‹ Histoire de Marie StuartChapitre 140 sur 224 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

secrétaire Curie, Faiaant une allusion indiscrète aux desseins meurtriers qu'il ne craignait pas de mettre sous la protection de Dieu, il lui disait, du fond de la Bastille : — « Quoique en prison , je ne suis pas inoccupé au point de ne pas penser à la position de Sa Majesté et à celle des serviteurs qui, comme vous, souffrent avec elle, à leur honneur. Il y a tant de moyens préparés pour se débarrasser de la bête qui trouble le monde entier '. n

Cependant, dès qu'elle crut pouvoir correspondre sûrement avec ses anciens amis et les princes ses alliés, Marie Stuart reprit les projets, auxquels elle re^ venait sans cesse, de révolution catholique en Ecosse ■ et d'invasion espagnole en Angleterre. Irritée au dernier point contre son fils • depuis qu'elle avait appris la ligue protestante conclue entre lui et la reine Elisabeth , elle résolut de transférer ses droits sur le royaume d'Angleterre au grand défenseur du catholicisme en Europe. Elle fit part de cette résolution en ces termes à don Bernardino de Mendoza ; — « Considérant l'obstination si grande de mon fils en l'hérésie (laquelle , je vous assure , j'ai pleurée et lamantée jour et nuîct plus que ma propre calamité), et prévoyant sur ce Iç dommage éminent qui est pour réussir (amver) à l'Église catholique , lui venant à

* H ...And there be many means in band to remove the Beast that troubleth ail the world. » State Pap. Off., Morgan to Curie, decipher by Phelipps. Tytler, t, VIII, p. 306.

la succession de ce royaulme, j ay pris délibération, en cas que mon dict fils ne se réduise avant ma mort à la religion catholique (comme il fault que je vous die, que j'en ay peu d'expérance, tant qu'il restera en Ecosse), de céder et donner mon droict, par testament, en ladicte succession de ceste couronne, audict sieur roy vostre maisti^e, le priyant moyennant ce , me prendre doresenavant en son entière protection , pareillement Testât et affaires de ce pays. »» Elle ajouta qu'elle agissait ainsi pour la décharge de sa conscience, et pour la restauration dans l'île de la foi catholique à l'aide du prince le plus zélé et le plus capable de la rétablir. — « Je me sens, dit-elle, plus obligée de respecter en cela le bien universel de l'Eglise que la grandeur particulière de ma postérité. Je vous prie que cecy soit tenu très secret, d'aultant que s'il venoyst à estre révélé, ce seroyt, en France la perte de mon douaire, en Ecosse entière rupture avec mon fils, et en ce pays ma totale ruine et destruction ^ «

Le même jour 20 mai, elle écrivait une lettre très-remarquable à Charles Paget sur les moyens d'atteindre le double but qu'elle poursuivait en Ecosse et en Angleterre. Elle l'invitait à faire demander au roi d'Espagne, par son frère lord Paget, qui était à Madrid, et par l'ambassadeur don Bemardino,

* Labanoff, t. VI, p. 311.

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