‹ Histoire de Marie StuatChapitre 159 sur 214 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

route, afin d'échapper aux poursuites de Bothwell L Melvil , ayant osé donner le même avis avec le même dévouement, fut foi*t niai reçu de la reine, qui en prévint Bothwell. Le prudent Lethington blâma Melvil de cette dangereuse franchise. Dès que Bothwell en sera informé, lui dit-il, il vous fera assassiner. Retirez-vous donc promptement. — Il est bien déplorable, lui répondit Melvil, que tout le monde voie la reine à deux doigts de sa perte, et que personne n'ose l'en avertir. — Vous avez agi en honnête homme, répliqua Lethington, mais non en homme sage. — Il ne se trompait pas sur le danger auquel venait de s'exposer Melvil. Bothwell le chercha en effet pour le tuer, et Melvil fut contraint de se cacher pendant plusieurs jours , jusqu'à ce que la reine fût parvenue à apaiser Bothwell*.

L'audace impérieuse de Bothwell éclata par un acte plus extraordinaire. Il voulut s'assurer de l'adhésion de la haute noblesse à son mariage avec la reine. Le soir du 19 avril , jour où se fit la clôture de la session du parlement, il invita les comtes Morton, Argyle, Huntly, Cassilis, Glencairn, Rothes, Sutherland, Errol, Caithness, Eglinton, ainsi que les lords Boyd , Seton , Sainclair, Semple , Oliphant , Ogilvy, Ross-Hacat, Carleile, Hiune, Innermeith, etc., à souper dans la taverne d'AnsIay, placée dans le voi-

* Melvil, t. I, liv. m, p. 244. — » Ibid., p. 247.

sillage 9 qu'il fit entoui*er ensuite de deux cents ai*quebusiers. Pendant qu'il était à table , il dit à ses convives que la reine consentait à l'épouser, et il produisit, à ce qu'assurèrent des témoins de cette étrange scène, une procuration écrite par elle, où il était invité à proposer cette affaire à la noblesse. Au milieu de la confusion qui survint ^ le comte d'Ëglinton s'évada. Les autres, avec une honteuse lâcheté, déclarèrent par écrit qu'ils étaient convaincus de l'innocence de Bothwell, s'engagèrent à le défendre contre tout calomniateur, et recommandèrent « ce noble et puissant lord » comme un mari convenable pour la reine, dont le veuvage prolongé, disaient-ils, était préjudiciable aux intérêts de la chose publique. Ils consentirent à soutenir les prétentions de Bothw^ell à la main de la reine de leurs vies et de leurs biens , et à passer, s'ils y manquaient, pour des hommes sans honneur et sans loyauté, pour d'indignes et d'infâmes traîtres. Les évoques de Saint-André, d'Aberdeen, de Dumblane, de Brechin, de Ross, des Orcades, etc., souscrivii^nt le bond du mariage ' • Cet acte ' fut la honte de la noblesse d'Ecosse qui y adhéra ou le subit, et prépara la ruine de Marie Stuart, qu'il encouragea dans son funeste projet de mariage avec Bothwell.

* Keith,p. 882,383.

* Anderson, t. IV, p. 60 et 69, et t. I , p. 107. — Tytler, t. VII, p. 103, 104.

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