‹ Histoire de Marie StuartChapitre 37 sur 224 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

ment catholique dans le nord de l'Angleterre sous les comtes de Northumberland et de Westmoreland. — Proclamations pour rétablir l'ancienne religion , délivrer la reine prisonnière , relever la noblesse opprimée. — Force et progrès de l'insurrection, ses espérances du côté de l'Espagne. — Mesures prises par Elisabeth, réunion et marche de ses troupes. — Défaite des insurgés ; fuite de leurs chefs en Ecosse. — Sanglantes exécutions dans le nord.

— Préparatifs de Murray pour marcher au secours d'Elisabeth.

— Demande qu'il adresse à cette reine de remettre Marie Stuart entre ses mains , dans l'intérêt de leur sûreté commune. — Meurtre de Murray. — Effet qu'il produit. — Soulèvement en Ecosse du parti de Marie Stuart, que fortifie bientôt l'adjonction de Lethington, de Kirkaldy de Grange et d'Alexandre de Hume. — Invasion de la frontière anglaise par les clans du sud. — Conduite artificieuse et hardie d'Elisabeth. — Expéditions militaires qu'elle dirige contre l'Ecosse pour y poursuivre les Anglais qui s'y étaient réfugiés et les Écossais qui avaient envahi la frontière de son royaume. — Affaiblissement du parti de la reine Marie. — Nomination du comte de Lennox comme régent. — Crainte qu'inspire à Elisabeth l'intervention de la France arrivée au terme de la troisième guerre civile. — Pacification projetée et trêve ménagée par elle entre les deux partis écossais. — Négociation nouvelle et peu sincère entamée avec Marie Stuart , dont Cecil va discuter à Chatsworth la délivrance et la restauration. — Rupture de cette négociation au moment où Elisabeth traite de son propre mariage avec le duc d'Anjou et ne craint plus la cour de France. — Déception de Marie Stuart, qui se tourne vivement du côté de l'Espagne. — Conspiration de Marie Stuart et du duc de Norfolk , ayant pour objet une invasion espamole combinée avec un soulèvement en Angleterre. — Instructiotis données à l'Italien Ridolfi envoyé par Marie Stuart et par le duc de Norfolk au duc d'Albe, au pape Pie V, au roi Philippe II. — Arrivée de Ridolfi à Bruxelles.

— Dispositions et avis du duc d'Albe. — Instances adressées par Pie V à Philippe II. — Réception de Ridolfi à Madrid. — Discussion de ses projets dans le conseil d'État d'Espagne. — Découverte de la conspiration en Angleterre. — Arrestation des conjurés. — Leurs aveux. — Jugement et condamnation du duc de Norfolk. — Sa mort et la mort de Marie Stuart demandées

par le parlement d'Angleterre. -^ Exécution du duc de Norfolk. — Accablement de Marie Stuart, — Ruine et terreur de son parti en Angleterre.

Marie Stuart remua tout de sa prison. Sans renoncer aux négociations avec Murray et avec Elisabeth , elle intéressa la France en sa faveur, arma l'Ecosse pour sa querelle , souleva le nord de l'Angleterre pour sa délivrance, anima les catholiques à une lutte de religion , excita les Espagnols à lUie invasion de l'île, en un mot elle recourut tour à tour aux moyens les plus divers contre les sujets qui l'avaient renversée du trône et la reine qui l'avait réduite en captivité.

Elle n'avait cessé d'entretenir d'étroits rapports avec ses partisans en Ecosse. Elle avait soigneusement encouragé leurs espérances. A l'ouest de ce royaume, la place de Dumbarton, construite sur un rocher inaccessible et plongeant dans la mer, tenait toujours pour elle, Dans le nord, les comtes d'Argyle, de Huntly, de Cravirfopd et lord Ogilvy lui étaient restés fidèles et administraient le pays sous son obéissance. Au sud , les populations belliqueuses des frontières, les Scott, lesKer, les Maxwell, n'attendaient qu'une occasion de la servir* Les Hamilton, malgré leur défaite à Langside, disposaient encQre de forces considérables. Mario Stuart, qui demandait sans cesse à la cour de France des soldats , des artilleurs , des armes et des munitions ,

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avait ^crit aux défenseurs de sa cause de se tenir prêts à recommencer la lutte \ Afin d ajouter de nouveaux motifs à ceux qu'ils avaient déjà de haïr le régent et de se défier d'Elisabeth , elle leur avait mandé que les lords rebelles devaient livrer le prince son fils et les trois forteresses d'Kdimbourg, de Stirling et de Dumbarton, après avoir assiégé et pris cette dernière , à la reine d'Angleterre , qui de son côté désignerait le jeune prince pour son héritier, et , s'il mourait , reconnaîtrait Murray comme roi d'Ecosse*. Sur la foi de cet arrangement imaginaire, que Marie Stuart se vit réduite par les plaintes d'Elisabeth à désavouer en Angleterre * après l'avoir

.* Marie Stuart à l'abbé coinmendataire d'Arbroath et autres seifj^Deurs de son parti, décembre 1568. Labanoff, t, II, p. 248,

> Lettre de décembre 1568, dans Labanoff , t. II, p. 250,

' Elle écrivit à Elisabeth, qui lui avait adressé de vifs re* proches de ces inventions, et qui lui avait demandé de les désavouer î « Je n'en ay nulle connoissance et n'écrivis jamais de si vaines phantésies quant je les eusse soupçonnées ; parquoy s'il vous playst enquérir, yous n'y trouverez rien ni de mon commandement, ni de ma mayn , ni lettres. » Marie Stuart à Elisabeth, 27 janvier 1569, dans Labanoff, t. Il, p. 289. — Voir aussi la dépêche de La Mothe Fénelon à Charles IX du 30 janv. 1569, t. I, p. 161, 162; et la lettre de Marie Stuart à Cecil sur le même désaveu , du 28 janvier 1569, ibid., t. 11, p. 292, 293. —Robertson, Pièces justificatives n» XXXI. — Lettre d'Elisabeth à Rnollys du 28 janvier 1569, et de KnoUys à Elisabeth du 28 janvier.

affirmé en Ecosse , les lords fidèles publièrent une proclamation véhémente et firent un appel aux armes*. Le duc de Châtellerault , accompagné de lord Herries , reparut au milieu d'eux comme lieutenant de la reine avec les comtes de Hundy et d'Argyle *. Marie Stuart lui avait décerné de plus le titre de son père adoptif. Ils fortifièrent leurs maisons , convoquèrent leurs partisans et traitèrent le régent en rebelle et en usurpateur^.

Murray était dans une position moins forte à son retour qu'à son départ ; mais , en homme résolu , il ne laissa point à ses adversaires le temps de se concerter et d'agir. Son parti était ardent et nombreux. La population des villes, l'église presbytérienne, les membres les plus déterminés ou les plus habiles de la noblesse le soutenaient, et il avait pour lui l'autorité publique, qui assure toujours l'avantage dans les luttes civiles à qui sait s'en servir avec à-propos et avec vigueur. Après avoir fait approuver la conduite qu'il avait tenue en Angleterre par une assemblée de la noblesse, du clergé et des députés des bourgs réunie à Stirling ^, il ordonna une levée im-

* Lord Hundson à Cecil de Berwick, le 15 janvier 1569, dans Haynes, p. 503.

* Labanoff , t. H , p. 268.

•Tytler, t.Vn, p. 273.

* 12 février 1569. La pièce est dans Anderson , t. IV, part. II, p. 196, signée par le régent, les comtes d'Athol ,

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