CHAPITRE V
nox , qui demande le châtiment de Bothweil et des autres meur^ triers. — Procès dérisoire fait à Bothweil ; son acquittement. — Son projet de mariage avec la roine. — Adhésion qu'il arrache à la plus grande partie de la noblesse ou qu'il en obtient. — Enlèvement de la reine par Bothweil. — Divorce de Bothweil avec Jeanne Gordon. — Mariage de Bothweil avec Marie Stuart.
Le mariage de la reine avec Darnley avait rejeté l'Ecosse dans les guerres civiles ; l'assassinat de Riccio la précipita dans les conspirations et les meurtres. L'histoire de ce royaume déchiré ne fut plus pour longtemps qu'une suite de complots, de trahisons et de violences. Tout le monde y fut enveloppé, et le roi, et la reine, et trois régents qui s'y associèrent à des degrés et dans des moments divei^. L'assassinat , la prison , l'échafaud furent leur partage. Tel est le sort oi*dinaire des passions sans frein ou des intérêts sans règle. Ils trouvent leur châtiment là où ils avaient cherché leur satisfaction.
Pendant la triste nuit qui suivit le meurtre de Riccio, Marie Stuart fut plongée dans la plus amère désolation. Elle était prisonnière dans son palais, que gardaient étroitement Morton et les autres conjurés. Le lendemain, Darnley parla et agit en roi. Il prononça la dissolution du parlement et prescrivit à ses membres, sous peine de trahison, de quitter Edimbourg en trois heures ^ Il écrivit de sa main
* Récit de Ruthven dans Keith, Appendix, p. 126. — Et Marie Stuart à l'archevôque de Glasgow, â avril 1566. LabanofF, t. I, p. 346.
au pi^vôt de la ville pour qu'il y fit bonne garde et n'en laissât sortir que les protestants. Lorsqu'il se rendit auprès de la reine, il la trouva en proie à une douloureuse exaltation. Le tragique spectacle qu elle avait eu sous les yeux , les souvenirs ménageants qui la poui^uivaient, Firnage du terrible Ruthven qui lui semblait prêt à la frapper, les sinistres desseins qu'elle craignait de la part d'une noblesse habituée à ne pas respecter ses souverains, lui avaient donné une sorte de délire. Â la vue de ses angoisses, la pitié rentra avec l'affection dans le cœur de Darnley. Il obtint des autres conjui^ que les femmes de la reine vinssent l'assister, sans qu'on leur permit toutefois de sortir de sa chambre , si ce n'est le visage découvert , de peur que la prisonnière ne s'échappât sous le déguisement de l'une d'entre elles *. Dès ce moment Marie Stuart, n'attendant sa délivrance que d'elle-même, mit toute son adresse et toute sa dissimulation à se la procurer.
Lorsque Murray , au-devant duquel elle avait envoyé J. Melvil, arriva le dimanche soir avec les lords fugitifs*, elle le fit demander. En le voyant, elle se jeta dans ses bras et lui dit : « Ah ! mon frère,
^ Récit de Ruthven, dans Keith, Appendix, p. 126 et
' Lettre de Bedford ei de Randolph au conseil d'Angleterre, dans Ellis, t. Il, p. 213, et dans Wrig^ht, t. I, p. 230. — Lettre de Marie Stuart du 2 avril. Labanoff, t. I; p. 347-