‹ Histoire de Marie StuatChapitre 158 sur 214 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

si vous êtes innocente de la mort du roi ^ — Malheureusement pour elle, le cri de la conscience publique n'arrêta point sa passion*

L'impunité ne suffisait point à Bothwell. La haute faveur d'un sujet, le pouvoir passager d'un amant, n'étaient pas capables de le contenter. Il avait visé à autre chose en tuant le roi. Son but était d'épouser la reine et d'arriver ensuite au trône par des désirs moins stériles et plus hardis que ceux de l'ambitieux et infortimé Damley. Deux obstacles s'opposaient à ces deux projets , son récent mariage avec lady Gordon et la vie du jeune prince royal. Il fallait qu'un divorce avec lady Gordon supprimât le premier de ces obstacles, et qu'après s'être marié avec la reine, il eût à sa merci son fils, afin de faire disparaître le second. L'instinct public ne s'y méprit point. Il ciait que Bothwell , pour assurer les fruits de son premier crime , en commettrait d'autres. « Le mariage de la reine avec Bothwell et la mort du prince , voilà , écrivit Drury à Cecil , ce dont on s'occupe maintenant ^. »

Ce n'est pas seulement l'agent, du reste fort bien instruit, de la reine Elisabeth, qui parle ainsi : c'est un des serviteurs de Marie Stuart. « Le bruit se ré-

* «God préserve Your Grâce, if you are sackless of the kinQS death. » Drury à Cecil, avril 1567, Tytler, t. VU, p. 455. P roofs and illustrations, n" V.

* Tyller, t. VII, p. 453. Proofs and illustrations.

3t8 MARIE STUART.

pandit iiiimédiatcment , dit Janies Melvil, que la reine voulait se marier avec le comte de Bothwell... Cette nouvelle alarma tous ceux qui s'intéressaient à rhonneur de cette princesse et à la conservation du jeune prince, qui ne pouvait, sans courir de grands risques, tomber entre les mains du meurtrier de son père'. » Personne n'osait en dissuader la reine. On craignait les fureurs et la vengeance de Bothwell. Cependant un gentilhomme plus courageux que les autres, lord Herries*, se rendit tout exprès à Edimbourg , se jeta aux pieds de Marie Stuart, et la conjui*a de ne point épouser celui que tout le pays regardait comme le meurtrier de son mari, si elle ne voulait pas compromettre son honneur, exposer son fils et se perdre elle-même. La reine parut surprise, et lui répondit avec sa dissimulation accoutumée, quelle ne comprenait rien à ce bruit, vu que son cœur ne lui avait jamais rien dit pour Bothwell. Après lui avoir donné ce salutaire mais inutile avis, Herries s'en retourna en toute hâte avec des chevaux qu'il avait placés en relais sur la

4 Melvil, t. I, liv. 111, p. 243.

^ Sîr John Maxwell, second Bis de Robert, quatrième lord Maxwell, famille puissante dans les districts du Sud. 11 avait épousé Agnès, fille ainée et cohéritière de W. Herries de Terreglis. Il prit le titre de lord Herries^ par le droit de sa femme. Il s'était joint en 1559 aux lords delaconçréçation, et fut généralement dévoué h la cause de la reine.

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