CHAPITRE V
Ie9 plus fortes, de ne pas laisser un semblable crime impuni. « Je vous exhorte, ajoutait-elle, je vous conseille et vous supplie de prendre ceste chose telhv. ment à cueur, que n'ayez peur de toucher voyre le plus proche qu ay ez , et que nulle persuasion vous retienne à en faire exemple au monde qu estes noble princesse et qu'estiez loyale femme ^ » Ce fut également ce que lui écrivit de France, où on la croyait coupable, son ambassadeur l'archevêque de Glasgow. Il l'informa, avec une honnêteté courageuse, du jugement sévère qu'on portait à cette occasion dans les pays étrangers , sur le misérable état de son royaume, sur la conduite honteuse de sa noblesse et sur elle-même. « Vous êtes , lui disait-il , calomniée vous-même grandement, comme étant la principale cause de tout et comme ayant tout commandé. » Il la conjurait de tirer une vengeance exemplaire de cet attentat, et il ajoutait : « Si elle n'est pas prise à l'instant, il vaudrait mieux pour vous avoir perdu la vie et tout '. »
11 y avait plus d'un mois que Damley avait été tué , et Marie n'avait encore rien fait de ce qu'exigeait la loi du royaume et de ce qu'aurait commandé
* Labanoff, t. VII, p. 102 et 103.
' M It bas pleasit god to conserve zow to take a rigouroux vengence llierof , that rather than h be not actualy taine, it appears to me better in this wartd that ze bad lost Hfeanrl al). » Dans Keitb, préface, p. ix.
son innocence. Loin de là , elle ne s'était pas sépai*ée un instant de Bothwell. Au lieu d'ordonner son arrestation , comme le demandait dans une troisième lettre ' le comte de Lennox , elle le combla de nouvelles faveurs. Elle l'investit du commandement du château d'Edimbourg , que possédait le comte de Mar, gouverneur du prince royal. Elle lui donna de plus le château de Blackness, l'Inch et la supériorité de Leith ^. Cependant les conseils hardis et presque offensants d'Elisabeth, les mécontentements profonds de sa famille de France , les supplications énergiques de l'archevêque de Glasgow et les instances renouvelées du comte de Lennox, la décidèrent à sortir de cette dangereuse et humiliante position. Elle voulut se couvrir d'un simulacre de justice et mettre son favori à l'abri d'im acquittement. Dans un conseil qu elle présida elle-même le 28 mars, et auquel assistèrent Bothwell, Hundy, Argyle, Caithness , les évêques de Ross et de Galloway, il fut résolu de consentir à l'accusation *. Mais, ne pouvant plus refuser le procès, elle le précipita. Le comte de Lennox reçut l'ordre de venir le
* Du 17 mars 1567, dans I^eith, p. 372.
* Tytier , t. VII, p. 94, 95, d'après les lettres de Drury à Cccil des 14, 17, 21 , 29 et 30 mars, et 4 avril 1567 , au Slat. Pap. Off. — Robertson, t. 11^ p. 334.
* Malc. Laing, 1. 1 , p. 60.