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dangereuse maladie lui avait enlevées, elle se mit au travail; car elle voulait, en écrivant à son fils, lui envoyer un gage de son . affection. Levée aussitôt que le jour, elle se mettait à l'ouvrage, et les fleurs les plus brillantes naissaient sous ses doigts. Elle en faisait admirer l'éclat à Marie Seyton , sa compagne bien-aimée, et elle lui parlait de la joie avec laquelle Jacques recevrait ce présent; elle lai demandait si cet enfant, qu'elle n'avait pas vu depuis tant d'années, n'était pas devenu un grand et beau jeune homme auquel ce vêtement de satin brodé de soie et d'or siérait à ravir, et Marie , heureuse de voir un rayon d'espérance éclairer le front de sa souveraine, lui parlait de la reconnaissance du prince et de l'amour qu'il vouerait à sa mère quand il connaîtrait sa bonté comme il connaissait ses malheurs.
Quand le travail de la reine fut achevé , quand elle l'eut longtemps contemplé avec des larmes dans les yeux, elle écrivit à Jacques une longue et tendre lettre , comme les mères savent en écrire, et, pleine de con-
fiance , elle envoya le tout en Écosse , par Naw , un de ses plus dévoués serviteurs.
Mais Naw sollicita en vain une audience , il montra en vain la lettre dont il était porteur; cette lettre étant adressée à Jacques, prince royal, et non roi d'Écosse , le fils de la prisonnière ne voulut ni la lire ni recevoir le présent auquel sa mère avait travaillé avec tant d'amour et de douleur.
Marie eut besoin de toute la résignation qu'elle devait à sa foi, pour supporter ce coup terrible ; elle avait bien souffert depuis que la mort de François H, son premier époux, l'avait fait descendre du trône de France, jusqu'au moment où, ne sachant plus qui intéresser à ses malheurs, elle avait fait appel au cœur de son fils ; mais jamais chagrin n'avait été comparable à celui qu'elle ressentit en recevant des mains de son envoyé la lettre et le vêtement qu'elle lui avait remis. Peut-être le jeune prince n' eût-il point agi de la sorte , s'il eût obéi à sa propre impulsion ; mais il se laissa conduire on celto occasion,
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comme en beaucoup d'autres , par ses deux favoris, le comte d'Arran et le comte de Lennox.
La mort de Charles IX fit monter sur le trône de France Henri III , duc d'Anjou et depuis peu roi de Pologne. Ce prince, jaloux de l'autoritédu duc de Guise , ne s'intéressa que faiblement à Marie Stuart, et Catherine de Médicis , aussi puissante que jamais , renoua les négociations avec l'Angleterre, pour faire épouser à Élisabeth son jeune fils , devenu duc d'Anjou par l'avènement de Henri III à la couronne.
Élisabeth accueillit bien les propositions de la reine-mère, nomma une commission chargée de rédiger le traité d'alliance , et il fut convenu que, si le roi de France mourait sans enfants mâles, et que le duc d'Anjou eût deux fils, l'aîné monterait sur le trône de France, et le second sur celui d'Angleterre ; que , s'il n'avait qu'un fils , les deux royaumes seraient l'héritage de ce fils; qu'il résiderait en Angleterre au moins pendant huit mois en deux ans ; que le duc
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d'Anjou, devenu l'époux d'Élisabetb, De pourrait emmener cette princesse en France sans le consentement de la noblesse ; que toutes les places auraient des garnisons anglaises commandées par des gouverneurs anglais ; enfin , que les joyaux de la couronne ne pourraient sortir du royauna».
Elisabeth donna son assentiment à ces articles ; mais , hésitant encore à s'enchaîner , elle différa , tantôt sous un prétexte , tantôt sous un autre, la conclusion de ce mariage.
Le duc d'Anjou passa en Angleterre , et fut reçu à la cour de Londres avec tous les honneurs dus à l'époux choisi par la reine.
Elisabeth l'engagea à y rester jasqu'à la célébration de leur union, et lui donna, en toute occasion , des preuves d'affection et de confiance. Le jour anniversaire de son couronnement , elle lui mit, de sa propre main, un anneau au doigt, pour lui engager sa foi. La cour, à cette nouvelle, avait été saisie d'effroi et de douleur , et les dames de la reine avaient passé la nuit dans les
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larmes , l'union d'Élîsabeth avec un prince français étant antipathique à toute la nation. Si la reine en fut informée , elle s'en montra peu touchée ; car elle continua d'entretenir le duc d'Anjou de riants projets d'avenir , et , comme il la pressait de fixer enfin le jour du mariage, elle prit une plume et se disposa , en présence des lords , à signer le contrat dressé depuis plusieurs semaines. Mais, après un instant d'hésitation, elle la jeta loin d'elle avec colère , et , s'adressant aux seigneurs qui l'entouraient , elle leur demanda s'ils ne savaient pas que ce mariage la tuerait, qu'après sa mort ils s'égorgeraient les uns les autres pour sa succession, et elle leur reprocha amèrement de ne s'être point opposés à celte alliance.
Le lendemain , elle déclara au duc d'Anjou que trois nuits semhlables à celle qu'elle venait de passer la mettraient au tombeau , et le pria de ne plus songer à un mariage auquel s'opposaient la différence de religion , l'aversion des Anglais pour la
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France, enfin la disproportion d'âge qui existait entre elle , qui venait d'atteindre quarante-neuf ans , et lui , qui était encore fort jeune. Le duc se retira chez lui , en maudissant l'inconstance de la nation anglaise et celle de la reine en particulier; il jeta à terre l'anneau qu'elle lui avait donné, et fit à la hâte ses préparatifs pour quitter l'Angleterre. Mais Elisabeth , qui se repentait déjà de lui avoir parlé avec tant de franchise, et qui craignait que, rebute par elle , il n'épousât sans retard une princesse espagnole , le supplia de ne pas s'éloigner de la cour, et lui permit d'espérer qu'elle changerait de détermination.
Elle le retint pendant quatre mois encore au milieu des fêtes les plus somptueuses , et ne le laissa partir qu'après l'avoir forcé d'accepter de riches présents, et lui avoir fait promettre de revenir dans un court délai , pour conclure enfin le mariage projeté.
Le (lue d'Anjou reprit le chemin des Pays-Bas, où il reçut le titre de duc de
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Brabant et de comte de Flandre, Elisabeth soutint la révolte de ces provinces contre le duc d'Albe, qui les gouvernait pour l'Espagne. Philippe II, pour se venger des hostilités indirectes de cette princesse, envoya, sous le nom du pape, des troupes en Irlande; mais les Irlandais rebelles et les Espagnols accourus pour les protéger furent massacrés , et Elisabeth , furieuse , résolut de faire payer cher aux catholiques de son royaume les secours donnés par Grégoire XIIÏ ou par Philippe à ses sujets révoltés.
