CHAPITRE V
anxiétés et de sa jalousie ' , de sa résolution emportée et de Fimpatience que lui causaient les objections des confidents mêmes de Bothwell. Huntly avait été mis dans le secret. Il tenta d'arrêter la reine, qui entra en grande défiance de lui. « Il me remonstra, écrivit-elle à Bothwell, que c'estoit une folle enti*eprise , et que , pour mon homieur, je ne vous pouvoy prendre à mari , puisque vous estiez marié , ny aller avec vous , que ses gens mesmes ne le souffriroyent pas, voire que les seigneurs contrediroyent à ce qui seroit proposé. Je lui répondis, vu que j'en estoye venue si avant^ que, si vous ne vous rétractiez, nulle persuasion, pas mesmes la mort, me feroient manquer à ma promesse^. »
Dans une autre lettre , elle expose elle-même le rôle qui lui est réservé dans l'enlèvement. « Quant à jouer mon personnage , dit-elle , je say comme je m'y dois gouverner, me souvenant de la façon que les choses ont esté délibérées. Il me semble que vostre long service et la grande amitié et faveur que vous portent les seigneurs méritent bien que vous obteniez pardon , encore qu'en ceci votis vous avanciez
' (i Je voqdrois estre morte, car je voys que tout va mal. Vous me promistes bien autre chose par vos premières promesses; mais l'absence a pouvoir sur vous, qui avez deux cordes en vostre arc. » Mémoires de t Estât, etc., 1. 1, p. 167 v**. — Melvil, t. III, p. 35]. Celte lettre est la cinquième
2 Jhid.y t. ï, p. 167; t. III, p. 350.
aucunement par-dessus le devoir d'un subjet; or estil que vous entreprenez de le faire, non afin de m'éforcer et tenir captive, ains pour vous rendre assuré près de moi, et que les remontrances et per^ suasions des autres ne m empeschent de consentir à ce que vous espérez que votre service vous fera un jour obtenir; bref, c'est pour que vous me puissiez présenter une humble requéste , conjointe toutesfois avec importvmité'. » Lorsque le moment de Texécution approcha, des difficultés survinrent de la part de ceux qui devaient l'escorter. Le comte de Sutberland déclara qu'il aimerait mieux mourir que de souffrir que la reine fût emmenée pendant qu'elle serait placée sous sa garde. Le comte de Huntly, plein de tristesse et redoutant une lutte , eut peur d'être accusé d'ingratitude envers la reine et de paraître l'avoir trahie. « Je vous ay bien voulu advertir, écrivit Marie à Bothwell, de la crainte qu'il a d'estre chargé et accusé de trahison, à ce que, sans vous mesfier de luy, vous y regardiez de plus près et que vous vous rendiez d'autant plus fort; car nous avions hier trois cents chevaux des siens et de Leviston (Livingston). Pour l'amour de Dieu , soyez plustost accompagné de ti'op que de trop peu , car c'est le principal de mon souci*. »
* Mémoires de tEstat, etc., t. I, p. 168; Melvil, t. III, p. 352 , sixième lettre.
> Ibid.y t. I, p. 168, v% et Melvil, t. III, p. 353, 354. —