CHAPITRE V
si VOUS aviez été ici, vous n'auriez pas souffert qu'on m'eût traitée si indignement ' . » Murray parut attendri. Mais le lendemain tous les conjurés réunis n'en délibérèrent pas moins sur ce qui leur restait à faire. Ils semblèi*ent disposés à conférer la couronne matrimoniale et le gouvernement du royaume à Damley , à compléter l'établissement du protestantisme et à enfermer la reine dans le chà* teau de Stirling jusqu'à ce qu'elle eût approuvé toutes leurs entreprises*. Ce plan, que leur attribue Marie Stuart et qu'ils ne réalisèrent qu'un an après, fut alors déjoué par l'habileté de cette princesse et par la faiblesse de Damley.
Dans les conférences nombreuses et particulières que la reine eut avec son mari, elle lui fit envisager la misérable situation où il se placerait vis-à-vis des lords, s'il leur permettait de l'emporter sur elle , et le danger auquel il s'exposerait du côté des princes ses alliés, s'il souf irait qu'on altérât encore davantage
* Mémoires de MelvH, t. I, p. 199.
^ u In tbeir coancil they thouçht it most expédient we shonid be warded in our castle of Streviling, there to remain wfaile we haJ approved in parlament ail ther wicked interprizes, establisht their religion, and gîven to the kîng the crown matrimoniall, and the baill government of our reaime: or else, by ail appearence, firmly purposed to bave put us to death, or detained os in perpétuai captivity. » Lettre de Marie Stuart du 2 avril, dans Labanoff, t. I, p. 347.
252 MÂRIË STUART.
Fétat religieux du royaume ' . Elle n*eut pas de peine à le gagner. Damley était vain et faible , d'un esprit ambitieux et d'un cœur timide. Malgré les explications dures et humiliantes que le mari et la femme avaient échangées, ils oublièrent , Damley l'injure qu'il prétendait avoir été faite à son honneur, Marie l'outrage que venait de recevoir sa réputation , la violence qu'avait subie son autorité. Abandonnant ses amis et ses projets, Damley consentit à faire évà* der Marie Stuart et à la suivre.
Cette évasion ne pouvait s'effectuer qu'en trompant les autres conjurés. Aussi , dans la journée du lundi, Darnley leur annonça-t-il que la reine avait la fièvre et était menacée d'un avortement si elle ne changeait pas d'air. Il assura en même temps qu'elle était disposée à pardonner tout ce qui s'était passé, à leur confirmer ses sentiments de vive voix et à signer les actes qu'ils jugeraient nécessaires à leur sûreté. Les conjurés ne virent d'abord dans cette proposition qu'une ruse qu'ils suspectèrent et dont ils engagèrent Damley à se défier. Mais Damley , ayant insisté , conduisit Miuray , Morton et Ruthven auprès de la reine. Marie leur dit alors qu'elle n'avait jamais aimé le sang ni convoité les biens de sa noblesse, et que, continuant à agir comme elle l'avait fait depuis son retour en Ecosse , elle recevrait en
* Lettre de Marie Stuart da 2 avril, dans Labanoff, t. I, p. 347, 348.