On dressa une liste de suspects , et plus de cinquante mille citoyens y furent inscrits : les catholiques attachés à leur foi, et les prêtres surtout, furent poursuivis , tra(}UeV, mis à mort, ainsi que ceux qui osaient leur donner asile. La découverte d'un livre pieux, d'une image sainte, d'un ornement d'église , suffisait pour conduire au supplice celui dans la possession duquel il était trouvé, et le parlement décréta que quiconque aurait essayé de détacher de la
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religion protestante les sujets (le la reine, ou cherché à ébranler leur fidélité , serait condamné comme coupable de haute trahison.
Elisabeth, ne redoutant plus rien du côté de la France , qui briguait son alliance, accusait Marie Stuart de tous les chagrins , de tous les embarras de son règne, et ne parlait plus de lui rendre la liberté. Elle redoutait beaucoup l'influence que le jeune comte de Lennox avait prise sur le roi d'Écosse ; car elle savait qu'élevé en France , protégé par les Guises , ce seigneur était leur partisan et, par conséquent, celui de Marie Stuart. Lennox obtint le rappel des tords que leur attachement à la reine avait fait bannir de l'Ecosse ; il essaya de nouer des relations entre la mère et le fils , et obtint de Marie la promesse d'associer Jacques au trône , si elle parvenait à y remonter.
La conduite tenue à cet égard par Lennox était sage ; mais il ménagea si peu les lords qui avaient soutenu le régent, qu'ils formèrent une conspiration pour l'obliger à
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quitter le royaume. Pour s'assurer le succès, ils résolurent de s'emparer de la personne du roi. Un jour que ce prince revenait d'Athol , presque sans suite , ils l'entourèrent, le conduisirent au château de Gowrie, qui appartenait à lord Ruthwen , l'y retinrent prisonnier , et assemblèrent un conseil qui condamna Lennox à l'exil et le comte d'Arran à la détention. Ils transportèrent ensuite Jacques au château de Stirling et l'obligèrent à ratifier la condamnation de ses favoris et à écrire à Élisabeth que tout ce qui avait été fait par les seigneurs avait obtenu son assentiment.
Jacques , ne pouvant résister, fit ce qu'on exigeait de lui , en se promettant bien , toutefois , de punir les rebelles , dès qu'il aurait recouvré la liberté. On l'avait placé sous la garde de cent gentilshommes ; il était donc peu probable qu'il pût parvenir à s'échapper; mais il n'en perdit pas l'espérance.
Les seigneurs avaient choisi pour commander ces gentilshommes le colonel Stewart, cousin du comte d'Arran. Ce fut une faute ; M. i. 9
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car, aux premières propositions de Jacques, le colonel consentit à tout faire pour le sauver. Tous deux dissimulèrent si habi ■ lement, que personne ne se douta qu'ils s'entendissent; et, le roi ayant témoigné le désir de visiter le château de Saint- André , lord Ruthwen n'y vit aucun inconvénient, pourvu que Stewart et ses cent hommesl'y accompagnassent. C'était ce que demandait Jacques, A peine entré au château, il en lit lever les ponts-levis. Stewart remplaçais garnison par les gentilshommes qu'il commandait; de là, le roi déclara traîtres et rebelles ceux qui s'étaient emparés de sa personne, et appela les Écossais à sa défense.
Une armée nombreuse se forma bientôt autour de fui, et, quelque empressement que les lords eussent mis à armer leurs vassaux , ils se trouvèrent tellement inférieurs en nombre aux troupes royales, qu'ils ne purent même soutenir le premier choc, et coururent se rçfugier en Angleterre. Lord Ruthwen , pris les armes à la main, fut dé-
Marié stbart. VM\ claré coupable de haute trahison et exécuté; le comte d'Àrran rentra plus que jamais en faveur; mais, Lennox étant mort en France, tout ce que Jacques put faire fut de rappeler son (ils en Écosse.
La nouvelle de la captivité du prince avait été bien douloureuse pour Marie Stuart.
N'espérant plus rien pour elle-même, elle avait reporté sur son fils toutes ses illusions si cruellement déçues, et, pardonnant du fond de son cœur à cet enfant, élevé au milieu de ses ennemis , d'avoir méconnu sa tendresse et refusé d'écouter ses prières , elle lui désirait uiï règne heureux et prospère. Toutes ses souffrances, et elles avaient ■ été grandes , s'effacèrent devant les périls qui menaçaient sou fils, et , ne pouvant renoncer à lui venir en aide , Marie chercha si elle ne lui trouverait pas un appui.
Elisabeth , si cruelle pour une rivale , ne devait pas l'être pour un prince qui ne lui avait jamais fuit de mal , et qui avait plutôt été l'instrument de ses desseins; Marie le pensait ; aussi , s'adressent de nouveau il la
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reine d'Angleterre, elle la supplia de se faire la protectrice de ce jeune roi , victime de l'audacieuse ambition de ceux qui devaient être ses soutiens.
Elisabeth , qui ne savait pas combien le sentiment maternel peut inspirer d'indulgence et de dévouement, lut avec étonnement cette lettre dans laquelle Marie, rappelant tout ce qu'elle avait souffert, la conjurait de lui accorder, en prenant la défense de Jacques, la seule consolation qu'il lui fût possible de recevoir. Elle en fut un instant touchée , et chargea son conseil d'examiner à quelles conditions la reine Marie pourrait être rendue à la liberté.
Mais ce bon mouvement fut bientôt étouffé par l'ancienne haine qu'elle portait à sa prisonnière; de nouvelles difficultés surgirent , et Marie Stuart fut plus étroitement gardée que jamais.
Lord Grey, jeune seigneur écossais , d'un caractère insinuant et d'une grande ambition, gagna les bonnes grâces de Jacques VI, redevenu paisible possesseur de sa cou-
marie srtMVfc 201 1-onne. Le comte d'Arran , jaloux de l'ascendant que prenait ce nouveau-venu , persuada à Jacques qu'il pourrait lui être fort utile auprès d'Élisabeth, et lord Grey fut envoyé à Londres. La reine d'Angleterre sut profiter du désir qu'il avait de s'élever; elle le gagna par des caresses , des présents , la promesse d'un brillant avenir, et s'en fit un espion auprès de Marie Stuart.
