CHAPITRE VI
tous deux dedans un cabine! avec le conte de Bodwell, elle cria tout bault qu on lui baillast un cou« teau pour se tuer. Ceux qui estoient dedans la chambre l'entendirent. Ils pensent, si Dieu ne luy aide, qu elle se désespérera *. » Ce prompt et violent désaccord qui la désola sans la guérir est confirmé par le témoignage de Melvil. « On traitoit déjà cette princesse si mal, dit-il, qu un jour, en présence de Arthur Erskine , je lui entendis demander un poignard pour se tuer , menaçant qu'autrement elle se jetteroit par les fenêtres *. »
Bothwell lui montrait des soupçons offensants et l'humiliait par ses grossières exigences. Dans la jalousie qu'il éprouvait ou qu'il affectait , il ne souffrait aucune des anciennes familiarités de la reine avec qui que ce fût. Craignant sans doute qu'elle ne se dégoûtât de lui aussi vite qu'elle s'était dégoûtée de Damley , il torturait son cœur afin de l'occuper , et la rendait malheureuse pour l'empêcher d'être inconstante, u Dès le lendemain de ses noces , écrit encore Du Croc à Catherine de Médicis , elle n'a jamais esté qu'en pleurs et lamentations, (Bothwell) ne luy vouUant donner liberté de regarder une seule personne , ni que personne la regardast, et il scavoit
* Du Croc à Catherine de Médicis, Edimbourg, 18 mai 1567, dans Labanoff, t. Vil, p. 110, 111 .
* Mémoires de Melvil y t. I, p. 253.
bien qu'elle aimoit son plaisir et à passer son temps, aultant que aultre du monde '. »
Marie , tourmentée par Botb well ^ mais éprise de lui, entreprit de le faire reconnaître comme son mari par les cours étrangères. Elle envoya Févéque de Dumblane à la cour de France et à la cour de Rome , avec une apologie assez adroite de son nouveau mariage. Ce mariage , disait-elle , avait été rtndu inévitable par le vœu écrit et pour ainsi dire unanime de la noblesse d'Ecosse; il trouvait sa rai-
* Dans une lettre de Du Croc à Catherine de Mëdicis, Edimbourg, 17 juin 1567. J'avais publié en mai lê4S cette dépêche, qui est tirée du yol. 218 des Manuscrits Saint*Germain Harlay à la Bibl. nat., et qui vient d*étre imprimée dans Teulet, Pièces et documents relatifs à t histoire dÉcosse, t. II, p. 170. — Des vers de Marie Stuart, trouvés avec ses lettres et ses contrats de mariage dans la fameuse cassette d'argent, ej^priment éloquemment tes plaintes h eet égard:
Et vont doctes de ma ferme comtance,
O mon seul bien cl ma leule espérance.
Et ue vous pais asieurer de ma foy.
Vous m'estimes légère que je voy,
Et si n'ayes en moy nulle assenrance,
Et soupçonnes mon cœur sans apparence,
Vous défiant à trop grand tort de mo^-.
Vous ignorez Tamoar que je vous porte,
Vous soupçonnes qu'autre anour me transporte.
Vous esiimez mes paroles du vent,
Vous dépeignez de cire mon , las , cœur,
Vous me pensez femme sans jugement»
El tout cela augmente mon ardeur. ^
(Voir Mémoires de C Estai de la France tous Charles IX,t,l, p. 1*70, et Andersen, t. Il, p. 120.)