CHAPITRE V
Elle était éprise de lui plus que jamais , bien que les procédés de ce maître violent devinssent quelquefois offensants pour elle. Il semblait se défier de son affection et de sa fidélité; il lui montrait sa mauvaise opinion avec une brutalité injurieuse; il éloigna d*elle lady Beres qui avait la réputation d'être sa complaisante', et la remplaça^ par sa propre sœur lady Coldingham. La malheureuse reine en était réduite à lui écrire, avec toute la faiblesse et toute rhumilité de la passion : » J'en prendrai quelqu'une dont j'estime que la façon vous contentera. Je vous supplie que l'opinion d'une autre n'éloigne votre affection de ma constance. Vous méfiez->vous de moi qui vous veux mettre hors de doute et déclarer mon innocence? O ma chère vie, ne le refusez et ne souffrez que je vous donne épreuve de mon obéissance, fidélité, contenance et volontaire subjection'. » Bothwell disposait à la cour de toutes les positions et de toutes les existences. Le seul honune qui aurait pu, jusqu'à un certain point, lui résis-
* Voir Buchanani opéra y Edimbourg, 1715, Detectio Ma-' rue, p. 2. — Déposition de Paris dans Malc. Lain^j, t. II, p. 309 et 316. -— Et lettres secrètes de Marie Stuart, Mé" moires de t Estât de la Fra^ice, etc., p. 162 r*», 163 v®, et Mémoires de Melvil^ t. III, p. 335 et 339.
* Lettre de Drury à Ceci!. Tytler, t. VIF, p. 454, Proofs and illustrations,
* Lettres secrètes de Marie Stuart, dans Melvil, t. III, p. 346, 349. Cette lettre est la quatrième.
332 MAKIE STUART.
ter, Murray, s était éloigné sans attendre le mariage de sa sœur, qu'il prévoyait et qu'il ne pouvait em* pêcher.
Ce mariage avait été convenu , chose incroyable , par un contrat signé de la main même de Marie Stuart le 5 avril , sept jours avant la sentence d'acquittement deBothwelP. Il fut préparé avec une mystérieuse précipitation. Bothwell ne pouvait pas ouvertement y prétendre ni la reine y consentir volontairement , après la mort si récente de Damley , que l'un avait tué deux mois et demi auparavant, et dont l'autre devait longtemps encore porter le deuil. Que firent-ils? ils imaginèrent un enlèvement, qui placerait en quelque sorte Marie Stuart sous la contrainte de la nécessité et expliquerait la résignation de la reine par la violence faite à la femme. Ici encore , elle fut malheureusement complice de Bothwell, comme les preuves n'en sont que trop manifestes. Elle convint avec lui qu'il se trouverait sur sa route, avec une troupe armée plus considérable que sa propre suite, au moment où elle reviendrait de voir son jeune fils au château de Stirling , et qu'il se rendrait maître de sa personne et de ses volontés. Bothwell partit pour- faire les apprêts de l'enlèvement. Durant son absence , Marie Stuart lui adressa des lettres qui témoignaient de ses
* Le contrai fut trouvé dans la cassette d'ar^j^ent avec ' les lettres secrètes de Marie Stuart à Bothwell et ses sonnets.