La pauvre captive accueillit avec reconnaissance les témoignages d'intérêt de lord Grey. Et comment eût-elle pu douter de leur sincérité ? Elle avaît tant souffert comme reine , comme femme et comme mère , qu'en la voyant , elle , la plus belle , la plus spirituelle , la plus charmante et la plus admirée des princesses de son temps ; qu'en la voyant, disons-nous , pâle et se soutenant à peine, contempler, des fenêtres de sa prison, le ciel , les eaux , la verdure, et donner des larmes à la liberté dont elle ne devait plus jouir, le cœur le plus dur se fût senti ému.
Elle ouvrit donc sans arrière-pensée son cœur à ce jeune homme qui venait lui parler
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de sa patrie et de son lils ; elle' lui dit, non ses projets , elle n'en formait plus , mais ses rêves, fugitives illusions que lui envoyait encore de temps à autre l'espérance qui n'abandonne jamais les mortels. Elle croyait à sa pitié , à son dévouement , et le traître , au sortir de la prison de Marie , allait tout répéter à son ennemie. Plusieurs seigneurs , accusés d'avoir correspondu avec la reine d'Ecosse , n'échappèrent à la mort qu'en se réfugiant en France, et Elisabeth, ayant appris que sa rivale n'attendait plus de secours que des catholiques , redoubla pour eux d'injuste sévérité.
Les délateurs furent écoutés et récompensés ; le royaume se remplit d'espions, et, pour s'assurer des dispositions des familles qu'elle soupçonnait , Elisabeth leur fit parvenir des lettres contrefaites , par lesquelles Marie leur demandait secours et protection.
Ceux qui répondirent à ces lettres par quelque témoignage de sympathie furent arrêtés , emprisonnés ou obligés de fuir. Ces derniers , par le récit des persécutions aux-
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quelles les catholiques anglais étaient en butte , excitèrent l'indignation des princes étrangers; la reine, l'apprenant, désavoua tout ce qui avait été fait par ses ordres , réprimanda ses ministres, et leur défendit d'Inquiéter à l'avenir qui que ce fût pour ses opinions religieuses ; mais les choses restèrent dans le même état, et aucun des ministres ne fut puni.
Le résultat des mesures sévères prises contre les catholiques fut d'inspirer un intérêt général pour la reine d'Ëcosse , en la faisant regarder comme persécutée uniquement à cause de sa religion. De cet intérêt naquit le dévouement, et plusieurs complots ayant pour but la délivrance de Marie se succédèrent sans que la punition des coupables décourageât les fidèles partisans du malheur.
Elisabeth , concevant encore une fois des
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craintes sérieuses , résolut d'amuser sa prisonnière par une nouvelle négociation. Elle lui députa plusieurs seigneurs chargés de lui proposer de renouer le traité si elle voulait s'engager à obtenir le pardon des lords écossais qui avaient conspiré avec Ruthwen, et promettre de rappeler l'cvéque de Glascow , son ambassadeur à Paris. L'un de ces envoyés fut chargé de gagner la confiance de la reine d'Ecosse et de savoir ce qu'elle attendait du duc de Guise.
Marie avoua qu'elle avait réclamé l'appui de ce prince ; mais elle dit qu'elle ignorait complètement ses projets , et elle le dit avec un tel accent de vérité, qu'Elisabeth , rassurée, rompit la négociation. Quelque temps après , un jésuite nommé Crighton , se rendant en Écosse, fut poursuivi par de pirates, et, avant de tomber entre leurs mains , déchira quelques papiers dont il était porteur. On en rassembla les morceaux, et l'on trouva qu'ils contenaient les détails d'un plan d'invasion en Angleterre , formé par le roi d'Espagne, le duc de Guise et le saint-père.
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A cette nouvelle , le comte de Leicester, lord Burleig et sir Walsingham , conseillers de la reine , feignant de trembler pour les jours de leur souveraine, formèrent une association dont les membres s'engagèrent, sous les plus redoutables serments , à pour- . suivre jusqu'à la mort quiconque aurait conspiré contre la reine , et toute personne en faveur de qui la conspiration aurait été our- . die. Le parlement de 1585 , gagné par leurs instances , fit de cet engagement volontairement pris par eux une loi obligatoire pointons les sujets d'Élisabeth.
Marie , éclairée par ses longs malheurs , comprit que cette loi était portée contre elle et la rendrait responsable de tous les mouvements tentés par ses amis ; elle envoya vers Elisabeth son secrétaire Naw,avec mission de lui représenter l'injustice dont la reine d'Ecosse était la victime , et lui faire des propositions si justes et si raisonnables, qu'Elisabeth ne pouvait, sans renoncer à toute humanité , refuser d'y souscrire. Mais elle allégua les intérêts de la religion pro-
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testante en Ecosse, et déclara qu'elle ne pouvait forcer les réformés , devenus nombreux, à obéir à une reine catholique. Cette réponse rendit quelque courage à Marie ; eHe -éleva son âme vers Dieu, et, oubliant l'injuste haine dont elle était la victime, elle le remercia de l'avoir jugée digne de souffrir pour sa foi. Cette consolation venue du Ciel lui était bien nécessaire. Sous prétexte qu'un nouveau complot avait été formé pour sa délivrance , on la tira de la prison où elle était demeurée sous la surveillance du comte de*Schrewsbury, et on la remit ,à la garde de deux puritains farouches , Drury et Pawlet.
La princesse fut enfermée dans une prison étroite, humide et malsaine, à peine abritée contre l'inclémence des saisons ; on lui retira la permission de se promener dans le jardin ou de respirer à sa fenêtre ; on lui défendit de faire des aumônes aux pauvres, ainsi qu'elle en avait l'habitude ; enfin , comme si l'on eût eu beaucoup à craindre d'une femme malade et abandonnée , on la
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fit garder à vue. L'intention des ennemis de Marie était de la désespérer par tant de souffrance , afin qu'elle se jetât dans quelque complot dont on pûtla convaincre. Mais elle suppoita tout avec une admirable patience-, et la douceur de son caractère n'en fut point altérée. Trompés dans leur attente, ceux qui la haïssaient, sans que jamais elle leur eût fait le moindre mal , envoyèrent, dit-on, vers elle des assassins; mais si inflexibles que fussent ses gardiens , ils étaient d'honnêtes gens , et ils refusèrent d'être les complices de ce crime.
Ils transmirent même à la reineles plaintes de Marie, dont la santé, devenue chancelante , se trouvait fort compromise par l'insalubrité de sa prison. -. .
