CHAPITRE XII
Ecosse et la ci'oyance qu'elle ambitionna d'y rétablir contribuèrent à ses infortunes au moins autant que ses passions et ses fautes.
L'Ecosse avait été de tous les temps difficile à défendre et à gouverner. Cinq rois de la maison de Stuart avaient péri pour avoir tenté d'en assurer l'indépendance vis-à-vis de l'Angleterre et d'y constituer l'autorité publique contre la noblesse féodale. Le dernier qui avait été accablé sous le poids de cette tâche était Jacques V, le père infortuné de la plus infortunée Marie Stuart. En mourant à l'âge de trente ans, et en laissant pour régner après lui une fille âgée de six jours , il annonça avec une mélancolique prévoyance le sort de son pays et de sa race. Une guerre s'engagea autour du berceau de sa triste héritière pour savoir si elle entrerait dans la maison des Valois ou dans celle des Tudor ; si elle épouserait le petit-fils de François P% ou serait mariée au fils de Henri VIII; si l'Ecosse resterait indépendante sous le protectorat de la France , ou si elle se confondrait avec l'Angleterre par une incorporation depuis longtemps recherchée. Le parti de l'indépendance l'emporta sur le parti de l'union, et Marie, encore enfant, fut conduite en France. C'est là que s'écoulèrent ses plus douces et ses plus charmantes années. Pendant ce temps grossissait en Ecosse la tempête qui devait troubler tout le reste de sa vie. Gouvernée tour à tour par un régent du parti fran-
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çais, le duc de Châtellerault, ou par une régente d'origine française, Marie de Lorraine, sœur des Guise, l'Ecosse, en lutte avec l'Angleterre, alliée avec la France , s'enfonça de plus en plus dans ses divisions. Aux causes toujours subsistantes et en ce moment ranimées des anciennes querelles s'en ajoutèrent d'autres : la réformation religieuse vint fortifier l'indépendance féodale et mêler l'ardeur des nouvelles croyances à l'énergie des vieux intérêts. Elle donna la démocratie presbytérienne pour alliée à l'aristocratie ten'itoriale. Ce grand événement s'était accompli durant l'absence de Marie Stuart , qui , en retournant, vers l'automne de 1561, sur le trône de ses ancêtres, se trouva en butte à des dangers bien plus redoutables que ceux auxquels n'avaient pu résister tant d'autres rois avant elle.
Pour commander en reine à ime noblesse toutepuissante , sans provoquer ses soulèvements ; pour pratiquer le culte catholique , sans exciter la défiance agressive des protestants; pour conserver la plénitude de son autorité souveraine vis-à-vis de l'Angleterre , sans s'exposer aux menées et aux attaques de l'inquiète Elisabeth , qu'apportait Marie Stuart en Ecosse? Elle ne connaissait pas les usages du pays qu'elle était appelée à régir, et elle en condamnait la religion. Sortant d'une cour brillante et raffinée , elle revenait , pleine de regrets et de dégoûts , au milieu des montagnes sauvages