CHAPITRE X
parut avoir gagné le brasseur chargé de fournir la bière poiu» la provision de la reine. Cette provision était portée toutes les semaines dans un vaisseau où Gifford déposait un étui de bois creux , renfermant les paquets de lettres. Le sommelier de Marie Stuàrt retirait l'étui, qu'il donnait au secrétaire Nau , lequel le lui rendait avec les réponses de la reine afin , qu'il le replaçât dans la barrique vide, que le charretier rapportait au brasseur \ appelé dans les correspondances Yhonnéte homme *. Des gentilshommes catholiques du voisinage, selon l'explication qu'en donna Gifford à Châteauneuf , allaient prendre ou déposer chez le brasseur les paquets de lettres que des gens sûrs remettaient à l'ambassade, ou qu'ils en retiraient, en ayant recours à des déguisements variés. Tel fut le moyen par lequel Gifford rassura Marie Stuart, et qu'il employa de concert avec Amyas Paulet et Walsingham. L'un fermait les yeux sur ce qui entrait dans le château et sur ce qui en sortait, et l'autre, à qui les dépêches étaient communiquées avant d'être portées à l'ambassade ou placées dans l'étui , les faisait déchiffrer par Phelipps et recacheter par Grégory ; elles étaient ensuite exac-
* Mémoire de Châteauneuf, p. 284 et 285 du t. VI de Labanoff,
^ Lettre de Paulet à Walsing^ham du 29 juin (9 juillet nouv. st.) 1586. Tytler, t. VIII, p. 314, note 2.
tement envoyées à leur adresse * , sans qu'on soupçonnât qu'elles eussent été interceptées ou copiées. Marie Stuart ignora d'abord le complot dirigé contre la vie d'Elisabeth, Morgan avait semblé prendre un soin particulier à l'en tenir éloignée. Il avait défendu à Ballard de chercher à communiquer avec elle. Il l'avait en màme temps avertie elle-même qu'un agent de ce nom se trouvait en Angleterre , où il travaillait dans ses intérêts. — « Il y poursuit, lui disait-il, quelques affaires importantes dont l'issue est incertaine, Aussi longtemps qu'il s'en occupera, il ne convient pas au service de Votre Majesté d'entrer en relation quelconque avec lui *. » Il ajoutait, toutefois, ces paroles bien propres à donner l'éveil à son esprit : — « L'affaire que lui et d'autres ont entre leurs mains , je prie Dieu de vouloir bien la mener à bonne fin , et alors Votre Majesté sera relevée par la puissance de Dieu *. »» Mais, ne pouvant pas garder jusqu'au bout la réserve qu'il sentait lei besoin de s'imposer pour la sûreté si menacée de sa maîtresse, et que l'orgueil confiant des conspirateurs observe si difficilement, il allait plus loin dans ime lettre écrite, le 24 juin (4 juillet, nouve^^u style), au
* Mémoire de Chàteauneuf , p. 284, 285 du t. VI de Lab^noff.
* Lettre de Morg^an à la reine d'Ecosse , dans Murdin , p. 527.