Après lui avoir fait la peinture de ses souffrances et l'avoir suppliée à mains jointes de la délivrer de cette longue et misérable captivité, Marie disait à Elisabeth :
« Si ma religion est le but où visent mes ennemis, je suis prêle, grâce à Dieu, à cour-
ber mon cou sous la hache et à verser mon sang à la face des nations chrétiennes; et je regarderai comme un bonheur d'être la première victime. »
Pendant plusieurs mois , les réclamations de Marie restèrent sans effet; quand elle n'en espérait plus rien , Tordre fut donné de la transférer au château de Fotheringay ; mais elle continua d'être traitée avec autant d'inhumanité que par le passé. La haine que lui portait Elisabeth grandissait en proportion de la crainte que cette ambitieuse princesse éprouvait de se voir arracher sa captive , et jamais cette crainte n'avait été mieux justifiée. Le duc d'Anjou venait de mourir ; Henri III , marié depuis plusieurs années , n'avait pas d'enfants ; le roi de Navarre , héritier présomptif du trône , professant la religion réformée, le duc de Guise, adoré des catholiques, pouvait aspirer à la couronne. Chaque jour son pouvoir s'affermissait; on parlait d'une ligue conclue entre les princes lorrains et Philippe II, et l'on savait que des intrigues se formaient en
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Écosse pour décider Jacques VI à favoriser une invasion en Angleterre.
Elisabeth s'unit alors au duc de Prusse et au roi de Danemarck pour protéger la religion protestante , et elle envoya en Éoosse un jeune seigneur, aussi habile qu'aimable , qui sut, en flattant Jacques VI , gagner toute sa confiance et lui persuader que le parti le plus avantageux qu'il pût prendre était de s'allier à la reine d'Angleterre pour repousser tous les efforts des puissances catholiques. Jacques avait beaucoup étudié ; mais il n'avait ni esprit ni caractère; il se laissa charmer par les éloges du lord anglais , le regarda comme son meilleur ami et suivit aveuglément ses conseils.
Quelques gentilshommes catholiques , exaspérés par les persécutions, formèrent alors le projet de délivrer l'Angleterre de l'hérétique qui la gouvernait et de rendre la liberté à Marie Stuart. A la tête du complot était un jeune seigneur nommé Babington et quelques élèves anglais du séminaire de Reims. Ils s'engagèrent a profiter, soit réu-
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nis, soit séparément, 'de la première occasion qui se présenterait de poignarder Elisabeth, et , comme d'un jour à l'autre cette occasion pouvait s'offrir à eux , ils placèrent aux environs du château de Fotheringay cent hommes déterminés, qui devaient, à la faveur du tumulte cause par le meurtre de la reine, attaquer le fort et enlever Marie.
Arbington, Charnoc, Barnwel, Savage, Maxwel et Ballard , amis intimes de Babington et comme lui dévoués à la reine d'Écosse, devaient frapper, et les autres attendre l'événement. Les sept conjurés firent serment de ne point trahir leurs complices, quoi qu'il pût arriver, et, dans un moment d'exaltation , ils se firent peindre tous dans un même tableau , pour conserver à la postérité le souvenir de ce qu'ils appelaient leur héroïsme. 11 y avait, en effet , du courage à affronter la loi qui vouait à la vengeance de tout bon citoyen quiconque aurait conspiré contre Élisabeth; mais, de quelque manière qu'ils pussent essayer de
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justifier leur projet , l'assassinat de la reine n'en était pas moins un crime.
Les conjurés l'oublièrent. Ballard, l'un d'eux, ayant confié le secret de l'association à Dolly , qu'il croyait sincèrement attaché à la reine d'Écosse , celui-ci se hâta d'aller tout dévoiler à Walsingham , ministre d'Elisabeth. Sûr de réunir tous les fils de la conspiration par l'entremise de ce traître , Walsingham laissa les conjurés mûrir en paix leurs desseins ; puis il avertit la reine de tout ce qui se passait et lui mit même sous les yeux le portrait des sept imprudents. Elisabeth grava si bien leurs traits dans sa mémoire, qu'un jour, en se promenant dans les jardins du palais, elle reconnut Barnwel,et que, se tournant vers son capitaine des gardes , elle s'écria :
» Comment se fait-il que la reine d'Angleterre n'ait pas auprès d'elle un seul homme armé?
Babington, endormi par la fausse sécurité laissée aux conjurés, demanda au ministre Walsingham un passeport pour lui et pour
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Ballard , sous le prétexte d'aller en France étudier les desseins secrets des Écossais qui s'y étaient réfugiés. Le ministre lui promit tout ce qu'il voulut ; mais le passeport ne fut pas accordé , et quand Walsingham eu ( appris par Dolly que, si les deux conspirateurs voulaient se rendre en France, c'était pour hâter une invasion qui favorisât leurs projets, il donna l'ordre d'arrêter Ballard.
Bafaiogton en fut alarmé ; mais il se rassura bientôt, le bruit s'étant répandu que cette arrestation n'avait été faite que parce que Ballard était prêtre catholique. 11 intercéda même auprès du ministre pourque la liberté fût rendue à son ami ; toutefois, comme il crut s'apercevoir qu'il était espionné par un de ses serviteurs, ilen avertit ses complices, et tous prirent la fuite ; mais leur signalement fut si exactement donné, qu'on les reconnut sans peine sous leurs habits de paysans et qu'on put les remettre entre les mains des commissaires de la reine.
L'occasion de perdre Marie se présentait entin ; .ses ennemis résolurent de ne pas la
laisser échapper. Walsingham corrompit deux des secrétaires de la captive ; ils écrivirent en son nom aux conjurés, en reçurent des réponses, et, pendant qu'on arrêtait Babington et ses amis, il donna ordre à Drury et à Pawlet de saisir tous les papiers de la reine d'Écosse. Pour que rien ne pût s'opposer à l'accomplissement de cet ordre , l'un d'eux proposa à la prisonnière de faire une promenade à cheval dans les environs, et Marie , privée depuis longtemps de toute distraction, consentit avec joie à quitter pour quelques heures sa triste solitude.
Pendant son absence, tous ses papiers furent enlevés, ses deux secrétaires emmenés à Londres , et , à son retour, elle apprit avec autant de surprise que de douleur les détails du complot dont on l'accusait d'avoir été l'âme.
Babington et ses complices furent pendus en vertu de la loi qui vouait à la mort quiconque aurait conspiré contre la reine, et, la même loi devant atteindre ceux en faveur de qui le complot aurait été tramé , une
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commission de quarante-cinq membres , nommés par Elisabeth, se rendit au château de Fotheringay, pour instruire le procès de Marie Stuart.
