CHAPITRE VIII
beth ', lui rappela qu'elle avait soutenu par les armes le soulèvement de l'Ecosse sous la régence de sa mère, qu'elle avait voulu l'empêcher elle-même de retourner dans son royaume après la mort de François II son premier mari , qu'elle avait constamment accueilli ou assisté ses sujets rebelles, qu'elle avait en dernier lieu payé sa confiance d'un emprisonnement. Sans avouer les desseins qu'elle avait eus et qu'elle réduisait à des demandes de secours pour ramener l'Ecosse entière à l'obéissance, elle ne cacbait pas qu'en se voyant trompée dans la dernière négociation a elle n'avait pas voulu se laisser paistre davantage de bonne espérance^. « Dieu^ disait-elle, lui avait donné de la patience contre l'affliction et lui donnerait au besoin du courage contre la mort *. » Quant au duc de Norfolk, elle assurait n'avoir songé à le prendre pour mari que sur la demande même du conseil d'Angleterre *, Elle ajoutait « qu'elle se sentirait digne d'être partout réputée ingrate et de mauvais naturel, si elle n'employait tqus les moyens que Dieu lui avait laissés en ce monde pour adoucir le courroux de la reine d'Angleterre à l'égard du duc de Norfolk et des autres seigneurs qui s'étaient mis en trouble en lui portant quelque bonne vo-
• Mémoire de Marie Stiiart pour la reine Elisabeth. Sheffield, 14 février 1572, dans le recueil du prince Labanoff, t. IV, p, 17 à 41.
* Ibid., p. 31, 32. — » Ibid., p. 36. — * Ihid., p. 33, 34.
lonté, et si elle ne suppliait pas sa bonne sœur de leur accorder sa paix ou tout au moins d'empêcher qu'ils n'eussent du mal à son occasion '. »
Ce n'étaient pas les prières de Marie Stuart qui pouvaient sauver la vie au duc de Norfolk. Elisabeth avait signé et révoqué plusieurs fois l'ordre de le mettre à mort. Son premier warrant avait été donné le samedi 8 février, quelques semaines après le jugement du duc. Mais dans la nuit du dimanche au lundi, jour fixé pour le supplice de cet infortuné, Elisabeth, que le trouble empêchait de dormir, avait appelé auprès d'elle Burghley et lui avait prescrit de surseoir à l'exécution *. Burghley obéit en désapprouvant, (t Lorsque Sa Majesté, écrivit-il à Walsingham , en lui racontant les agitations d'Elisabeth , songe à ses dangers , elle veut que justice soit faite. Lorsqu'elle considère le haut rang du duc et sa proche parenté , elle demeure en suspens ^ Que la volonté de Dieu s'accomplisse et
décide la reine à pourvoir à sa sûreté * ! » C'est
* Labanoff , t. IV, p. 39, 40.
* a SuddeDly on sunday late in the night, the queen's majestie sent for me , and entered into a great mislikîng^ that the duke should die the next day, and should be disquieted and said she would hâve a new warrant made that night to the sheriffs, to forbear untill they should hear further. » Burghley à Walsingham , 11 févr. 1572, dans Digges, p. 166,
3 Ibid., p. 165.
' « God's will be fulfilled , and aid lier Majestie to doe her self good. » Ibid,, p. 166.