CHAPITRE VIII. m
vers cette réscJution cruelle qu'on ne cessa de pousser Elisabeth du haut de la chaire et du milieu de son conseil. Se laissant persuader que l'intérêt de l'Église et de la couronne l'exigeaient également *, elle donna le 9 avril * un nouveau warrant qu'elle révoqua encore à deux heures du matin ^. L'inexorable Burghley fit alors intervenir le parlement pour triompher des irrésolutions trop humaines d'Elisabeth ou de ses scrupules calculés. La chambre des communes , dans laquelle dominait le parti fanatique des puritains, déclara que l'existence du duc était incompatible avec la sûreté de la reine *. Elle osa même demander la mort de Marie Stuart , et dit qu'il fallait porter la hache jusqu'à la radne du mal *. Elisabeth répondit qu'elle ne pouvait pas mettre à mort l'oiseau qui , afin d'échapper à la.poursuite du vautour , s'était placé sous sa protection *. Ne consentant point à faire périr Marie Stuart, elle sacrifia le duc de Norfolk. Le 31 mai, elle signa un troisième warrant qu'elle ne retira pas cette fois.
Le 2 juin , le duc de Norfolk fut conduit , vers huit heures du matin, sur l'échafaud dressé à Tower-
* LJngard, t. VIII, ch. ii.
' Il est dans Murdin, p. 177, 178.
»Lingard,t. VIII, ch. u.
* D'Ewes Journal of ail the parUaments during tlie rdgn oj Q. Elisabeth, p. 206, 214, 220. — Lingard, t. VIII, ch. ii.
* Lingard, t. VIII, ch. ii.
48i MARIE STUART.
Hill ^ Dans ce moment suprême , il montra une sim* plicité noble et une intrépide fermeté. Il parla longtemps au peuple , ne se reconnut pas comme tout à fait innocent et ne s avoua pas entièrement coupable *. Il se déclara protestant fidèle , et s'excusa d'avoir laissé naître des doutes sur ses sentiments religieux en ayant des amis et des serviteurs papistes '. Il remercia la reine des dispositions généreuses qu'elle avait manifestées pour ses enfants , et la recommanda à l'affection ainsi qu'à l'obéissance de ses sujets : -r- « Que ceux qui ont des factions, dit-il en faisant une sorte de retour sur lui-même , prennent garde d'être bientôt abandonnés. ]Ve cherchez point dans vos actions à devancer les volontés de Dieu , laissez Dieu agir sur les vôtres *. » Après ce discours , qui émut le peuple de compassion , le duc de Norfolk fit tranquillement ses prières, plaça sa tête sur le billot, sans souffrir qu'on lui bandât les yeux, et mourut avec plus de courage qu'il n'en avait mis à cons» pirer *.
Sa mort acheva de ruiner le parti de Marie Stuart en Angleterre. Cette princesse, à laquelle on ne s'attachait pas sans se perdre, voyait se briser tour à tour les instruments divers de sa délivrance et de sa restauration, he soulèvement de 1569, auquel le duc de Norfolk et les mécontents de la grande no-
* Howeirs State Trials, vol. I, p, 1032,— « Ibid.^p. I0S3, lOU.—^ Ibid., p. 1034. — ^Ibid. — ^ Ibid., p. 1034, 1085.