Le cœur rempli de joie de pouvoir enfin , tout en sauvant les apparences de la justice, se défaire d'une odieuse rivale , Elisabeth sut dissimuler ce qu'elle éprouvait ; il fallut que ses ministres l'obligeassent à signer les pouvoirs de cette commission; encore résista-t-elle longtemps à leurs instances, en leur disant hypocritement :
« Puis-je donc tuer l'oiseau qui s'est réfugié dans mon sein ?*
Marie refusa de comparaître devant les juges qu'on lui donnait, en alléguant qu'elle était la parente et l'égale de la reine d'Angleterre et non pas sa sujette. Pendant plusieurs jours elle persista dans ce refus ; mais l'un des juges , nommé Hatton , ayant demandé à l'entretenir en particulier, lui représenta que , si elle s'obstinait à ne pas répondre à l'accusation portée contre elle , chacun la jugerait coupable , et la décida à
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paraître devant la commission , en lui disant que le plus grand désir de ses juges était de prouver son innocence à l'univers entier.
Elle comparut donc ; mais, avant de permettre qu'aucune question lui fût adressée, elle déclara qu'elle ne reconnaissait à aucun des seigneurs présents le droit de la juger ni de l'interroger ; qu'elle venait de son plein gré et non pourobéiràlareine d'Angleterre, qui n'avait sur elle aucun droit, répondre aux accusations de ses ennemis. Elle dit qu'elle ne reconnaissait point les lois anglaises, puisque ces lois ne l'avaient jamais protégée ; elle rappela qu'elle s'était rendue volontairement et librement en Angleterre et qu'au mépris du droit des gens , elle y avait été emprisonnée et traitée, depuis dixhuit ans , avec une révoltante inhumanité , et qu'en lui faisant subir un procès dont l'unique but était de la perdre, Elisabeth commettait une nouvelle injustice ; elle invoqua Dieu comme le seul juge qui eût le droit de lui demander compte de ses ac-
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lions, et finit en sommant la commission de prendre acte de cette protestation.
Le chancelier répondit que la loi d'association condamnait, sans aucune distinction de rang ou de naissance , quiconque aurait conspiré contre la reine. Marierépéta qu'elle ne reconnaissait pas les lois anglaises, ajouta qu'elle, savait bien que cette loi avait été portée contre elle et somma les juges d'interroger leur conscience et de la contredire s'ils l'osaient. Pas un ne répondit.
On l'accusa d'avoir connu et approuvé (a conspiration de Babington. Elle nia avoir jamais eu avec lui aucune correspondance et demanda qu'on lui représentât ses lettres; on ne put produire que des copies. Elle protesta qu'elle en lisait le contenu pour la première fois et qu'il fallait qu'on eût séduit ses secrétaires ou contrefait son sceau, et , comme tous les regards se tournaient vers *\Valsingham , que ceux de la reine semblaient désigner, il se leva et déclara qu'il était incapable d'un tel crime , qu'il avait toujours suivi les principes de l'honneur,
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mais qu'il avait cherché à justifier la confiance de son auguste souveraine en recherchant activement les conspirateurs.
Marie avoua qu'elleavait ardemment souhaité de recouvrer sa liberté , qu'elle avait réclamé plusieurs fois le secours de ses amis; mais elle jura qu'elle n'avait jamais conspiré contre les jours de la reine. Elle demanda qu'on lui donnât un avocat, qu'on lui remît tous ses papiers et qu'on lui permît de se justifier en plein parlement.
Toutes ces demandes furent rejetées .
a Je connais mon tort , dit-elle alors. Mes crimes sont ma naissance, les offenses qu'on 'm'a faites et ma religion. Je suis fière de la première, je puis pardonner les secondes, et la troisième est pour moi une source de tant de consolations et d'espérances, que je voudrais que mon sang coulât, pour sa gloire , sur l'échafaud. >
Les commissaires, après deux séances ,* s'ajournèrent à la chambre étoilée de Westminster, pour rendre leur jugement.
.IfMMi.i |Mi.1ur.i,.- i[r lïirn 1*>^ r-LViir,
Ll>iill .llllî 1,'liUM viiliv itrVllit'.
Le roi de France, ayant appris, par une copie des lettres de Babington , quel danger courait la reine Marie , écrivit sur-le-champ à son ambassadeur en Ecosse pour lui recommander de faire sentir à Jacques VI qu'il ne devait rien épargner pour émouvoir Elisabeth et obtenir d'elle le salut de sa mère. En môme temps, il lit partir pour la cour de Londres M. de Bellièvre , en qualité d'ambassadeur extraordinaire, pour prendre
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auprès de la reine d'Angleterre la défense de Marie Stuart. Mais , quelque diligence que pût faire cet envoyé, il n'arriva à Londres que le 1 er décembre et il apprit, en y entrant, que depuis six jours celle dont il venait se constituer le protecteur était condamnée à mort.
Il n'en sollicita qu'avec plus d'ardeur une audience de la reine ; mais elle la différa, sous divers prétextes, pendant six autres jours. Admis enfin en présence d'Elisabeth, il lui fit, ainsi que M. de Chàteauneuf, ambassadeur ordinaire , les plus vives remontrances de la part du roi son maître. Elisabeth répondit en accusant Marie Stuart d'avoir été pour elle une ennemie acharnée, à laquelle elle avait pardonné souvent parce qu'elle la chérissait et qu'elle ne livrerait qu'avec une douleur profonde à la sévérité des lois. M. de Châteauneuf lui cita plusieurs exemples tirés de l'histoire, pour l'engager à la clémence ; mais elle- l'interrompit en lui disant qu'elle avait lu plus de livres que mille femmes ou mille reines en-
semble, et jamais elle n'avait vu crâne pareil à celui dont elle avait failli être la victime ; elle témoigna autant de surprise que de mécontentement de ce que le roi de France, au lieu de l'aider à se venger, se déclarait pour ses assassins, et les ambassadeurs n'en purent rien obtenir, sinon qu'elle ferait par écrit sa réponse à Henri III.
Ilsattendirentavec anxiété cette réponse; mais elle tarda plusieurs jours, et ils eurent la douleur d'apprendre que la sentence de Marie, qui avait été déférée au parlement, venait d'être confirmée. M. deBellièvre retourna à Ricbemont , où se tenait la cour , pour prendre congé de la reine , sa mission st' trouvant désormais sans but. Elisabeth promit de lui faire délivrer un sauf-conduit, et il revint à Londres. Le lendemain, 16 décembre , le conseil privé de la reine , le parlement et les principaux seigneurs furent convoqués à Westminster et la condamnation de la reine d'Écosse fut proclamée et annoncée au peuple. Aussitôt toutes les cloches de la capitale sonnèrent et, à la nuit ». s. to
■>îi «ARIK STIARÏ. ^
tombante, des feux de joie s'allumèrent dans toutes les rues.
