HAH1F
qui ne souhaitait rien tant que de garder Marie Stuart avec quelque apparence de droit , fut enchantée des difficultés qui s'étaient élevées; mais elle n'en laissa rien paraître et dit, au contraire , qu'elle espérait que le régent consentirait à ce qu'on amenât Jacques VI en Angleterre , et que, cette condition une fois remplie, elle ferait toutes les concessions possibles , son plus grand désir étant de voir sa bonne sœur remonter sur le trône d'Écosse.
Marie Stuart , tant de fois trompée par les hypocrites protestations de son ennemie, ne pouvait plus y ajouter foi : elle fit secrètement instruire le roi de France et le roi d'Espagne de ce qu'exigeait Elisabeth et de ce qu'avaient répondu ses partisans d'Écosse, et supplia ces deux monarques d'envoyer promptement des secours a la petite armée qui lui était restée fidèle. Mais ces secours ne vinrent point. Charles IX, occupé à tromper, toursi-tour, les huguenots et les catholiques de son royaume , se contenta de recommander à ses ambassadeurs
182 M AW E ST 1 A I n .
la cause de la reine d'Ecosse. Philippe II en fit autant, et Marie, voyant s'évanouir son dernier espoir, tomba dans une mélancolie profonde.
Sa santé s'altéra, et bientôt ses dévoués serviteurs tremblèrent pour ses jours. Elisabeth, informée de son état, envoya près d'elle les deux plus habiles médecins dé Londres et leur recommanda de soigner sa chère cousine avec autant de zèle qu'ils en montreraient pour elle-même. Elle St prendre avec une extrême sollicitude des nouvelles de la malade et quand on lui dit qu'elle était sauvée , elle lui envoya une bague , la priant de la garder comme un gage de son amitié et un bon souvenir de la joie qu'elle avait ressentie en la sachant hors de danger.
Les partisans de Marie, n'attendant plus rien des négociations commencées, formèrent le projet de l'arracher de sa prison.
Robert Ridolphi, marchand florentin, se mitàlatête de cette conspiration ; il en dévoila tous les plans au duc de Norfolk , qu'il savait dévoué à la reine, et le pressa de les
approuver; mais comme il s'agissait d'une invasion espagnole en Angleterre, le due, qui était bon patriote, refusa de signer l'engagement qu'on lui proposait et se contenta de repondre qu'il serait heureux de voir la reine d'Êcosse rendue à la liberté.
Ridolphi se rendit à Bruxelles , pour traiter avec le duc d'Àlbe, gouverneur des Pays- Bas, et en obtint des promesses dont il se hâta d'informer Marie. Mais l'envoyé chargé de remettre à cette princesse les lettres de Ridolphi fut soupçonné, et les papiers dont il était porteur furent saisis et mis sous les yeux d'Élisabeth. L'évéque de Ross fut emprisonné , le duc de Norfolk mis en jugementet condamné comme coupable de haute trahison, et l'ambassadeur d'Espagne reçut l'ordre de sortir du royaume.
Penuast que Marie languissait dans sa prison, l'Ecosse continuait d'être déchirée par les discordes civiles. Lord Morton , nommé régentdu royaume, marqua chacun des jours de son pouvoir par quelque acte de cruauté. Pendant cinq ans , il poursuivit avec acharnement les partisans de la reine et, désespérant de soumettre les derniers défenseurs de cette malheureuse princesse, il demanda des secours à Elisabeth pour assiéger la forteresse d'Edimbourg, où ils
H&RlE 6TLART. f8S
s'étaient retirés , sous la conduite de Klrkaldy de Lagrangeet de Leithington. Élisabeth lui envoya six niiHe hommes et un corps d'artillerie. Les braves serviteurs de Mai-ie Stuart résistèrent à toutes leurs attaques, et Morton ne put les réduire que par la famine.
Quand les vivres et l'eau manquèrent toutà-fait aux assiégés, Lagrange et Leithington, saisis d'une pitié profonde pour ceux qui les avaient suivis , consentirent à capituler ; mais, connaissant la haine farouche de Morton, ils ne voulurent se rendre qu'au général anglais.
