduisait la Bible, à livre ouvert, du