Les ambassadeurs français écrivirent à ÉHsabeth pour renouveler, au nom de leur maître , la prière qu'ils lui avaient adressée , et obtenir que du moins la sentence portée contre Marie Stuart ne fût point exécutée avantquele roi de France en eût été informé.
Elisabeth fit répondre qu'elle accordait un délai de douze jours, pendant lequel on pourrait faire connaître à Henri III le jugement porté contre sa belle-sœur. Un messager fut aussitôt expédié au roi de France , lui rendit compte de tout ce qui se "passait en Angleterre , et revint chargé de nouvelles remontrances , que la reine écouta avec impatience, et auxquelles elle refusa de donner satisfaction. Les ambassadeurs reçurent leurs passeports et retournèrent en France , le cœur rempli d'indignation et de douleur.
Deux jours après leur départ, Robert Melvil, lord Grey et un autre seigneur écossais sollicitèrent, au nom de Jacques VI,
maiuk si tA.111. 'î-2:'.
uih: aiulîem e de la reine d'AijgleteiTe. Eluleur fut accordée; mais leurs instances en laveur de Marie ne furent pas mieux reçues que celles des ambassadeurs de Henri Ht, etÊlisabeth entra même dans une grande colère contre Robert Melvil, qu'elle accusait d'avoir poussé le roi à la démarche qu'il faisait faire auprès d'elle. -, .
, « H est vrai , madame , répondit Melvil , que j'ai osé dire au roi, mon maître, ceque je penserais d'un fils qui laisserait tuer sa mère et , au risque de ma vie , je le lui répéterais encore si cela était nécessaire. »
La reine , sans vouloir en entendre davan.
tage , ordonna aux ambassadeurs de se retirer, et ils ne furent pas plus heureux dans deux autres audiences. Malgré le soin qu 'Elisabeth prenait de cacher, sous une feinte douleur, la joie de son triomphe, la haine qu'elle portait à sa bonne sœur , à sa chère cousine , à son aimable parente, perçait dans son sourire, dans le son de sa voix, quelquefois même dans une parole, et les ambassadeurs de Jacques comprirent, comme ceux
22i HAttir. stfturr. , 4
de France , que Marie Stuart était pei-due.
fis attendirent toutefois pendant quelques jours la réponse que leur avait promise Elisabeth, et ne tardèrent pas à s'apercevoir de
nion publiqoe eonti'e la malheureuse reine d'Écosse. Sa puissante ennemie voulait paraître avoir été forcée de faire exécuter la sentence prononcée par la commission, et ses agent* répandaient dans le peuple mille bruits sinistres : cVtait une nouvelle tentative d'assassinat formée contre la reiiie,e*était une invasion étrangère, c'était un soulèvement des catholiques dans les provinces ; ils aOaieflt répétant partout qu'il n'y aurait de tranquillité pour le royaume et de sécurité pour la souveraine que quand Marie aurait payé de sa tête les maux quelle avait causés. Le parlement, composé de puritains et haïssant, dans la reine d'Écosse, ta fol dont elle taisait profession , vota Une première adresse à Elisabeth pour la presser de rendre enfin la paix à ses états, et une seconde pour lui reprocher , avec respect, mais avec fer-
m mit su AHi . Î25 raeté.de sacrifier aux généreux sentiments de son cœur ses devoirs de mère d'un grand
Elisabeth paruts'irriter de leurs instances, put» elle s'apaisa, se plaignit amèrement du zèle importun de ses sujets , et différa de faire connaître sa décision. Enfin, teignant de céder aux sollicitations qui , chaque jour, devenaient plus pressantes, elle signa l'arrêt de mort de sa bonne sœur, mais pour s'en servir, dU-elle, seulement dans un oas de nécessité pressante.
Pour la seconde fois, on essaya de taire assassiner Marie dans sa prison, et Davysoii, secrétaire intime d'Êlisabetb, s'efforça de gagner Pawlet en lui représentant le service qu'il rendrait à la reine d'Angleterre en lui épargnant l'embarras de faire exécuter sa captive. Mais Pawlet répondit qu'il ne pourrait empêcher le bourreau de pénétrer dan»
la prison de la reine, mais qu'il D'en ouvrirait jamais la porte à un assassin. Uavyso», voyant que sa resolution était inébranlable, en informa la reine, qui lui donna des ordres,
22tî MARIE ST L'ART.
en lui recommandant de nier qu'il les eût reçus.
Davyson , porteur du warrant de mort, signé d'Élisabeth et revêtu de son sceau particulier, le remit aussitôt au chancelier, qui y apposa le grand sceau de l'état. Toutes ces formalités remplies , sans qu'tëlisabeth parût en être instruite , le conseil privé fut assemblé, et les membres" de ce conseil , connaissant bien les véritables sentiments de leur maîtresse, votèrent unanimement l'exécution de l'arrêt
L'ordre d'y assister fut expédié aux comtes de Kent et de Schrewsbury, et le lendemain , 17 février 1587, ces deux lords, accompagnés de Beele, beau-frère de Walsingbam, se présentèrent au cbâteau de Fotheringay.
Marie , condamnée depuis le 25 octobre de l'année précédente , avait appris sa sentence sans laisser paraître aucune émotion, et , résignée à son sort , elle passait dans la prière la plus grande partie de ses journées. Cependant, elle avait encore trop de con-
UAHIK SI l'A III . 227
fiance sinon dans les protestations d'amitié de la reine d'Angleterre, du moins dans son honneur, pour ne pas penser qu'elle pût jamais autoriser sa mort, et si Marie, plus triste qu'avant sa condamnation , tournait sans cesse ses regards vers le ciel, c'est que ses doux rêves de liberté , si souvent caressés avec amour, s'étaient pour toujours envolés. En effet , laisser vivre en prison celle qu'on pouvait envoyer à l'échafaud, c'était se donner une réputation de clémence et de générosité que ne manquerait pas d'ambitionner Élisabeth.
Marie Stuart, bonne, confiante, dévouée, n'ayant jamais ouvert son cœur qu'à de tendres sentiments , ne comprenait pas la haine et ne pouvait savoir jusqu'où cette passion entraîne ceux qui s'y abandonnent.
