CHAPITRE VIIÏ
sous la forme où elle est requise. Mais , si la reine d'Angleterre mourait ou de sa mort naturelle ou d'une autre mort , ou bien s'ils s'emparaient de sa personne* sans que Votre Majesté y eût concouru, alors je n'y trouverais plus de difficultés. Les pourparlers entre la reine d'Angleterre et le duc d'Anjou cesseraient , les Français craindraient moins que Votre Majesté ne cherchât à se rendre maître de l'Angleterre, les Allemandsse défieraient moins de vous, puisque vous n'auriez d'autre but que de soutenir la reine d'Ecosse contre ses compétiteui's dans le droit qui lui appartient à la couronne d'Angleterre. En ce cas, il serait facile de les mettre à la raison avant que les autres princes pussent intervenir, puisqu'on profiterait de la commodité qu'offre le pays du duc de Norfolk où il y aurait moyen de débarquer les six mille bonunes qu'il demande, non dans les quarante jours pendant lesquels il serait en état de se soutenir tout seul, mais en trente et même vingt-cinq jours. » Le duc d'Albe insistait pour que , dans l'un des trois cas, de mort naturelle, de meurtre ou de capture d'Elisabeth, Philippe II saisît l'occasion d'arriver aux fins qu'il se proposait , de rétablir la foi catholique dans ces îles, et d'assurer le repos à venir de ses pro-
^ « Y assi me paresce que en tal caso de la muerte de Ja reina de Inglaterra, natural o de otra manera, o que ella estuviesse en poder del dicho duque de Norfolk... « Ms. de Simancas, Neg^. de Estado, Inglaterra, Ieg\ 823.
I&g MARIE STUAAT.
près Etats. Il terminait sa dépêche en disant : « Votre Majesté peut donc leur répondre qu'arrivant un des trois cas susdits, elle les fera assister, du côté des Pays-Bas , avec les six mille hommes qu'ils deman^ dent... Pour moi, sire, je regarde cela comme si convenable, si honorable et si facile pour Votre Majesté, que, l'mi des trois cas survenant, je n'hésiterais pas à l'exécuter sans attendre un nouvç 1 ordre de Votre Majesté, comptant que telle est votre intention , et je le ferai , à moins que vous ne me prescriviez le contraire*, »
Cette dépêche , partie le 7 mai de Bruxelles , fut reçue à Madrid le 22. Philippe II, ajoutant aux craintes et aux conseils du duc d'Albe «es propres défiances, écrivit, le 30 juin, à son ambassadeur à Londres, don Gueraldo d'Espès : -^ « Robert Ridolfi )) n'est point encore arrivé ici. Si la mission dont il >» est chargé était divulguée, ce serait le couteau pour « la reine d'Ecosse et pour le duc de Norfolk , puis- H qu'on peut regarder comme certain qu'en l'apprcfi nant la reine d'Angleterre saisirait cette occasion n d'exécuter ses méchantes intentions avec une ap-
* « A mi juiçio tengo yo por t^n loaWe y honrow k Vuestra Magestad y tan facil a executar, que cuando de improviso yo tuviesse nucvas que uno de Los très casos havia aconteseido y estuviessen en pie , no me paresce que yo devria poner dubda eu executarlo sin esperar otra cptnodidad o maadamiento de Yuestra Mag^estad. » Voir Appendix K,
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» parence de raison. Tenez-vous donc 8UP vo« gâr- » des comme 11 convient; n'avancez qu'avec précau- » tion , maintenez^vous en bonne intelligence avec n le duc d'Albe et sous ses ordres ^ »
Quelques jours après arriva à Madrid Bidolfi , qui venait de Rome, où le pqpe avait embrasfé avec ardeur son entreprise. Admis, le 28 juin*, en présence de Philippe II , il lui présenta , avec les pleins pouvoirs du duc de Norfolk et de Marie Stuart, la lettre suivante du souverain pontife Pie V : « Notre « cher fils Robert Ridolfi, Dieu aidant, exposera à » Votre Majesté, de lui à vous, certaines choses qui » n intéressent pas peu l'honneur de ce Dieu tout*- » puissant et l'utilité de la république chrétienne. » Nous requérons et nous supplions Votre Majesté » de lui accorder, à cet égard et sans hésitation, la > » plus litière confiance, et nous la conjurons surtout y> par sa piété accomplie envers Dieu , de prendre à » cœur la chose qu'il va traiter avec Votre Majesté, >' de lui fournir tous les moyens qu'elle jugera les « plu$ propres à son exécution. Nous le demandons yi cependant à Votre Majesté en soumettant cette af-
*■ Ms. Simaneas , Neg. de Estadv Ing^Iat*, leg. 833.
* Don Thomas Gonzalez le fait arriver à Madrid le 3 juillet seulement. ApuntanAentos ^ p. 112. Mais , d'après une lettre du roi catholique à son ambassadeur Ëspès, datée de Saii«> Lorenzo, le 13 juillet, il fut admis à Taudience de Phi» lippe XI le 28 juin. Ms. Simancas, leg. 8â3.
y) faire au jugement et à la prudence de Votive Ma- » jesté, et en priant du fond du cœur notre Rédempn teur de faire réussir par sa miséricorde ce qui est >' projeté à sa gloire et pour son honneur'. »
Le 7 juillet, Ridolfi fut interrogé à l'Escurial, sur l'entreprise qu'il venait proposer, par le duc de Feria, que Philippe II avait délégué pour l'entendre. Ses réponses furent écrites de la main même du secrétaire d'État Zayas*. Il était question de tuer la reine Elisabeth. Ridolfi dit que le coup ne serait pas tenté à Londres , parce que c'était le siège de l'hérésie, mais pendant que la reine serait en voyage, et qu'iui nommé James Graffs^ devait s'en charger. Le même jour, on commença la délibération au ccmseîl d'État^, sur le meurtre d'Elisabeth ou sur la conquête de l'Angleterre. On examina s'il convenait de s'entendre avec les conjurés pour twr ou prendre la reine^^ afin de l'empêcher de se marier avec le duc
* Cette lettre latine est aux Archives de Simancas, Neg^. de Estad., Inglat% leg. 822. Voir Appendix K,
* Ms. Minuta de lo que respondio Ridolfi à las particularidades que le preguntô el duque de Feria en san Geronimo, â 7 de julio. Simancas, Neg. de Ëstad., Inglat*, leg. 823.
' Ce nom doit être défiguré et n'est indiqué nulle autre part,
^ Lo que se platicô en consejo sobre las cosas de Ingla^terra. En Madrid, Sabado, 7 de julio 1571. De la main de Zayas. Ibid., leg. 823.
^ « Matar o prender la rein a. »