‹ Histoire de Marie StuartChapitre 216 sur 224 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

et des habitants incultes de TÉcosse. Plus aimable qu'habile , très-ardente et nullement circonspecte , elle y revenait avec une grâce déplacée, une beauté dangereuse, une intelligence vive mais mobile, une âme généreuse mais emportée , le goût des arts^ Famour des aventures, toutes les passions d'une femme jointes à l'extrême liberté d'une veuve. Bien qu'elle eût un grand courage , elle ne s'en servit que pour précipiter ses malheurs , et elle employa son esprit à mieux faire les fautes vers lesquelles l'entraînaient sa situation et son caractère. Elle eut l'imprudence de se présenter comme l'héritière légitime de la couronne d'Angleterre, et de devenir ainsi la rivale d'Elisabeth ; elle servit d'appui et d'espérance au catholicisme vaincu dans l'île, et encourut par là l'implacable inimitié du parti réformé , qui voulait sauver atout prix la révolution religieuse qu'il avait faite.

Ce n'est pas tout. Les périls auxquels l'exposaiwit l'exercice de son pouvoir, les prétentions de sa naissance, les ambitions de sa foi , elle les aggrava par les torts de sa conduite privée. Le goût soudain qu'elle ressentit pour Darnley, les familiarités excessives qu'elle eut avec Riccio et la confiance qu'elle lui accorda, la passi<Hi effrénée qui l'entraîna vers Bothwell, lui furent également funestes. En élevant jusqu'à elle comme époux et comme roi un jeune gentilhomme dépourvu de tout, hors des agréments

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de k personne , et dont elle se dégoûta si vite ; en faisant son secrétaire et son favori d*un étranger et d'un catholique ; en consentant à devenir la femme du meurtrier de son mari , elle anéantit elle-même son autorité. Après avoir perdu sa couronne , elle exposa inconsidérément sa liberté. Elle chercha un asile, sans être assurée de l'y recevoir, dans le royaume même de son ennemie, et après s'être mise à la merci d'Elisabeth , elle conspira contre elle avec bien peu de chances de la renverser. Du fond de la prison où elle avait été iniquement jetée et où elle était iniquement retenue , elle crut pouvoir, de concert avec le parti catholique, préparer sa délivrance , tandis qu'elle ne travaillait qu'à sa perte. Ce parti était trop faible dans l'ile , trop désuni sur le continent , pour s'insurger ou pour intervenir utilement en sa faveur. Les soulèvements qu'il tenta en Angleterre depuis 1569 et les trames qu'il y ourdit jusqu'en 1586 achevèrent de le ruiner, en causant la mort ou la fuite de ses chefs les plus entreprenants. La croisade maritime discutée à Rome, à Madrid , à Bruxelles dès 1570, et convenue en 1586, pour abattre Elisabeth et relever Marie Stuart , loin de placer sur le trône de la Grande-Bretagne la reine des catholiques, la fit monter sur l'échafaud.

L'échafaud , tel fut donc le terme de cette vie ouverte par Fexpatriation, semée de traverses, rem-

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