Malade depuis longtemps, elle reposait quand on vint l'avertir que les comtes de Kent et de Schrewsbury demandaient à la voir pour affaire importante. Elle se leva , s'habilla à la hâte et attendit les envoyés de la reine.
ftt extrêmement pâle et que liit à peine les traces de la
rare beauté de sa jeunesse, elle avait con-
milieu de cette chambre délabrée , qui lui servait de prison, et sous ces vêtements' plus que simples , on reconnaissait la. reine qui avait vu à ses pieds toute l'Europe,
Les lords, suivis de Beele.de Drury et dePawlet, geôliers de Marie , s'avancèrent vers elle, et Schrewsbury, prenant la parole* lui dit qu'il venait , au nom de la reine, accompagner Beele, chargé de lui donner lecture de son arrêt. Marie répondit par un léger salut et fit signe à Beele qu'elle était prête à l'entendre.
Beele, plus ému que la prisonnière, lut en tremblant l'arrêt qui condamnait Marie Stuart , reine d'Écosse , à avoir la tête touchée au château de Fotheringay , comme coupable d'avoir pris part à la conspiration de Babington.
Marie se leva, sans laisser voir aucun trouble, et, étendant la main vers un livits
servé tant de majestueuse dignité, qu'au
placé sur U labié près de laquelle elle était assise , dit d'une voix ferme :
- Je jure par ees saints Évangiles que jamais je n'ai formé ni approuvé aucun complot contre la reine d'Angleterre. Mais je suis prête à remettre mon àme aux mains du Dieu tout-puissant, qui connaît mon honneur et mon innocence. >
Elle demanda quand devait avoir lieu l'exécution et , sur la réponse des lords que le lendemain avait été fixé, elle dit à ses serviteurs, qui fondaient en larmes :
« Ne pleurez pas, mes amis; réjouissezvous plutôt avec moi et remerciez le Seigneur, qui consent enfin à me délivrer de toutes les douleurs que j'endure depuis dixhuit ans. •
Elle demanda qu'on lui permit de voir son confesseur, et cette grâce, qu'on accorde aux plus vils criminels, lui fut impitoyablement refusée.
t Les Anglais , dit-elle , sont ooutumiers de tuer lflUrl rois, et c'est sans doute parée que j'en descends qu'on use envers moi de
rigueurs inusitées ; mais celui qui voit le" fond de mon cœur sait que je voudrais remplir les derniers devoirs du chrétien, et cela me suffît »
Le comte de Kent lui offrit alors de faire venir le doyen dePéterborougpour l'assister dans ses derniers moments. -
« Je vous rends grâces , milord , lui répondit-elle ; je veux mourir, comme j'ai vécu , dans la foi catholique, que mes aïeux ont professée et au sein de laquelle j'ai eu le bonheur de naître. Au surplus, le martyre que je subirai demain me tiendra lieu de confession. Dites à la reine, ajouta-t-elle après un instant de silence, que je désirerais que mon corps fût transporté en France et inhumé dans la cathédrale de Reims, près de celui de ma mère. »
Les lords ne purent lui promettre que ce derniervœu serait exaucé ; et, Marie s'étant levée et les ayant salués , ils se disposèrent à sortir. Bourgoing, médecin de la captive , se jeta alors à leurs pieds , en les suppliant d'accorder un délai à la reine, afin qu'elle
pût mettre en ordre ses affaires et s'occuper du salut de son âme; mais Kent et Schrewsbury dirent qu'ils avaient reçu des ordres qu'il leur était impossible d'enfreindre, et Marie ordonna à ses serviteurs de ne pas insister davantage.
Restée seule avec eux , elle les consola , les encouragea, etquiconque l'eût vue si calme au milieu de ses femmes éplorées, n'eût pu croire que l'arrêt qu'elle venait d'entendre était le sien.
« J'avais bien prévu, mes entants, leur dit-elle, qu'ils m'amèneraient où je suis. Ils ont dit que ma vie était la mort et ma mort la vie de leur religion , et le prétendu complot dont ils m'accusent n'est qu'un prétexté pour justifier ma condamnation aux yeux de l'Europe. Je n'aurais pas cru que la reine, ma soeur, consentit jamais à ma mort ; mais je me soumets volontiers à mon sort; car lame qui tremblerait à la vue do l'échafaud serait indigne de la palme du martyre.»
Elle partagea entre ses serviteurs l'argent
maHïe stuart.
et les bijoux qui lui restaient , les priant de 1#» garder pour l'amour d'elle et de l'excuser de ne pouvoir mieux récompenser leurs bons services. Puis, ne retenant auprès d'elle que ses femmes, elle se mit en prières jusqu'à l'heure du souper.
Apres le repas, elle se ât apporter ce qu'il fallait pour écrire , et Ht son testament. Sa présence d'esprit était telle , qu'elle n'oublia aucun de ses parente , de ses amis ou de ses serviteurs. Elle écrivit ensuite à son aumônier, et lui demanda de lui envoyer les prières qu'il jugerait les meilleures, pour la préparation à la mort, et le conjura d'invoquer Dieu pour elle , pendant la dernière nuit qu'elle avait encore à passer sur la terre. Enfin, elle fit ses adieux à Henri Ui , le pria d'accepter deux pierres rares, d'offrir de sa part à la raine-mère les bijoux portés sur son testament, et laissa à sa générosité le soin de remplir ses vœux à l'égard des serviteurs qu'elle regrettait de ne pouvoir récompenser comme ils le méritaient.
MARIE STUA1IT. 233
Après s'être acquittée de ces soins , elle prit quelques heures de repos et passa le reste de la nuit en prières. Puis , s'étant fait habiller, aussitôt que le jour parut, elle se rendit dans son oratoire et, tirant d'une boîte d'or une hostie consacrée, que je saint-père lui avait envoyée pour le cas de suprême nécessité, elle communia avec I»
plus grande ferveur. .
A huit heures , le shérif du comté vint lu chercher et la trouva en prières. Elle se leva, enveloppa sa tête d'un long voile, prit sur l'autel un crucifix , et demanda à son médecin de la soutenir pendant le trajet, ses jambes, presque paralysées par sa longue prison , ne lui permettant de marcher qu'avec une extrême difficulté. Bourgoing , éclatant en sanglots, lui répondit qu'il était prêt à mourir pour elle , mais qu'il ne pouvait se résoudre à la remettre lui-même entre les mains de ses bourreaux , et deux gentilshommes de la garde du château lui offrirent leur bras.