Ce général envoya demander à Elisabeth ce qu'il devait faire de ces deux prisonniers, et la reine d'Angleterre, oubliant ce que méritait leur héroïque valeur, pour ne se souvenir que de leur dévouement à la cause de sa rivale , ordonna qu'ils fussent remis entre les mains de lord Morton.
Leur sort ne pouvait plus être douteux; le régents Ht 'condamner à mort, ainsi que tous '!& Écossais soupçonnés de regretter lèur reine. Ces sanglantes exécutions
186 MARIE STUA.RT.
ayant jeté dans le royaume une profonde terreur, Morton ne se préoccupa plus que d'un seul souci , celui d'amasser de l'argent ; ' car il était aussi avare que cruel. Tous les moyens lui furent bons pour s'enrichir, et il vendit non-seulement les charges de l'état, mais la justice et sa propre conscience.
L'Écosse tout entière le haïssait; mais, la crainte qu'il inspirait étant plus forte encore que cette haine, il espérait jouir longtemps de ses trésors. Il n'en fut pas ainsi pourtant. •
Jacques VI avait atteint sa quatorzième année ; il était instruit et plus posé qu'on ne l'est ordinairement à son âge ; mais il manquait de fermeté et devait être un instrument docile pour qui saurait le flatter et lui plaire. Deux jeunes gens ayant réussi à s'emparer de sa faveur, le roi , qui n'avait jamais aimé le régent, s'éloigna de lui peu à peu.
Morton , étant rentré dans la vie privée | s'inquiétait peu de la froideur de^ Jacques , et ne goûtait plus qu'un bonheur, la contemplation de son or. Mais les favoris du
MARlEv STVART. i87
prince voulaient la perte du régent; ils l'accusèrent auprès du roi de la mort de Darnley , et Jacques jura de le punir s'il était prouvé qu'il eût pris part à ce crime qui l'avait rendu orphelin.
Morton fut mis en jugement ; il nia toute participation au meurtre dont on l'accusait et l'on ne put produire aucune preuve convaincante de sa culpabilité ; il n'en fut pas moins condamné à mort , et Élisabetb perdit avec lui une partie de l'influence qu'elle avait exercée en Écosse.
Vers Cette époque , Catherine de Médicis, qui gouvernait le royaume de France sous le nom de Charles IX, devenu homme, comme elle l'avait gouverné lorsqu'elle était régente, proposa à Elisabeth la main du duc d'Anjou , son second fils. Ce projet d'alliance parut sourire à la reine d'Angleterre ; elle promit de donner à son jeune époux la couronne matrimoniale et de lui accorder la plus grande part dans l'administration des affaires ; mais elle y mit pour condition que ce prince ne pour-
IH8 MA.il IL SïlAftï.
l'ait remplir, même secrètement, les devoirs du culte catholique, et cette difficulté servit de prétexte à la rupture du fini té. ( la (jMerine pouvait lutter de ruse avec Elisabeth, et *i l'une ni l'autre de ces deux princesses n'avaient de bonne foi souhaité cette union.
Catherine voulait empêcher la reh*e d'Angleterre d'épouser le roi de Navarre , protestant comme elle , qu'une semblable alliance eût rendu redoutable à la cour de France, et Élisâbeth ne songeait qu'à amuser Charles IX par cette négociation, afin de l'empêcher d'envoyer des secours à Marie Stuart.
La pauvi-e reine , oubliée de tous et ne sachant plus à qui «'adresser, pensa à son lils. Si cet enfant , qu'elle aimait tant malgré les maux dont il avait été la cause involontaire, ne pouvait avoir conservé un tendre souvenir de sa mère, des bras de laquelle on l'avait arraché sitôt, la nature du moins ne pouvait avoir perdu tous droits sur son cœur. Ainsi pensait Marie Stuart et, avant même d'avoir retrouvé les forces qu'une