Au bas de l'escalier, elle rencontra André *
234 HAHIE STUAHT.
Melvil , qui avait obtenu de la voir encore une fois. Il se jeta à ses pieds , en fondant en larmes.
« Ne pleure pas, mon bon Melvil, lui dit-elle ; car tu verras dans un instant Marie Stuart délivrée de toutes ses souffrances.
Mais puisque tu m'as si bien servi, sois fidèle à mon fils , rappelle-moi à son souvenir, et recommande-lui de rester en bonne intelligence avec la reine d'Angleterre. »
Se tournant alors vers le comte de Kent, elle le pria de permettre que Melvil , trois de ses domestiques et deux de ses femmes tussent témoins de son supplice, et, le comte ayant refusé d'y consentir, elle s'écria :
« Je suis cousine de votre reine; je suis du sang royal de Henri VII ; j'ai été reine de France par mariage; j'ai été sacrée reine d'Ecosse : c'est bien le moins que vous puissiez faire que d'accorder, sur ma prière, à ceux qui sont enfermes avec moi depuis tant d'années , la triste faveur de me voir mourir et d'ensevelir mon corps. •
Les deux lords n'osèrent résister plus
longtemps, et six des serviteurs de la reine, y compris Bourgoing et Melvil, furent admis à l'exécution. Le comte de Kent , puritain rigide , ne pouvant supporter la vue de l'image sainte que Marie tenait à la main , lui dit d'un ton sévère :
< Madame, il faut avoir le Christ dans le cœur, et non pas à la main.
— On est plus sûr, répondit Marie, de l'avoir dans le cœur, lorsqu'on l'a sous les yeux. *
L'échafaud , dressé dans la grande salle du château , était élevé de deux pieds ; un fauteuil, un coussin et un hloc recouverts de noir y avaient été placés. Marie les contempla sans aucun trouble; elle protesta une dernière fois de son innocence et s'agenouilla pour faire sa prière. Alors le doyen de Peterboroug l'invita à abjurer sa foi , en la menaçant des flammes éternelles , si elle mourait dans l'idolâtrie. Elle le pria de la laisser recommander en paix son âme à Dieu ; car elle était fermement résolue à mourir dans la religion catholique. Et sans
écouter les prières qu'il faisait à haute voix, elle récite avec ses femmes les litanies et les psaumes de l'office de la Vierge. Quand le doyen eut cessé , elle prit en anglais , de* mandant à Dieu de la recevoir dans sa miséricorde , de pardonner à la reine Elisabeth , comme elle-même lui pardonnait , et d'accorder au roi d'Écosse , son fils, des jours longs et heureux.
Elle se releva alors , sans que rien sur son visage trahit la moindre émotion. Le bourreau s'approcha et, fléchissant le genou devant elle, lui demanda pardon.
« Je vous pardonne de bien bon cœur, mon ami, lui dit-elle. Faites votre devoir. »
Le bourreau fit alors un signe à Ben aide , et ils se disposèrent à déshabiller la reine ; elle les repoussa doucement.
» Je ne suis pas habituée à me servir de valets de chambre, leur dit-elle, ni à me déshabiller en si nombreuse compagnie; laissez faire mes femmes , elles s'acquitteront de ce soin mieux que vous, s
Ses deux femmes , tout en pleurs, vinrent
MAItlK SWAX». • 'l'M
a lors , et» sur la recommandation de leur maîtresse, mirent, dans cette toilette de la mort, le plus de décence possible; céda fait* la reine les embrassa tendrement, dit adieu , par un sourire, à ses autres serviteurs, se laissa bander les yeux, et, portant à ses lèvres le crucifix, qu'elle n'avait pas quitté, elle dit : .
< Seigneur , mon Dieu , qui ave» étendu les bras sur la croix , étendez-les pour me recevoir. »
Elle s'agenouilla sur le coussin placé près du bloc, y posa sa tête et attendit le coup en priant encore.
Quand le bourreau éleva en l'air la tête de Marie, le bonnet qui la couvrait tomba, et l'on vit que la prison avait rendue toute chauve cette téte qui avait fait l'admiration de la cour de France.
« Ainsi périssent tous les ennemis d'Éltsabetb ! s'écria le doyen.
— Ainsi soit-il ! » répondit le comte de Kent ; mais sa voix fut la seule qui retentit au milieu des sanglots de l'assemblée.
•l'AX HAHW STUART.
Les femmes de la reine demandèrent qu'il leur fût permis de rendre les derniers devoirs à leur chère maîtresse ; elles offrirent de payer au bourreau le triple de ce que valaient ses vêtements ; mais elles ne purent obtenir cette grâce. On leur ordonna durement de se retirer , et le cadavre de la reine demeura à la discrétion des exécuteurs , qui le dépouillèrent , le traînèrent dans une salle voisine et le couvrirent d'un tapis brun qui servait à un vieux billard.
On l'embauma ensuite ; on le plaça dans un cercueil en plomb, et on l'enterra dans la cathédrale de Péterborough , d'où Jacques VI le fit transporter dans la chapelle de Henri VII, à Westminster.
Le jour de l'exécution de Marie Stuart, des feux de joie s'allumèrent de toutes parts, et, quand on eut dit à Élisabeth que ces réjouissances publiques avaient lieu pour célébrer la mort de la reine d'Écosse , elle s'écria, avec tous les signes d'un profond étonnement :
t Eh quoi ! la reine ma sœur n'est plus ?
MAKIK STliAHT. iîttt
Mais de quoi donc est-tille morte , et comment se fait-il que je n'en aie pas été la première instruite? »
Quand elle eut appris ce qui s'était passé, . elle éclata en plaintes et en reproches contre le zèle de ses amis , et s'enferma pendant trois jours dans son appartement , en répétant qu'elle ne se consolerait jamais de la mort de sa bonne sœur.
Elle écrivit à Jacques VI pour l'informer de l'horrible malheur arrivé contre sa volonté , et lui témoigner toute la douleur qu'elle en ressentait. Le roi d'Écosse, ne respirant que vengeance, fit appel ans lords, qui s'engagèrent à sacrifier leur fortune et leur vie pour soutenir la juste guerre qu'il voulait déclarera Elisabeth; mais cette princesse avait à la cour d'Écosse des partisans zélés ; ils s'efforcèrent de calmer l'indignation de Jacques , et ils y réussirent en flattant sa vanité par la perspective du trône d'Angleterre.
Davyson fut accusé de tout : sa mort apaisa le ressentiment du roi d'Ecosse ; un
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nouveau traité fut signe" entre Élisaltetli el le Bis de sa victime, et Marie Smart fut oubliée.
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